La Métamorphose de Kafka : Résumé & Fiche de Lecture 📚

La Métamorphose (Die Verwandlung) est une nouvelle de Franz Kafka, publiée en 1915. Elle raconte l’histoire de Gregor Samsa, un voyageur de commerce qui se réveille un matin transformé en un monstrueux insecte. Loin de s’interroger sur les causes surnaturelles de cette transformation, le récit se concentre sur ses conséquences : le rejet progressif de Gregor par sa famille, sa dégradation physique et psychologique, et sa mort solitaire. Chef-d’œuvre de la littérature du XXe siècle, La Métamorphose est l’un des textes les plus étudiés au collège et au lycée, et l’un des récits les plus interprétés de l’histoire littéraire.


📋 Sommaire


📇 1. Carte d’identité de l’œuvre

Fiche d’identité — La Métamorphose
Titre original Die Verwandlung
Auteur Franz Kafka (1883 – 1924)
Date de publication 1915 (revue Die Weißen Blätter, puis en volume chez Kurt Wolff)
Genre Nouvelle longue (environ 60 pages). Parfois qualifiée de « récit » ou « court roman ».
Courant Inclassable. On rapproche Kafka de l’expressionnisme, de l’existentialisme, du fantastique, de l’absurde. L’adjectif « kafkaïen » est devenu un mot courant pour désigner une situation absurde et oppressante.
Langue originale Allemand (Kafka écrivait en allemand bien que vivant à Prague, alors dans l’Empire austro-hongrois)
Narrateur Narrateur à la troisième personne, focalisation interne sur Gregor Samsa
Structure Trois parties (I, II, III)

🏛️ 2. Contexte et biographie de Kafka

Franz Kafka naît en 1883 à Prague, dans une famille juive germanophone de la classe moyenne. Son père, Hermann Kafka, est un commerçant autoritaire et imposant qui exerce une domination écrasante sur son fils. Cette relation père-fils est au cœur de l’œuvre de Kafka — il écrira d’ailleurs une célèbre Lettre au père (1919, jamais envoyée) dans laquelle il décrit l’emprise paternelle sur sa vie.

Kafka fait des études de droit et travaille dans une compagnie d’assurances à Prague — un emploi bureaucratique qu’il déteste mais qu’il conserve toute sa vie. Il écrit la nuit, dans un état de tension permanente entre son travail alimentaire et sa vocation littéraire. Il publie peu de son vivant : quelques nouvelles et récits courts. Ses trois romans (Le Procès, Le Château, L’Amérique) restent tous inachevés.

La Métamorphose est écrite en novembre-décembre 1912, dans une période d’intense créativité. Kafka la considère comme une œuvre importante mais reste insatisfait du résultat. La nouvelle est publiée en 1915. Kafka meurt de la tuberculose en 1924, à 40 ans. Avant de mourir, il demande à son ami Max Brod de brûler tous ses manuscrits. Brod refuse et publie l’ensemble de l’œuvre posthume — geste qui fera de Kafka l’un des auteurs majeurs du XXe siècle.

Repère Détail
1883 Naissance à Prague (Empire austro-hongrois)
1906 Doctorat en droit. Début du travail dans les assurances.
1912 Rédaction de La Métamorphose et du Verdict — période de créativité intense
1915 Publication de La Métamorphose
1919 Lettre au père (jamais envoyée)
1924 Mort de Kafka à 40 ans (tuberculose). Demande à Max Brod de brûler ses manuscrits.
1925-1927 Publication posthume du Procès, du Château et de L’Amérique par Max Brod

📐 3. Structure de la nouvelle

La Métamorphose est divisée en trois parties qui suivent la dégradation progressive de Gregor :

Partie Contenu Mouvement
I Le réveil de Gregor transformé en insecte. La découverte par la famille et le fondé de pouvoir. L’enfermement dans la chambre. Choc et tentative de normalité
II Adaptation de la famille. Grete nourrit Gregor. Ses goûts changent. On vide sa chambre. Le père le blesse avec une pomme. Déshumanisation progressive
III La famille travaille, se dégrade. Gregor est abandonné, affamé. La sœur dit qu’il faut s’en débarrasser. Mort de Gregor. La famille renaît. Abandon et mort — libération de la famille

La structure suit une courbe descendante pour Gregor (du vivant au mort, de l’humain à la chose) et une courbe ascendante inversée pour la famille (de la dépendance à l’autonomie, du deuil à la renaissance).


📖 4. Résumé détaillé

Partie I — Le réveil et la découverte

Le récit s’ouvre sur l’une des phrases les plus célèbres de la littérature mondiale : un matin, Gregor Samsa se réveille transformé en un « monstrueux insecte » (ungeheueres Ungeziefer). La nature exacte de l’insecte n’est jamais précisée. Kafka a d’ailleurs interdit toute illustration réaliste de la créature.

Le premier réflexe de Gregor n’est pas la terreur mais l’inquiétude professionnelle : il a manqué son train de cinq heures. Il est voyageur de commerce et doit de l’argent à son patron (une dette contractée par son père). Sa famille (père, mère, sœur Grete) vit à ses crochets. Gregor tente de se lever, découvre son nouveau corps (carapace bombée, multiples pattes, antennes), mais continue à penser en termes de routine : il pourra peut-être prendre le train suivant.

Sa famille s’inquiète de le voir enfermé dans sa chambre. Le fondé de pouvoir de son entreprise se présente à l’appartement pour vérifier son absence. Gregor parvient péniblement à ouvrir la porte avec ses mandibules. En le voyant, le fondé de pouvoir s’enfuit, la mère s’évanouit, et le père, armé d’une canne et d’un journal, repousse Gregor dans sa chambre. Gregor est blessé. La porte se referme.

Partie II — L’adaptation et la dégradation

La famille s’organise autour de la nouvelle situation. Grete, la sœur cadette (17 ans), prend en charge les soins de Gregor : elle lui apporte de la nourriture et nettoie sa chambre. Elle constate que ses goûts ont changé : Gregor, qui aimait le lait, le refuse désormais et préfère les aliments avariés — fromage moisi, légumes pourris, restes. Il développe de nouveaux comportements : il rampe sur les murs et le plafond, se cache sous le canapé.

La famille décide de vider la chambre de Gregor pour lui donner plus d’espace. Mais quand la mère et Grete commencent à retirer les meubles, Gregor se jette sur un cadre accroché au mur (une reproduction qu’il avait découpée dans un magazine) pour le protéger — dernier geste de son humanité, tentative de conserver un objet lié à sa vie d’homme. La mère l’aperçoit et s’effondre.

Le père rentre, apprend l’incident et bombarde Gregor de pommes. L’une d’elles se loge dans son dos et y pourrit — blessure qui ne guérira jamais et qui accélère sa dégradation. Le père est transformé : autrefois vieillard avachi, il porte désormais un uniforme de commissionnaire et arbore une autorité nouvelle. La métamorphose de Gregor a paradoxalement redonné vie au père.

Partie III — L’abandon et la mort

La famille doit travailler pour survivre : le père est commissionnaire, la mère couturière, Grete vendeuse. Tout le monde est épuisé. Gregor est de plus en plus négligé : on ne nettoie plus sa chambre, on y entasse des objets inutiles. Sa chambre devient un débarras. Lui-même mange à peine, se couvre de poussière.

La famille a pris des locataires — trois messieurs austères. Un soir, Grete joue du violon. Gregor, attiré par la musique, sort de sa chambre. Les locataires l’aperçoivent et quittent l’appartement sans payer. Grete, excédée, prononce le verdict : « Il faut que ça disparaisse ». Elle refuse de considérer l’insecte comme son frère. Si c’était vraiment Gregor, dit-elle, il aurait compris qu’il devait partir. Le père approuve.

Gregor regagne sa chambre. Dans l’obscurité, pensant à sa famille « avec tendresse et amour », il meurt au petit matin — vidé, amaigri, la pomme pourrie toujours enfoncée dans son dos. La femme de ménage découvre le cadavre au matin et le jette. La famille, soulagée, prend un jour de congé. Ils sortent en tramway. Grete s’est épanouie : ses parents remarquent qu’elle est devenue une belle jeune femme. Le récit s’achève sur un avenir prometteur pour la famille — la mort de Gregor est leur libération.


👤 5. Les personnages

Personnage Rôle et signification
Gregor Samsa Voyageur de commerce, fils aîné, soutien économique de sa famille. Sa transformation en insecte est le point de départ du récit. Gregor est un personnage sacrificiel : avant sa métamorphose, il se sacrifiait pour sa famille (travail détesté, dette du père) ; après, il est sacrifié par elle. Son humanité survit longtemps dans son corps d’insecte (pensées, souvenirs, amour pour sa sœur) mais s’efface progressivement. Il meurt en pensant à sa famille « avec tendresse ».
Grete Samsa Sœur cadette de Gregor (17 ans). D’abord la plus attentionnée envers Gregor (elle le nourrit, nettoie sa chambre), elle évolue vers le rejet total et prononce la sentence finale. Son parcours est l’inverse de celui de Gregor : tandis qu’il se déshumanise, elle s’épanouit, devenant adulte et autonome. Elle est la véritable « métamorphose positive » du récit.
Le père (Hermann Samsa) Autrefois endetté et avachi, il reprend vie après la métamorphose de Gregor : il retrouve un emploi, porte un uniforme, redevient une figure d’autorité. C’est lui qui blesse Gregor avec la pomme. Figure du père dominateur — écho direct du propre père de Kafka. La faillite du père est le point de départ de l’asservissement de Gregor ; la chute de Gregor permet la renaissance du père.
La mère (Mme Samsa) Fragile, asthmatique, elle s’évanouit en voyant Gregor. Elle conserve un amour maternel mais n’ose pas affronter la situation. Elle ne défend pas Gregor face au père. Personnage de la passivité et de l’impuissance.
Le fondé de pouvoir Envoyé par l’entreprise pour vérifier l’absence de Gregor. Personnage de l’autorité professionnelle absurde — il se présente au domicile pour une absence d’une demi-heure. Sa fuite face à Gregor marque la rupture définitive avec le monde professionnel.
Les trois locataires Trois messieurs sévères, identiques, qui envahissent l’espace familial. Ils représentent l’intrusion du monde extérieur et la soumission de la famille. Leur départ après avoir vu Gregor précipite le dénouement.

🎯 6. Thèmes principaux

L’aliénation et la déshumanisation

La métamorphose de Gregor est la manifestation physique d’une aliénation qui préexistait : avant de devenir un insecte, Gregor était déjà réduit à sa fonction — un rouage économique qui nourrissait sa famille sans vivre pour lui-même. Il n’avait ni amis, ni loisirs, ni projets personnels. La transformation en insecte rend visible une condition qui était déjà la sienne : être traité comme un non-humain. Le mot allemand Ungeziefer (vermine, parasite) est aussi un terme que les employeurs utilisaient pour désigner les travailleurs indésirables.

La famille et le sacrifice

Gregor se sacrifiait pour sa famille : il travaillait pour rembourser la dette de son père, financer les études de musique de Grete, entretenir ses parents. La métamorphose révèle la nature de ce contrat : quand Gregor ne peut plus produire, il est abandonné, puis éliminé. L’amour familial est conditionnel — il dépend de l’utilité du membre. La mort de Gregor est accueillie avec soulagement, pas avec chagrin. La famille ne se libère pas de Gregor : elle se libère de sa dette envers lui.

Le rapport au père

Le père est une figure d’autorité oppressante. Avant la métamorphose, il était un vieillard dépendant ; après, il redevient un patriarche violent (la scène de la pomme). Ce renversement suggère que le père avait besoin de la soumission de Gregor pour exister — mais aussi que la chute de Gregor permet sa renaissance. La Lettre au père de Kafka éclaire cette dynamique : Hermann Kafka dominait son fils par le mépris et l’autoritarisme, exactement comme le père Samsa.

Le travail et l’identité

Gregor se définit par son travail. Sa première pensée en se réveillant insecte est d’avoir manqué son train. Il continue à s’inquiéter de sa dette, de son emploi, de ses obligations professionnelles — alors qu’il est devenu un insecte. Kafka montre comment le travail aliéné colonise l’identité : même transformé, Gregor reste prisonnier de sa condition de travailleur.

L’absurde

La métamorphose est présentée sans explication ni étonnement démesuré. Personne ne demande « pourquoi ? ». La famille ne consulte ni médecin, ni prêtre, ni scientifique. Le surnaturel est traité comme un fait banal — et c’est cette banalité qui est terrifiante. Le monde de Kafka est un monde où l’absurde ne surprend plus, où l’on s’adapte à l’insupportable au lieu de le combattre.

La solitude et l’exclusion

Gregor est enfermé dans sa chambre, séparé de sa famille par une porte. Il entend leurs conversations sans pouvoir y participer. Il voit sa sœur de loin, devine les tensions, assiste à la dégradation de la vie familiale — mais ne peut rien faire. Cette solitude est aggravée par la perte progressive de la parole (sa voix devient incompréhensible) et de la pensée humaine. La porte fermée est le symbole de l’exclusion.


✍️ 7. Style et procédés d’écriture

Procédé Description et effet
Le ton neutre face à l’extraordinaire La transformation est racontée sans pathos, sans exclamation, comme un fait ordinaire. Ce décalage entre le contenu (fantastique, horrifique) et le ton (factuel, bureaucratique) produit un malaise profond. Le lecteur est déstabilisé non par l’événement mais par la normalité avec laquelle il est traité.
La focalisation interne Le récit épouse le point de vue de Gregor. On perçoit le monde à travers sa conscience qui se modifie progressivement : ses pensées deviennent plus confuses, ses perceptions plus animales. Cette focalisation crée une empathie avec le personnage et rend sa dégradation d’autant plus poignante.
L’espace clos L’action se déroule presque entièrement dans l’appartement familial, et surtout dans la chambre de Gregor. Cet enfermement spatial reproduit l’enfermement psychologique et social du personnage. La chambre est tour à tour refuge, prison et tombeau.
Le symbolisme des objets La pomme pourrissante dans le dos de Gregor (blessure infligée par le père, rappel du péché originel) ; le cadre au mur (dernier lien avec la vie humaine) ; la porte (frontière entre l’humain et le non-humain). Chaque objet porte une charge symbolique dense.
La dégradation progressive Le récit suit une logique implacable de dégradation : Gregor perd successivement sa voix, ses goûts humains, ses meubles, le soin de sa sœur, la nourriture, et enfin la vie. Chaque étape est un pas de plus vers l’anéantissement. Le rythme narratif est celui d’une chute inéluctable.
Le mélange du quotidien et du fantastique Kafka insère le fantastique dans le quotidien le plus banal : les horaires de train, la dette, les locataires, le ménage. C’est ce mélange qui crée l’effet « kafkaïen » : l’horreur n’est pas spectaculaire, elle est domestique.

💬 8. Citations et passages clés

Passage Analyse
L’incipit : Gregor Samsa se réveille transformé en un monstrueux insecte L’un des incipits les plus célèbres de la littérature mondiale. Le fantastique est posé comme un fait, sans préparation. Pas de cause, pas de surprise narrative — juste un constat. Ce traitement factuel de l’extraordinaire est la signature du style kafkaïen.
Gregor s’inquiète d’avoir manqué son train Première réaction après la découverte de sa transformation. L’absurdité est totale : Gregor est devenu un insecte, mais il pense à ses horaires de travail. Montre à quel point le travail aliéné a colonisé son identité — l’homme a disparu, le travailleur persiste.
La scène de la pomme lancée par le père Le père bombarde Gregor de pommes ; l’une se loge dans son dos et y pourrit. Violence paternelle physique, symbolisme biblique (fruit de la connaissance, péché originel), blessure qui ne guérit pas — la marque du père sur le fils est indélébile.
Grete déclare qu’il faut se débarrasser de « ça » Moment décisif : Grete, la plus proche de Gregor, le renie. Elle cesse de l’appeler par son nom et dit « ça ». La déshumanisation est complète : Gregor n’est plus un « il » mais un « ça ». La dernière personne qui le traitait en être humain l’abandonne.
La mort de Gregor : il pense à sa famille « avec tendresse et amour » Gregor meurt en aimant ceux qui l’ont abandonné. Ironie déchirante : son humanité intérieure survit jusqu’au bout alors que tout le monde le considère comme une bête. La tendresse de Gregor contraste avec l’indifférence de la famille.
La sortie en tramway : la famille remarque que Grete est devenue une belle jeune fille Dernière image du récit. La mort de Gregor a libéré la famille. Grete s’épanouit — elle est la véritable « métamorphose positive ». Le soulagement familial est la conclusion la plus cruelle : Gregor n’était qu’un moyen, jamais une fin.

🔍 9. Interprétations

Lecture autobiographique

Kafka s’est souvent comparé à un insecte face à son père. La Lettre au père décrit une relation de domination qui ressemble trait pour trait à celle de Gregor et du père Samsa. L’appartement familial de la nouvelle correspond à celui des Kafka à Prague. Grete, la sœur musicienne, rappelle Ottla, la sœur préférée de Franz. La dette qui asservit Gregor est un écho de la culpabilité que Kafka ressentait envers sa famille.

Lecture sociale et marxiste

Gregor est un travailleur aliéné : il n’a de valeur que par sa productivité. Quand il cesse de produire, il est éliminé. La famille représente la société capitaliste qui traite l’individu comme un rouage : utile quand il fonctionne, jetable quand il casse. La métamorphose rend visible la condition réelle du travailleur moderne — réduit à un insecte par le système.

Lecture existentialiste

La métamorphose pose la question de l’identité : Gregor est-il encore Gregor quand il est un insecte ? Où réside l’humanité — dans le corps ou dans la conscience ? Gregor continue de penser, de se souvenir, d’aimer : sa conscience est humaine dans un corps qui ne l’est plus. Mais cette conscience s’efface progressivement, suggérant que l’identité est fragile et que la déshumanisation peut être totale.

Lecture psychanalytique

Le conflit père-fils est au cœur du récit. La métamorphose peut être lue comme une régression (retour à un état infantile, dépendant, non verbal) ou comme une punition symbolique (le fils qui ose exister en dehors du père est réduit à l’état de vermine). La pomme lancée par le père est un acte de castration symbolique. La mort de Gregor libère le père — le fils était un obstacle à la puissance paternelle.


❓ 10. Questions fréquentes (FAQ)

De quoi parle La Métamorphose de Kafka ?

La Métamorphose raconte l’histoire de Gregor Samsa, un voyageur de commerce qui se réveille un matin transformé en un insecte monstrueux. Le récit ne s’attarde pas sur les causes de cette transformation mais sur ses conséquences : la réaction de sa famille (effroi, puis adaptation, puis rejet), la dégradation progressive de Gregor (perte de la parole, changement des goûts, affaiblissement), et finalement sa mort solitaire. La famille, soulagée, reprend une vie normale. C’est un récit sur l’aliénation, le sacrifice et la cruauté des liens familiaux conditionnés par l’utilité.

En quel animal Gregor Samsa se transforme-t-il ?

Kafka utilise le mot allemand Ungeziefer, qui signifie « vermine » ou « bestiole nuisible » sans désigner un animal précis. Les traductions varient : « insecte monstrueux », « cancrelat », « cafard ». Kafka a explicitement interdit de représenter la créature sur la couverture du livre. Cette imprécision est voulue : l’important n’est pas ce que Gregor est devenu, mais ce que cette transformation révèle sur sa condition humaine et sur le regard des autres.

Pourquoi Gregor se transforme-t-il ?

Kafka ne donne aucune explication. Il n’y a ni cause magique, ni punition divine, ni expérience scientifique. La métamorphose est posée comme un fait, point. C’est cette absence de cause qui rend le récit si puissant : on peut y lire une métaphore de la dépression, de l’aliénation au travail, de la maladie, du rejet social, de la relation toxique père-fils — ou tout cela à la fois. L’œuvre de Kafka résiste à l’interprétation unique, ce qui explique la multiplicité des lectures.

Que signifie la pomme dans La Métamorphose ?

Le père lance des pommes sur Gregor et l’une se loge dans son dos, y pourrissant. Ce passage concentre plusieurs niveaux de sens : la violence paternelle (le père blesse physiquement le fils), le symbole biblique (la pomme du péché originel — la faute du père retombant sur le fils), et la dégradation irréversible (la pomme pourrit dans le corps de Gregor, accélérant sa mort). C’est la blessure infligée par le père qui ne guérit jamais — lecture qui résonne fortement avec la biographie de Kafka.

La Métamorphose est-elle un récit fantastique ?

Pas au sens classique. Dans la littérature fantastique traditionnelle, le surnaturel crée un doute (est-ce réel ou imaginé ?). Chez Kafka, il n’y a aucun doute : la transformation est réelle, mais personne ne la questionne. Il n’y a ni explication ni résolution magique. C’est ce traitement factuel du surnaturel qui distingue Kafka : l’extraordinaire est accepté avec une résignation quotidienne, ce qui crée un effet plus dérangeant que l’horreur fantastique classique. On parle parfois de « réalisme magique » ou de « fantastique de l’absurde ».

Que signifie « kafkaïen » ?

L’adjectif « kafkaïen » est entré dans le langage courant pour désigner une situation absurde, oppressante et bureaucratique — où l’individu se retrouve piégé dans un système dont il ne comprend pas les règles et dont il ne peut pas sortir. Exemples : une administration qui vous demande un document pour obtenir le document qui permet de l’obtenir, un procès dont on ne connaît pas les charges (Le Procès). La Métamorphose illustre cet univers : Gregor est piégé dans un corps qu’il n’a pas choisi, dans une famille qui l’a réduit à sa fonction, dans un monde qui ne s’interroge pas sur l’absurdité de la situation.

Pourquoi La Métamorphose est-elle étudiée au collège ?

La Métamorphose est étudiée au collège (souvent en 3e) et au lycée pour plusieurs raisons : le texte est court (une soixantaine de pages), le récit est immédiatement saisissant (la première phrase captive), les thèmes sont universels (la famille, l’identité, l’exclusion, la différence), et l’œuvre se prête à de multiples lectures (autobiographique, sociale, existentialiste, psychanalytique). Elle permet aussi d’aborder la notion de registre fantastique et de travailler sur la réécriture de mythes (la métamorphose chez Ovide, par exemple).


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