L’Étranger de Camus : Résumé & Fiche de Lecture 📚
L’Étranger est le premier roman publié d’Albert Camus, paru en 1942 aux éditions Gallimard. Ce court récit met en scène Meursault, un employé de bureau à Alger, qui, après l’enterrement de sa mère, tue un Arabe sur une plage « à cause du soleil ». Jugé et condamné à mort, moins pour son crime que pour son incapacité à jouer la comédie sociale, Meursault incarne la confrontation de l’homme avec l’absurde. L’Étranger est le troisième roman francophone le plus lu au monde et l’un des textes les plus étudiés dans l’enseignement français.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte et biographie de Camus
- 3. Structure du roman
- 4. Résumé détaillé
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Style et procédés d’écriture
- 8. Citations clés
- 9. Interprétation et portée
- 10. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — L’Étranger | |
|---|---|
| Titre | L’Étranger |
| Auteur | Albert Camus (1913 – 1960) |
| Date de publication | 1942 (Gallimard) |
| Genre | Roman (récit à la première personne) |
| Mouvement | Philosophie de l’absurde. Camus refuse l’étiquette « existentialiste », bien que le roman soit souvent rapproché de ce courant. |
| Cycle de l’absurde | L’Étranger appartient au « cycle de l’absurde » avec l’essai Le Mythe de Sisyphe (1942) et les pièces Caligula et Le Malentendu. |
| Narrateur | Meursault, récit à la première personne au passé composé |
| Lieu | Alger et ses environs (Algérie française) |
| Prix Nobel | Camus reçoit le prix Nobel de littérature en 1957, à 44 ans — le plus jeune lauréat français. |
🏛️ 2. Contexte et biographie de Camus
Albert Camus naît en 1913 à Mondovi (aujourd’hui Dréan), en Algérie, dans un milieu très modeste. Son père, ouvrier agricole, meurt à la bataille de la Marne en 1914. Camus grandit à Alger avec sa mère, quasi illettrée et partiellement sourde, dans un appartement sans livres. C’est son instituteur, Louis Germain, qui repère son talent et lui permet d’obtenir une bourse pour le lycée — un épisode que Camus racontera dans Le Premier Homme (posthume, 1994) et qu’il évoquera dans son discours du Nobel.
Camus étudie la philosophie à l’université d’Alger mais la tuberculose l’empêche de passer l’agrégation. Il devient journaliste, dramaturge et romancier. L’Étranger est écrit entre 1939 et 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale, dans une France occupée. Le roman paraît en juin 1942 chez Gallimard, quelques mois avant Le Mythe de Sisyphe. Les deux textes se complètent : le roman met en scène l’absurde, l’essai le théorise.
Le contexte de l’Algérie coloniale est essentiel : le roman se déroule à Alger, le personnage tué est un Arabe non nommé, la justice est celle des colons. Camus, pied-noir né en Algérie, entretiendra un rapport complexe avec la question coloniale tout au long de sa vie.
| Repère | Détail |
|---|---|
| 1913 | Naissance en Algérie |
| 1936-1938 | L’Envers et l’Endroit, Noces — premiers écrits, lyrisme méditerranéen |
| 1942 | L’Étranger + Le Mythe de Sisyphe — cycle de l’absurde |
| 1944 | Rédacteur en chef de Combat (journal de la Résistance) |
| 1947 | La Peste — cycle de la révolte |
| 1956 | La Chute |
| 1957 | Prix Nobel de littérature |
| 1960 | Mort dans un accident de voiture à 46 ans |
📐 3. Structure du roman
L’Étranger est divisé en deux parties de six chapitres chacune, formant un diptyque parfaitement symétrique :
| Partie | Chapitres | Contenu |
|---|---|---|
| Première partie | I à VI | La vie de Meursault avant le meurtre : enterrement de la mère, vie quotidienne à Alger, relation avec Marie, amitié avec Raymond, la plage, le meurtre de l’Arabe. |
| Deuxième partie | I à VI | L’instruction, le procès, la condamnation à mort, la révolte finale de Meursault face à l’aumônier. Le regard de la société remplace le regard de Meursault. |
La symétrie est significative : la première partie montre Meursault vivant librement, la seconde montre la société qui le juge. Le meurtre (fin de la partie I) est le pivot qui fait basculer le récit.
📖 4. Résumé détaillé
Première partie — La vie et le meurtre
Chapitre I — L’enterrement
Le roman s’ouvre sur l’une des phrases les plus célèbres de la littérature française : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Meursault, employé de bureau à Alger, reçoit un télégramme de l’asile de Marengo lui annonçant la mort de sa mère. Il s’y rend en autobus. Lors de la veillée funèbre et de l’enterrement, il ne pleure pas. Il observe les détails matériels (la chaleur, la fatigue, le café, les vis du cercueil) avec un détachement qui choquera le tribunal plus tard. Il fume, boit du café au lait, s’endort devant le corps.
Chapitre II — Le lendemain
Le lendemain de l’enterrement, Meursault va se baigner à la plage et retrouve Marie Cardona, une ancienne dactylo de son bureau. Ils nagent, rient, vont au cinéma voir un film comique, puis passent la nuit ensemble. Meursault ne manifeste aucun signe de deuil.
Chapitre III — La routine
Meursault décrit sa journée de travail, son repas chez Céleste, sa rencontre avec Salamano (un voisin qui bat son vieux chien) et avec Raymond Sintès, un voisin que l’on soupçonne d’être proxénète. Raymond lui demande de l’aider à écrire une lettre pour attirer sa maîtresse (une Arabe qu’il accuse de l’avoir trompé) afin de se venger d’elle. Meursault accepte sans y réfléchir.
Chapitre IV — La violence de Raymond
Raymond frappe violemment sa maîtresse dans son appartement. La police intervient. Raymond demande à Meursault de témoigner en sa faveur, et Meursault accepte. Marie demande à Meursault s’il l’aime ; il répond que « cela ne voulait rien dire » mais que probablement non.
Chapitre V — La proposition
Le patron de Meursault lui propose un poste à Paris. Meursault refuse sans enthousiasme : « on ne changeait jamais de vie ». Marie lui demande s’il veut l’épouser ; il répond que ça lui est égal, qu’ils peuvent se marier si elle veut. Le soir, Salamano pleure parce que son chien a disparu.
Chapitre VI — La plage et le meurtre
C’est dimanche. Meursault, Marie et Raymond vont à la plage chez Masson, un ami de Raymond. Ils se baignent, déjeunent. Sur la plage, ils croisent un groupe d’Arabes, dont le frère de la maîtresse de Raymond. Une altercation éclate : Raymond est blessé au couteau. Après le retour au cabanon, Meursault repart seul sur la plage, accablé par la chaleur et le soleil. Il retrouve l’Arabe allongé près d’une source. Le soleil l’éblouit, la lame du couteau de l’Arabe envoie un reflet de lumière. Meursault tire une première fois, puis, après une pause, tire encore quatre coups sur le corps inerte. La première partie se clôt sur cette phrase : « Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. »
Deuxième partie — Le procès et la condamnation
Chapitres I à III — L’instruction
Meursault est arrêté et interrogé. Il ne manifeste aucun remords. Le juge d’instruction lui brandit un crucifix et lui demande s’il croit en Dieu ; Meursault répond non. Le juge le surnomme « Monsieur l’Antéchrist ». L’avocat de Meursault lui demande s’il a éprouvé de la peine à l’enterrement ; Meursault répond qu’il avait « un peu perdu l’habitude de s’interroger ». En prison, il s’habitue progressivement à la privation : il dort beaucoup, tue le temps, se souvient. Marie vient le voir au parloir.
Chapitres IV et V — Le procès
Le procès est le cœur de la deuxième partie. Le procureur reconstruit toute la vie de Meursault pour en faire un « monstre moral » : il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère, il a fumé, bu du café au lait, il est allé nager et au cinéma le lendemain, il a entretenu une liaison. Le procureur affirme que Meursault a « enterré sa mère avec un cœur de criminel ». Le meurtre de l’Arabe passe presque au second plan : Meursault est jugé non pour avoir tué, mais pour n’avoir pas joué le rôle social attendu — le fils en deuil, l’homme repentant, le citoyen émotif.
Les témoins (Marie, Céleste, Salamano, Raymond, Masson) tentent de défendre Meursault mais leurs témoignages sont retournés par le procureur. Meursault lui-même, interrogé sur ses motivations, répond que c’est « à cause du soleil » — réponse qui provoque le rire de l’assemblée. Il est condamné à la peine de mort.
Chapitre VI — La révolte finale
Dans sa cellule, Meursault refuse de voir l’aumônier mais celui-ci vient quand même. Il lui parle de Dieu, du pardon, de l’au-delà. Meursault explose de colère — c’est la seule scène de révolte violente du roman. Il affirme que rien n’a d’importance, que la vie n’a pas de sens transcendant, que la certitude de la mort rend toutes les existences équivalentes. C’est paradoxalement dans cette révolte que Meursault semble le plus vivant. Le roman s’achève sur cette phrase : Meursault s’ouvre à « la tendre indifférence du monde » et souhaite, pour se sentir moins seul, qu’il y ait « beaucoup de spectateurs le jour de [son] exécution et qu’ils [l’]accueillent avec des cris de haine ».
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et signification |
|---|---|
| Meursault | Narrateur et personnage central. Employé de bureau à Alger. Se caractérise par son indifférence apparente : il ne pleure pas à l’enterrement de sa mère, dit que l’amour « ne veut rien dire », accepte tout sans enthousiasme. Mais cette indifférence est aussi une forme d’honnêteté radicale : Meursault refuse de mentir, de simuler des émotions qu’il n’éprouve pas. Il est étranger aux conventions sociales, étranger au monde, étranger à lui-même. C’est un être de sensations (le soleil, la mer, le corps de Marie) plutôt que de sentiments nommés. |
| Marie Cardona | Petite amie de Meursault. Joyeuse, sensuelle, elle aime Meursault et veut l’épouser. Elle représente le bonheur simple et physique. Sa présence souligne l’incapacité de Meursault à nommer ses sentiments : il la désire, apprécie sa compagnie, mais ne peut pas dire « je t’aime ». |
| Raymond Sintès | Voisin de Meursault, probablement proxénète. Violent, manipulateur, il utilise Meursault pour régler ses comptes avec sa maîtresse arabe. C’est par lui que Meursault se retrouve impliqué dans le conflit qui mène au meurtre. Meursault ne le juge pas — il ne juge personne. |
| L’Arabe | La victime de Meursault. Il n’est jamais nommé — un choix qui a suscité de nombreuses lectures critiques, notamment postcoloniales (Edward Saïd). Son anonymat reflète la position des Arabes dans l’Algérie coloniale : ils sont un décor, pas des personnes. |
| Salamano | Voisin de Meursault, vieillard qui bat son chien quotidiennement mais s’effondre quand celui-ci disparaît. Figure miroir de Meursault et sa mère : un amour réel mais inexprimé, reconnu seulement dans la perte. |
| Le procureur | Représente la société qui juge. Il reconstruit le comportement de Meursault pour en faire un récit cohérent d’insensibilité monstrueuse. Il transforme l’indifférence en préméditation, l’absence d’émotion visible en signe de criminalité. |
| L’aumônier | Il tente d’amener Meursault à Dieu. C’est face à lui que Meursault explose dans la seule scène de révolte du roman. L’aumônier représente la religion comme consolation — que Meursault refuse avec violence. |
🎯 6. Thèmes principaux
L’absurde
C’est le thème fondamental. L’absurde, chez Camus, naît de la confrontation entre le désir humain de sens et le silence du monde. Le monde n’a pas de signification intrinsèque, la vie ne mène nulle part, la mort est certaine et définitive. Meursault incarne cette prise de conscience : il ne cherche pas à donner du sens à ses actes, ne projette pas de finalité, vit dans l’instant. Le meurtre lui-même est absurde — commis « à cause du soleil », sans haine ni préméditation.
L’étrangeté et la marginalité
Meursault est « étranger » à plusieurs niveaux : étranger aux conventions sociales (il ne pleure pas quand il le faudrait), étranger aux sentiments codifiés (il ne sait pas dire « je t’aime »), étranger au monde (il observe sans participer), étranger à lui-même (il n’analyse pas ses motivations). Cette étrangeté fait de lui un marginal — non pas violent ou dangereux, mais simplement inadapté au jeu social. Et la société punit l’inadaptation plus sévèrement que le crime.
Le soleil et la sensualité
Le soleil est omniprésent dans le roman. Il écrase Meursault à l’enterrement, l’aveugle sur la plage au moment du meurtre, pèse sur le tribunal. Il est à la fois source de plaisir (la mer, le corps de Marie) et force destructrice. Meursault est un être de sensations physiques : il vit par le corps, pas par l’intellect ou l’émotion nommée. La chaleur, la lumière, l’eau, la fatigue sont les véritables moteurs de ses actes.
Le jugement social
La deuxième partie révèle que la société ne juge pas le crime mais le non-conformisme. Meursault est condamné à mort non pour avoir tué un homme, mais pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère, pour avoir fumé, pour être allé au cinéma le lendemain. Le procès est une mise en scène où chaque geste de Meursault est réinterprété pour construire le récit d’un « monstre ». Camus montre que la justice est un théâtre social qui exige du coupable qu’il joue le repentir — et condamne celui qui refuse de jouer.
La mort
La mort traverse tout le roman : mort de la mère (début), meurtre de l’Arabe (milieu), condamnation à mort de Meursault (fin). Face à la mort, Meursault découvre paradoxalement la valeur de la vie. Sa révolte face à l’aumônier est une affirmation violente de l’existence contre toute promesse d’au-delà : il n’y a que cette vie, cette terre, ce soleil — et c’est assez.
✍️ 7. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description et effet |
|---|---|
| Le passé composé | Camus utilise le passé composé au lieu du passé simple littéraire. Effet d’oralité et de proximité temporelle : chaque événement semble venir de se produire, sans recul ni analyse. Le récit colle au présent de la sensation. |
| Les phrases courtes | Le style est dépouillé, presque télégraphique : « Maman est morte. » « J’ai tiré. » Les phrases juxtaposées sans lien logique reproduisent la perception de Meursault — une succession de faits bruts, sans interprétation. |
| L’écriture « blanche » | Roland Barthes a qualifié le style de Camus d’« écriture blanche » ou « degré zéro de l’écriture » : neutre, plate, sans emphase. Cette neutralité est le reflet stylistique de l’absurde — un monde sans signification appelle une écriture sans ornement. |
| La focalisation interne | Le récit est entièrement filtré par la conscience de Meursault. On ne sait jamais ce que pensent les autres. Cette restriction renforce le sentiment d’isolement et d’incompréhension mutuelle. |
| Le registre sensoriel | Les notations physiques dominent : la chaleur, la lumière, les odeurs, la fatigue, le sel, le sable. Le corps remplace l’intériorité psychologique. Le meurtre est provoqué par le soleil, pas par la haine. |
| L’ironie structurelle | La structure en diptyque crée une ironie grinçante : les mêmes faits (la vie quotidienne de Meursault) sont vécus innocemment dans la partie I et transformés en preuves accablantes dans la partie II. Ce qui était neutre devient monstrueux sous le regard du procureur. |
💬 8. Citations clés
| Citation | Analyse |
|---|---|
| « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » | L’incipit le plus célèbre de la littérature française du XXe siècle. Le ton est immédiatement posé : factuel, détaché, sans pathos. L’incertitude temporelle (« ou peut-être hier ») signale que Meursault ne donne pas à cet événement la charge émotionnelle que la société attend. |
| « J’ai dit que c’était à cause du soleil. » | L’explication que Meursault donne de son geste au procès. Réponse absurde aux yeux de la société, mais sincère : le meurtre est un acte sans préméditation, déclenché par une sensation physique. L’assemblée rit — mais Meursault dit la vérité. |
| « J’ai pensé que c’était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j’allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n’y avait rien de changé. » | Fin du chapitre I. L’enterrement n’a rien changé. Cette phrase résume la vision de Meursault : les événements se succèdent sans modifier le cours des choses. La vie continue, indifférente. |
| « Il a déclaré que je n’avais rien à faire avec une société dont je méconnaissais les règles les plus essentielles. » | Le procureur formule l’accusation véritable : Meursault n’est pas jugé pour meurtre mais pour son refus (involontaire) de se conformer aux codes sociaux. L’étranger est celui qui ne joue pas le jeu. |
| « Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. » | Les dernières lignes du roman. Après sa révolte contre l’aumônier, Meursault atteint une forme de paix : il accepte l’absurde, accueille l’indifférence du monde non comme un drame mais comme une tendresse. L’adjectif « tendre » est décisif — l’indifférence n’est pas hostile, elle est douce. |
| « Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine. » | Dernière phrase du roman. Paradoxe final : la haine des autres est une forme de lien, même négatif. Meursault préfère être haï que ignoré. La haine prouve qu’il existe aux yeux des autres — ultime refus de l’indifférence dans un monde indifférent. |
🔍 9. Interprétation et portée
Le cycle de l’absurde
L’Étranger est indissociable du Mythe de Sisyphe, publié la même année. Dans l’essai, Camus théorise l’absurde et conclut : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Dans le roman, Meursault vit l’absurde. Les deux textes se complètent : l’un pense, l’autre montre. Ensemble, ils forment la première étape de la pensée camusienne, avant le passage au « cycle de la révolte » (La Peste, L’Homme révolté).
La lecture postcoloniale
Le critique Edward Saïd a souligné que l’Arabe tué par Meursault n’a pas de nom. Cette absence n’est pas anodine : dans l’Algérie coloniale, les Arabes sont un décor humain, pas des individus. L’écrivain algérien Kamel Daoud a prolongé cette réflexion dans Meursault, contre-enquête (2013), qui raconte l’histoire du point de vue du frère de la victime. Ces lectures ne contredisent pas nécessairement Camus mais enrichissent la compréhension de l’œuvre en la replaçant dans son contexte colonial.
Un héros moderne
Meursault est souvent considéré comme l’un des premiers anti-héros de la littérature moderne. Il n’est ni bon ni méchant, ni courageux ni lâche — il est simplement là, sans qualités héroïques ni vices spectaculaires. Sa force est son honnêteté : il refuse de mentir, de simuler, de jouer le rôle que la société attend. C’est cette honnêteté qui le condamne — ce qui fait de lui, selon Camus, « le seul Christ que nous méritions ».
❓ 10. Questions fréquentes (FAQ)
De quoi parle L’Étranger de Camus ?
L’Étranger raconte l’histoire de Meursault, un employé de bureau à Alger, qui après l’enterrement de sa mère — où il ne pleure pas — reprend sa vie quotidienne. Un enchaînement de circonstances le conduit à tuer un Arabe sur une plage, « à cause du soleil ». Lors de son procès, il est jugé moins pour le meurtre que pour son attitude non conformiste : n’avoir pas pleuré, être allé au cinéma le lendemain de l’enterrement. Il est condamné à mort. C’est un roman sur l’absurdité de l’existence et la violence du jugement social.
Pourquoi Meursault tue-t-il l’Arabe ?
Meursault ne tue pas par haine, par vengeance ou par préméditation. Il retourne seul sur la plage, accablé par la chaleur et la lumière. Le soleil l’éblouit, le reflet de la lame du couteau l’aveugle, et il tire. C’est un acte absurde — sans raison rationnelle, déclenché par des sensations physiques. Au procès, il dira que c’est « à cause du soleil ». Cette absence de motivation conventionnelle est précisément ce qui déroute le tribunal et le lecteur : dans le monde de l’absurde, les actes n’ont pas toujours de « pourquoi ».
Pourquoi dit-on que Meursault est un étranger ?
Meursault est « étranger » à plusieurs niveaux : étranger aux conventions sociales (il ne pleure pas quand il le devrait, ne dit pas « je t’aime »), étranger aux valeurs établies (il ne croit pas en Dieu, ne montre pas de remords), étranger à son propre procès (il a l’impression que tout se fait sans lui), et étranger au monde (il observe la réalité sans y attacher de signification). Le titre résume cette condition : Meursault est un homme qui ne s’insère dans aucun cadre, ce que la société punit par la mort.
L’Étranger est-il un roman existentialiste ?
Camus a toujours refusé l’étiquette existentialiste. Bien que L’Étranger partage des préoccupations avec l’existentialisme de Sartre (la liberté, l’absurde, la responsabilité), Camus se situe dans une tradition différente. Son concept clé est l’absurde : la confrontation entre le désir humain de sens et le silence du monde. Contrairement à Sartre, Camus ne pense pas que l’homme « crée » son sens — il pense que l’homme doit vivre malgré l’absence de sens, en refusant les consolations mensongères (religion, idéologie).
Pourquoi L’Étranger est-il si célèbre ?
L’Étranger est le troisième roman francophone le plus lu au monde (après Le Petit Prince et Vingt Mille Lieues sous les mers). Son succès s’explique par la brièveté du texte (un court roman qu’on lit en deux heures), la force de l’incipit, la radicalité du style (dépouillé, moderne, universel) et la puissance du questionnement philosophique. L’Étranger parle à chaque génération parce qu’il touche à des questions intemporelles : que signifie être sincère dans un monde de conventions ? Peut-on vivre sans donner de sens à l’existence ?
Pourquoi l’Arabe n’a-t-il pas de nom dans L’Étranger ?
C’est l’une des questions les plus débattues autour de l’œuvre. Le critique Edward Saïd y voit le reflet de la mentalité coloniale : dans l’Algérie française, les Arabes sont réduits à un arrière-plan anonyme. L’écrivain algérien Kamel Daoud a répondu à cette absence en écrivant Meursault, contre-enquête (2013), qui donne un nom et une histoire à la victime. Camus lui-même, pied-noir complexe, a pris position contre le colonialisme mais n’a peut-être pas mesuré cette dimension de son roman. L’anonymat de l’Arabe reste un point de discussion légitime et fécond.
Quel est le lien entre L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe ?
Les deux œuvres forment le « cycle de l’absurde » publié en 1942. Le Mythe de Sisyphe est l’essai philosophique qui théorise l’absurde ; L’Étranger est le roman qui le met en scène. Sisyphe, condamné à rouler éternellement un rocher, est « heureux » selon Camus parce qu’il accepte l’absurde sans se résigner. Meursault, de la même façon, atteint une forme de sérénité dans les dernières pages du roman en s’ouvrant à « la tendre indifférence du monde ». Le cycle comprend aussi les pièces Caligula et Le Malentendu.
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