Pour un oui ou pour un non de Sarraute : Résumé & Fiche de Lecture 📚
Pour un oui ou pour un non est une pièce de théâtre de Nathalie Sarraute, publiée et créée en 1982. En à peine une heure de représentation, deux amis de longue date, désignés simplement par H.1 et H.2, se retrouvent au bord de la rupture à cause d’une simple intonation — la manière dont l’un a dit à l’autre : « C’est biiiien… ça… ». Cette pièce minimaliste et vertigineuse explore les micro-drames du langage, ces mouvements souterrains que Sarraute appelle les « tropismes ». Inscrite au programme du bac de français 2026 dans l’objet d’étude « Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle », elle est au cœur du parcours « Théâtre et dispute ».
Retrouvez ci-dessous notre fiche de lecture complète : résumé, analyse, thèmes, citations essentielles et méthode pour le bac.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte et biographie de Sarraute
- 3. Structure de la pièce
- 4. Résumé détaillé
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Parcours « Théâtre et dispute »
- 8. Style et procédés d’écriture
- 9. Citations clés
- 10. L’œuvre au bac : sujets et méthode
- 11. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — Pour un oui ou pour un non | |
|---|---|
| Titre | Pour un oui ou pour un non |
| Autrice | Nathalie Sarraute (1900 – 1999) |
| Date | 1982 (publication et première représentation) |
| Genre | Théâtre — pièce en un acte, en prose |
| Mouvement littéraire | Nouveau Roman / Nouveau Théâtre. Sarraute est une figure majeure de la remise en question des formes narratives et théâtrales traditionnelles. |
| Durée | Environ 45 minutes à 1 heure de représentation. Texte très court (~30 pages). |
| Registres dominants | Dramatique, comique (humour de l’absurde), psychologique |
| Concept clé | Les tropismes : mouvements psychologiques infimes, souterrains, qui naissent sous la surface des mots échangés |
| Programme bac 2026 | Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle — Parcours : « Théâtre et dispute » |
🏛️ 2. Contexte et biographie de Sarraute
Nathalie Sarraute (née Nathalia Tcherniak) naît en 1900 à Ivanovo-Voznessensk, en Russie. Issue d’une famille d’intellectuels russes, elle passe son enfance entre la Russie et la France après le divorce de ses parents. Elle étudie le droit et l’anglais à Paris et à Oxford, devient avocate, mais consacre l’essentiel de sa vie à la littérature.
En 1939, elle publie Tropismes, un recueil de courts textes qui fonde sa poétique. Le mot « tropisme », emprunté à la biologie (mouvement d’un organisme en réaction à un stimulus), désigne chez Sarraute les mouvements intérieurs infimes qui se produisent en nous à chaque instant — les réactions, les impressions, les sensations fugaces provoquées par les mots, les gestes, les intonations des autres. Ces micro-mouvements sont habituellement invisibles : nous les ressentons sans les formuler. L’ambition de Sarraute est de les rendre perceptibles par l’écriture.
Sarraute est l’une des figures majeures du Nouveau Roman, mouvement littéraire des années 1950-1960 qui remet en question les formes traditionnelles du roman : plus de personnages « à l’ancienne » (avec un nom, une psychologie, une histoire), plus d’intrigue linéaire, plus de narrateur omniscient. Son essai théorique L’Ère du soupçon (1956) est le manifeste de cette révolution. Au théâtre, sa démarche est parallèle : elle crée un théâtre sans intrigue, sans personnages au sens traditionnel, centré sur les drames microscopiques du langage.
Pour un oui ou pour un non est sa pièce la plus célèbre et la plus jouée. Écrite en 1982, elle est représentée pour la première fois la même année. C’est la synthèse parfaite de sa recherche : en une quarantaine de pages, Sarraute parvient à rendre théâtral l’invisible — les blessures minuscules que nous infligent les mots, les intonations, les sous-entendus.
| Repère | Détail |
|---|---|
| 1900 | Naissance en Russie |
| 1939 | Tropismes — texte fondateur de sa poétique |
| 1956 | L’Ère du soupçon — essai théorique, manifeste du Nouveau Roman |
| 1964 | Le Silence et Le Mensonge — premières pièces de théâtre |
| 1982 | Pour un oui ou pour un non |
| 1983 | Enfance — récit autobiographique, son livre le plus connu du grand public |
| 1999 | Mort de Sarraute à Paris, à 99 ans |
📐 3. Structure de la pièce
Pour un oui ou pour un non est une pièce en un seul acte, sans découpage en scènes (dans certaines éditions, des numérotations de scènes sont ajoutées par commodité). La pièce est un dialogue continu entre deux hommes, H.1 et H.2, ponctué de brèves interventions de deux voisins (H.3 et F.1).
La progression n’est pas une intrigue au sens classique mais un mouvement d’approfondissement : les personnages partent d’une surface anodine (une visite entre amis) et descendent progressivement vers les profondeurs du malaise qui les sépare. Chaque échange creuse un peu plus loin, met au jour une blessure un peu plus ancienne, un ressentiment un peu plus enfoui.
| Mouvement | Contenu |
|---|---|
| 1. L’ouverture | H.1 rend visite à H.2 car il le trouve distant. H.2 finit par avouer que quelque chose le gêne mais hésite à le dire. |
| 2. La révélation | H.2 révèle la cause de sa blessure : la manière dont H.1 a dit « C’est biiiien… ça… » — une intonation légèrement condescendante. H.1 nie toute intention malveillante. |
| 3. L’escalade | Le reproche initial se ramifie : d’autres blessures remontent, d’autres exemples de condescendance ou de mépris latent. Le conflit s’approfondit. |
| 4. L’intervention extérieure | Les voisins (H.3 et F.1) interviennent brièvement. Ils représentent le regard social ordinaire, incapable de comprendre la subtilité du conflit. |
| 5. La fin ouverte | La pièce se termine sans résolution claire : les deux amis restent au bord de la rupture, ni réconciliés ni séparés. L’expression « pour un oui ou pour un non » est prononcée — on peut se fâcher pour presque rien. |
📖 4. Résumé détaillé
La visite inquiète
H.1 se rend chez H.2, un ami de longue date, car il le trouve distant depuis quelque temps. H.2 ne vient plus le voir, ne donne plus de nouvelles. H.1 veut comprendre pourquoi. Au début, H.2 esquive, prétend que tout va bien. Mais H.1 insiste : il sent que quelque chose ne va pas, qu’il y a un malaise entre eux. L’échange est tendu, fait de non-dits et d’hésitations.
La phrase blessante
Pressé par H.1, H.2 finit par révéler ce qui le blesse. Il s’agit d’un moment apparemment anodin : H.1, à propos d’un événement heureux vécu par H.2, a dit « C’est biiiien… ça… » — avec une certaine intonation. Pas les mots eux-mêmes, qui sont neutres, voire positifs. C’est le ton qui blesse : cette légère insistance sur le « bien », cette pause avant le « ça », qui trahissent, selon H.2, une condescendance, un mépris à peine perceptible. Comme si H.1 disait en réalité : « C’est bien, pour toi, à ton niveau, dans ta petite vie. »
H.1 tombe des nues. Il ne comprend pas comment une intonation si infime peut provoquer une telle blessure. Il nie toute intention malveillante. Mais H.2 maintient sa perception : il a senti quelque chose dans cette phrase, un jugement implicite, un positionnement de supériorité. Le différend est irréductible : H.1 s’en tient aux mots (qui sont bienveillants), H.2 s’en tient à ce qu’il a ressenti sous les mots (qui est blessant).
La remontée des blessures
À partir de cette révélation, la conversation s’approfondit et s’envenime. D’autres exemples remontent à la surface : d’autres moments où H.2 a perçu chez H.1 une forme de condescendance ou de jugement. H.1 se défend, accuse H.2 d’être hypersensible, de voir du mépris partout. H.2 rétorque que c’est justement cette accusation d’hypersensibilité qui est blessante — elle revient à nier ce qu’il ressent.
Le conflit révèle une asymétrie fondamentale entre les deux amis. H.1 est du côté de la « réussite » sociale, de la norme, de l’assurance. H.2 est du côté de la marge, de la sensibilité, de l’art peut-être. La phrase « C’est biiiien… ça… » cristallise cette inégalité : celui qui « réussit » juge gentiment celui qui vit autrement — et cette gentillesse même est une forme de domination.
L’intervention des voisins
Deux personnages secondaires, H.3 et F.1 (un couple de voisins), interviennent brièvement. Ils représentent le bon sens commun : ils ne comprennent pas le conflit, trouvent ridicule qu’on puisse se fâcher pour une intonation. Pour eux, la dispute est absurde — « pour un oui ou pour un non ». Leur intervention souligne le décalage entre la surface (rien ne s’est passé) et les profondeurs (tout s’est joué).
La fin sans résolution
La pièce ne se conclut pas par une réconciliation ni par une rupture franche. L’expression « pour un oui ou pour un non » est prononcée — à la fois titre de la pièce et résumé de son propos. Oui, on peut se fâcher « pour un oui ou pour un non ». Mais ce « rien » n’est pas rien : il est chargé de tout le poids des rapports humains, des hiérarchies implicites, des blessures accumulées. La fin reste ouverte : le spectateur ne sait pas si l’amitié survivra.
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et caractéristiques |
|---|---|
| H.1 | L’ami qui vient aux nouvelles. Du côté de la norme sociale, de la réussite, de l’assurance. Il ne comprend pas la blessure de H.2, qu’il juge hypersensible. Il se défend en invoquant la bienveillance de ses mots. Représente la position dominante (involontairement) — celui qui a le « pouvoir » de juger. |
| H.2 | L’ami blessé. Plus sensible, plus marginal, peut-être artiste. Il perçoit sous les mots bienveillants de H.1 une condescendance implicite. Sa perception est fine, presque douloureuse. Représente la position vulnérable — celui qui subit le jugement et n’a pas les mots pour le prouver, puisque la blessure vient justement de ce qui échappe aux mots. |
| H.3 et F.1 | Le couple de voisins. Ils interviennent brièvement et représentent le regard social ordinaire : le bon sens, la normalité, l’incompréhension face à un conflit si subtil. Ils trouvent la dispute ridicule. Leur rôle est de montrer que les « tropismes » de Sarraute sont invisibles pour la plupart des gens. |
Note importante : les personnages n’ont pas de noms, seulement des initiales (H.1 = Homme 1, H.2 = Homme 2, H.3 = Homme 3, F.1 = Femme 1). Ce choix est délibéré : Sarraute refuse l’individualisation des personnages pour montrer que le conflit est universel. Ce qui se joue entre H.1 et H.2 pourrait se jouer entre n’importe qui.
🎯 6. Thèmes principaux
Les tropismes : la violence invisible du langage
C’est le thème central de toute l’œuvre de Sarraute. Les tropismes sont ces mouvements psychologiques minuscules, imperceptibles, qui se produisent sous la surface des conversations ordinaires. Une intonation, un silence, un mot prononcé d’une certaine manière — et quelque chose bascule à l’intérieur. La pièce montre que ces micro-événements ont une puissance destructrice : ils peuvent briser une amitié, provoquer une crise, révéler des rapports de domination insoupçonnés.
La dispute
La pièce est une dispute — mais une dispute d’un genre particulier. Il ne s’agit pas d’un conflit ouvert avec des cris et des accusations claires. C’est une dispute souterraine, feutrée, qui porte sur l’indéfinissable. H.2 ne peut pas prouver que H.1 l’a blessé — parce que les mots eux-mêmes étaient inoffensifs. La blessure est dans le non-dit, dans l’intonation, dans le sous-entendu. C’est ce qui rend cette dispute si moderne et si universelle : nous avons tous vécu ces conflits impossibles à formuler.
Les rapports de domination
Sous l’amitié apparente se cache une inégalité. H.1 occupe une position socialement dominante ; H.2 est en position de vulnérabilité. La phrase « C’est biiiien… ça… » est l’expression involontaire de cette hiérarchie : celui qui « réussit » valide gentiment la vie de l’autre — et cette validation même est un acte de pouvoir. Sarraute montre que les rapports de domination ne sont pas seulement sociaux ou économiques : ils s’exercent dans les plus petits détails du langage quotidien.
L’impossibilité de communiquer
H.1 et H.2 parlent la même langue mais ne se comprennent pas. H.1 s’en tient au sens littéral des mots (« J’ai dit que c’était bien, c’est gentil »). H.2 perçoit le sens implicite, le non-dit, l’intonation (« Tu m’as jugé de haut »). Ce décalage est irréductible : il n’existe pas de « preuve » de l’intention de H.1, ni de « preuve » que H.2 a tort de se sentir blessé. La communication est un terrain miné où chaque mot peut exploser.
Le théâtre de la parole
La pièce est un théâtre radical : pas d’action, pas de décor élaboré, pas de péripéties — uniquement de la parole. Ce qui se joue est entièrement verbal. Sarraute montre que la parole elle-même est un drame : elle blesse, protège, masque, révèle. Le théâtre de Sarraute est un théâtre de l’oreille plus que de l’œil : tout passe par les mots, les silences, les intonations.
🔗 7. Parcours « Théâtre et dispute »
| Problématique | Éléments de réponse |
|---|---|
| Qu’est-ce qu’une dispute au théâtre ? | Traditionnellement : un affrontement verbal spectaculaire (Molière, Racine, Corneille). Chez Sarraute : un conflit souterrain, feutré, portant sur l’impalpable. La pièce renouvelle le genre de la dispute en la rendant microscopique. |
| Peut-on se disputer « pour un oui ou pour un non » ? | C’est la question même de la pièce. La réponse est oui — et ce « rien » n’est pas rien. L’intonation d’une phrase banale suffit à révéler des tensions profondes. Le « presque rien » est chargé de tout. |
| La dispute est-elle un ressort théâtral efficace ? | Oui : la dispute crée de la tension dramatique, de l’émotion, de la reconnaissance (le spectateur se reconnaît). Sarraute prouve qu’on n’a pas besoin d’épées ni de morts pour créer un drame intense. |
| Sarraute renouvelle-t-elle le théâtre ? | Radicalement : pas de personnages nommés, pas d’intrigue, pas de décor, pas de dénouement. Le théâtre est réduit à sa matière première : la parole entre deux êtres humains. C’est un théâtre de la sensation, de l’infime, du presque-rien. |
Œuvres complémentaires possibles : Molière (Le Misanthrope — la sincérité impossible), Racine (Bérénice — la douleur des mots simples), Ionesco (La Cantatrice chauve — la crise du langage), Beckett (En attendant Godot — le dialogue comme seul événement), Marivaux (La Dispute).
✍️ 8. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description | Effet |
|---|---|---|
| Les points de suspension | Omniprésents dans le texte, ils traduisent l’hésitation, le non-dit, la recherche des mots | Le langage tâtonne, hésite, ne parvient pas à dire l’essentiel. Les points de suspension sont le signe visible de l’indicible. |
| La phrase inachevée | Les personnages ne finissent pas toujours leurs phrases, se coupent la parole | Mimétisme avec la conversation réelle. Montre aussi que les idées sont trop fragiles ou trop dangereuses pour être formulées entièrement. |
| La stichomythie | Échanges rapides de répliques courtes | Crée un rythme de ping-pong verbal, une tension croissante. Le dialogue devient duel. |
| La répétition | Certaines phrases ou expressions reviennent comme des obsessions | « C’est biiiien… ça… » est répété et analysé sous tous les angles. La répétition montre que la blessure ne se referme pas : on y revient sans cesse. |
| La typographie expressive | Allongement des voyelles (« biiiien »), italiques, espacement des mots | Sarraute essaie de transcrire sur le papier ce qui relève de l’oral : l’intonation, le rythme, les pauses. La typographie devient une notation musicale du langage. |
| Le minimalisme | Pas de décor, pas de didascalies élaborées, personnages sans nom, pièce très courte | Tout est concentré sur la parole. Le dépouillement force l’attention sur l’essentiel : les mots et ce qui se cache sous les mots. |
| Le discours rapporté / mimé | Les personnages rejouent la scène blessante, imitent des intonations | Théâtre dans le théâtre : H.2 « rejoue » la phrase de H.1 pour lui montrer ce qu’il a ressenti. La scène originale est re-mise en scène. |
💬 9. Citations clés
| Citation | Personnage | Analyse |
|---|---|---|
| « C’est biiiien… ça… » | H.1 (rapporté par H.2) | La phrase centrale de la pièce. Trois mots banals, mais c’est l’intonation qui blesse. L’allongement du « bien » et la pause avant « ça » trahissent (selon H.2) une condescendance. Tout le drame tient dans une inflexion de voix. |
| « Ça ne se fait pas. On ne fait pas ça. Pas entre amis. Non, vraiment pas. » | H.2 | H.2 exprime l’interdit transgressé : juger un ami, même inconsciemment. La répétition martelée (« pas… pas… non… pas ») dit l’indignation et la douleur. La norme de l’amitié a été violée. |
| « Il y a des gens qui auraient sauté dessus… ils auraient dit : mais qu’est-ce que c’est que ces manières… Pour qui te prends-tu ? » | H.2 | H.2 traduit en mots explicites ce que l’intonation disait implicitement. L’enjeu est dévoilé : il s’agit de « se prendre pour » quelqu’un de supérieur. Le tropisme est verbalisé. |
| « Tu es trop sensible… » | H.1 | Réponse classique du dominant : disqualifier la perception de l’autre en l’accusant d’hypersensibilité. Cette phrase est elle-même une violence — elle nie le ressenti de H.2. |
| « Pour un oui ou pour un non. » | Expression proverbiale | Expression qui signifie « pour un rien ». Mais la pièce démontre que ce « rien » n’est pas rien. C’est le titre et la morale : les micro-blessures du langage quotidien peuvent détruire des relations entières. |
🎓 10. L’œuvre au bac : sujets et méthode
Sujets de dissertation possibles
| Sujet | Pistes de réflexion |
|---|---|
| Peut-on se disputer « pour un oui ou pour un non » ? | I. En apparence, c’est absurde (une intonation ne devrait pas causer un drame) / II. Mais Sarraute montre que le « presque rien » est chargé de sens (domination, jugement, mépris) / III. La dispute révèle ce que la conversation ordinaire masque — l’essentiel se joue dans l’infime |
| En quoi Pour un oui ou pour un non renouvelle-t-il la dispute au théâtre ? | I. La dispute traditionnelle : conflit ouvert, arguments clairs, issue tranchée (Molière, Corneille) / II. La dispute selon Sarraute : conflit souterrain, objet indéfinissable, fin ouverte / III. Ce renouvellement montre que le théâtre peut traiter des conflits les plus intimes et les plus modernes |
| Le théâtre de Sarraute est-il encore du théâtre ? | I. Ce qui manque : intrigue, personnages identifiés, décor, action / II. Ce qui reste : le dialogue, la tension, l’émotion, la reconnaissance du spectateur / III. Sarraute redéfinit le théâtre en le ramenant à son essence : deux êtres qui parlent et ne se comprennent pas |
| Les mots peuvent-ils blesser autant que les actes ? | I. La pièce montre que oui : une intonation suffit à briser une amitié / II. Les mots blessent d’autant plus que la blessure est invisible et indémontrable / III. Mais les mots sont aussi le seul outil pour tenter de se comprendre — d’où le paradoxe tragique de la pièce |
Conseils pour l’oral
Pour l’explication linéaire, les passages les plus fréquemment choisis sont : le début de la pièce (la visite, l’installation du malaise), le moment de la révélation du « C’est biiiien… ça… », l’escalade du conflit (échange rapide d’arguments), et l’intervention des voisins. L’enjeu est de montrer comment les procédés d’écriture (points de suspension, répétitions, typographie, stichomythie) rendent perceptibles les tropismes — ces mouvements souterrains invisibles à l’oreille ordinaire.
Pour l’entretien, préparez une réflexion personnelle sur le concept de tropisme (avez-vous déjà vécu une situation semblable ? L’accusation d’hypersensibilité vous parle-t-elle ?) et une œuvre complémentaire. La Cantatrice chauve de Ionesco est un excellent choix (même crise du langage, mais traitement absurde plutôt que réaliste). Le Misanthrope de Molière permet un contraste riche (la dispute classique en vers vs la dispute minimaliste en prose).
❓ 11. Questions fréquentes (FAQ)
De quoi parle Pour un oui ou pour un non ?
Pour un oui ou pour un non met en scène deux amis, H.1 et H.2, dont l’amitié est menacée par un incident apparemment dérisoire : la façon dont H.1 a dit « C’est biiiien… ça… » avec une intonation légèrement condescendante. H.2 s’est senti jugé de haut. La pièce explore la violence invisible du langage quotidien : comment une simple intonation peut révéler des rapports de domination et briser une relation. C’est un drame microscopique qui parle de l’essentiel.
Que sont les « tropismes » chez Sarraute ?
Le mot « tropisme » est emprunté à la biologie, où il désigne la réaction d’un organisme à un stimulus. Chez Sarraute, les tropismes sont les mouvements psychologiques minuscules qui se produisent en nous lors des conversations : une impression fugace, une gêne, une blessure, un plaisir, provoqués par un mot, un ton, un silence. Ces mouvements sont normalement imperceptibles — le projet littéraire de Sarraute est de les rendre visibles par l’écriture.
Pourquoi les personnages n’ont-ils pas de noms ?
Sarraute désigne ses personnages par de simples initiales (H.1, H.2, H.3, F.1) pour éviter toute individualisation. Elle ne veut pas raconter l’histoire de « Pierre et Jacques » mais montrer un phénomène universel. En effaçant les noms, elle dit : cela pourrait arriver à n’importe qui. C’est aussi un choix cohérent avec le Nouveau Roman, qui refuse les personnages « à l’ancienne » dotés d’un nom, d’une biographie, d’une psychologie définie.
Que signifie l’expression « pour un oui ou pour un non » ?
C’est une expression française courante qui signifie « pour un rien », « sans raison valable ». On dit : « Il se fâche pour un oui ou pour un non. » Le génie du titre est qu’il fonctionne à deux niveaux : en surface, il suggère que la dispute est absurde (se fâcher pour rien). Mais la pièce montre que ce « rien » n’est pas rien — il est chargé de tout le poids des non-dits, des hiérarchies et des blessures accumulées.
Pour un oui ou pour un non est-elle difficile à lire ?
C’est la pièce la plus courte et la plus accessible du programme (environ 30 pages). La langue est simple, proche de la conversation quotidienne. La difficulté n’est pas dans le vocabulaire mais dans la subtilité du propos : il faut être attentif aux non-dits, aux silences, aux intonations suggérées par la typographie. Le conseil : lisez-la à voix haute, si possible avec quelqu’un. La pièce prend toute sa force quand on entend les voix.
Comment la pièce se termine-t-elle ?
La pièce se termine de manière ouverte, sans résolution claire. Les deux amis ne se réconcilient pas, mais ne se séparent pas non plus de façon définitive. L’expression « pour un oui ou pour un non » est prononcée, résumant le conflit. Le spectateur reste dans l’incertitude : l’amitié survivra-t-elle ? Cette fin ouverte est délibérée : Sarraute montre que les conflits souterrains du langage n’ont pas de « solution » — ils sont le tissu même des relations humaines.
Qu’est-ce que le Nouveau Roman ?
Le Nouveau Roman est un mouvement littéraire français des années 1950-1960 qui remet en question les conventions du roman traditionnel. Ses principaux représentants sont Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon et Michel Butor. Ils refusent les personnages psychologiquement définis, l’intrigue linéaire et le narrateur omniscient. L’Ère du soupçon (1956) de Sarraute en est le manifeste théorique. Pour un oui ou pour un non applique ces principes au théâtre : personnages anonymes, absence d’intrigue, attention au langage plutôt qu’à l’action.
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