Le Dernier Jour d’un condamné : résumé et analyse (Victor Hugo)

Résumé chapitre par chapitre, analyse des thèmes, citations clés et exercices — Fiche de lecture complète

Auteur
Victor Hugo (1802–1885)
Date de publication
1829 (préface définitive en 1832)
Genre
Roman à thèse / Journal intime fictif
Mouvement
Romantisme
Forme narrative
Monologue intérieur, récit à la première personne
Nombre de chapitres
49 chapitres (très courts)
Thème principal
Plaidoyer contre la peine de mort
Lecture scolaire
Programme de 4ème / 3ème — argumentation, littérature engagée (utile pour le brevet)
L’essentiel en 30 secondes : Le Dernier Jour d’un condamné est le journal fictif d’un homme condamné à mort qui attend son exécution. On ne connaît ni son nom, ni son crime. Les chapitres 1 à 21 couvrent ses cinq semaines d’attente à la prison de Bicêtre ; les chapitres 22 à 49 racontent, heure par heure, son dernier jour — du transfert à la Conciergerie jusqu’à la place de Grève. Le roman n’est pas un récit d’aventures : c’est un texte argumentatif déguisé en fiction, conçu pour émouvoir le lecteur et le convaincre que la peine de mort est inhumaine.

L’essentiel en 10 points

#À retenir
1Journal fictif d’un condamné à mort, écrit à la première personne, publié en 1829.
2Le narrateur n’a ni nom, ni visage, ni crime identifié — choix délibéré de Hugo pour empêcher le jugement.
349 chapitres très courts : 5 semaines à Bicêtre (ch. 1-21), puis le dernier jour heure par heure (ch. 22-49).
4C’est un roman à thèse : toute la fiction sert un seul but, démontrer l’inhumanité de la peine de mort.
5Hugo argumente par l’émotion (registre pathétique) plus que par la logique — c’est la force du genre romanesque.
6Scène la plus célèbre : la visite de Marie, sa fille de 3 ans, qui ne le reconnaît pas et croit son père mort (ch. 43).
7Le style se fragmente au fil du roman : les chapitres raccourcissent à mesure que la mort approche.
8Le roman s’achève sur les mots « QUATRE HEURES » — la mort interrompt l’écriture en pleine phrase.
9La préface de 1832 est un texte argumentatif direct où Hugo réfute un à un les arguments pro-peine de mort.
10La peine de mort sera abolie en France en 1981 (loi Badinter) — Badinter citera Hugo à l’Assemblée nationale.

Résumé détaillé

Chapitres 1 à 21 — Bicêtre : cinq semaines avec une idée fixe

Le récit s’ouvre brutalement. Le narrateur, enfermé à la prison de Bicêtre, confie au lecteur qu’il a été condamné à mort cinq semaines plus tôt. Il ne donne ni son nom, ni la nature de son crime — un choix délibéré de Hugo pour que le lecteur ne puisse pas juger le personnage et se concentre uniquement sur la souffrance universelle du condamné.

Depuis le verdict, une seule pensée l’habite : condamné à mort. Ces trois mots contaminent chaque instant, chaque perception, chaque souvenir. Il revit son procès : la salle d’audience, les jurés, le moment où la sentence tombe — et la foule qui se retire, indifférente, comme après un spectacle.

Pour ne pas sombrer, il observe sa cellule. Sur les murs, d’anciens prisonniers ont gravé leurs noms et leurs pensées. Il déchiffre ces inscriptions avec une fascination morbide, y voyant le catalogue de toutes les souffrances passées entre ces murs — dont certaines de condamnés déjà exécutés.

Il assiste au ferrage des forçats qui partent pour le bagne de Toulon (ch. 13). La scène est décrite avec une précision horrifiante : le bruit des chaînes, les cris, la brutalité des gardes, les chants obscènes des prisonniers. Le spectacle le rend malade — et lui inspire une pensée terrible : ces hommes partent souffrir, mais ils vivront. Lui va mourir. Il en vient presque à envier le bagne.

Il s’accroche un temps à l’espoir du pourvoi en cassation, puis de la grâce royale. Mais les jours passent et l’espoir s’amenuise. Il décide d’écrire ce journal : pour témoigner, pour occuper son esprit, et — espère-t-il — pour que ce récit serve un jour à ceux qui jugent et qui condamnent.

Chapitres 22 à 47 — Le dernier jour : la Conciergerie

Le matin de l’exécution, le narrateur est transféré de Bicêtre à la Conciergerie, au cœur de Paris. Son pourvoi a été rejeté : il lui reste quelques heures. Pendant le trajet, il observe Paris à travers les vitres. La ville est vivante, affairée, indifférente à son sort. Ce contraste entre la vie qui continue et sa mort programmée est l’un des moments les plus poignants du roman.

En attendant, il croise un autre condamné : le « friauche » (ch. 23), un jeune criminel issu de la misère, fils d’un père guillotiné. Le friauche lui raconte sa vie — l’enfance volée, le vol, la prison qui fabrique les récidivistes — puis lui réclame sa redingote, puisqu’il n’en aura bientôt plus besoin. Cette scène d’une cruauté ordinaire montre à la fois comment la société fabrique ses criminels et comment la mort judiciaire s’est banalisée au point qu’on se partage les vêtements du futur exécuté.

Un prêtre vient l’assister. Mais le narrateur ne trouve aucun réconfort dans la religion : l’aumônier récite ses formules de manière mécanique, sans conviction, comme un fonctionnaire de la consolation. Le condamné reste seul face à sa terreur.

Il tente de s’évader mentalement : souvenirs d’enfance, le jardin, sa jeunesse, le souvenir lumineux de Pepa. Mais chaque souvenir est immédiatement contaminé par la pensée de la mort. Il imagine même un plan d’évasion absurde, qu’il abandonne aussitôt.

Puis vient la scène la plus déchirante du roman (ch. 43) : on lui amène sa fille Marie, trois ans. L’enfant ne le reconnaît pas. Quand il lui parle de son papa, elle répond que son papa est mort. Pour le condamné, c’est la fin de tout : il était prêt à mourir en se disant qu’il survivrait dans la mémoire de sa fille — et il découvre qu’il est déjà mort dans le cœur de la seule personne qui comptait. Après cette visite, il déclare qu’il est prêt.

Chapitres 48 et 49 — La place de Grève

Le temps se contracte. La toilette du condamné : on lui coupe les cheveux et le col de la chemise, on lui lie les mains. Le trajet en charrette à travers Paris, escorté par la foule immense venue assister au spectacle. Il entend les cris, voit les fenêtres louées à prix d’or, les spectateurs juchés partout. Place de Grève, la guillotine l’attend.

Dans les dernières lignes, l’écriture se désintègre en fragments : il demande une grâce, supplie qu’on lui accorde cinq minutes encore. Le texte s’arrête net, au milieu du dernier sursaut d’espoir — quatre heures viennent de sonner.

Repères chapitre par chapitre

Le roman compte 49 chapitres, certains de quelques lignes seulement. Voici les chapitres clés à connaître pour un contrôle de lecture ou le brevet :

ChapitreLieuCe qui se passe
Ch. 1BicêtreOuverture : « Condamné à mort ! » — cinq semaines avec cette idée fixe.
Ch. 2BicêtreRetour sur le procès et le moment du verdict.
Ch. 13-14BicêtreLe ferrage des forçats et le départ de la chaîne pour Toulon — le narrateur tombe malade d’horreur.
Ch. 22TransfertLe matin de l’exécution : rejet du pourvoi, départ pour la Conciergerie.
Ch. 23ConciergerieRencontre avec le friauche, qui raconte sa vie et réclame la redingote du condamné.
Ch. 26ConciergeriePensées pour Marie, sa fille de trois ans — sa « seule pensée » douce.
Ch. 30ConciergerieVisite de l’aumônier : une religion mécanique, incapable de consoler.
Ch. 33ConciergerieSouvenirs d’enfance et de jeunesse : le jardin, Pepa — la vie d’avant.
Ch. 43ConciergerieLa visite de Marie : l’enfant ne reconnaît pas son père et le croit mort. Climax émotionnel du roman.
Ch. 48Hôtel de Ville / trajetLa toilette du condamné, la charrette, la foule, l’arrivée place de Grève.
Ch. 49Place de GrèveDernières lignes fragmentées : la supplication, puis « QUATRE HEURES ». Le texte s’interrompt.

Personnages

PersonnageRôleFonction dans le récit
Le narrateur (condamné)Homme cultivé, condamné à mort pour un crime inconnuVoix unique du roman. Son anonymat force l’identification universelle.
MarieFille du condamné, 3 ansIncarne l’innocence détruite. Sa visite (ch. 43) est le climax émotionnel : elle croit son père mort.
Le friaucheJeune condamné issu de la misère, fils de guillotinéMontre que la société fabrique ses criminels et que la mort judiciaire s’est banalisée.
L’aumônierPrêtre de la prisonReprésente une religion institutionnelle incapable de vraie compassion.
Le geôlierGardien de prison, plutôt bienveillantSeul personnage qui montre une forme d’humanité quotidienne.
La fouleSpectateurs de l’exécutionPersonnage collectif : la société qui cautionne la mise à mort par sa présence.
💡 Point clé : Hugo a volontairement créé un condamné sans nom, sans visage, sans crime identifié. Ce n’est pas un oubli — c’est le cœur du dispositif argumentatif. En refusant de nommer le crime, Hugo empêche le lecteur de juger le personnage et le force à ressentir sa souffrance en tant qu’être humain, indépendamment de ce qu’il a fait.

Thèmes et analyse

La peine de mort — un châtiment inhumain

C’est le thème central et la raison d’être du roman. Hugo ne plaide pas pour l’innocence du condamné (on ne sait même pas s’il est innocent). Il montre que la condamnation à mort est en elle-même une torture : l’attente, l’angoisse, la déshumanisation progressive. Pour Hugo, la société qui tue un homme au nom de la justice n’est pas plus morale que le criminel — elle est pire, car elle tue froidement, méthodiquement, légalement.

Le temps et l’angoisse

Le roman est structuré autour de l’écoulement du temps vers un point final inévitable. Le narrateur est prisonnier non seulement de ses murs, mais du temps lui-même. Hugo exploite cette mécanique temporelle pour créer une tension croissante : 21 chapitres pour cinq semaines, puis 28 chapitres pour une seule journée. Les chapitres raccourcissent, le style se fragmente, les pensées deviennent incohérentes. Le lecteur vit le compte à rebours avec le condamné.

La solitude

Le condamné est entouré de gens — geôliers, prêtre, visiteurs, avocats — mais il est absolument seul. Personne ne peut partager son expérience. Le prêtre débite des formules creuses. Les avocats s’intéressent au dossier, pas à l’homme. Sa propre fille ne le reconnaît plus. Hugo montre que la condamnation à mort isole l’individu du reste de l’humanité bien avant la lame de la guillotine.

La foule et le spectacle de la mort

L’exécution publique est un spectacle. La foule se presse, crie, loue des fenêtres pour mieux voir. Hugo dénonce cette barbarie collective déguisée en justice. En montrant la foule avide de sang, il retourne l’accusation : ce n’est pas le condamné qui est le monstre, c’est la société qui fait de la mort un divertissement.

La misère, fabrique du crime

À travers le personnage du friauche — fils d’un guillotiné, enfant abandonné devenu voleur puis assassin — Hugo esquisse une idée qu’il développera dans Claude Gueux puis dans Les Misérables : la société condamne des criminels qu’elle a elle-même fabriqués par la misère et l’absence d’éducation.

L’écriture comme résistance

Le condamné écrit. C’est son seul acte de liberté. En consignant ses pensées, il refuse d’être réduit à un corps qu’on va supprimer. L’écriture est à la fois un témoignage (pour les vivants), une thérapie (pour lui-même) et un acte de dignité. Hugo fait de la littérature elle-même un argument contre la peine de mort : tant qu’un homme peut écrire, penser et souffrir, il est humain — et on n’a pas le droit de le tuer.

L’argumentation de Hugo contre la peine de mort

Le Dernier Jour d’un condamné n’est pas un simple roman : c’est un texte argumentatif qui utilise la fiction comme véhicule. Hugo mobilise plusieurs registres pour convaincre le lecteur :

RegistreProcédéExemple
PathétiqueÉmotion, pitié, identificationLa visite de Marie (ch. 43) — l’enfant qui croit son père déjà mort
TragiqueFatalité, destin inévitableLe compte à rebours des dernières heures — impossible d’échapper au mécanisme judiciaire
PolémiqueDénonciation directeLa préface de 1832 où Hugo attaque explicitement la peine de mort comme institution barbare
IroniqueDécalage, absurditéLe friauche qui réclame la redingote du condamné — la mort réduite à une question de garde-robe
LyriqueExpression intense des sentimentsLes souvenirs d’enfance, le soleil, le jardin, Pepa — la vie perdue
⚠️ Piège courant : beaucoup d’élèves confondent « roman à thèse » et « essai ». Le Dernier Jour d’un condamné n’argumente pas par des raisonnements logiques (comme un essai de philosophie), mais par l’émotion et l’identification. Hugo veut que le lecteur ressente l’horreur de la peine de mort avant de la penser. C’est la force du genre romanesque comme outil argumentatif. Les arguments logiques, eux, sont dans la préface de 1832.

Structure et narration

Le roman comporte 49 chapitres très courts — certains ne font que quelques lignes. Cette brièveté n’est pas un hasard : elle reproduit le rythme haletant de la pensée d’un homme qui sait qu’il va mourir. Les chapitres fonctionnent comme des entrées de journal intime, datées non par le calendrier mais par l’angoisse croissante.

Le récit est entièrement à la première personne. Le lecteur n’a accès qu’à la conscience du condamné. Il n’y a pas de narrateur omniscient, pas de recul, pas de distance. Cet enfermement narratif reproduit l’enfermement physique du personnage : le lecteur est aussi prisonnier que lui.

La temporalité est remarquable : 21 chapitres couvrent cinq semaines, 28 chapitres couvrent une seule journée. Cette dilatation du dernier jour mime le vertige de l’homme qui voit le temps se contracter à mesure que la mort approche. Le dernier chapitre s’arrête au milieu d’une supplication — la mort interrompt l’écriture, et donc la vie.

Les préfaces — la voix directe de Hugo

Hugo a écrit deux préfaces pour le roman, qui sont des textes argumentatifs essentiels :

La préface de 1829 est brève et ironique. Hugo y feint de présenter le manuscrit comme un document trouvé, un « journal authentique » d’un condamné. Ce procédé de fiction-réalité renforce l’impact émotionnel.

La préface de 1832 est beaucoup plus longue et explicitement engagée. Hugo abandonne le masque de la fiction, revendique son livre comme un plaidoyer pour l’abolition, et s’adresse directement aux législateurs. Il réfute un par un les arguments en faveur de la peine de mort : la dissuasion (elle ne réduit pas le crime), l’exemplarité (le spectacle de l’exécution brutalise le peuple au lieu de l’éduquer), et la justice (une société qui tue n’est pas juste — et l’erreur judiciaire est irréparable). Cette préface est souvent étudiée en classe comme un modèle de texte argumentatif engagé.

Citations clés à retenir

L’œuvre est dans le domaine public : voici les citations essentielles à connaître, avec leur intérêt pour l’analyse.

L’ouverture (ch. 1) : « Condamné à mort ! Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids ! »
Tout le roman est contenu dans cette première phrase : l’idée fixe, la solitude, l’écrasement. La pensée de la mort est personnifiée — c’est une présence physique qui glace et qui pèse.
La double prison (ch. 1) : « Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! »
Le parallélisme corps/esprit montre que la vraie torture n’est pas l’enfermement physique mais l’enfermement mental. La gradation finale (horrible, sanglante, implacable) traduit la montée de l’angoisse.
La thèse assumée (préface de 1832) : Hugo y définit lui-même son livre comme un plaidoyer, direct ou indirect, pour l’abolition de la peine de mort.
Citation à utiliser pour montrer que l’intention argumentative est explicite : l’auteur revendique le roman à thèse.
Les derniers mots (ch. 49) : le roman s’achève sur « QUATRE HEURES » — l’heure de l’exécution, en majuscules, au milieu d’une supplication inachevée.
La mort interrompt littéralement le texte : la forme elle-même devient l’argument final contre la peine de mort.

Contexte historique

En 1829, la peine de mort est courante en France. Les exécutions sont publiques, en place de Grève à Paris, et attirent des foules considérables. Hugo, alors jeune écrivain de 27 ans, a assisté à des préparatifs d’exécution et en a été profondément marqué. Le Dernier Jour d’un condamné est né de cette indignation personnelle.

Le roman s’inscrit dans le mouvement abolitionniste qui traverse le XIXe siècle. Beccaria avait déjà argumenté contre la peine de mort au XVIIIe siècle dans Des délits et des peines (1764). Hugo reprend le combat, mais choisit la fiction plutôt que l’essai philosophique — convaincu que l’émotion est plus puissante que la raison pour changer les esprits. Il poursuivra ce combat toute sa vie : Claude Gueux (1834), ses discours politiques, ses interventions en faveur de condamnés.

La peine de mort ne sera abolie en France qu’en 1981, sous la présidence de François Mitterrand, par la loi portée par Robert Badinter. Hugo n’a donc pas vécu l’aboutissement de son combat, mais son roman a joué un rôle majeur dans la prise de conscience collective. Badinter lui-même a rendu hommage à Hugo dans son discours à l’Assemblée nationale.

Pour le brevet : comment utiliser cette œuvre

🎯 Au brevet, cette œuvre est utile dans trois situations : en rédaction argumentative (exemple littéraire parfait pour un sujet sur l’engagement, la justice ou la liberté d’expression : un écrivain peut changer la société par la fiction) ; en analyse de texte (les extraits tombent régulièrement : repérez le registre pathétique, la première personne, les phrases courtes et exclamatives) ; et à l’oral (si vous la présentez : insistez sur le dispositif de l’anonymat du condamné et sur la structure en compte à rebours — c’est ce qui distingue une bonne présentation d’un simple résumé).

Exercices

Exercice 1 — Registres et argumentation

Identifiez les registres dominants dans la scène de la visite de Marie (chapitre 43). En quoi cette scène constitue-t-elle un argument contre la peine de mort, même si aucun raisonnement logique n’y est développé ?
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Les registres dominants sont le pathétique (l’émotion du père, l’innocence de l’enfant qui croit son père mort) et le tragique (la situation est irréversible). La scène argue par l’émotion : en montrant qu’un père aimant va être arraché à son enfant — et qu’il est déjà effacé de sa mémoire —, Hugo crée une empathie qui rend la peine de mort inacceptable aux yeux du lecteur. L’argument n’est pas logique (« la peine de mort est inefficace ») mais émotionnel (« la peine de mort détruit des êtres humains qui aiment »). C’est la force du roman à thèse : convaincre par le cœur, pas seulement par la raison.

Exercice 2 — Écriture et fragmentation

Comparez la longueur et le style des premiers chapitres (1 à 5) avec les derniers chapitres (45 à 49). Que traduit cette évolution formelle ? En quoi le style devient-il lui-même un argument ?
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Les premiers chapitres sont relativement longs, construits, réflexifs. Le condamné analyse, se souvient, philosophe. Les derniers chapitres sont brefs, hachés, fragmentaires. Les phrases se brisent, la ponctuation se disloque, les pensées sautent d’un sujet à l’autre. Cette désintégration formelle mime la désintégration psychologique du personnage. Le style devient un argument en lui-même : en montrant dans la forme ce que la condamnation fait à un esprit humain, Hugo prouve que la peine de mort est une destruction — pas seulement du corps, mais de la pensée, de la cohérence, de l’humanité même du condamné.

Exercice 3 — Le friauche et la thèse sociale

Le friauche (chapitre 23) est fils d’un homme guillotiné et a grandi dans la misère avant de devenir criminel. Quelle idée Hugo suggère-t-il à travers ce personnage ? Quel autre texte de Hugo développe cette idée ?
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À travers le friauche, Hugo suggère que la société fabrique ses propres criminels : la misère, l’abandon et l’exemple de la violence judiciaire (son père guillotiné) ont produit un nouveau criminel — la peine de mort n’a rien dissuadé, elle a engendré. Cette idée devient la thèse centrale de Claude Gueux (1834), où Hugo écrit que la vraie question est celle de l’éducation du peuple, puis des Misérables (1862) avec le personnage de Jean Valjean.

Exercice 4 — Sujet de rédaction (type brevet)

Vous êtes un défenseur de l’abolition de la peine de mort. Rédigez un texte argumentatif dans lequel vous utilisez au moins un argument logique et un argument émotionnel pour convaincre votre lecteur. Vous pourrez vous inspirer du roman de Hugo. (30 lignes environ)
Voir des conseils
Structurez votre texte en trois parties : introduction (posez le débat), développement (alternez argument logique — par exemple, l’absence de preuve que la peine de mort dissuade le crime, ou l’irréversibilité en cas d’erreur judiciaire — et argument émotionnel — par exemple, la destruction d’une famille, inspirée de la scène de Marie), conclusion (appel à l’humanité). Utilisez des connecteurs logiques (certes, cependant, en effet, c’est pourquoi) et variez les registres. Pensez à inclure un exemple concret (Hugo, une affaire judiciaire, un pays abolitionniste).

Questions fréquentes

Quel est le crime du condamné dans Le Dernier Jour d’un condamné ?
On ne le sait pas, et c’est voulu. Hugo refuse délibérément de nommer le crime pour empêcher le lecteur de juger le personnage. Si le lecteur savait que le condamné a commis un meurtre atroce, il pourrait se dire « il l’a mérité ». En gardant le mystère, Hugo force le lecteur à considérer la souffrance humaine en elle-même, indépendamment de toute faute. C’est le cœur de son argumentation : aucun crime ne justifie la torture de l’attente de la mort.
Combien de chapitres compte Le Dernier Jour d’un condamné ?
Le roman compte 49 chapitres, pour la plupart très courts — certains font quelques lignes seulement. Les chapitres 1 à 21 couvrent les cinq semaines d’attente à Bicêtre ; les chapitres 22 à 49 racontent le dernier jour, heure par heure, du transfert à la Conciergerie jusqu’à la place de Grève. Les chapitres raccourcissent à mesure que la mort approche.
Comment se termine Le Dernier Jour d’un condamné ?
Le roman s’achève au moment précis de l’exécution. Dans le dernier chapitre, le condamné supplie qu’on lui accorde une grâce, quelques minutes encore. Le texte s’interrompt brutalement sur les mots « QUATRE HEURES » — l’heure de l’exécution. Hugo ne décrit pas la mort : il la fait ressentir par l’interruption même de l’écriture. La phrase inachevée est le dernier argument du livre.
Pourquoi ce roman est-il souvent étudié en 4ème ou 3ème ?
Parce qu’il se situe au croisement de plusieurs objets d’étude du programme de collège : l’argumentation (comment un texte littéraire peut défendre une cause), la littérature engagée (l’écrivain qui prend position dans le débat public), et le récit à la première personne (le journal intime comme forme narrative). Sa brièveté (moins de 150 pages) et l’intensité de son écriture le rendent accessible aux collégiens tout en offrant une matière riche pour l’analyse — et un excellent exemple littéraire à réutiliser en rédaction au brevet.
En quoi Le Dernier Jour d’un condamné est-il un « roman à thèse » ?
Un roman à thèse est un roman écrit pour défendre une idée. Ici, la thèse est claire : la peine de mort doit être abolie. Tout dans le roman — le choix du narrateur (un condamné), la structure (un compte à rebours vers la mort), le style (de plus en plus fragmenté), l’absence de crime identifié — est construit pour servir cette thèse. Hugo le revendique d’ailleurs lui-même dans la préface de 1832, où il présente son livre comme un plaidoyer pour l’abolition.
Quel lien avec Claude Gueux du même auteur ?
Claude Gueux (1834) est le second texte majeur de Hugo contre la peine de mort. Contrairement au Dernier Jour d’un condamné, Claude Gueux est inspiré d’un fait divers réel et nomme le personnage et son crime (un meurtre en prison). Les deux textes sont complémentaires : le premier argue par l’émotion et l’anonymat, le second par le réalisme social. Le personnage du friauche, fils de guillotiné devenu criminel, annonce déjà cette thèse sociale : c’est la misère qui fabrique les criminels.
La peine de mort a-t-elle été abolie en France grâce à Hugo ?
Pas directement, mais son influence a été considérable. La peine de mort a été abolie en France le 9 octobre 1981 par la loi portée par Robert Badinter, garde des Sceaux sous la présidence de Mitterrand. Badinter a lui-même rendu hommage à Victor Hugo dans son discours à l’Assemblée nationale. Le combat de Hugo, mené pendant plus de cinquante ans à travers ses romans, ses discours et son action politique, a profondément façonné la conscience abolitionniste française.