Le Menteur de Corneille : Résumé & Fiche de Lecture 📚

Le Menteur est une comédie en cinq actes et en vers de Pierre Corneille, créée en 1644. La pièce met en scène Dorante, un jeune gentilhomme fraîchement arrivé à Paris, qui ment de façon compulsive et brillante pour séduire et impressionner. Ses mensonges s’accumulent jusqu’à créer un imbroglio comique inextricable. Inscrite au programme du bac de français 2026 dans l’objet d’étude « Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle », cette comédie est au cœur du parcours « Mensonge et comédie ».

Retrouvez ci-dessous notre fiche de lecture complète : résumé acte par acte, personnages, thèmes, citations essentielles et méthode pour le bac.


📋 Sommaire


📇 1. Carte d’identité de l’œuvre

Fiche d’identité — Le Menteur
Titre Le Menteur
Auteur Pierre Corneille (1606 – 1684)
Date de création 1644 (Théâtre du Marais, Paris)
Genre Comédie en 5 actes et en alexandrins
Source Inspirée de La Verdad sospechosa (La Vérité suspecte) de Juan Ruiz de Alarcón (dramaturge espagnol, 1634)
Mouvement littéraire Classicisme. Comédie « haute » en vers, mêlant comique d’intrigue et réflexion morale.
Registres dominants Comique, galant, satirique
Programme bac 2026 Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle — Parcours : « Mensonge et comédie »

🏛️ 2. Contexte historique et littéraire

Le Menteur est créé en 1644, sous le règne de Louis XIII (qui meurt en 1643, laissant la régence à Anne d’Autriche pour le jeune Louis XIV). C’est une époque brillante pour le théâtre français : Corneille est au sommet de sa gloire après le triomphe du Cid (1637), et la comédie est en pleine évolution.

Pierre Corneille (1606-1684) est surtout connu aujourd’hui pour ses tragédies (Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte). Mais il est aussi un grand auteur comique : il a écrit plusieurs comédies avant et après ses tragédies. Le Menteur est son chef-d’œuvre comique, et l’une des pièces les plus importantes de l’histoire de la comédie française. Molière lui-même reconnaîtra sa dette envers cette pièce.

La pièce s’inspire d’une comédie espagnole, La Verdad sospechosa de Juan Ruiz de Alarcón (1634). Corneille adapte l’intrigue au contexte parisien et la transporte dans le monde galant des Tuileries et de la Place Royale (actuelle Place des Vosges). L’Espagne est alors la principale source d’inspiration du théâtre européen, et l’adaptation de comédies espagnoles est une pratique courante.

Sur le plan de l’histoire du théâtre, Le Menteur occupe une place charnière. Avant cette pièce, la comédie française est souvent farcesque et grossière. Avec Le Menteur, Corneille invente une comédie élégante, en alexandrins, avec des personnages de bonne société, un comique d’intrigue sophistiqué et une réflexion morale sur le mensonge. Il ouvre la voie à Molière.

Repère Détail
1637 Le Cid — triomphe et « querelle du Cid ». Corneille au sommet.
1644 Le Menteur — Corneille revient à la comédie avec un succès considérable
1645 La Suite du Menteur — suite moins réussie, où Dorante a changé et ne ment presque plus
1660-1670 Molière reconnaît l’influence du Menteur sur son propre théâtre
Lieu de l’action Paris — les Tuileries, la Place Royale. Un Paris galant et mondain.

📐 3. Structure de la pièce

Le Menteur est une comédie classique en cinq actes, écrite en alexandrins (vers de 12 syllabes) à rimes suivies. La pièce respecte globalement les trois unités classiques : unité de lieu (Paris), unité de temps (une journée) et unité d’action (les mensonges de Dorante et leurs conséquences).

L’intrigue est construite comme un engrenage : chaque mensonge de Dorante entraîne un quiproquo qui nécessite un nouveau mensonge, et ainsi de suite. Le mécanisme s’emballe jusqu’au dénouement, où la vérité éclate.


📖 4. Résumé acte par acte

Acte I — L’arrivée du menteur

Dorante, jeune gentilhomme provincial fraîchement arrivé à Paris après des études de droit à Poitiers, se promène aux Tuileries avec son valet Cliton. Il croise deux jeunes femmes, Clarice et Lucrèce. Dorante est immédiatement séduit par l’une d’elles — mais il se trompe de nom : il croit que celle qui lui plaît s’appelle Lucrèce, alors qu’il s’agit en réalité de Clarice. Ce quiproquo initial est le déclencheur de toute l’intrigue.

Pour impressionner les jeunes femmes, Dorante invente aussitôt un premier mensonge : il prétend être à Paris depuis un an (alors qu’il vient d’arriver) et se présente comme un homme du monde accompli. Cliton, son valet, découvre avec stupéfaction le talent de menteur de son maître.

Acte II — Le mensonge de la fête

Le père de Dorante, Géronte, annonce à son fils qu’il a prévu de le marier avec Clarice (une excellente partie). Dorante, qui croit aimer « Lucrèce » (en réalité Clarice), refuse ce mariage arrangé. Pour se dérober, il invente un mensonge énorme : il prétend être déjà marié secrètement à une femme rencontrée à Poitiers. Géronte est effondré.

Parallèlement, Dorante raconte à Clarice (qu’il prend toujours pour Lucrèce) un récit flamboyant : il aurait organisé une fête somptueuse sur l’eau la veille, avec musique, feux d’artifice et souper galant. Le récit est entièrement inventé, mais tellement brillant et détaillé que tout le monde y croit — ou presque. Cliton est sidéré par la virtuosité de son maître.

Acte III — L’engrenage des quiproquos

Les mensonges s’enchevêtrent. Alcippe, l’amant de Clarice, entend parler de la fête sur l’eau et croit que Dorante a séduit sa maîtresse. Furieux, il provoque Dorante en duel. Dorante, fidèle à lui-même, invente de nouvelles histoires pour se justifier. Les quiproquos se multiplient : chaque personnage possède une version différente de la réalité, et personne ne comprend vraiment ce qui se passe.

Clarice, de son côté, est intriguée par Dorante mais commence à douter de sa sincérité. Lucrèce (la vraie) est amoureuse de Dorante, qui ne s’intéresse pas à elle (puisqu’il la confond avec Clarice). Le désordre est complet.

Acte IV — La crise

Le duel entre Dorante et Alcippe est évité grâce à des explications — mais les explications de Dorante sont elles-mêmes des mensonges. Géronte découvre que le mariage secret de son fils est une invention et confronte Dorante. Celui-ci s’enfonce dans de nouveaux mensonges pour se justifier.

Clarice et Lucrèce tentent de démêler la vérité : qui Dorante aime-t-il réellement ? Les lettres et les rendez-vous se croisent, aggravant les malentendus. La confusion atteint son comble : les mensonges de Dorante ont créé un chaos total où plus personne ne sait qui aime qui.

Acte V — Le dénouement

La vérité finit par éclater. Dorante découvre qu’il s’est trompé de nom depuis le début : celle qu’il aime est Clarice, pas Lucrèce. Mais il est trop tard : Clarice, lassée de ses mensonges et de ses incertitudes, épouse Alcippe.

Dorante se résout à épouser Lucrèce, qui l’aime sincèrement. Géronte pardonne à son fils. Le dénouement est un heureux-malheureux typique de la comédie : le menteur obtient une épouse, mais pas celle qu’il voulait. Il est puni par les conséquences de ses propres mensonges — une punition douce mais réelle. Cliton conclut avec une réflexion morale sur les dangers du mensonge.


👤 5. Les personnages

Personnage Rôle et caractéristiques
Dorante Le menteur. Jeune gentilhomme brillant, charmant, imaginatif — et menteur compulsif. Il ment par plaisir, par vanité, pour séduire, pour se tirer d’embarras. Ses mensonges sont des créations artistiques (le récit de la fête sur l’eau est un morceau de bravoure). Il n’est pas méchant : il ment comme il respire, avec un talent éblouissant. Personnage central qui fascine autant qu’il agace.
Cliton Valet de Dorante. Personnage du valet lucide : il observe les mensonges de son maître avec un mélange de stupéfaction, d’admiration et de désapprobation. Il tente parfois de le ramener à la raison. Il est la voix du bon sens et du commentaire comique — un ancêtre des valets de Molière (Sganarelle, Scapin).
Clarice Jeune femme que Dorante aime sans le savoir (il la confond avec Lucrèce). Vive, spirituelle, elle est d’abord intriguée par Dorante puis lassée de ses mensonges. Elle finit par épouser Alcippe.
Lucrèce Amie de Clarice. Amoureuse de Dorante, elle est d’abord négligée par lui (qui ne la voit pas). Elle l’épouse finalement au dénouement. Personnage plus discret que Clarice.
Alcippe Amant de Clarice. Jaloux et impulsif, il veut se battre en duel avec Dorante. Il représente la sincérité passionnée face au mensonge séducteur de Dorante. Il épouse Clarice au dénouement.
Géronte Père de Dorante. Figure du père classique : il veut marier son fils avantageusement et se désole de ses mensonges. Il incarne l’autorité et l’ordre social que Dorante perturbe.
Philiste Ami d’Alcippe. Il sert d’intermédiaire et tente de désamorcer le conflit entre Alcippe et Dorante.
Sabine / Isabelle Suivantes de Lucrèce et Clarice. Elles facilitent ou compliquent les communications entre les personnages.

🎯 6. Thèmes principaux

Le mensonge

C’est évidemment le thème central. Dorante ment de manière compulsive, brillante, jubilatoire. Ses mensonges ne sont pas de petits arrangements avec la vérité : ce sont des constructions narratives élaborées, de véritables fictions improvisées. Le mensonge est présenté à la fois comme un talent (Dorante est un conteur extraordinaire) et comme un vice (ses mensonges ont des conséquences). La pièce interroge la frontière entre mensonge et fiction, entre tromper et créer.

Le théâtre et la comédie sociale

Le mensonge est une forme de théâtre dans le théâtre. Dorante est un acteur permanent qui joue un rôle face aux autres personnages. La pièce établit un parallèle implicite entre le menteur et le comédien : tous deux inventent des histoires, jouent des personnages, séduisent par la parole. Corneille interroge ainsi la nature même du théâtre : une belle fiction n’est-elle pas, d’une certaine manière, un beau mensonge ?

La séduction et le langage

Dorante ment essentiellement pour séduire. Ses mensonges sont des outils de conquête amoureuse : il embellit sa vie, invente des exploits, crée un personnage fascinant. La pièce montre que la séduction passe par le langage — et que le langage peut être trompeur. Thème éternel de la comédie : la parole galante est-elle sincère ou manipulatrice ?

L’identité et les apparences

Dorante ne cesse de se réinventer : il est tour à tour homme du monde, organisateur de fêtes, homme marié, cavalier brillant — autant de personnages fictifs. Le quiproquo des noms (Clarice/Lucrèce) ajoute une couche supplémentaire : même l’identité des autres est brouillée. La pièce pose la question : qui est le vrai Dorante sous tous ses mensonges ? Existe-t-il un « vrai » Dorante ?

L’honneur et la morale

Dans la société aristocratique du XVIIe siècle, l’honneur est la valeur suprême. Or le mensonge est une atteinte à l’honneur — celui du menteur comme celui de ses victimes. Alcippe défie Dorante en duel pour défendre son honneur. Géronte est humilié par les mensonges de son fils. La pièce montre la tension entre le charme du mensonge (plaisant, créatif, séducteur) et ses conséquences morales et sociales.


🔗 7. Parcours « Mensonge et comédie »

Problématique Éléments de réponse dans Le Menteur
Quel lien entre mensonge et comédie ? Le mensonge est le moteur de l’intrigue comique : chaque mensonge crée un quiproquo, chaque quiproquo fait rire. Plus fondamentalement, la comédie est elle-même un « mensonge » : une fiction qui se donne pour vraie sur scène.
Le menteur est-il un personnage comique ou inquiétant ? Les deux. Dorante fait rire par son inventivité et l’audace de ses mensonges. Mais il dérange aussi : il manipule les gens, trompe son père, met en danger l’honneur d’autrui. Le rire naît de cette tension entre admiration et désapprobation.
La comédie corrige-t-elle le vice du mensonge ? Le dénouement « punit » Dorante : il n’obtient pas la femme qu’il aime. Mais la punition est douce (il se marie quand même). Corneille offre une leçon morale sans lourdeur : le rire est plus efficace que le sermon.
Le mensonge est-il un art ? Le récit de la fête sur l’eau est un véritable morceau de bravoure rhétorique. Dorante est un artiste du mensonge. La pièce interroge la parenté entre l’art de mentir et l’art de créer — entre le menteur et le dramaturge.

Œuvres complémentaires possibles : Molière (Le Tartuffe — l’hypocrite, Dom Juan — le séducteur menteur), Marivaux (Le Jeu de l’amour et du hasard — les déguisements), Beaumarchais (Le Barbier de Séville — les ruses), Sarraute (Pour un oui ou pour un non — le langage trompeur).


✍️ 8. Style et procédés d’écriture

Procédé Description Exemple
Le quiproquo Malentendu entre personnages qui crée un décalage comique Le quiproquo central Clarice/Lucrèce : Dorante poursuit la mauvaise femme pendant toute la pièce
L’ironie dramatique Le spectateur sait ce que les personnages ignorent Le public sait que Dorante ment alors que les autres personnages le croient (du moins au début). Le plaisir comique vient de cette supériorité du spectateur.
La tirade narrative Long récit inséré dans le dialogue théâtral Le récit de la fête sur l’eau (acte II) est une tirade virtuose où Dorante invente une scène entière avec détails visuels, sonores, gastronomiques
L’alexandrin comique L’alexandrin, vers noble, est utilisé pour des situations comiques Le décalage entre la noblesse du vers et le ridicule des mensonges crée un effet comique propre à la « haute comédie »
L’aparté Réplique prononcée « à part », que les autres personnages ne sont pas censés entendre Cliton commente les mensonges de Dorante en aparté, créant un double niveau de lecture comique
Le comique d’engrenage Les mensonges s’enchaînent mécaniquement : chacun en entraîne un autre Le mensonge du mariage secret est inventé pour refuser le mariage avec Clarice, ce qui entraîne d’autres complications

💬 9. Citations clés

Citation Personnage / Acte Analyse
« Je suis donc bien heureux, et mieux que je ne pense, / Puisque pour moi déjà vous êtes en dépense. » Dorante, acte I Dorante séduit par la parole dès la première rencontre. La galanterie est déjà un jeu de mots, un jeu de séduction — un jeu de masques.
« La collation fut superbe […] » Dorante, acte II (récit de la fête) Le récit de la fête imaginaire. Tirade virtuose où Dorante déploie tout son talent de conteur. Le mensonge comme art : chaque détail est inventé mais crédible.
« Vous avez le talent de bien imaginer. » Cliton Le valet résume le talent (et le vice) de son maître en une formule ambiguë : « imaginer » signifie à la fois « inventer » (positif) et « mentir » (négatif).
« Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse ! » Cliton Morale en action : le menteur est piégé par ses propres mensonges. La « fourbe » (ruse, tromperie) se retourne contre son auteur. Leçon comique classique.
« Le menteur est bientôt cru lorsqu’il dit vérité. » Cliton, acte V Variation sur la fable du « garçon qui criait au loup ». Ironie amère : même quand Dorante dit enfin la vérité, personne ne le croit. Le mensonge a détruit sa crédibilité.

🎓 10. L’œuvre au bac : sujets et méthode

Sujets de dissertation possibles

Sujet Pistes de réflexion
En quoi le mensonge est-il le moteur de la comédie dans Le Menteur ? I. Le mensonge crée les quiproquos et l’engrenage comique / II. Le mensonge est spectaculaire (le récit de la fête est un « spectacle dans le spectacle ») / III. Le mensonge pose aussi des questions morales — il n’est pas qu’un pur ressort comique
Dorante est-il un personnage séduisant ou condamnable ? I. Séduisant : brillant, inventif, charmeur, drôle / II. Condamnable : il trompe son père, manipule les femmes, met en danger l’honneur d’autrui / III. L’ambiguïté est le propre du personnage comique : on rit de ce qu’on devrait condamner
Le Menteur est-il une pièce moralisatrice ? I. La comédie classique vise à corriger les mœurs par le rire / II. Dorante est « puni » (il n’obtient pas Clarice) / III. Mais la punition est légère et le mensonge reste séduisant — la leçon morale est discrète
Quel rapport entre le menteur et le dramaturge ? I. Dorante est un « metteur en scène » qui invente des récits, des personnages, des situations / II. Le théâtre est lui-même un « mensonge » assumé (la fiction) / III. Mais le mensonge du menteur nuit, tandis que la fiction du dramaturge instruit et divertit — la différence est dans l’intention

Conseils pour l’oral

Pour l’explication linéaire, les passages les plus fréquemment choisis sont : la scène de rencontre aux Tuileries (acte I), le récit de la fête sur l’eau (acte II — passage incontournable), une scène de confrontation père-fils (Géronte découvre un mensonge), et le dénouement (acte V). L’enjeu est de montrer comment les procédés comiques (quiproquo, ironie, tirade narrative) sont liés au thème du mensonge.

Pour l’entretien, préparez un avis personnel (Dorante est-il sympathique ? Le mensonge est-il un art ?) et une œuvre complémentaire. Molière est le choix le plus évident — Le Tartuffe (le faux dévot comme menteur) ou Dom Juan (le séducteur qui ment aux femmes). Marivaux permet un beau parallèle sur le déguisement et l’identité.


❓ 11. Questions fréquentes (FAQ)

De quoi parle Le Menteur de Corneille ?

Le Menteur est une comédie en vers qui raconte les aventures de Dorante, un jeune gentilhomme qui ment de manière compulsive et brillante. Arrivé à Paris, il multiplie les mensonges pour séduire les femmes et impressionner son entourage. Mais un quiproquo sur l’identité de la femme qu’il aime et l’accumulation de ses mensonges créent un chaos comique. Au dénouement, il est « puni » en n’obtenant pas la femme qu’il désirait.

Pourquoi Corneille est-il connu pour des tragédies alors qu’il a écrit Le Menteur ?

Corneille est effectivement plus célèbre pour ses tragédies (Le Cid, Horace, Cinna), mais il a aussi écrit plusieurs comédies, dont Le Menteur est la plus réussie. Au XVIIe siècle, les dramaturges écrivaient dans les deux registres. Le Menteur a eu un impact majeur sur l’histoire de la comédie française : Molière a reconnu l’influence de cette pièce sur son propre théâtre. L’inscription au programme du bac permet de découvrir cette facette méconnue de Corneille.

Quel est le quiproquo central de la pièce ?

Dorante tombe amoureux d’une jeune femme aux Tuileries, mais il se trompe de nom : il croit que celle qui lui plaît s’appelle Lucrèce, alors qu’il s’agit de Clarice. Ce quiproquo dure toute la pièce et entraîne une cascade de malentendus. Quand Dorante découvre enfin son erreur, il est trop tard : Clarice s’est lassée de ses mensonges et épouse un autre. Le quiproquo sur les noms est aussi une métaphore : le menteur ne connaît même pas la vérité sur ses propres sentiments.

Qu’est-ce que le récit de la fête sur l’eau ?

C’est le passage le plus célèbre de la pièce (acte II). Pour impressionner Clarice (qu’il prend pour Lucrèce), Dorante invente de toutes pièces une fête somptueuse qu’il aurait organisée la veille sur la Seine : collation, musique, feux d’artifice. Le récit est un morceau de bravoure rhétorique : tellement détaillé, vivant et convaincant que tout le monde y croit. Ce passage illustre parfaitement le génie du mensonge de Dorante et la parenté entre mensonge et art.

Le Menteur est-il une pièce difficile à lire ?

La pièce est écrite en alexandrins (vers de 12 syllabes), ce qui peut dérouter au premier abord. Mais la langue de Corneille est plus claire et plus vive dans cette comédie que dans ses tragédies. L’intrigue est enlevée, pleine de rebondissements, et les répliques sont souvent drôles. Le conseil : lisez la pièce comme un film de comédie à quiproquos — les situations sont amusantes et faciles à suivre une fois qu’on entre dans le rythme du vers.

Quel lien entre Le Menteur et Molière ?

Molière a explicitement reconnu l’influence du Menteur sur son propre théâtre. Il aurait dit que sans Le Menteur, il n’aurait peut-être pas écrit Le Misanthrope. Les deux dramaturges partagent le même projet : faire une comédie élégante qui observe les mœurs de la bonne société et corrige les vices par le rire. Les valets de Molière (Sganarelle, Scapin) descendent en droite ligne de Cliton. Étudier Le Menteur, c’est comprendre les origines de la grande comédie classique française.


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