Antigone d’Anouilh : Résumé & Fiche de Lecture 📚
Antigone est une pièce de théâtre de Jean Anouilh, créée le 4 février 1944 au théâtre de l’Atelier à Paris, en pleine Occupation allemande. Réécriture moderne de la tragédie de Sophocle (441 av. J.-C.), elle met en scène l’affrontement entre Antigone, qui veut enterrer son frère malgré l’interdiction, et Créon, roi de Thèbes, qui défend l’ordre et la raison d’État. La pièce a provoqué un débat passionné à sa création : Anouilh prenait-il le parti de la résistance (Antigone) ou de la collaboration (Créon) ? Cette ambiguïté fait toute sa richesse. C’est l’une des pièces les plus étudiées au collège et au lycée.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte : le mythe, Sophocle, l’Occupation
- 3. Structure de la pièce
- 4. Résumé détaillé
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Style et procédés d’écriture
- 8. Citations clés
- 9. Interprétation : résistance ou collaboration ?
- 10. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — Antigone | |
|---|---|
| Titre | Antigone |
| Auteur | Jean Anouilh (1910 – 1987) |
| Première représentation | 4 février 1944, théâtre de l’Atelier, Paris (mise en scène d’André Barsacq) |
| Genre | Tragédie moderne (Anouilh la classe dans ses « Pièces noires ») |
| Source | Réécriture de l’Antigone de Sophocle (441 av. J.-C.), elle-même tirée du cycle mythologique thébain |
| Registres | Tragique, pathétique, polémique, parfois comique (les gardes) |
| Structure | Pièce en un acte continu, sans découpage en scènes (les entrées/sorties des personnages structurent l’action) |
| Contexte historique | Créée sous l’Occupation allemande, la pièce a été lue comme une allégorie de la Résistance face au pouvoir — interprétation qu’Anouilh n’a ni confirmée ni démentie. |
🏛️ 2. Contexte : le mythe, Sophocle, l’Occupation
Le mythe thébain
Le mythe d’Antigone appartient au cycle thébain. Œdipe, roi de Thèbes, découvre qu’il a tué son père et épousé sa mère. Il se crève les yeux et quitte Thèbes. Ses deux fils, Étéocle et Polynice, s’entretuent pour le trône. Créon, frère de Jocaste et oncle des deux garçons, prend le pouvoir. Il décide qu’Étéocle, défenseur de la ville, recevra des funérailles honorables, mais que Polynice, le traître qui a attaqué Thèbes avec une armée étrangère, restera sans sépulture. Antigone, sœur des deux frères, refuse cet édit et veut enterrer Polynice.
L’Antigone de Sophocle (441 av. J.-C.)
Chez Sophocle, le conflit oppose la loi divine (le droit de tout mort à une sépulture) à la loi humaine (l’édit de Créon). Antigone est clairement héroïque : elle obéit aux dieux contre un tyran orgueilleux. Créon est puni par les dieux pour son hybris. Anouilh reprend la trame mais en modifie profondément l’esprit.
L’Antigone d’Anouilh (1944)
Anouilh écrit sa pièce en 1942 et la fait jouer en février 1944, quelques mois avant le Débarquement. La France est occupée par l’Allemagne nazie. Le public de 1944 lit immédiatement la pièce comme une allégorie politique : Antigone incarne la Résistance (dire « non » au pouvoir injuste, quitte à mourir), Créon incarne le régime de Vichy ou l’Occupation (maintenir l’ordre au prix de compromis). Mais Anouilh brouille cette lecture en donnant à Créon des arguments convaincants et en montrant qu’Antigone elle-même ne sait plus exactement pourquoi elle se bat.
| Repère | Détail |
|---|---|
| 441 av. J.-C. | Antigone de Sophocle — tragédie grecque fondatrice |
| 1910 | Naissance d’Anouilh à Bordeaux |
| 1932 | Premières pièces : L’Hermine, début des « Pièces noires » |
| 1940-1944 | Occupation allemande de la France |
| 4 février 1944 | Première d’Antigone — succès immédiat et polémique |
| 1987 | Mort d’Anouilh à Lausanne |
📐 3. Structure de la pièce
Antigone est une pièce en un acte continu, sans division en scènes. L’action est ininterrompue, ce qui reproduit la tension d’une tragédie grecque. On peut néanmoins identifier de grands mouvements :
| Mouvement | Contenu |
|---|---|
| 1. Le Prologue | Un personnage appelé « le Prologue » présente tous les acteurs du drame et annonce l’issue : Antigone va mourir. La fin est connue dès le début — c’est le propre de la tragédie. |
| 2. Scènes d’exposition | Antigone rentre à l’aube après avoir tenté une première fois de recouvrir le corps de Polynice. Dialogue avec la nourrice (ton quotidien), puis avec Ismène (qui tente de la dissuader) et avec Hémon (scène d’adieu amoureux, sans qu’il le sache). |
| 3. L’arrestation | Les gardes surprennent Antigone en train de recouvrir le corps de Polynice une deuxième fois. Elle est amenée devant Créon. |
| 4. L’affrontement Antigone-Créon | Le cœur de la pièce. Long dialogue où Créon tente de sauver Antigone en la raisonnant. Il lui révèle que ses deux frères étaient des voyous indignes. Antigone refuse de céder : elle dit « non ». |
| 5. La condamnation | Antigone est emmenée. Hémon supplie son père, puis se tue. Eurydice (femme de Créon) se suicide. Créon reste seul, vidé. |
| 6. Le dénouement | Les gardes reprennent leur partie de cartes. Le Chœur conclut : « Et voilà. » La vie continue, indifférente à la tragédie. |
📖 4. Résumé détaillé
Le Prologue
Un personnage sort de la scène et s’adresse directement au public. Il présente chaque acteur du drame en les désignant sur scène : voici Antigone, « la maigre jeune fille noiraude » qui va mourir ; voici Créon, « l’homme robuste aux cheveux blancs » qui va souffrir ; voici Hémon, Ismène, la nourrice, les gardes. Le Prologue annonce que la « machine infernale » est lancée et que rien ne pourra l’arrêter. Le spectateur sait tout avant que rien ne commence — c’est le ressort de la tragédie.
Les scènes d’exposition
Antigone et la nourrice : Antigone rentre à l’aube, pieds nus, vêtements sales. La nourrice la gronde comme une enfant qui a découché. Antigone lui dit qu’elle « était belle » cette nuit, dans le jardin. Le ton est intime, quotidien, presque comique — en total décalage avec la gravité de ce qu’Antigone a fait (tenter d’enterrer son frère).
Antigone et Ismène : Ismène, la sœur aînée, belle et raisonnable, tente de dissuader Antigone. Elle lui dit que c’est dangereux, inutile, que Créon les fera mourir. Antigone refuse : elle « doit » le faire. Les deux sœurs s’opposent fondamentalement : Ismène accepte les compromis de la vie, Antigone les refuse.
Antigone et Hémon : Antigone retrouve Hémon, son fiancé (fils de Créon). Sans lui dire ce qu’elle a fait, elle lui demande pardon, lui dit qu’elle aurait aimé être sa femme, avoir un enfant. C’est une scène d’adieu déguisé. Elle lui demande aussi de ne pas lui en vouloir. Hémon ne comprend pas — il comprendra trop tard.
L’arrestation
Les gardes (des personnages comiques, grossiers, préoccupés par leurs promotions et leur casse-croûte) surprennent Antigone en train de gratter la terre de ses mains pour recouvrir le corps de Polynice. Ils l’amènent devant Créon.
L’affrontement Antigone-Créon
C’est le cœur de la pièce, un long dialogue d’une quarantaine de pages. Créon commence par essayer de sauver Antigone : il veut étouffer l’affaire, renvoyer les gardes, faire comme si rien ne s’était passé. Il la raisonne : l’édit n’est qu’une mesure politique, il fallait un exemple pour stabiliser Thèbes. Lui-même ne croit pas à la justice de sa décision — c’est le sale travail du pouvoir.
Puis Créon va plus loin : il révèle à Antigone que ses deux frères, Étéocle et Polynice, étaient des voyous — des brutes qui méprisaient leur père et ne valaient pas mieux l’un que l’autre. L’un a même frappé Œdipe. De plus, leurs corps étaient si mutilés qu’on ne savait plus lequel était lequel : l’honneur rendu à Étéocle et le déshonneur infligé à Polynice reposent sur un choix arbitraire. Antigone se bat donc pour enterrer un voyou — ou peut-être même pas le bon frère.
Antigone vacille un instant. Mais elle se reprend et dit non. Non pas au nom des dieux (comme chez Sophocle), non pas au nom de la morale, mais au nom d’un refus absolu : elle refuse de grandir, de vieillir, de comprendre, d’accepter les compromis. Elle veut « tout, tout de suite ». Elle dit non à la vie telle qu’elle est — imparfaite, sale, médiocre. Créon représente le « oui » — l’acceptation lucide de l’imperfection. Antigone représente le « non » — le refus pur, même s’il mène à la mort.
La condamnation et les morts
Antigone provoque sa propre perte en criant devant les gardes, rendant l’affaire publique. Créon ne peut plus la sauver. Elle est emmurée vivante. Hémon, apprenant la condamnation de sa fiancée, rejoint Antigone dans la grotte et se tue auprès d’elle (elle s’est pendue). Eurydice, la femme de Créon, apprenant la mort de son fils, se tranche la gorge en silence. Créon reste seul, vieilli, vidé. Il continue : il a un conseil à cinq heures.
Le dénouement
Les gardes reprennent leur partie de cartes, indifférents au drame qui vient de se jouer. Le Chœur conclut : tous ceux qui devaient mourir sont morts. « Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. » La vie reprend, absurde, indifférente.
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et signification |
|---|---|
| Antigone | Héroïne tragique. « Maigre, noiraude, renfermée. » Contrairement à la version de Sophocle, elle n’agit pas au nom des dieux mais d’un refus absolu : elle refuse le compromis, la tiédeur, la vie telle qu’elle est. Elle veut « tout ou rien ». Son courage est aussi une forme d’intransigeance, voire d’orgueil adolescent. Elle est touchante et agaçante à la fois. |
| Créon | Roi de Thèbes, oncle d’Antigone. Chez Anouilh, il n’est pas un tyran : c’est un homme pragmatique, fatigué, qui fait son « métier de roi ». Il essaie sincèrement de sauver Antigone. Ses arguments sont solides : la politique exige des compromis, la pureté est un luxe que la vie ne permet pas. Il représente la raison adulte face à l’absolu adolescent d’Antigone. |
| Ismène | Sœur d’Antigone. Belle, raisonnable, elle représente le choix de vivre — d’accepter les compromis. Elle refuse d’abord de suivre Antigone, puis propose de mourir avec elle (Antigone refuse). Ismène n’est pas lâche : elle fait le choix de la vie quand Antigone fait celui de la mort. |
| Hémon | Fils de Créon, fiancé d’Antigone. Il aime Antigone et supplie son père de la sauver. Quand il échoue, il se tue. Son suicide est un acte d’amour et un reproche muet à son père. |
| La nourrice | Personnage ajouté par Anouilh (absent chez Sophocle). Elle apporte une touche de quotidien et de tendresse dans la tragédie. Elle gronde Antigone comme une petite fille. Son ignorance du drame souligne la solitude d’Antigone. |
| Les gardes | Trois soldats grossiers, comiques, préoccupés par leur carrière et leur casse-croûte. Ils incarnent la banalité du mal : ils exécutent les ordres sans réfléchir, indifférents à la portée de leurs actes. Ils jouent aux cartes après la mort d’Antigone. |
| Le Prologue / Le Chœur | Hérités de la tragédie grecque mais modernisés. Le Prologue présente les personnages au public avec une distance désinvolte. Le Chœur commente l’action et prononce le célèbre discours sur la tragédie (« C’est propre, la tragédie »). Ils brisent l’illusion théâtrale. |
🎯 6. Thèmes principaux
Le « non » : la révolte pure
Le thème central d’Antigone est le refus. Antigone dit « non » — non à Créon, non au compromis, non à la vie telle qu’elle est. Ce « non » n’est pas motivé par un idéal précis (chez Anouilh, elle ne se bat pas pour les dieux) mais par un refus absolu de la médiocrité. Elle préfère mourir jeune et pure que vieillir en acceptant les compromis. C’est ce qu’Anouilh appelle la « tragédie » : le refus du bonheur quand le bonheur exige de renoncer à l’absolu.
La tragédie et le ressort tragique
Le Chœur prononce un discours célèbre sur la nature de la tragédie : « C’est propre, la tragédie. C’est reposant, c’est sûr… » La tragédie se distingue du drame parce qu’il n’y a pas d’espoir : l’issue est connue d’avance, personne ne peut rien y changer. Paradoxalement, cette certitude est « reposante » — pas besoin de se demander si ça va bien finir. Anouilh modernise le concept de fatalité : ce n’est plus le destin des dieux qui gouverne, c’est la logique interne des caractères. Antigone mourra parce qu’elle est Antigone.
Le pouvoir et le « sale métier »
Créon est l’un des personnages les plus complexes de la pièce. Il ne gouverne pas par plaisir : il a « dit oui » au pouvoir parce que quelqu’un devait le faire. Gouverner est un « sale métier » fait de compromis, de mensonges nécessaires, de choix impossibles. Créon sait que son édit est injuste — mais il le maintient pour l’ordre public. Anouilh ne juge pas Créon : il montre la tragédie du pouvoir — être obligé de faire le mal pour maintenir un semblant de bien.
L’enfance et la pureté face au monde adulte
Antigone est présentée comme une enfant qui refuse de grandir. Elle veut « tout, tout de suite », comme un enfant. Elle rejette le monde adulte — ses compromis, ses nuances, ses renoncements. Face à elle, Créon représente la maturité : il a compris que la vie est imparfaite et qu’il faut faire avec. L’affrontement entre Antigone et Créon est aussi celui de l’adolescence contre l’âge adulte.
La solitude
Antigone est seule. Ismène refuse de la suivre. Hémon ne comprend pas. La nourrice ne sait pas. Les gardes sont indifférents. Même Créon, qui la comprend peut-être le mieux, ne peut rien pour elle. La solitude est le prix de l’absolu : celui qui dit « non » au monde se retrouve seul face au monde.
✍️ 7. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description et effet |
|---|---|
| L’anachronisme | Antigone se situe dans la Thèbes antique mais les personnages parlent un langage contemporain : la nourrice gronde comme une femme des années 40, les gardes parlent argot, Créon évoque son « métier de roi » comme un fonctionnaire. Ces anachronismes rendent le mythe immédiatement accessible et universel. |
| Le mélange des registres | Scènes tragiques (Antigone-Créon) alternent avec scènes comiques (les gardes, la nourrice). Ce mélange est caractéristique d’Anouilh : le tragique et le trivial coexistent, ce qui renforce l’un par l’autre. |
| La mise en abyme | Le Prologue et le Chœur brisent le quatrième mur : ils s’adressent directement au public, commentent l’action, annoncent la fin. Le théâtre se montre comme théâtre. Le discours du Chœur sur « la tragédie » est une réflexion sur le genre même qu’on est en train de voir. |
| La stichomythie | L’affrontement Antigone-Créon alterne entre longs monologues argumentatifs et répliques très courtes (stichomythies). Ces échanges rapides créent une tension dramatique de duel verbal. |
| L’ironie tragique | Le public sait dès le Prologue qu’Antigone va mourir. Chaque moment de bonheur (la scène avec Hémon) est teinté de cette certitude. L’ironie tragique est renforcée par les gardes qui jouent aux cartes indifféremment — la tragédie n’est une tragédie que pour ceux qui la vivent. |
💬 8. Citations clés
| Citation | Personnage | Analyse |
|---|---|---|
| « C’est propre, la tragédie. C’est reposant, c’est sûr… » | Le Chœur | Définition paradoxale de la tragédie : elle est « propre » parce qu’il n’y a pas d’espoir, pas de hasard, pas de « peut-être ». Tout est joué d’avance. C’est une mécanique parfaite — et c’est en cela qu’elle est « reposante ». |
| « Moi, je veux tout, tout de suite, — et que ce soit entier — ou alors je refuse ! » | Antigone | La formule qui résume Antigone : l’absolu ou rien. Cette exigence est héroïque et adolescente à la fois. Elle refuse les demi-mesures, les compromis, la vie « comme elle est ». C’est la définition même du personnage tragique. |
| « C’est facile de dire non. […] Dire oui, il faut suer et retrousser ses manches. » | Créon | La réponse de Créon au « non » d’Antigone. Dire oui à la vie — avec ses imperfections, ses injustices, ses compromis — demande du courage autant que dire non. Créon revendique un héroïsme de la résignation lucide. |
| « Je ne veux pas comprendre. C’est bon pour vous. Moi je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir. » | Antigone | Antigone refuse la logique même du dialogue. Comprendre, c’est déjà accepter. Elle ne veut ni comprendre ni être comprise : elle veut dire non. La raison est l’arme de Créon ; le refus est l’arme d’Antigone. |
| « Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. » | Le Chœur | La conclusion de la pièce. Ton désabusé : Antigone a perturbé l’ordre, provoqué trois morts — pour rien ? Le « et voilà » est d’une platitude volontaire : la tragédie est terminée, la vie reprend, la partie de cartes continue. |
| « Le sale espoir. […] Le sale espoir, vous comprenez. C’est vous qui êtes les beaux, les vrais, c’est moi qui suis médiocre. » | Créon | Créon reconnaît la noblesse d’Antigone. Lui est « médiocre » parce qu’il vit — il espère, s’accroche, continue. Le « sale espoir » est ce qui empêche d’être pur. Aveu bouleversant : Créon sait qu’Antigone a raison, mais il n’a pas le luxe de mourir. |
🔍 9. Interprétation : résistance ou collaboration ?
Le débat de 1944
À sa création en février 1944, la pièce provoque un vif débat. La presse de la Résistance salue Antigone comme un symbole du refus face à l’oppression. La presse collaborationniste apprécie les arguments de Créon — l’ordre, le réalisme, le refus de l’aventurisme. Anouilh a-t-il voulu prendre parti ? Probablement non — ou plutôt, il a voulu montrer la complexité des deux positions.
L’ambiguïté volontaire
La force de la pièce est son ambiguïté. Antigone a raison de refuser l’injustice, mais elle ne sait même plus pourquoi elle se bat. Créon a raison de vouloir maintenir l’ordre, mais au prix de quel renoncement ? Anouilh ne tranche pas : il met face à face deux visions du monde, deux formes de courage, deux formes de souffrance. Le spectateur doit choisir — ou accepter de ne pas choisir.
Une pièce intemporelle
Au-delà du contexte de l’Occupation, Antigone pose une question universelle : faut-il se soumettre à un ordre injuste pour préserver la paix, ou se révolter au risque de tout détruire ? Cette question se repose à chaque époque : face à la dictature, à l’injustice sociale, aux lois iniques. C’est pourquoi la pièce reste vivante et continue d’être jouée et étudiée dans le monde entier.
❓ 10. Questions fréquentes (FAQ)
De quoi parle Antigone d’Anouilh ?
Antigone raconte l’affrontement entre une jeune fille, Antigone, et son oncle, le roi Créon. Après la mort de ses deux frères qui se sont entretués pour le trône de Thèbes, Créon décide que l’un sera honoré et l’autre laissé sans sépulture. Antigone refuse cet édit et tente d’enterrer son frère. Arrêtée, elle est condamnée à mort malgré les efforts de Créon pour la sauver. Hémon (fils de Créon, fiancé d’Antigone) et Eurydice (femme de Créon) se suicident. C’est une tragédie moderne sur le refus, le pouvoir et la pureté impossible.
Quelle est la différence entre l’Antigone de Sophocle et celle d’Anouilh ?
Chez Sophocle, Antigone agit au nom des lois divines contre un tyran orgueilleux ; le conflit est clair. Chez Anouilh, les motivations sont plus ambiguës : Antigone ne se bat plus pour les dieux mais pour un refus absolu, presque existentiel. Créon n’est plus un tyran mais un homme pragmatique et lucide. Anouilh modernise aussi le langage (registre familier, anachronismes), ajoute des personnages (la nourrice) et des scènes comiques (les gardes). La pièce passe d’un conflit moral clair à un dilemme philosophique ouvert.
Pourquoi Antigone refuse-t-elle de se soumettre ?
Chez Anouilh, le refus d’Antigone dépasse la question de l’enterrement de Polynice. Elle refuse fondamentalement d’accepter le compromis. Quand Créon lui révèle que ses frères étaient des voyous, elle vacille — mais refuse quand même. Son « non » est un refus existentiel : elle refuse de devenir adulte, de vieillir, d’accepter que la vie soit imparfaite. Elle veut « tout, tout de suite, et que ce soit entier ». C’est un refus adolescent et héroïque à la fois — et c’est ce qui fait sa force tragique.
Créon est-il un personnage positif ou négatif ?
C’est toute l’ambiguïté de la pièce. Créon n’est ni un tyran ni un héros : c’est un homme qui a accepté le pouvoir et ses compromis. Il essaie sincèrement de sauver Antigone. Ses arguments sont solides : gouverner exige de se salir les mains. Mais il finit par perdre son fils, sa femme et sa nièce. L’interprétation dépend du spectateur : on peut voir en Créon un réaliste courageux (il assume le « sale métier ») ou un lâche qui a renoncé à ses idéaux. Anouilh laisse cette question ouverte.
Antigone est-elle une pièce sur la Résistance ?
Créée en février 1944 sous l’Occupation, la pièce a été lue comme une allégorie de la Résistance (Antigone = résistant qui dit « non ») face à Vichy (Créon = pouvoir qui collabore). Mais Anouilh n’a jamais confirmé cette lecture. En donnant des arguments convaincants à Créon, il brouille les pistes. La pièce a d’ailleurs été applaudie aussi bien par la Résistance que par la presse collaborationniste. Son vrai sujet n’est probablement pas la politique de 1944 mais la question intemporelle : faut-il refuser un ordre injuste ou accepter les compromis pour survivre ?
Pourquoi étudie-t-on Antigone au collège ?
Antigone est l’une des pièces les plus étudiées au collège (généralement en 3e) pour plusieurs raisons : le texte est accessible (langage moderne, pièce courte), le sujet est universel (la révolte, la justice, le pouvoir), l’héroïne est jeune (les élèves s’identifient facilement), et la pièce permet d’étudier la réécriture du mythe antique (comparaison Sophocle/Anouilh). Elle sert aussi de support pour aborder la tragédie, l’argumentation (le débat Antigone-Créon) et le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale.
Comment se termine Antigone d’Anouilh ?
Antigone est emmurée vivante et se pend dans sa grotte. Hémon, son fiancé, la rejoint et se tue. Eurydice, femme de Créon, apprenant la mort de son fils, se tranche la gorge. Créon reste seul, accablé mais vivant — il continue à gouverner. Les gardes reprennent leur partie de cartes. Le Chœur conclut : « Et voilà. » La tragédie est finie, mais la vie continue, indifférente. Cette fin souligne l’absurdité : tant de morts — et rien n’a changé.
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