La France depuis 1945 : cours et exercices de terminale
De la Libération aux transformations récentes de la République, comprends les changements politiques, économiques et sociaux de la France. Chronologie, notions essentielles, méthode et 20 exercices corrigés pour relier les dates aux événements.
Comprendre la France depuis 1945
Depuis 1945, la France reconstruit son économie, élargit la protection sociale, change de régime politique et transforme sa place dans le monde. La IVe République est remplacée par la Ve en 1958. La décolonisation et la construction européenne modifient l’exercice de sa puissance. La croissance d’après-guerre bouleverse les modes de vie, puis le ralentissement économique des années 1970 s’accompagne d’un chômage durable.
Le fil directeur est le suivant : comment la France renouvelle-t-elle ses institutions, sa société et son rôle international depuis la Libération ? Il faut articuler ces trois dimensions. Une réforme politique n’explique pas, à elle seule, une transformation économique ; inversement, une crise économique ne provoque pas automatiquement un changement de Constitution.
En terminale générale, ce parcours relie plusieurs chapitres du programme : les bases de l’État-providence, la nouvelle place de la France dans le monde, le tournant social, politique et culturel de 1974 à 1988, puis les évolutions de la République. Le point de départ en 1944 permet de comprendre des décisions prises avant la fin de la guerre.
| Période | Évolution principale | Repères à relier |
|---|---|---|
| 1944-1946 | Refondation républicaine et sociale | Programme du CNR, vote des femmes, Sécurité sociale |
| 1946-1958 | Reconstruction et difficultés de la IVe République | Construction européenne, guerres coloniales, instabilité gouvernementale |
| 1958-1974 | Installation de la Ve République et modernisation | Constitution, indépendance algérienne, croissance, Mai 68 |
| 1974-1988 | Ralentissement économique et transformations sociales | Droits des femmes, alternance de 1981, premières années de cohabitation |
| Depuis les années 1990 | Réformes institutionnelles et nouveaux droits | Union européenne, parité, quinquennat, décentralisation |
Ces bornes servent à organiser le raisonnement. Elles ne signifient pas que tous les changements commencent ou s’achèvent la même année : la croissance ralentit avant certaines réformes sociales, et la décolonisation suit des calendriers différents selon les territoires.
1944-1946 : refonder la République
Reconstruire un pays et une légitimité politique
À la Libération, les destructions, les pénuries et les déplacements de population rendent la reconstruction urgente. Il faut aussi rétablir la légalité républicaine après le régime de Vichy, autoritaire et engagé dans la collaboration. Le Gouvernement provisoire de la République française, ou GPRF, exerce le pouvoir de 1944 à 1946. Charles de Gaulle le dirige jusqu’à sa démission en janvier 1946.
Le programme adopté par le Conseil national de la Résistance le 15 mars 1944 associe libération du territoire, restauration des libertés et réformes sociales. Il inspire les décisions de l’après-guerre, mais n’est pas lui-même une Constitution ou une loi immédiatement applicable. Sa mise en œuvre résulte de décisions gouvernementales, de textes juridiques et de l’action de nombreux acteurs.
Une démocratie plus sociale
- Citoyenneté : l’ordonnance du 21 avril 1944 reconnaît aux femmes le droit de vote et d’éligibilité. Elles votent pour la première fois aux élections municipales du 29 avril 1945.
- Protection sociale : les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 organisent la Sécurité sociale. Elle vise à protéger contre des risques tels que la maladie, la vieillesse ou la perte de revenus liée à certaines situations.
- Intervention économique : les nationalisations de 1944-1946 concernent notamment Renault, de grandes banques et l’énergie. Le Commissariat général du Plan est créé en 1946 pour orienter la modernisation.
La Sécurité sociale s’appuie sur des dispositifs antérieurs : toute protection sociale ne naît donc pas en 1945. Son financement repose initialement surtout sur les cotisations, et sa gestion associe les représentants des assurés et des employeurs. La couverture de l’ensemble de la population se construit progressivement ; elle n’est pas identique pour tous dès l’origine.
La Constitution du 27 octobre 1946 fonde la IVe République. Son préambule affirme des droits économiques et sociaux, dont la protection de la santé et l’égalité des droits entre femmes et hommes. Les principes proclamés ne suppriment pas immédiatement les inégalités, notamment dans l’empire colonial. Pour revoir les bases, consulte la fiche de collège sur la refondation républicaine de 1944 à 1947.
La IVe République : un bilan contrasté
La IVe République est un régime parlementaire dans lequel l’Assemblée nationale occupe une place prépondérante. Le gouvernement, dirigé par le président du Conseil, dépend de son soutien. Le président de la République dispose de pouvoirs plus limités que sous la Ve République, sans être totalement privé de rôle politique.
Les coalitions sont fragiles. Les divisions entre partis, les tensions de la guerre froide et les désaccords coloniaux favorisent les crises ministérielles. Les changements fréquents de gouvernement compliquent la conduite des politiques, mais ne signifient pas que l’administration s’arrête ou que toutes les décisions sont annulées à chaque crise.
Le régime accompagne la reconstruction et la modernisation. L’aide américaine du plan Marshall, mise en œuvre à partir de 1948, soutient le redressement européen. La France participe à la CECA, créée par le traité de Paris de 1951, puis signe les traités de Rome en 1957, dont celui qui institue la Communauté économique européenne. La construction européenne commence donc avant le retour de de Gaulle au pouvoir.
Deux conceptions de l’efficacité politique
Pierre Mendès France, président du Conseil en 1954-1955, cherche à mener une action gouvernementale déterminée dans le cadre parlementaire. Il engage sa responsabilité devant les députés sur des objectifs précis, notamment la fin de la guerre d’Indochine. De Gaulle privilégie un exécutif renforcé et un chef de l’État moins dépendant des partis. Leur comparaison montre que critiquer l’instabilité ne conduit pas nécessairement à la même solution institutionnelle.
Ne réduis pas la IVe République à une incapacité générale d’agir. Son bilan associe des réalisations économiques et européennes, une instabilité gouvernementale et de graves impasses coloniales. La crise algérienne accélère sa chute, dans un contexte de contestation de ses institutions.
Décolonisation et guerre d’Algérie
Après 1945, les mouvements indépendantistes contestent la domination coloniale. L’affaiblissement des puissances européennes, la mobilisation des populations colonisées et le contexte international favorisent les revendications. Pour la France, les indépendances résultent de négociations, de conflits et de rapports de force différents selon les territoires.
| Repère | Événement | Portée |
|---|---|---|
| 1946-1954 | Guerre d’Indochine | La défaite de Diên Biên Phu et les accords de Genève marquent la fin de la guerre française en 1954 |
| 1956 | Indépendances du Maroc et de la Tunisie | Fin des protectorats français |
| 1960 | Indépendances de nombreux États d’Afrique subsaharienne | Recomposition des relations politiques et économiques avec la France |
| 1954-1962 | Guerre d’Algérie | Crise majeure pour les institutions et la société françaises |
La guerre d’Algérie commence en 1954. Le FLN lutte pour l’indépendance, tandis que les autorités françaises veulent d’abord maintenir l’Algérie dans la France. Le conflit mobilise notamment les appelés du contingent et s’accompagne de violences contre les civils, de répression, d’attentats et de l’usage de la torture par l’armée française.
Revenu au pouvoir en 1958, de Gaulle s’oriente progressivement vers l’autodétermination puis l’indépendance. Les accords d’Évian sont conclus le 18 mars 1962 ; l’indépendance intervient en juillet. Le cessez-le-feu ne met pas immédiatement fin aux violences. Le départ de nombreux Français d’Algérie et le sort des harkis, auxiliaires algériens de l’armée française dont beaucoup sont abandonnés et victimes de massacres, marquent durablement les mémoires.
L’histoire étudie les faits et les confronte aux sources ; les mémoires expriment les expériences et les transmissions de groupes ou de personnes. Anciens combattants, indépendantistes, rapatriés et familles de harkis ne portent pas les mêmes souvenirs. Reconnaître cette diversité ne dispense pas d’établir les faits.
Évite de faire finir toute la décolonisation française en 1962 : Djibouti devient indépendant en 1977, par exemple. Les territoires ultramarins connaissent par ailleurs des situations et des statuts différents. La fiche de collège sur la décolonisation et les indépendances fournit des repères complémentaires.
1958-1965 : installer la Ve République
Une naissance dans la crise
Le 13 mai 1958, à Alger, une insurrection associant des partisans de l’Algérie française et des militaires met le pouvoir civil sous pression. La menace d’une intervention militaire et les craintes de guerre civile pèsent sur les décisions. Le président René Coty fait appel à de Gaulle, investi président du Conseil par l’Assemblée nationale le 1er juin 1958.
La loi constitutionnelle du 3 juin autorise son gouvernement à préparer une nouvelle Constitution selon des principes fixés. Le texte est approuvé par référendum le 28 septembre, puis promulgué par René Coty le 4 octobre 1958. De Gaulle est élu président par un collège électoral en décembre 1958 et entre en fonction en janvier 1959.
Il faut donc tenir ensemble deux faits : une forte pression militaire accompagne la crise, et le changement de régime passe par une investiture parlementaire et une procédure constitutionnelle. Présenter de Gaulle comme un chef de putsch prenant directement la présidence, ou effacer les pressions au nom de la seule légalité, simplifie excessivement les événements.
Un exécutif renforcé, un gouvernement responsable
La Constitution renforce l’exécutif. Le président nomme le Premier ministre, peut dissoudre l’Assemblée nationale et dispose de pouvoirs propres. Le recours au référendum obéit aux conditions prévues par la Constitution ; les pouvoirs exceptionnels de l’article 16 sont encadrés par des conditions de crise. Le Parlement vote la loi et contrôle le gouvernement, qui reste responsable devant l’Assemblée nationale.
La pratique gaullienne donne une place centrale au président. Le référendum du 28 octobre 1962 approuve son élection au suffrage universel direct. Le choix de la procédure suscite alors une vive contestation politique et constitutionnelle. La première application de cette réforme a lieu en 1965 : de Gaulle est réélu face à François Mitterrand au second tour.
Trois dates à distinguer : 1958 fonde la Ve République ; 1962 adopte la réforme du mode d’élection présidentielle ; 1965 correspond à la première présidentielle au suffrage universel direct sous ce régime. Une réforme et sa première application ne sont pas nécessairement contemporaines.
La fiche de collège sur les institutions de la Ve République permet de revoir les acteurs avant d’analyser leurs relations en terminale.
Croissance et transformations sociales
Les Trente Glorieuses
L’expression « Trente Glorieuses », popularisée par Jean Fourastié dans un ouvrage paru en 1979, désigne les décennies de forte croissance d’après-guerre, jusqu’au milieu des années 1970. La reconstruction, les investissements, les gains de productivité et le développement des échanges soutiennent la hausse de la production et du niveau de vie.
La mécanisation agricole réduit les besoins de main-d’œuvre dans les campagnes. L’urbanisation progresse, les emplois industriels puis les services se développent, et le salariat devient dominant. Le baby-boom augmente le nombre de jeunes ; l’allongement des études transforme l’école et l’université. L’immigration contribue au travail dans l’industrie, le bâtiment et d’autres secteurs.
Automobile, réfrigérateur, télévision et vacances se diffusent dans un nombre croissant de ménages. Cette consommation de masse ne signifie pas que tous accèdent au même confort au même moment. Les difficultés de logement, les bidonvilles, les inégalités entre sexes et les écarts sociaux persistent. Pour approfondir les mécanismes économiques, consulte les sources de la croissance en SES terminale.
Mai 1968 : plusieurs contestations réunies
Mai 68 associe une contestation étudiante, un vaste mouvement de grèves et une crise politique. Les revendications portent sur les conditions d’études et de travail, les salaires, les rapports d’autorité et les libertés. Les négociations de Grenelle débouchent notamment sur des augmentations salariales, sans provoquer un retour immédiat au travail partout.
De Gaulle dissout l’Assemblée nationale le 30 mai. Les élections de juin donnent une large victoire à la majorité gaulliste. Il ne quitte donc pas le pouvoir à la suite immédiate de Mai 68 : il démissionne en avril 1969 après l’échec d’un autre référendum, consacré à la régionalisation et au Sénat. Georges Pompidou lui succède.
La France dans le monde et en Europe
La disparition de l’essentiel de l’empire colonial transforme les moyens d’influence de la France sans effacer son rôle international. Son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, sa diplomatie, ses capacités militaires et son économie lui permettent de demeurer un acteur important. Elle ne dispose toutefois pas de la puissance globale des États-Unis ou de l’URSS pendant la guerre froide.
La politique gaullienne recherche une autonomie de décision : premier essai nucléaire français en 1960, coopération franco-allemande renforcée par le traité de l’Élysée de 1963 et retrait du commandement militaire intégré de l’OTAN en 1966. La France reste membre de l’Alliance atlantique. Elle réintègre pleinement la structure de commandement en 2009. La fiche de collège sur la guerre froide aide à replacer ces choix dans l’affrontement des blocs.
L’engagement européen se poursuit sous des gouvernements différents. Le traité de Maastricht est signé et approuvé par référendum en France en 1992 ; son entrée en vigueur en 1993 crée l’Union européenne. L’euro est lancé en 1999 comme monnaie de compte, puis les billets et pièces circulent à partir de 2002.
Cette intégration permet des politiques communes et implique le partage de certaines compétences. Elle fait aussi débat : le rejet français du traité constitutionnel européen en 2005 montre que le processus n’est ni linéaire ni consensuel. Il faut distinguer coopération européenne, souveraineté nationale et choix de politique intérieure. Pour la chronologie de base, retrouve la construction européenne au niveau collège.
1974-1988 : une société en mutation
Le ralentissement économique
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 renchérissent l’énergie et aggravent les difficultés économiques. La croissance ralentit, l’inflation demeure forte dans les années 1970 et le chômage augmente durablement. La désindustrialisation désigne notamment la diminution du poids de l’industrie dans l’emploi ; elle ne signifie pas la disparition de toute production industrielle.
Les transformations ont plusieurs causes : évolution des marchés, gains de productivité, concurrence internationale et réorganisation des entreprises. Les régions et les catégories sociales ne sont pas touchées de façon identique. Les politiques économiques alternent relance et lutte contre l’inflation. Parler d’une croissance plus faible et irrégulière est plus précis que d’affirmer qu’elle s’arrête définitivement.
Femmes, jeunes et immigration
Les réformes prolongent des mobilisations anciennes. La loi de 1965 accroît l’autonomie des femmes mariées, notamment pour travailler et ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari. La loi Neuwirth de 1967 autorise la contraception. La majorité passe de 21 à 18 ans en 1974. La loi Veil du 17 janvier 1975 dépénalise l’IVG dans certaines conditions ; la réforme du divorce de 1975 réintroduit le consentement mutuel.
Ces avancées juridiques ne rendent pas immédiatement les situations égales : partage des tâches domestiques, accès aux responsabilités et trajectoires professionnelles restent des enjeux. La massification scolaire augmente le nombre d’élèves et d’étudiants, mais ne supprime pas les inégalités de réussite ou d’orientation.
La suspension de l’immigration de travail décidée en 1974 ne met pas fin à toutes les migrations. Les installations familiales et les parcours d’intégration se poursuivent. Les débats sur le racisme et la citoyenneté prennent une place importante, illustrée par la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Dans les statistiques françaises, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France ; un étranger ne possède pas la nationalité française. Un immigré peut devenir français : les deux catégories ne se confondent pas.
Culture, médias et mobilisation face au sida
La télévision devient un média central. L’audiovisuel s’ouvre progressivement à de nouveaux acteurs, notamment avec la libéralisation des radios au début des années 1980. Les politiques culturelles élargissent leurs domaines d’intervention ; la première Fête de la musique a lieu en 1982. L’accès aux pratiques culturelles se diversifie sans faire disparaître les différences sociales.
L’épidémie de sida constitue un autre enjeu majeur des années 1980. En 1983, une équipe de l’Institut Pasteur isole le virus ensuite nommé VIH. Des associations, dont AIDES fondée en 1984, interviennent dans le soutien aux personnes concernées, la prévention et la lutte contre les discriminations. Cet exemple relie recherche scientifique, action publique, engagement associatif et transformation du regard social sur la maladie.
Alternance et cohabitations
1981 : la gauche arrive au pouvoir
Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président. C’est la première alternance entre droite et gauche à la présidence sous la Ve République. La gauche remporte ensuite les élections législatives. Ce changement de majorité s’effectue dans les institutions existantes : il ne fonde pas une nouvelle République.
Les réformes de 1981-1982 comprennent l’abolition de la peine de mort, portée par Robert Badinter et promulguée le 9 octobre 1981, des nationalisations, la cinquième semaine de congés payés et la réduction de la durée légale hebdomadaire à 39 heures. Les textes de 1982 ouvrent la retraite à 60 ans dans les conditions prévues, avec une entrée en application en 1983. Les lois de décentralisation renforcent les collectivités territoriales.
Face à l’inflation, aux difficultés des échanges extérieurs et aux tensions monétaires, Mitterrand choisit en mars 1983 de maintenir la France dans le Système monétaire européen et d’accentuer la rigueur. Ce changement de politique économique est un choix effectué sous contraintes ; il ne constitue pas une alternance électorale ni l’annulation de toutes les réformes sociales précédentes.
Comment fonctionne une cohabitation ?
Une cohabitation apparaît lorsque le président et la majorité de l’Assemblée nationale appartiennent à des camps opposés, conduisant à la nomination d’un Premier ministre issu de cette majorité. Le gouvernement doit pouvoir éviter d’être renversé par l’Assemblée. Il n’existe pas pour autant d’obligation générale d’organiser un vote d’investiture après chaque nomination.
| Période | Président | Premier ministre | Contexte |
|---|---|---|---|
| 1986-1988 | François Mitterrand | Jacques Chirac | Victoire de la droite aux législatives de 1986 |
| 1993-1995 | François Mitterrand | Édouard Balladur | Nouvelle majorité de droite en 1993 |
| 1997-2002 | Jacques Chirac | Lionel Jospin | Victoire de la gauche après la dissolution de 1997 |
Le Premier ministre dirige alors l’action du gouvernement en s’appuyant sur la majorité parlementaire. Le président conserve ses attributions et une influence importante, notamment en diplomatie et en défense. Ces domaines ne deviennent pas juridiquement sa propriété exclusive : des compétences sont partagées avec le gouvernement.
La cohabitation révèle la dimension parlementaire du régime. Le décalage entre septennat présidentiel et législature de cinq ans a facilité son apparition, mais n’est pas sa seule cause possible : une dissolution peut aussi modifier la majorité, comme en 1997.
Les réformes depuis les années 1990
Adapter les institutions
Le référendum de 2000 approuve le quinquennat, qui ramène de sept à cinq ans la durée du mandat présidentiel. La modification du calendrier électoral décidée en 2001 place les législatives après la présidentielle en 2002. L’enchaînement favorise la formation d’une majorité présidentielle, mais ne la garantit pas et n’interdit pas la cohabitation.
La décentralisation se poursuit. Engagée par une grande série de réformes en 1982-1983, elle transfère des compétences à des collectivités administrées par des élus. En 2003, l’organisation décentralisée de la République est inscrite dans la Constitution. Elle se distingue de la déconcentration, dans laquelle l’État agit localement par ses propres représentants, comme les préfets.
La révision constitutionnelle de 2008 modifie plusieurs équilibres institutionnels. Elle crée notamment la question prioritaire de constitutionnalité, ou QPC, entrée en vigueur le 1er mars 2010. À l’occasion d’un procès, un justiciable peut contester une disposition législative qu’il estime contraire aux droits et libertés garantis par la Constitution. La transmission au Conseil constitutionnel passe par une procédure de filtrage ; il ne s’agit pas d’une saisine directe librement ouverte à toute personne.
Égalité, laïcité et nouveaux droits
| Date | Évolution | Précision à retenir |
|---|---|---|
| 1999 puis 2000 | Révision constitutionnelle puis loi sur la parité | Favoriser l’égal accès aux mandats ; les dispositifs varient selon les élections |
| 15 novembre 1999 | Création du PACS | Contrat organisant la vie commune de deux personnes majeures, de même sexe ou de sexes différents |
| 15 mars 2004 | Loi sur les signes religieux à l’école publique | Elle concerne les signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse chez les élèves |
| 17 mai 2013 | Ouverture du mariage aux couples de même sexe | Évolution du droit du mariage |
| 8 mars 2024 | Promulgation de la révision constitutionnelle sur l’IVG | Protection constitutionnelle d’une liberté garantie, dont la loi détermine les conditions d’exercice |
La loi de 2004 s’applique aux élèves des écoles, collèges et lycées publics. Elle n’interdit pas toute manifestation religieuse dans l’ensemble de l’espace public. La laïcité associe notamment liberté de conscience et neutralité de l’État ; elle ne signifie pas que les citoyens doivent tous être sans religion.
En 2024, le Congrès adopte la révision relative à l’IVG le 4 mars, avant sa promulgation le 8 mars. Cette inscription renforce la protection constitutionnelle : les lois doivent respecter cette garantie. Elle ne fige pas toutes les modalités d’accès à l’IVG et ne rend pas la Constitution impossible à réviser.
Ces changements illustrent une continuité institutionnelle accompagnée de réformes. Les débats sur la représentation, l’égalité, les services publics ou la participation des citoyens demeurent. Une analyse historique distingue l’adoption d’un texte, ses effets concrets et les limites de son application.
Les notions essentielles
| Notion | Définition utile dans une copie |
|---|---|
| État-providence | État intervenant dans la protection sociale et la réduction de certains risques et inégalités |
| Nationalisation | Transfert d’une entreprise ou de son contrôle du secteur privé au secteur public |
| Régime parlementaire | Régime dans lequel le gouvernement est politiquement responsable devant le Parlement |
| Référendum | Vote des électeurs sur une question ou un texte soumis à leur décision |
| Alternance | Remplacement d’une majorité politique par une autre issue d’un camp opposé, par les élections |
| Cohabitation | Configuration associant un président et un gouvernement soutenu par une majorité parlementaire de camp opposé |
| Tertiarisation | Augmentation du poids des activités de services dans l’économie ou l’emploi |
| Massification scolaire | Augmentation importante du nombre d’élèves et d’étudiants accédant aux différents niveaux d’enseignement |
| Décentralisation | Transfert de compétences de l’État à des collectivités territoriales disposant d’organes élus |
| Parité | Objectif d’égal accès des femmes et des hommes à certaines responsabilités, notamment électives |
Utilise ces mots pour expliquer un mécanisme. « Alternance » ne signifie pas simplement remplacement d’un ministre ; « décentralisation » ne désigne pas le déplacement d’un service ministériel en province. Une définition doit permettre de distinguer deux situations proches.
Méthode pour une réponse d’histoire
Construire une réponse organisée
- Délimite le sujet : période, espace, acteurs et dimensions demandées. Un sujet sur 1958 ne nécessite pas de raconter toutes les réformes jusqu’en 2024.
- Formule une idée directrice : explique ce qui change, ce qui demeure et pourquoi. Une problématique relie les faits au lieu de répéter le titre.
- Choisis un plan adapté : chronologique pour suivre des ruptures successives, thématique pour comparer des dimensions, ou combinant les deux si le sujet le justifie.
- Rédige des paragraphes argumentés : une idée, une explication, puis un exemple daté. Le nom d’une loi ou une date ne remplace pas l’explication de sa portée.
- Conclus sur la question posée : rappelle le résultat de la démonstration, sans ajouter une liste d’événements nouveaux.
Pour « Comment la République s’adapte-t-elle à la société depuis les années 1970 ? », un plan possible distingue l’élargissement des droits, les transformations de la participation politique et les réformes institutionnelles. Pour « Pourquoi 1958 est-elle une rupture ? », pars de la crise, explique le changement constitutionnel et précise les continuités. Il n’existe pas un plan valable pour tous les sujets.
Analyser un document sans le paraphraser
Identifie sa nature, son auteur, sa date, son destinataire et son contexte, lorsque ces informations sont disponibles. Relève ensuite les éléments utiles à la consigne et explique-les avec le cours. Une affiche cherche souvent à convaincre ; un discours défend un point de vue ; une loi fixe une règle sans prouver, à elle seule, que cette règle produit immédiatement tous les effets attendus.
Distingue ce que le document dit, ce que tes connaissances permettent d’éclairer et ce qu’il ne permet pas de conclure. Ne lui attribue pas une date, un chiffre ou une intention sans indice. Une critique historique n’est pas un jugement moral improvisé : elle évalue les conditions de production et les limites de la source.
Erreurs fréquentes : confondre 1962 et 1965 ; dater le PACS de 2000 ; faire démissionner de Gaulle en mai 1968 ; assimiler retrait du commandement intégré et sortie de l’OTAN ; décrire le quinquennat comme une interdiction de cohabiter ; présenter un droit proclamé comme une égalité déjà réalisée.
20 exercices corrigés
Les exercices 1 à 7 consolident les repères politiques ; les exercices 8 à 13 portent sur les transformations économiques et sociales ; les exercices 14 à 20 travaillent les institutions, l’analyse et l’argumentation. Réponds d’abord sans regarder le corrigé. Les formulations proposées sont des exemples de réponses, pas un barème officiel.
Exercice 1 — Remettre les événements dans l’ordre
Classe du plus ancien au plus récent : fondation de la Ve République ; création de la Sécurité sociale ; élection de François Mitterrand ; adoption du programme du CNR ; Constitution de la IVe République. Ajoute l’année de chaque événement.
L’ordre est : programme du CNR en 1944 ; Sécurité sociale en 1945 ; Constitution de la IVe République en 1946 ; fondation de la Ve République en 1958 ; élection de Mitterrand en 1981.
Le programme du CNR précède la fin de la guerre et les réformes sociales. L’alternance de 1981 intervient dans la Ve République : elle ne correspond pas à une nouvelle Constitution.
Exercice 2 — Distinguer trois dimensions de la refondation
Classe le droit de vote des femmes, la Sécurité sociale et les nationalisations dans trois domaines : citoyenneté, protection sociale, intervention économique. Explique en une phrase le changement apporté par chaque mesure.
Le droit de vote et d’éligibilité élargit la citoyenneté politique. La Sécurité sociale organise une protection contre plusieurs risques de l’existence. Les nationalisations renforcent le contrôle public sur des entreprises et secteurs stratégiques.
Ces mesures sont liées par le projet de refondation, mais leurs mécanismes diffèrent. Nationaliser une entreprise ne signifie pas verser directement une prestation sociale à tous les habitants.
Exercice 3 — Comparer les deux Républiques
Compare la IVe et la Ve République sur deux points : place du président et relation entre gouvernement et Assemblée. Pourquoi est-il faux de dire que le Parlement disparaît en 1958 ?
Sous la IVe République, l’Assemblée nationale est prépondérante et le président dispose de pouvoirs limités. En 1958, l’exécutif est renforcé et le président reçoit des attributions importantes.
Le gouvernement reste toutefois responsable devant l’Assemblée nationale. Le Parlement continue de voter la loi et de contrôler le gouvernement. Le changement porte donc sur l’équilibre des pouvoirs, pas sur la suppression de la représentation parlementaire.
Exercice 4 — Expliquer la rupture de 1958
Rédige quatre phrases reliant la crise d’Alger, l’investiture de de Gaulle, le référendum constitutionnel et la promulgation de la Constitution. Mentionne à la fois les pressions militaires et les procédures suivies.
La crise du 13 mai 1958 à Alger place le pouvoir civil sous une forte pression, notamment militaire. Après l’appel de René Coty, de Gaulle est investi président du Conseil le 1er juin. Son gouvernement prépare une Constitution dans le cadre ouvert par la loi du 3 juin, puis les électeurs l’approuvent le 28 septembre. René Coty la promulgue le 4 octobre.
La réponse associe contexte de crise et mécanisme institutionnel, sans réduire l’événement à un changement ordinaire de gouvernement.
Exercice 5 — Corriger une confusion électorale
Corrige cette phrase : « En 1958, les Français élisent directement de Gaulle ; il crée ensuite ce mode de scrutin en 1965. »
En décembre 1958, de Gaulle est élu par un collège électoral : le suffrage est indirect. Le référendum de 1962 approuve l’élection présidentielle au suffrage universel direct. La première application de cette réforme sous la Ve République a lieu en 1965.
La correction exige de distinguer l’élection initiale, l’adoption de la règle et son application. Dire seulement que « la date est fausse » n’explique pas le mécanisme.
Exercice 6 — Nuancer une chronologie coloniale
Pourquoi la phrase « Toutes les colonies françaises deviennent indépendantes en 1962 » est-elle incorrecte ? Donne trois repères qui montrent des calendriers différents.
Les indépendances ne se produisent pas toutes la même année. Le Maroc et la Tunisie deviennent indépendants en 1956 ; de nombreux États d’Afrique subsaharienne en 1960 ; l’Algérie en 1962. On peut aussi citer Djibouti en 1977.
Il faut distinguer les territoires et leurs statuts : le Maroc et la Tunisie étaient des protectorats. Le mot « décolonisation » désigne un processus, pas une seule décision prise à une date unique.
Exercice 7 — Histoire et mémoires de la guerre d’Algérie
Explique pourquoi deux témoignages sur la guerre d’Algérie peuvent différer sans que l’historien doive choisir automatiquement l’un comme vérité complète. Indique deux éléments à examiner.
Les témoins peuvent avoir vécu des situations différentes selon leur rôle, leur lieu de résidence ou leur expérience. Leur récit dépend aussi du moment où ils témoignent et des souvenirs transmis ou reconstruits.
Il faut identifier l’auteur et sa position pendant les événements, puis confronter le récit à d’autres sources. Une mémoire est une source utile ; elle n’est ni automatiquement fausse ni suffisante pour décrire seule tout le conflit.
Exercice 8 — Ralentissement ou baisse ?
Pour cet exercice uniquement, une production imaginaire passe de 100 à 110, puis à 115 unités. A-t-elle diminué ? L’augmentation en unités est-elle devenue plus forte ou plus faible ? Ces nombres décrivent-ils l’économie française ?
La production augmente à chaque étape : elle gagne d’abord 10 unités, puis 5. L’augmentation devient plus faible, mais le niveau de production ne baisse pas. C’est la différence entre un ralentissement et une diminution.
Ces valeurs sont fictives et ne constituent pas des statistiques sur la France. Elles servent seulement à comprendre pourquoi une croissance ralentie n’est pas une croissance disparue.
Exercice 9 — Les dimensions de Mai 68
Donne un aspect étudiant, un aspect social et un aspect politique de Mai 68. Corrige ensuite : « De Gaulle démissionne à la fin des manifestations de mai. »
Aspect étudiant : contestation des conditions d’études et de l’autorité. Aspect social : grèves et revendications salariales. Aspect politique : crise du pouvoir puis dissolution de l’Assemblée nationale le 30 mai.
Les élections de juin renforcent la majorité gaulliste. De Gaulle démissionne en avril 1969, après l’échec du référendum sur la régionalisation et le Sénat. Il faut éviter de fusionner deux crises successives.
Exercice 10 — Droit nouveau et égalité réelle
À partir du droit de vote des femmes ou de la loi Veil, explique pourquoi une réforme juridique peut constituer une rupture sans supprimer immédiatement toutes les inégalités.
Le droit de vote reconnu en 1944 supprime une exclusion politique majeure, mais ne produit pas immédiatement une représentation égale des femmes et des hommes parmi les élus. De même, la loi Veil de 1975 modifie les droits sans faire disparaître toutes les difficultés d’accès ou les inégalités sociales.
Une réponse convaincante distingue la nouvelle règle, ses conditions d’application et les pratiques sociales. Elle évite de présenter les droits comme sans effet ou, à l’inverse, comme une solution instantanée à toutes les inégalités.
Exercice 11 — Comprendre une mobilisation collective
Pourquoi l’épidémie de sida appartient-elle aussi à l’histoire sociale et politique des années 1980 ? Identifie le rôle de trois types d’acteurs.
Les scientifiques cherchent à comprendre le virus et à développer des moyens de lutte. Les pouvoirs publics organisent des politiques de santé et de prévention. Les associations soutiennent les personnes concernées, informent et combattent les discriminations.
L’isolement du VIH à l’Institut Pasteur en 1983 et la création d’AIDES en 1984 donnent deux repères. L’histoire de l’épidémie dépasse donc la seule découverte scientifique : elle éclaire les relations entre malades, société et institutions.
Exercice 12 — Pourquoi 1981 est-elle une alternance ?
Explique pourquoi l’élection de Mitterrand en 1981 constitue une rupture politique sans changement de République. Cite deux réformes du début de son premier mandat.
La présidence passe de la droite à la gauche par les élections, puis la gauche obtient une majorité parlementaire. Les règles de la Ve République continuent de fonctionner : il s’agit d’une alternance, pas d’un changement de régime.
On peut citer l’abolition de la peine de mort en 1981 et la cinquième semaine de congés payés en 1982, ou encore les nationalisations et la décentralisation. Chaque exemple doit être accompagné de son sens, pas seulement de sa date.
Exercice 13 — Expliquer le tournant de 1983
Présente deux contraintes économiques et un choix politique qui permettent d’expliquer le tournant de la rigueur. Pourquoi ne s’agit-il pas d’une nouvelle alternance ?
L’inflation et les difficultés extérieures ou monétaires limitent la poursuite de la relance. Mitterrand choisit de maintenir la France dans le Système monétaire européen et de renforcer les mesures de rigueur.
Le même président demeure au pouvoir avec une majorité de gauche. La politique économique change, mais une majorité opposée n’arrive pas au pouvoir par une élection. Une contrainte aide à expliquer un choix ; elle ne dispense pas d’identifier les acteurs qui décident.
Exercice 14 — Reconnaître une cohabitation
Dans un scénario fictif, un président reste en fonction, mais les législatives donnent une majorité absolue à un camp opposé. Ce camp soutient le Premier ministre nommé. Comment qualifier cette situation et quel est le rôle de l’Assemblée ?
Il s’agit d’une cohabitation. Le président et le gouvernement soutenu par la majorité parlementaire sont de camps opposés. Le Premier ministre dirige l’action du gouvernement en tenant compte de cette majorité.
L’Assemblée nationale peut mettre en cause la responsabilité du gouvernement. Le président ne peut donc pas ignorer durablement une majorité capable de censurer ce gouvernement. Il conserve cependant les attributions attachées à sa fonction.
Exercice 15 — Retrouver les trois cohabitations
Associe 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002 à Jacques Chirac, Édouard Balladur et Lionel Jospin comme Premiers ministres. Précise le président en fonction pour chaque période.
1986-1988 : François Mitterrand et Jacques Chirac. 1993-1995 : François Mitterrand et Édouard Balladur. 1997-2002 : Jacques Chirac et Lionel Jospin.
Chirac occupe donc deux positions différentes dans cette liste : Premier ministre lors de la première cohabitation, président lors de la troisième. Celle de 1997 débute après une dissolution décidée par le président.
Exercice 16 — Le quinquennat empêche-t-il de cohabiter ?
Explique l’effet recherché par le quinquennat et par l’organisation des législatives après la présidentielle. Pourquoi le mot « impossible » serait-il excessif à propos de la cohabitation ?
Le quinquennat rapproche la durée du mandat présidentiel de celle des députés. Le calendrier appliqué en 2002 favorise l’élection d’une majorité soutenant le président qui vient d’être élu.
Il s’agit d’un effet politique attendu, pas d’une obligation faite aux électeurs. Ils peuvent voter différemment aux deux scrutins ; une dissolution ou une élection présidentielle anticipée peut aussi modifier le calendrier. Le risque est réduit, pas juridiquement supprimé.
Exercice 17 — Distinguer les étapes européennes
Complète une courte chronologie avec 1992, 1993, 1999 et 2002 : signature de Maastricht et référendum français ; naissance de l’Union européenne par l’entrée en vigueur du traité ; lancement de l’euro ; circulation des billets et pièces.
1992 : signature du traité de Maastricht et référendum français. 1993 : entrée en vigueur du traité et création de l’Union européenne. 1999 : lancement de l’euro comme monnaie de compte. 2002 : circulation des billets et pièces.
Il faut séparer décision, ratification, entrée en vigueur et mise en œuvre matérielle. Dire que « tout commence en 2002 » efface plusieurs étapes du processus monétaire.
Exercice 18 — Décentralisation ou déconcentration ?
Classe ces situations : A. L’État confie l’application locale d’une politique à un préfet. B. Une compétence est transférée à une collectivité territoriale administrée par des élus. Justifie chaque réponse.
A relève de la déconcentration : le préfet agit au nom de l’État. B relève de la décentralisation : la compétence est confiée à une personne publique distincte, disposant d’élus et d’une autonomie dans le cadre de la loi.
Dans les deux cas, l’action se déroule localement. Le critère décisif est l’autorité qui décide et au nom de laquelle elle agit, pas simplement la distance par rapport à Paris.
Exercice 19 — Analyser un texte constitutionnel
La première phrase de l’article 20 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose : « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. » Identifie la nature du document. Que montre cet extrait ? Pourquoi ne suffit-il pas à décrire toute la pratique du pouvoir ?
Il s’agit d’un texte constitutionnel qui fixe une règle d’organisation des pouvoirs. L’extrait attribue au gouvernement un rôle dans la définition et la conduite de la politique nationale.
Il faut le confronter aux autres articles et au contexte politique. Le rôle du président, l’existence d’une majorité qui le soutient ou une cohabitation influencent la pratique. L’extrait ne permet ni d’effacer le président ni d’affirmer que le gouvernement agit toujours indépendamment de lui.
Exercice 20 — Construire un plan de synthèse
Propose un plan répondant à : « Comment la France transforme-t-elle ses institutions et sa société depuis 1945 ? » Donne une idée et deux exemples datés pour chacune de trois parties.
I. Refonder et reconstruire : une démocratie plus sociale, avec la Sécurité sociale de 1945 et la Constitution de 1946. II. Changer l’équilibre politique et moderniser : la Constitution de 1958 et Mai 1968 permettent d’articuler institutions et transformations sociales. III. Réformer dans une économie et une société renouvelées : l’alternance de 1981 et le quinquennat de 2000 illustrent des adaptations dans la continuité de la Ve République.
Ce plan est une possibilité. Il faut développer les relations entre les exemples, préciser les ruptures et éviter un simple catalogue de présidents. Selon la consigne, un plan thématique peut aussi convenir.
QCM, textes à trous et cartes
Les 12 QCM ont chacun une seule bonne réponse. Les 12 phrases à compléter vérifient les repères ; les 12 cartes servent à reformuler les notions. Pour progresser, explique aussi pourquoi les réponses incorrectes du QCM ne conviennent pas.
Quelle réforme sociale est organisée par les ordonnances d’octobre 1945 ?
- La généralisation des congés payés
- La retraite à 60 ans
- La Sécurité sociale
La Sécurité sociale est organisée en 1945. Les congés payés sont généralisés en 1936 ; les textes ouvrant la retraite à 60 ans datent de 1982 et s’appliquent en 1983.
Comment de Gaulle devient-il chef du gouvernement le 1er juin 1958 ?
- Par une présidentielle au suffrage universel direct
- Par une investiture de l’Assemblée nationale
- Par sa désignation comme président de la République à Alger
Il est investi président du Conseil dans un contexte de fortes pressions liées à la crise algérienne. Il devient président de la République après une autre élection, indirecte, en décembre 1958.
Quelle situation correspond à une cohabitation ?
- Un président et un gouvernement appuyé sur une majorité parlementaire de camp opposé
- Deux présidents exerçant ensemble le même mandat
- Tout gouvernement réunissant plusieurs partis
La cohabitation dépend de l’opposition entre majorité présidentielle et majorité parlementaire. Une coalition de partis peut exister sans cohabitation.
Que change le référendum de 2000 ?
- Il crée l’élection présidentielle au suffrage universel direct
- Il ramène le mandat présidentiel de sept à cinq ans
- Il supprime la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée
Le quinquennat modifie la durée du mandat. Il ne supprime pas les mécanismes parlementaires de la Ve République.
Quand a lieu la première présidentielle au suffrage universel direct sous la Ve République ?
- 1958
- 1962
- 1965
La réforme est adoptée en 1962 et appliquée pour la première fois en 1965. En 1958, l’élection est indirecte.
En quelle année le PACS est-il créé ?
- 1999
- 2000
- 2013
La loi créant le PACS date du 15 novembre 1999. La loi sur la parité de 2000 et l’ouverture du mariage de 2013 sont d’autres réformes.
Quelle formulation décrit le mieux l’évolution économique après les Trente Glorieuses ?
- La production diminue chaque année sans exception
- La croissance ralentit et devient plus irrégulière
- Tout emploi industriel disparaît
Un ralentissement de la croissance ne signifie pas une baisse permanente de la production. Les transformations de l’emploi sont également inégales selon les secteurs.
Quelle décision la France prend-elle à propos de l’OTAN en 1966 ?
- Elle quitte définitivement l’Alliance atlantique
- Elle rejoint le bloc soviétique
- Elle se retire du commandement militaire intégré en restant dans l’Alliance
Le choix vise une autonomie militaire accrue. Appartenance à l’Alliance et participation au commandement intégré sont deux choses différentes.
Quand la peine de mort est-elle abolie en France ?
- 1945
- 1981
- 1999
La loi est promulguée le 9 octobre 1981, après l’élection de Mitterrand. Robert Badinter défend la réforme comme garde des Sceaux.
À qui une décentralisation transfère-t-elle des compétences ?
- Uniquement aux préfets
- Aux collectivités territoriales
- Automatiquement aux institutions européennes
Les collectivités disposent d’organes élus. Le préfet représente l’État : lui confier une action locale relève de la déconcentration.
Quelles dates distinguent le lancement de l’euro et la circulation de ses billets et pièces ?
- 1957 puis 1962
- 1999 puis 2002
- 2000 puis 2013
L’euro est lancé comme monnaie de compte en 1999. Sa circulation sous forme de billets et de pièces commence en 2002.
Que signifie la révision constitutionnelle relative à l’IVG en 2024 ?
- Toutes les règles d’accès deviennent impossibles à modifier
- Une liberté garantie reçoit une protection constitutionnelle
- L’IVG devient légale pour la première fois en France
La Constitution protège cette liberté et prévoit que la loi en détermine les conditions d’exercice. La réforme ne remplace pas le repère de la loi Veil de 1975.
Les Françaises votent pour la première fois aux élections municipales de 1945.
La Constitution de la Ve République est promulguée le 4 octobre 1958.
Le traité de Rome signé en 1957 crée la Communauté économique européenne.
Le transfert de compétences de l’État aux collectivités territoriales relève de la décentralisation.
La peine de mort est abolie en France en 1981.
La réforme instaurant l’élection présidentielle au suffrage universel direct est approuvée en 1962.
La première application de cette réforme sous la Ve République a lieu en 1965.
Le PACS est créé par une loi de novembre 1999.
Le référendum sur le quinquennat a lieu en 2000.
Les billets et pièces en euros commencent à circuler en 2002.
La question prioritaire de constitutionnalité entre en vigueur en mars 2010.
La liberté garantie de recourir à l’IVG est inscrite dans la Constitution en 2024.
GPRF
Gouvernement provisoire de la République française, qui exerce le pouvoir de 1944 à 1946.
Il rétablit la légalité républicaine et engage de grandes réformes, dont la Sécurité sociale.
Trente Glorieuses
Décennies de forte croissance d’après-guerre, jusqu’au milieu des années 1970.
La consommation de masse progresse, mais les inégalités de niveau de vie ne disparaissent pas.
Ve République
Régime fondé en 1958, avec un exécutif renforcé et un gouvernement responsable devant l’Assemblée nationale.
Le président dispose de pouvoirs importants, mais le Parlement continue de voter la loi et de contrôler le gouvernement.
Alternance
Changement de majorité politique par les élections, au profit d’un camp opposé.
L’élection de Mitterrand en 1981 fait passer la présidence de la droite à la gauche.
Décentralisation
Transfert de compétences à des collectivités territoriales administrées par des élus.
Les réformes de 1982-1983 constituent une étape majeure ; l’organisation décentralisée est inscrite dans la Constitution en 2003.
Parité
Objectif d’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités, notamment électives.
Révision constitutionnelle en 1999, loi en 2000 : le principe et ses applications doivent être distingués.
Cohabitation
Président et majorité parlementaire de camps opposés, avec un gouvernement issu de cette majorité.
De 1997 à 2002, Jacques Chirac est président et Lionel Jospin Premier ministre.
Décolonisation
Processus par lequel des territoires soumis à une domination coloniale accèdent à l’indépendance.
Maroc et Tunisie en 1956, Algérie en 1962 : les calendriers et les modalités diffèrent.
1958, 1962, 1965
Constitution ; réforme de l’élection présidentielle ; première application au suffrage universel direct sous la Ve République.
Une présidentielle au suffrage direct n’a pas lieu en 1962 : les électeurs approuvent alors une réforme par référendum.
Ralentissement de la croissance
Diminution du rythme d’augmentation de la production.
Une production peut continuer d’augmenter tout en progressant moins rapidement qu’auparavant.
Euro
Monnaie lancée en 1999 ; billets et pièces mis en circulation en 2002.
Ces étapes prolongent le projet d’union monétaire prévu par le traité de Maastricht.
QPC
Question prioritaire de constitutionnalité, applicable depuis 2010 à l’occasion d’un procès.
La contestation d’une disposition législative est transmise au Conseil constitutionnel si les conditions procédurales sont réunies.
Questions fréquentes
Pourquoi la IVe République disparaît-elle en 1958 ?
L’instabilité des coalitions fragilise les gouvernements, tandis que la guerre d’Algérie provoque une crise qui échappe au contrôle du pouvoir civil. Les pressions militaires et l’appel à de Gaulle débouchent sur un changement institutionnel. Ce constat ne doit pas effacer les réalisations de la IVe République : reconstruction, modernisation économique et engagement européen.
La crise des années 1970 met-elle fin à la croissance ?
Elle marque un ralentissement durable et une plus grande irrégularité, pas une disparition définitive de la croissance. Le chômage augmente et certains territoires industriels sont durement touchés. Pour analyser un document, distingue le niveau de production, son taux de croissance et l’évolution de l’emploi : ces indicateurs ne disent pas exactement la même chose.
Comment la place de la France dans le monde change-t-elle ?
La décolonisation transforme ses moyens de puissance. La France s’appuie notamment sur son siège au Conseil de sécurité, sa diplomatie, la dissuasion nucléaire et son engagement européen. Sa recherche d’autonomie n’implique pas un isolement : elle reste dans l’Alliance atlantique après 1966. Il faut donc parler de recomposition de la puissance plutôt que de disparition de toute influence.
Le président a-t-il toujours le même rôle sous la Ve République ?
Son rôle dépend des règles constitutionnelles et du contexte politique. La réforme électorale de 1962 renforce sa légitimité directe ; l’existence d’une majorité qui le soutient favorise sa prééminence. En cohabitation, le Premier ministre s’appuie sur une majorité opposée au président. Les révisions institutionnelles et la pratique du pouvoir doivent donc être étudiées ensemble.
Comment organiser un sujet portant sur toute la période depuis 1945 ?
Commence par identifier les dimensions demandées. Un plan chronologique peut suivre la refondation, l’installation de la Ve République et les transformations depuis les années 1970. Un plan thématique peut distinguer institutions, société et place internationale. Dans les deux cas, justifie les ruptures et relie les exemples à la question : une succession de dates ne suffit pas.
Quelle différence entre les dates de 1958, 1962 et 1965 ?
1958 correspond à la nouvelle Constitution et à une présidentielle au suffrage indirect. En 1962, un référendum approuve l’élection du président au suffrage universel direct. Cette réforme est appliquée pour la première fois sous la Ve République en 1965. La précision « sous la Ve République » évite d’oublier le précédent de 1848 sous la IIe République.
Cohabitation et coalition sont-elles synonymes ?
Non. Une coalition réunit plusieurs partis qui s’accordent pour gouverner ou soutenir un gouvernement. Une cohabitation concerne l’opposition politique entre le président et la majorité parlementaire soutenant le gouvernement. Une coalition peut soutenir le président ; elle peut aussi se former dans une majorité qui lui est opposée. Les deux notions décrivent des relations différentes.
Le PACS date-t-il de 1999 ou de 2000 ?
Le PACS est créé par la loi du 15 novembre 1999. La confusion vient souvent de sa proximité avec les réformes sur la parité : révision constitutionnelle en 1999, puis loi en 2000. Le PACS organise la vie commune de deux personnes majeures ; il ne doit pas être confondu avec l’ouverture du mariage aux couples de même sexe en 2013.
Que change l’inscription de l’IVG dans la Constitution en 2024 ?
Elle donne une protection constitutionnelle à la liberté garantie de recourir à l’IVG. La loi continue d’en fixer les conditions d’exercice, en respectant cette garantie. Il ne faut donc ni dater la légalisation de 2024, ni présenter toutes les règles comme définitivement immuables. Le repère de la loi Veil reste 1975.
Cette fiche correspond-elle à l’histoire commune ou à HGGSP ?
Elle vise l’enseignement commun d’histoire en terminale générale et relie plusieurs chapitres des thèmes 2 à 4. Les mémoires de la guerre d’Algérie, les droits des femmes, l’abolition de la peine de mort, l’épidémie de sida et les réformes de la République y trouvent leur place. La spécialité HGGSP suit un autre programme et demande ses propres approfondissements.



































