📊 Épidémiologie — Cours Complet PASS/LAS

Définitions, méthodes descriptives et analytiques, études de cohorte, cas-témoins, essais randomisés et niveaux de preuve

📚 Matière
Sciences humaines et sociales
🎯 Niveau
PASS / LAS
📝 Thème
Épidémiologie
⏱️ Durée de lecture
~25 minutes
À retenir : L’épidémiologie est la discipline qui étudie la distribution et les déterminants des maladies dans les populations (et non chez l’individu isolé). Elle repose sur trois grandes méthodes : descriptive (qui, quand, où ?), explicative (pourquoi ? quels facteurs de risque ?) et évaluative (l’intervention est-elle efficace ?). Les outils centraux sont la prévalence (indicateur statique), l’incidence (indicateur dynamique), le risque relatif (cohorte), l’odds ratio (cas-témoins) et l’essai contrôlé randomisé (meilleur niveau de preuve).

🔬 Définition de l’épidémiologie

L’épidémiologie est un raisonnement et une méthode appliqués à la description des phénomènes de santé, à l’explication de leur étiologie (leurs causes : chez qui la maladie apparaît, quels sont les facteurs de risque) et à la recherche des méthodes d’intervention les plus efficaces pour arrêter ou prévenir les maladies.

La caractéristique essentielle de l’épidémiologie, par rapport à la médecine clinique, est son intérêt pour les groupes d’individus et non pour les individus eux-mêmes — qu’il s’agisse d’un échantillon restreint ou d’une population nationale entière (comme ce fut le cas pendant la pandémie de Covid-19). Cette spécificité implique un mode de pensée, une approche des événements de santé et des outils de description et de mesure différents de ceux de la médecine clinique. Le but final reste toujours de procurer les meilleurs soins et de prévenir la maladie au maximum.

🎯 Fonctions, objectifs et méthodes de l’épidémiologie

L’épidémiologie s’articule autour de 5 fonctions, 4 objectifs et 3 méthodes complémentaires :

FonctionsObjectifsMéthode correspondante
SurveillanceIdentifier et prioriser les problèmes de santéDescriptive — Décrire un événement de santé (qui, quand, où, quelle maladie ?). État des lieux par la prévalence, l’incidence, etc.
Mesure de l’importance des problèmes de santé
Recherche étiologiquePlanifier des actions pour résoudre ces problèmes (prévention primaire, secondaire, tertiaire)Explicative (analytique) — Expliquer un événement de santé : pourquoi ? Quels facteurs de risque ? Pourquoi l’incidence augmente ou diminue ? Pourquoi la maladie n’est pas répartie équitablement ?
Identification des groupes à risqueÉvaluer les actions mises en placeÉvaluative — Évaluer les solutions apportées : qu’est-ce qui est efficace ? Difficulté à établir les liens de causalité (ex. : la hausse du prix de la cigarette est-elle réellement liée à la baisse du tabagisme ?).
Évaluation de la santé

📋 Épidémiologie descriptive

L’épidémiologie descriptive étudie la distribution de la maladie dans les populations selon trois axes : les caractéristiques de l’individu (âge, sexe, état civil, profession), le lieu (résidence, région, pays, lieu de travail) et le temps (mois, saison, années). Elle s’exprime sous forme de taux selon des indicateurs de santé statiques ou dynamiques :

Type d’indicateurDéfinitionSource de données
MorbiditéPrévalence (nombre de cas existants) et incidence (nouveaux cas, aussi appelé taux d’attaque lors d’une épidémie)Enquêtes épidémiologiques
MortalitéFréquence des décès. Attention : la mortalité n’est pas spécifique d’une maladie — on parle plutôt de létalité pour mesurer la proportion de décès parmi les personnes atteintesINSEE
NatalitéFréquence des naissancesINSEE

L’épidémiologie descriptive permet de connaître les besoins de la population et constitue une aide à la planification sanitaire. Elle précède souvent l’épidémiologie analytique.

⚠️ Attention : Ne confonds pas mortalité et létalité. La mortalité rapporte les décès à l’ensemble de la population. La létalité rapporte les décès aux seuls malades atteints d’une pathologie donnée. Une maladie peut être très létale (forte proportion de décès parmi les malades) tout en ayant un faible impact sur la mortalité globale si elle est rare.

📸 Prévalence (étude transversale)

L’étude de prévalence, ou étude transversale, fonctionne comme une photographie : elle mesure le nombre de cas (et donc la prévalence) d’un problème ciblé à un instant donné, tout en recueillant les facteurs associés (caractéristiques socio-économiques, niveau d’éducation, conditions environnementales, style de vie, etc.).

L’étude est menée à une date précise (un instant t), avec un recueil simultané des données relatives à la maladie et aux facteurs de risque, de façon concomitante à l’inclusion des sujets.

💡 Astuce : Le taux de prévalence est la proportion de personnes concernées par l’événement de santé dans une population donnée, à un moment donné. C’est un indicateur statique. Formule : Taux de prévalence = Nombre total de cas / Population totale × 100

Par exemple, les données montrent une augmentation de la prévalence des épisodes dépressifs caractérisés depuis 2005, affectant les deux sexes mais plus prononcée chez les femmes. Une hausse particulièrement importante a été observée chez les 18-24 ans en 2021, se distinguant nettement de la stabilité observée les années précédentes. Ce type d’analyse descriptive et visuelle sert à établir un contexte initial et peut orienter l’attention (ici, vers les jeunes adultes plutôt que vers les personnes plus âgées). Ces différences peuvent être confirmées par des tests statistiques.

📈 Incidence (étude de cohorte descriptive)

L’étude d’incidence consiste à suivre dans le temps une population définie (la cohorte) afin de déterminer l’incidence d’un événement de santé.

💡 Astuce : Le taux d’incidence est la proportion de nouveaux cas présentant l’événement de santé étudié au cours d’une période donnée dans une population donnée. C’est un indicateur dynamique. Formule : Taux d'incidence = Nombre de nouveaux cas sur une période / Population

Durant la période épidémique de la Covid-19, l’incidence (nombre de nouveaux cas rapportés à la population) était surveillée et comparée de près, dans le temps et entre pays.

🛁 Lien entre prévalence et incidence

L’analogie classique est celle de la baignoire. L’incidence correspond aux nouveaux cas qui « coulent » dans la baignoire. Parmi ces cas, certains vont guérir ou décéder, et vont donc « sortir » de l’ensemble des cas. Ce qui reste dans la baignoire — c’est-à-dire les cas encore malades (ni décédés, ni guéris) — représente la prévalence.

Type de maladieIndicateur dominantExplication
Maladies à guérison rapide (grippe, gastro-entérite)IncidenceLes cas sortent vite de la « baignoire », la prévalence reste faible
Maladies chroniques (diabète, cancer)PrévalenceLes cas s’accumulent dans la « baignoire » car il n’y a pas de guérison rapide

👥 Sélection des participants : exhaustive vs échantillon

ModePrincipeAvantagesInconvénients
ExhaustiveToute la population est incluse (ex. : statistiques de mortalité)Élimine tout biais de sélectionComplexe, champs de données limités, qualité de l’information souvent médiocre (sauf bases de données existantes)
ÉchantillonExtrait par sondage de la population. Type d’étude le plus fréquent.Coût moindre, qualité meilleure avec plus de données par personnePrécision dépend de la taille de l’échantillon, nécessite une bonne représentativité, volontariat des répondants

Lorsqu’on travaille sur un échantillon, il faut distinguer trois niveaux de population : la population source (dont est issu l’échantillon), la population étudiée (l’échantillon qui participe effectivement à l’étude) et la population cible (celle à laquelle les résultats devraient s’appliquer). Par exemple, pour une étude sur les pratiques alimentaires des infirmières en Suède, la population source est l’ensemble des infirmières inscrites à leur registre professionnel, la population étudiée est la part de ces femmes effectivement incluses, et la population cible est l’ensemble des infirmières du pays.

🔎 Surveillance épidémiologique continue

La surveillance épidémiologique est un processus continu et systématique de collecte de données, à l’opposé des enquêtes ponctuelles. Elle concerne des problèmes pouvant faire l’objet d’une prévention, d’un traitement ou d’une action de santé publique. La rapidité du traitement de l’information et de la diffusion des résultats est indispensable pour déclencher des actions. Sa finalité est de fournir des informations servant à la prise de mesures de prévention ou de contrôle.

🩺 Le Réseau Sentinelles

Le Réseau Sentinelles est un réseau de recherche et de veille en soins de premier recours (médecine générale et pédiatrie) en France métropolitaine. Il fonctionne à partir d’un échantillon aléatoire représentatif de l’ensemble des médecins. Chaque semaine, les médecins généralistes Sentinelles transmettent les données de leurs patients pour les indicateurs suivis, via une connexion internet sécurisée. Le réseau surveille 10 indicateurs de santé : 9 maladies infectieuses et 1 indicateur non infectieux (l’acte suicidaire). Parmi les surveillances les plus anciennes, on compte les syndromes grippaux (depuis 1984), la maladie de Lyme (depuis 2009) et les maladies respiratoires et bactériennes (depuis quelques années).

Le calcul pour estimer l’incidence à l’échelle nationale est : (Nb moyen de cas vus par un médecin Sentinelles × Nb total de médecins généralistes en France) / Population française. Ce système permet le recueil, l’analyse, la prévision et la redistribution en temps réel de données épidémiologiques.

Exemple concret : pour la maladie de Lyme, le taux d’incidence est resté stable jusqu’en 2015, puis a augmenté. La prévention s’est avérée difficile (impossible d’empêcher la prolifération des tiques), d’où le choix d’informer les populations par des campagnes médiatiques et d’affichage.

🏛️ Santé publique France

Santé publique France est l’agence d’expertise scientifique sous tutelle de l’État, dont les objectifs sont d’améliorer et de protéger la santé des populations. Elle s’articule autour de trois axes : assurer un système national de veille et de surveillance pour détecter et anticiper les risques sanitaires, améliorer la connaissance sur l’état de santé de la population et concevoir les stratégies de prévention, et promouvoir la santé en agissant sur les environnements et en répondant aux crises sanitaires.

Ses missions incluent l’observation épidémiologique, la veille sur les risques sanitaires, le lancement de l’alerte sanitaire, la promotion de la santé et la réduction des risques, le développement de la prévention et de l’éducation pour la santé, et la préparation aux crises sanitaires. Elle construit ses indicateurs à partir de bases de données spécifiques : le système de surveillance syndromique SurSaUD, les enquêtes épidémiologiques en population générale et le Système National des Données de Santé (SNDS).

🚨 Surveillance syndromique SurSaUD

Contrairement à la plupart des systèmes de surveillance basés sur des diagnostics confirmés biologiquement, le système SurSaUD (Surveillance Sanitaire des Urgences et des Décès) repose sur des indicateurs sanitaires non spécifiques : signes cliniques, symptômes, indicateurs « proxy » (absentéisme, ventes de médicaments). Il centralise quotidiennement les informations de plus de 600 services d’urgence (réseau OSCOUR), 60 associations SOS Médecins et 3 000 communes (données de mortalité via l’INSEE), couvrant respectivement 86 % de l’activité des urgences, 90 % de l’activité SOS Médecins et 80 % des décès quotidiens.

💾 Système National des Données de Santé (SNDS)

Le SNDS rassemble une vaste quantité de données de santé dans le but d’améliorer la qualité des soins, de soutenir la recherche et d’informer les politiques de santé publique. Il intègre les données de l’Assurance Maladie (feuilles de soins via le SNIIRAM, médicaments prescrits, dispositifs médicaux), les données de facturation des hôpitaux (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information — PMSI), les données des causes de décès (certificats de décès) et les données relatives aux handicaps (Maisons Départementales des Personnes Handicapées — MDPH). L’accès au SNDS est réglementé pour protéger la confidentialité des patients : une autorisation spécifique est requise.

🗺️ GEODES

GEODES est une plateforme de cartographie interactive mise en place par Santé publique France. Elle permet d’accéder à des données géographiques de santé publique à l’échelle nationale, régionale et départementale, et de visualiser les disparités territoriales (ex. : le diabète présente des variations régionales de prévalence, qui augmentent au fil des années).

📋 Études ponctuelles : le Baromètre santé

Le Baromètre de Santé publique France est un dispositif d’enquêtes périodiques mis en place en 1992. Il permet la surveillance épidémiologique des principaux comportements, attitudes et perceptions de la population résidant en France vis-à-vis de sa santé, ainsi que l’étude des facteurs associés et des déterminants des comportements de santé. Ces enquêtes constituent des outils précieux pour la mise en œuvre et l’évaluation des actions de santé publique.

Certaines éditions portent sur une thématique unique (nutrition en 1996/2002/2008, cancer en 2005/2010/2015, addictions en 2017, tabac en 2018, etc.), d’autres sont multithématiques (ex. : le baromètre 2021 couvrait santé, environnement, addictions, vaccinations, Covid-19, nutrition et santé mentale, sur un échantillon de 24 514 personnes dont la moitié a répondu, parmi les 18-85 ans).

Ces études reposent sur des enquêtes auprès d’échantillons représentatifs, utilisant des méthodologies variées (enquêtes téléphoniques, questionnaires en ligne). Le sondage aléatoire peut se faire à 1 degré (tirage aléatoire d’un numéro de téléphone) ou à 2 degrés (tirage au sort d’un foyer, puis tirage au sort d’un individu dans le foyer).

🔍 Épidémiologie explicative (analytique / étiologique)

L’épidémiologie explicative vise à étudier les relations entre l’exposition à des facteurs de risque et la survenue de maladies, et à rechercher les facteurs de risque qui influencent leur survenue au sein d’une population. Le but est de mettre en évidence l’association entre une exposition (E) et une maladie (M) : les personnes exposées à E sont-elles plus atteintes par M que les non-exposées ? La comparaison entre groupes et la notion de risque sont centrales.

📌 Facteurs de risque, marqueurs de risque et facteurs protecteurs

Un facteur de risque est une caractéristique individuelle (âge, sexe, maladies préexistantes, génétique, exposition environnementale, comportement alimentaire) associée à une survenue plus fréquente d’une maladie. Il est possible d’agir sur l’exposition à un facteur de risque (tabac, alcool). Un marqueur de risque augmente également la probabilité de survenue de la maladie, mais aucune action n’est envisageable sur le marqueur (âge, sexe). Le risque est la probabilité de survenue d’un événement donné. Il existe aussi des facteurs protecteurs (activité physique, certains aliments) qu’il est tout aussi important de connaître.

⚠️ Attention : Ne confonds pas facteur de risque et marqueur de risque. Le facteur de risque est modifiable (on peut arrêter de fumer), le marqueur de risque ne l’est pas (on ne peut pas changer son âge ou son sexe). Les deux augmentent le risque, mais seul le facteur de risque est une cible d’intervention.

📐 Étude de cohorte et risque relatif

Le principe d’une étude de cohorte est de sélectionner un ensemble de sujets partageant des caractéristiques communes, de les suivre dans le temps à l’échelle individuelle, et de comparer l’incidence d’une pathologie entre un groupe d’individus exposés et un groupe d’individus non exposés. Si l’hypothèse est correcte, il y aura plus de malades dans le groupe des exposés.

📊 Le risque relatif (RR)

Le résultat s’exprime sous forme d’un risque relatif, qui est le rapport entre la fréquence de la maladie dans le groupe exposé et la fréquence dans le groupe non exposé :

RR = [a / (a+b)] / [c / (c+d)]

a = exposés malades, b = exposés non malades, c = non-exposés malades, d = non-exposés non malades.

Valeur du RRInterprétation
RR = 1Aucune association entre l’exposition et la maladie
RR > 1L’exposition est un facteur de risque (augmente l’incidence chez les exposés)
RR < 1L’exposition est un facteur protecteur (diminue l’incidence chez les exposés)
💡 Astuce : Si RR = 1,3, cela signifie un risque accru de 30 % chez les exposés par rapport aux non-exposés.

🏛️ L’étude de Framingham

Référence historique en épidémiologie, la cohorte de Framingham a débuté en 1948 aux États-Unis avec 5 209 participants, choisis pour la représentativité de cette ville par rapport à la population américaine. L’étude en est désormais à sa 3e génération de participants. On lui doit une grande partie des connaissances sur les maladies cardiovasculaires : identification de l’hypertension comme facteur de risque de maladies cardiaques (1957), de maladies neurologiques (1967), d’insuffisance cardiaque (1971), rôle du diabète (1974), du cholestérol avec les effets protecteurs des HDL (1977), et reconnaissance de l’obésité comme facteur de risque indépendant (1983).

🔄 Cohortes prospectives vs rétrospectives

CritèreCohorte prospectiveCohorte rétrospective (historique)
Information sur l’expositionRecueillie avant la survenue de la maladieRecueillie après la survenue de la maladie (à partir de registres)
Événement (maladie)Survient après l’inclusion dans l’étudeSurvenu avant l’inclusion dans l’étude
AvantagesSuivi rigoureux, informations de qualité supérieurePlus rapide et moins coûteuse
InconvénientsCoûteuse, longue, problèmes de rétention des participantsRisque de biais d’information (difficulté des participants à se remémorer les événements passés)

🥗 Exemple : la cohorte NutriNet-Santé

NutriNet-Santé est une grande étude de cohorte française en population générale, avec suivi en ligne de l’alimentation. Son but est d’étudier les liens entre consommation alimentaire et risque de maladies cardiovasculaires. Les participants, indemnes de maladies cardiovasculaires à l’inclusion, ont enregistré leur consommation via des enregistrements de 24h répétés et validés, classés selon le degré de transformation (classification NOVA). Le suivi de 2009 à 2018 a montré qu’une augmentation de 10 points de la part d’aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire était associée à une augmentation de 12 % du risque de maladies cardiovasculaires.

⚠️ Les problèmes de méthode des cohortes

La puissance statistique impose des tailles d’échantillon suffisantes. Les biais de sélection sont liés aux modes de recrutement et au volontariat des participants. Les biais d’information proviennent de la diversité des données recueillies à différents moments (examens cliniques, questionnaires, prélèvements, imagerie). L’attrition (participants « perdus de vue » ou devenus « non-répondants ») au cours du temps accroît les biais de sélection et peut compromettre la cohérence du suivi.

🔎 Étude cas-témoins et odds ratio

L’étude cas-témoins compare des personnes malades (les cas) à des personnes non malades (les témoins), appariés sur certains critères (âge, sexe). On compare ensuite la fréquence de l’exposition antérieure dans les deux groupes. Ce type d’étude est privilégié lorsque la pathologie étudiée est rare et l’exposition fréquente.

On estime l’odds ratio (OR), qui est une approximation convenable du risque relatif. L’interprétation est la même (OR = 1 : aucune association ; OR > 1 : facteur de risque ; OR < 1 : facteur protecteur), mais ce ne sont pas des incidences qui sont comparées. En effet, dans une étude cas-témoins, les cas sont déjà sélectionnés (nombre fixé d’avance), il est donc impossible de calculer une incidence, et par conséquent un risque relatif au sens strict.

Exemple : une étude cas-témoins menée pendant la pandémie de Covid-19 a comparé 3 426 cas (malades) et 1 713 témoins (non-malades). Résultats : le télétravail partiel ou complet présentait un OR < 1 (facteur protecteur par rapport au travail en présentiel), tandis que les réunions en présentiel montraient un OR > 1 (facteur de risque : 1,15 fois plus de risque d’infection).

⚖️ Cohorte vs cas-témoins : comparaison

CritèreÉtude de cohorteÉtude cas-témoins
Point de départOn part de l’exposition, on observe qui développe la maladieOn part de la maladie, on cherche qui a été exposé
RésultatRisque relatif (RR) — calcul d’incidenceOdds ratio (OR) — calcul de fréquence d’exposition
AvantagesÉtude des expositions rares, possibilité d’étudier plusieurs maladiesAdaptée aux maladies rares ou à délai d’apparition long, possibilité d’étudier plusieurs expositions
InconvénientsLongue durée, coûteuse, attrition, échantillon important nécessaire, non adaptée aux maladies raresBiais de mémoire, difficulté à trouver des témoins, recueil d’information compliqué, peu adaptée aux expositions rares

En pratique, avant d’entreprendre une étude de cohorte (longue et coûteuse), il est fréquent de débuter par une étude cas-témoins. Si celle-ci met en évidence des hypothèses intéressantes, cela peut justifier le lancement d’une cohorte.

🩺 Épidémiologie en population générale vs clinique

CritèreÉpidémiologie en population généraleÉpidémiologie clinique
Population étudiéePopulation générale (sujets sains et malades)Patients déjà diagnostiqués ou traités pour une maladie
Moment de la maladiePhase asymptomatique → survenue de la maladiePhase symptomatique → évolution, guérison, décès, séquelles
ObjectifDécrire et expliquer pourquoi la maladie se développe — prévention primaireComprendre les facteurs influençant les résultats cliniques — prévention secondaire ou tertiaire
MéthodesIdentiques (cohortes, cas-témoins). Ce qui change est la population et le moment considéré.

Exemple d’épidémiologie en population générale : l’étude NutriNet, qui étudie les relations entre alimentation et mortalité ou incidence des maladies chroniques chez des sujets initialement sains. Exemple d’épidémiologie clinique : la cohorte NS-PARK, qui suit des patients déjà atteints de la maladie de Parkinson dans les centres experts français pour comprendre les différents profils de progression et adapter les traitements de façon personnalisée.

🧪 Épidémiologie évaluative : l’essai randomisé

L’épidémiologie évaluative vise à évaluer l’efficacité d’une intervention ou action de santé. L’essai contrôlé randomisé (ECR) est le schéma d’étude obligatoire avant la mise sur le marché d’un nouveau traitement. Il est aussi utilisé pour évaluer de nouvelles techniques chirurgicales ou programmes de santé publique. Il répond aux critères de sécurité et d’efficacité.

📐 Principe méthodologique

L’essai comporte un groupe contrôle (équivalent à un groupe témoin), car les résultats d’une étude sur un seul groupe ne permettent pas de distinguer les effets du traitement de l’évolution naturelle de la maladie. Les groupes sont constitués par le chercheur de manière aléatoire (randomisation par des biostatisticiens), afin que ni le médecin ni le patient ne décide de l’attribution du traitement.

🎲 La randomisation

La randomisation est le point capital de tout essai contrôlé. Elle consiste en l’attribution au hasard des traitements évalués, afin que le traitement reçu ne dépende pas des caractéristiques propres du patient. Les groupes sont ainsi comparables : les facteurs de pronostic et de gravité y sont identiques. Si la randomisation est correcte et qu’il n’y a pas d’autres biais, les différences observées en fin d’étude peuvent être attribuées aux traitements évalués. Elle permet d’éviter le biais de sélection et offre le meilleur niveau de preuve.

🕶️ Simple et double aveugle

L’étude en simple aveugle (simple insu) signifie que seul le patient ignore quel traitement il reçoit. En double aveugle (double insu), ni le patient ni le médecin ne le savent. Cela évite les biais de réalisation (différences dans l’administration des soins, le suivi, la compliance) et les biais d’interprétation/évaluation. C’est le seul moyen de garantir la comparabilité entre les groupes tout au long de l’essai.

💡 Astuce : Exemple concret : lors des tests du vaccin contre le Covid-19, l’étude en simple aveugle comparait un groupe vacciné (2 doses du vaccin AZD12222, n=2063) à un groupe témoin recevant une solution saline placebo (n=2025). Résultat : 12 malades dans le groupe vacciné vs 33 dans le groupe témoin, soit un RR de 0,357, indiquant une réduction significative du risque de maladie chez les vaccinés. Le taux d’événement était de 0,6 % chez les vaccinés contre 1,6 % chez les non-vaccinés.

🏆 Niveaux de preuve

Chaque type d’étude n’apporte pas le même niveau de preuve scientifique. La hiérarchie est la suivante :

GradeNiveauType d’étude
A — Preuve scientifique établieNiveau 1Essais comparatifs randomisés de forte puissance, méta-analyses d’ECR, analyses de décision fondées sur des études bien menées
B — Présomption scientifiqueNiveau 2Essais comparatifs randomisés de faible puissance, études comparatives non randomisées bien menées, études de cohortes
C — Faible niveau de preuve scientifiqueNiveau 3Études cas-témoins
Niveau 4Études comparatives avec biais importants, études rétrospectives, séries de cas, études épidémiologiques descriptives

✏️ Exercices

Exercice 1

Dans une population de 50 000 habitants, on dénombre 2 500 personnes diabétiques à la date du 1er janvier 2024. Au cours de l’année 2024, 300 nouveaux cas de diabète sont diagnostiqués. Calcule le taux de prévalence au 1er janvier 2024 et le taux d’incidence sur l’année 2024. Précise la nature de chaque indicateur (statique ou dynamique).
Voir la réponse
Taux de prévalence au 1er janvier 2024 = 2 500 / 50 000 × 100 = 5 %. C’est un indicateur statique : il mesure l’état de la population à un moment donné (photographie). Taux d’incidence sur l’année 2024 = 300 / 50 000 × 100 = 0,6 %. C’est un indicateur dynamique : il mesure l’évolution de la population sur un intervalle de temps (les nouveaux cas apparus durant l’année). On observe que la prévalence (5 %) est bien supérieure à l’incidence annuelle (0,6 %), ce qui est cohérent avec le caractère chronique du diabète : les cas s’accumulent dans la « baignoire » car il n’y a pas de guérison.

Exercice 2

Une étude de cohorte suit 10 000 fumeurs et 10 000 non-fumeurs pendant 10 ans. À la fin du suivi, 200 cas de cancer du poumon sont apparus chez les fumeurs et 10 chez les non-fumeurs. Calcule le risque relatif et interprète-le.
Voir la réponse
RR = [200 / 10 000] / [10 / 10 000] = 0,02 / 0,001 = 20. Le risque relatif est de 20. Cela signifie que les fumeurs ont un risque 20 fois plus élevé de développer un cancer du poumon par rapport aux non-fumeurs. Le tabac est donc un facteur de risque majeur (RR très supérieur à 1). On peut aussi dire que les fumeurs ont un risque accru de 1 900 % (soit (RR – 1) × 100).

Exercice 3

Un étudiant affirme : « L’étude cas-témoins est supérieure à l’étude de cohorte car elle permet de calculer directement un risque relatif. » Identifie les erreurs dans cette affirmation.
Voir la réponse
Cette affirmation contient deux erreurs. Premièrement, l’étude cas-témoins ne permet pas de calculer un risque relatif. Puisque les cas sont sélectionnés à l’avance (nombre fixé), il est impossible de calculer une incidence dans les groupes, et donc impossible de déterminer un RR. On calcule à la place un odds ratio (OR), qui est une approximation du RR. Deuxièmement, l’étude cas-témoins n’est pas « supérieure » à l’étude de cohorte : en termes de niveau de preuve, l’étude de cohorte (niveau 2) fournit un niveau de preuve supérieur à l’étude cas-témoins (niveau 3). Chaque type d’étude a ses indications : les cas-témoins sont adaptées aux maladies rares, les cohortes permettent d’étudier les expositions rares et d’observer plusieurs maladies. En pratique, on commence souvent par une étude cas-témoins exploratoire avant de lancer une cohorte si les résultats sont prometteurs.

❓ FAQ — Épidémiologie

Quelle est la différence entre prévalence et incidence ?
La prévalence est le nombre total de cas (anciens et nouveaux) existant dans une population à un moment donné — c’est une photographie, un indicateur statique. L’incidence est le nombre de nouveaux cas apparus au cours d’une période donnée — c’est un indicateur dynamique qui mesure la vitesse d’apparition de la maladie. Pour les maladies chroniques (diabète), la prévalence est élevée ; pour les maladies à guérison rapide (grippe), c’est l’incidence qui domine.
Qu’est-ce que le risque relatif et comment l’interpréter ?
Le risque relatif (RR) est le rapport entre l’incidence de la maladie chez les personnes exposées à un facteur et l’incidence chez les non-exposées. Un RR de 1 signifie aucune association. Un RR supérieur à 1 indique un facteur de risque (ex. : RR = 2 signifie un risque doublé). Un RR inférieur à 1 indique un facteur protecteur. Le RR ne peut être calculé que dans les études de cohorte, où l’on peut mesurer l’incidence dans chaque groupe.
Pourquoi l’essai contrôlé randomisé offre-t-il le meilleur niveau de preuve ?
L’essai contrôlé randomisé (ECR) offre le meilleur niveau de preuve car la randomisation (attribution aléatoire des traitements) rend les groupes comparables sur tous les facteurs connus et inconnus, éliminant le biais de sélection. Le double aveugle élimine les biais de réalisation et d’évaluation. Si ces conditions sont respectées, toute différence observée entre les groupes peut être attribuée au traitement étudié et non à des facteurs confondants.
Qu’est-ce que le Réseau Sentinelles ?
Le Réseau Sentinelles est un système français de surveillance épidémiologique en soins de premier recours. Un échantillon aléatoire représentatif de médecins généralistes transmet chaque semaine les données de leurs patients pour 10 indicateurs de santé (9 maladies infectieuses + les actes suicidaires). À partir de ces données, on estime le taux d’incidence hebdomadaire pour l’ensemble de la population française et on suit son évolution dans le temps et l’espace.
Quand utiliser une étude cas-témoins plutôt qu’une cohorte ?
L’étude cas-témoins est préférée quand la maladie étudiée est rare ou quand le délai entre l’exposition et la survenue de la maladie est très long, car elle ne nécessite pas un suivi prolongé. Elle est aussi moins coûteuse et permet d’étudier simultanément plusieurs facteurs d’exposition. En revanche, elle est sujette aux biais de mémoire et ne permet pas de calculer un RR (on calcule un OR). La cohorte est préférée quand l’exposition est rare ou quand on souhaite étudier plusieurs maladies à la fois.