La rage de l’expression de Ponge : Résumé & Fiche de Lecture 📚
La rage de l’expression est un recueil de Francis Ponge publié en 1952, mais composé de textes écrits entre 1938 et 1944. Ce livre singulier ne présente pas des poèmes achevés mais des brouillons, tentatives, reprises et ratures autour d’objets et de phénomènes naturels (le mimosa, le bois de pins, l’œillet, la guêpe, etc.). Ponge y expose le travail de l’écriture en train de se faire — ses tâtonnements, ses échecs, ses recommencements. Inscrit au programme du bac de français 2026 dans l’objet d’étude « La poésie du XIXe au XXIe siècle », il est au cœur du parcours « Dans l’atelier du poète ».
Retrouvez ci-dessous notre fiche de lecture complète : résumé des textes, analyse de la démarche poétique, thèmes, citations essentielles et méthode pour le bac.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte et biographie de Ponge
- 3. Structure de l’œuvre
- 4. Résumé et analyse des textes principaux
- 5. Thèmes principaux
- 6. Parcours « Dans l’atelier du poète »
- 7. Style et procédés d’écriture
- 8. Citations clés
- 9. L’œuvre au bac : sujets et méthode
- 10. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — La rage de l’expression | |
|---|---|
| Titre | La rage de l’expression |
| Auteur | Francis Ponge (1899 – 1988) |
| Date de publication | 1952 (textes composés entre 1938 et 1944) |
| Genre | Poésie en prose — journal d’écriture — brouillons poétiques |
| Mouvement littéraire | Inclassable. Proche du Nouveau Roman et de l’OuLiPo par certains aspects, mais irréductible à tout mouvement. |
| Registres dominants | Descriptif, réflexif, didactique, lyrique (un lyrisme contenu) |
| Projet | Montrer le travail poétique en train de se faire : brouillons, tentatives, reprises, échecs et recommencements autour d’objets du monde. |
| Programme bac 2026 | La poésie du XIXe au XXIe siècle — Parcours : « Dans l’atelier du poète » |
🏛️ 2. Contexte et biographie de Ponge
Francis Ponge naît en 1899 à Montpellier dans une famille de la bourgeoisie protestante. Il échoue deux fois à l’oral de l’agrégation de philosophie — une expérience traumatisante qui alimente sa méfiance durable envers le langage. Toute sa vie, Ponge sera habité par la conscience que les mots sont insuffisants, qu’ils trahissent les choses qu’ils prétendent nommer. Cette méfiance est le moteur de son œuvre.
En 1942, il publie son livre le plus célèbre, Le Parti pris des choses, recueil de courts textes en prose consacrés à des objets modestes : un galet, un morceau de pain, une bougie, un cageot, une huître. Ponge y développe une poétique radicalement originale : au lieu de chanter les grands sentiments, il décrit les choses les plus banales avec une précision maniaque, en cherchant l’adéquation parfaite entre le mot et la chose.
La rage de l’expression, publié dix ans plus tard en 1952, prolonge et radicalise cette démarche. Mais alors que Le Parti pris des choses présentait des textes « finis » (même si courts), La rage de l’expression donne à voir le processus d’écriture lui-même : les brouillons, les essais, les reprises, les impasses, les moments de découragement et de relance. C’est un atelier ouvert au lecteur.
Les textes sont écrits entre 1938 et 1944, période marquée par la montée des fascismes, la Seconde Guerre mondiale et l’Occupation. Ponge s’engage dans la Résistance et adhère au Parti communiste en 1937. Cependant, La rage de l’expression ne fait pas référence directement à la guerre : Ponge s’immerge dans la description des choses comme un acte de résistance par le langage — résister à la propagande, aux discours creux, aux slogans, en se consacrant à dire le réel avec exactitude.
| Repère | Détail |
|---|---|
| 1899 | Naissance de Ponge à Montpellier |
| 1942 | Publication du Parti pris des choses — Ponge devient une référence littéraire |
| 1938-1944 | Rédaction des textes de La rage de l’expression |
| 1952 | Publication de La rage de l’expression |
| Influences | Mallarmé (travail sur le langage), Lucrèce (matérialisme), la peinture (Chardin, Braque, Fautrier) |
| Position philosophique | Matérialiste : seul le monde concret existe. La poésie doit rendre compte des choses, pas des idées abstraites ni des sentiments. |
📐 3. Structure de l’œuvre
La rage de l’expression est composée de plusieurs textes de longueur variable, chacun consacré à un objet ou un phénomène naturel. Mais contrairement à un recueil classique, chaque texte n’est pas un poème achevé : c’est un dossier de travail comprenant des notes, des essais, des variantes, des commentaires sur le processus d’écriture, des moments de découragement et de reprise.
| Texte | Objet | Longueur / Particularité |
|---|---|---|
| Berges de la Loire | Le fleuve, ses berges, le paysage ligérien | Texte bref, descriptif. Observation du paysage fluvial. |
| Le Carnet du bois de pins | Un bois de pins méditerranéen | Le texte le plus long et le plus important du recueil. Journal de travail en plusieurs « pages », daté. Tentatives successives pour saisir le bois de pins. |
| Le Mimosa | La fleur de mimosa | Long travail d’approche. Ponge cherche à rendre la couleur, la texture, l’odeur du mimosa. Texte majeur du recueil. |
| La Guêpe | L’insecte | Tentative de description du mouvement, de la forme et du comportement de la guêpe. |
| L’Œillet | La fleur d’œillet | Exploration de la forme, du parfum, du nom de la fleur. Jeux sur les sonorités du mot « œillet ». |
| Le Platane | L’arbre | Description de l’écorce, du tronc, des feuilles. Réflexion sur le rapport entre l’arbre et le langage. |
| L’Appareil du téléphone | Le téléphone | Objet technique décrit avec la même attention que les objets naturels. |
| La Mounine (ou Note après coup sur un ciel de Provence) | Le ciel de Provence, le paysage | Réflexion sur le paysage provençal et sur la difficulté de le décrire. |
L’originalité radicale du recueil tient à ce que Ponge ne cache pas ses brouillons : il les publie. Le lecteur ne reçoit pas un produit fini mais assiste à la fabrication du texte. C’est comme si un peintre exposait non pas son tableau achevé, mais toutes ses esquisses, ses repentirs, ses essais ratés et ses moments de doute.
📖 4. Résumé et analyse des textes principaux
« Berges de la Loire »
Texte d’ouverture, relativement bref, qui décrit les bords de la Loire. Ponge observe le fleuve, ses reflets, ses rives, la lumière. Mais l’observation est immédiatement doublée d’une réflexion sur la difficulté de décrire ce qu’il voit. Le paysage résiste aux mots. Le fleuve coule et change sans cesse — comment fixer dans le langage ce qui est en mouvement perpétuel ? Ce texte pose d’emblée le problème central du recueil : le décalage entre le monde et le langage.
« Le Carnet du bois de pins »
C’est le texte-phare du recueil, le plus long et le plus complexe. Ponge y tient un véritable journal de travail, daté, dans lequel il tente de décrire un bois de pins méditerranéen. Le texte est structuré comme une série de tentatives successives, entrecoupées de commentaires méta-poétiques où Ponge évalue ses propres essais, se corrige, repart, se décourage, puis reprend.
Ponge décrit le bois de pins dans toutes ses dimensions sensorielles : la vue (les troncs droits, la lumière tamisée, les aiguilles au sol), l’odorat (la résine, la térébenthine), le toucher (l’écorce rugueuse), l’ouïe (le vent dans les branches). Il cherche des comparaisons, des métaphores, des néologismes pour rendre compte de ce que les mots ordinaires ne parviennent pas à dire. Le texte est aussi une réflexion sur la colonnade végétale — les pins comme des colonnes d’un temple naturel — et sur le rapport entre nature et architecture.
L’intérêt majeur est la dimension méta-poétique : Ponge montre le travail en cours, ses hésitations, ses échecs. Il écrit par exemple qu’il n’est « pas satisfait » d’un passage, qu’il faut « reprendre », qu’il est « loin du compte ». Cette transparence fait du lecteur un témoin du processus créatif.
« Le Mimosa »
Ponge s’attaque à la description du mimosa — une fleur qui semble résister particulièrement au langage. Comment rendre le jaune si particulier du mimosa ? Sa légèreté ? Son parfum ? La façon dont les petites boules duveteuses se regroupent en grappes ? Ponge multiplie les approches : descriptions sensorielles, jeux sur le mot « mimosa » lui-même (sonorités, étymologie), comparaisons avec d’autres fleurs, tentatives de métaphores.
Le texte sur le mimosa est caractéristique de la méthode de Ponge : il tourne autour de l’objet, l’approche sous tous les angles, revient en arrière, essaie une autre voie. Le mimosa n’est jamais « épuisé » par la description — il reste toujours un écart entre la fleur réelle et les mots. C’est cet écart qui est le vrai sujet du texte.
« L’Œillet »
Ponge explore la fleur d’œillet en travaillant à la fois sur sa forme physique (les pétales découpés, la tige, le parfum) et sur le mot « œillet » lui-même. Le nom de la fleur contient « œil » — cette coïncidence entre le mot et la chose fascine Ponge, qui y voit un point de départ pour une méditation sur les rapports entre langage et réalité. Le texte joue sur les sonorités, les étymologies et les associations d’idées pour tenter de « coller » au plus près de la fleur.
« La Guêpe »
Comment décrire un insecte en mouvement, dont le comportement est imprévisible, le bourdonnement agaçant, le corps à la fois beau (les rayures jaunes et noires) et menaçant (le dard) ? Ponge s’attache à saisir le mouvement de la guêpe — ses trajectoires erratiques, ses pauses, ses attaques — et la difficulté est redoublée : l’objet ne tient pas en place, contrairement à une fleur ou un arbre. Ce texte illustre le rapport entre la mobilité du réel et la fixité du langage.
🎯 5. Thèmes principaux
Le travail poétique comme lutte
Le titre le dit : c’est une rage. Écrire est un combat acharné contre l’insuffisance du langage. Ponge ne cache pas sa frustration, ses échecs, ses recommencements. Chaque texte est une bataille pour arracher les mots justes. Cette « rage » n’est pas négative : c’est une énergie créatrice, une obstination à ne jamais se satisfaire de l’à-peu-près. Le poète n’est pas un inspiré qui reçoit la grâce — c’est un artisan qui travaille sa matière (les mots) comme un sculpteur travaille la pierre.
Le parti pris des choses
Comme dans son recueil de 1942, Ponge se consacre aux objets du monde concret : fleurs, arbres, insectes, paysages. Il refuse la poésie des grands sentiments, des idées abstraites, du « moi » lyrique. Sa poésie est tournée vers le dehors : elle cherche à dire les choses telles qu’elles sont, dans leur matérialité. Ce choix est à la fois esthétique (renouveler la poésie en changeant ses objets) et philosophique (affirmer que le monde concret mérite autant d’attention que l’intériorité humaine).
L’inadéquation du langage
Le problème fondamental de Ponge est que les mots ne sont pas les choses. Le mot « mimosa » n’est pas le mimosa. Aucune description, si précise soit-elle, ne peut rendre compte totalement de la réalité d’un objet. Ce constat pourrait être paralysant — mais chez Ponge, il est au contraire le moteur de l’écriture. C’est parce que les mots sont insuffisants qu’il faut sans cesse chercher, essayer, recommencer. L’écriture est une quête sans fin, et c’est cette quête qui constitue le poème.
Le brouillon comme œuvre
L’innovation la plus radicale de Ponge dans ce recueil est de faire du brouillon l’œuvre elle-même. Traditionnellement, l’écrivain cache ses brouillons et ne publie que le texte achevé. Ponge fait l’inverse : il publie les brouillons, les tentatives, les versions rejetées. Le processus de création est le poème. Cette démarche anticipe des pratiques contemporaines en art (le « work in progress », l’art processuel) et pose une question fondamentale : qu’est-ce qu’une œuvre « finie » ?
La matérialité du langage
Ponge traite les mots comme des objets matériels — avec leurs sonorités, leurs formes graphiques, leurs étymologies, leurs associations. Le mot « œillet » contient « œil » ; le mot « mimosa » a des sonorités douces et rondes qui évoquent la fleur. Ponge exploite cette matérialité pour tenter de rapprocher le mot de la chose. Le langage n’est pas seulement un outil transparent : il a une épaisseur propre qui peut enrichir ou trahir la description.
Le rapport entre poésie et peinture
Ponge est un grand admirateur de la peinture, notamment de Chardin, Braque et Fautrier. Sa démarche poétique est comparable à celle du peintre : observer longuement un objet, tenter de le restituer, recommencer, travailler la matière (les mots, comme les couleurs). Plusieurs textes du recueil fonctionnent comme des natures mortes verbales. Le parallèle entre écriture et peinture est un axe riche pour l’analyse.
🔗 6. Parcours « Dans l’atelier du poète »
Ce parcours invite à explorer l’atelier du poète : comment se fabrique un poème ? Quels sont les gestes, les outils, les tâtonnements du créateur ? La rage de l’expression est l’œuvre idéale pour ce parcours, car elle expose précisément ce que les autres recueils cachent : le travail en cours.
| Problématique | Éléments de réponse dans La rage de l’expression |
|---|---|
| Qu’est-ce que « l’atelier du poète » ? | L’atelier est le lieu (mental et textuel) où le poète travaille sa matière — les mots. Chez Ponge, l’atelier est visible : brouillons, reprises, corrections, commentaires méta-poétiques sont exposés au lecteur. |
| En quoi Ponge renouvelle-t-il la conception de la poésie ? | Il refuse l’inspiration romantique, l’émotion lyrique, le « beau ». Il fait du travail artisanal sur le langage le cœur de la poésie. Le poème n’est pas une expression spontanée mais une construction laborieuse. |
| Le brouillon peut-il être considéré comme un poème ? | Oui, si l’on admet que le processus de création est aussi intéressant que le résultat. Ponge montre que la recherche est la vraie matière poétique. Le chemin compte autant que la destination. |
| La « rage » est-elle un moteur ou un obstacle ? | Les deux. La rage naît de la frustration (l’inadéquation des mots), mais elle est aussi énergie créatrice (elle pousse à chercher toujours plus loin). Sans cette rage, Ponge n’écrirait pas. |
Œuvres complémentaires possibles : Mallarmé (crise du langage, travail formel), Valéry (Cahiers, réflexion sur la création), Baudelaire (« L’Albatros », le poète artisan), Boileau (Art poétique), Perec (écriture à contraintes).
✍️ 7. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description | Exemple |
|---|---|---|
| L’écriture méta-poétique | Ponge commente son propre texte en train de s’écrire. Il évalue, corrige, remet en cause ses choix. | Passages où Ponge juge ses tentatives « insuffisantes » ou annonce qu’il va « reprendre » autrement |
| La réécriture / variation | Ponge propose plusieurs versions d’une même description, explorant des angles différents | Le bois de pins est décrit et re-décrit sur des dizaines de pages, chaque tentative apportant un éclairage nouveau |
| L’analogie / la comparaison | Pour approcher les choses, Ponge multiplie les comparaisons, parfois inattendues | Les pins comparés à des colonnes, les aiguilles à un tapis, le mimosa à des pompons dorés |
| Le jeu sur les mots | Exploration des sonorités, étymologies, polysémies des mots | Le mot « œillet » contient « œil » ; « mimosa » a des sonorités qui « miment » la douceur de la fleur |
| La prose poétique | Ponge écrit en prose, pas en vers. Mais sa prose est travaillée rythmiquement et phonétiquement. | Absence de vers réguliers, mais présence de rythmes, d’allitérations, de cadences |
| La description sensorielle | Mobilisation de tous les sens pour décrire l’objet | Le bois de pins : odeur de résine (odorat), lumière filtrée (vue), sol d’aiguilles (toucher), vent dans les branches (ouïe) |
| La définition-description | Ponge tente de « définir » l’objet comme un dictionnaire, mais en débordant la définition par la description sensible | La démarche de Ponge oscille entre objectivité scientifique et subjectivité poétique |
💬 8. Citations clés
| Citation / Formule | Source | Analyse |
|---|---|---|
| « Parti pris des choses égale compte tenu des mots. » | Proêmes (autre recueil, mais éclaire la méthode) | Formule fondamentale de Ponge : prendre le parti des choses, c’est aussi prendre en compte la nature des mots. Les deux sont indissociables. Pas de description du réel sans travail sur le langage. |
| Le titre même : « La rage de l’expression » | Titre du recueil | Le mot « rage » dit la violence du désir d’exprimer, la frustration face à l’insuffisance des mots, et l’énergie obstinée du poète. « Expression » est à prendre au sens fort : faire sortir (ex-primer) ce qui est enfermé dans les choses. |
| « Il faut que mon carnet me serve comme la nature. J’y reviens, je pioche, j’y repique des choses. » | Le Carnet du bois de pins | Métaphore agricole du travail poétique. Le carnet est un terrain que le poète cultive. L’écriture est un travail patient, qui demande de revenir, creuser, planter, récolter. |
| « RÉSOLUTION : ne jamais essayer d’arranger les choses. Les choses et les formulations de choses. » | Le Carnet du bois de pins | Éthique de l’écriture : ne pas embellir, ne pas tricher, ne pas forcer la réalité dans des formes préétablies. La fidélité au réel prime sur l’esthétique. |
| « L’on ne sort pas des arbres par des moyens d’arbres. » | Le Carnet du bois de pins | Formule énigmatique et poétique : pour dire l’arbre, il ne suffit pas de le décrire. Il faut trouver des moyens qui ne soient pas seulement « arboricoles » — il faut inventer un langage neuf. |
| « Je n’ai pas fini et ne finirai peut-être jamais ce morceau. » | Le Carnet du bois de pins | Aveu d’inachèvement qui devient un principe poétique : l’œuvre n’a pas à être « finie ». L’écriture est un processus sans terme, comme l’observation des choses. |
🎓 9. L’œuvre au bac : sujets et méthode
Sujets de dissertation possibles
| Sujet | Pistes de réflexion |
|---|---|
| En quoi La rage de l’expression nous fait-elle entrer dans « l’atelier du poète » ? | I. Le brouillon comme œuvre (tentatives, reprises, variantes) / II. Les outils de l’atelier (comparaisons, jeux de mots, descriptions sensorielles) / III. Le poète comme artisan (travail, patience, insatisfaction créatrice) |
| La poésie de Ponge est-elle une poésie sans émotion ? | I. Un refus apparent du lyrisme (pas de « je » sentimental, attention aux choses plutôt qu’aux émotions) / II. Mais une émotion présente : la « rage » elle-même est une émotion, l’émerveillement devant les choses aussi / III. Une émotion d’un type nouveau : l’émotion intellectuelle et sensorielle du rapport au monde |
| Le travail poétique peut-il se passer d’un résultat achevé ? | I. La tradition du poème achevé (classicisme, Parnasse) / II. Ponge montre que le processus est aussi riche que le résultat / III. L’inachèvement comme choix esthétique et philosophique (le réel est inépuisable, donc le texte aussi) |
| Ponge est-il un poète ? | I. Des textes qui ne ressemblent pas à de la poésie traditionnelle (prose, brouillons, pas de vers, pas de rimes) / II. Mais une démarche profondément poétique (attention au langage, travail sur les sonorités, recherche de l’adéquation mot-chose) / III. Ponge redéfinit la poésie : non pas le « beau » mais le « juste » |
Conseils pour l’oral
Pour l’explication linéaire, les passages les plus probables sont des extraits du « Carnet du bois de pins » (passages descriptifs ou méta-poétiques), du « Mimosa » ou de « Berges de la Loire ». L’enjeu est de montrer comment Ponge travaille le langage pour approcher les choses : identifiez les comparaisons, les jeux de mots, les corrections, les moments où le poète commente son propre texte. Reliez toujours votre analyse au parcours « Dans l’atelier du poète ».
Pour l’entretien, préparez un avis personnel sur cette poésie inhabituelle (le format brouillon vous a-t-il surpris ? Trouvez-vous cette démarche plus honnête que la poésie « finie » ?) et une œuvre complémentaire. Le Parti pris des choses est le choix le plus naturel. Mallarmé (le travail sur le langage) et Valéry (la réflexion sur la création) sont aussi d’excellentes options.
❓ 10. Questions fréquentes (FAQ)
De quoi parle La rage de l’expression de Ponge ?
La rage de l’expression est un recueil de textes poétiques en prose dans lesquels Francis Ponge tente de décrire des objets naturels (un bois de pins, du mimosa, un œillet, une guêpe…) en montrant le processus d’écriture lui-même. Chaque texte est un « dossier de travail » comprenant des brouillons, des tentatives, des reprises et des commentaires du poète sur ses propres essais. Le titre exprime la frustration et l’énergie du poète face à l’insuffisance des mots pour dire le réel.
Que signifie le titre « La rage de l’expression » ?
Le titre fonctionne sur deux niveaux. La « rage » désigne à la fois la colère/frustration face à l’inadéquation des mots et l’énergie obstinée du poète qui refuse de renoncer. « L’expression » est à prendre au sens étymologique : ex-primer, c’est « faire sortir ». Ponge veut faire sortir des choses ce qu’elles contiennent de vérité, à travers les mots. Le titre dit que cette entreprise est difficile, douloureuse, mais passionnée.
Quel lien entre La rage de l’expression et Le Parti pris des choses ?
Les deux recueils partagent le même projet : décrire des objets concrets avec la plus grande justesse. Mais Le Parti pris des choses (1942) présente des textes courts et « finis », comme des définitions poétiques. La rage de l’expression (1952) montre le travail en cours : brouillons, essais, reprises, hésitations. Si Le Parti pris est le tableau exposé au musée, La rage est l’atelier du peintre avec ses esquisses, ses pinceaux et ses toiles inachevées.
Pourquoi Ponge publie-t-il ses brouillons ?
Pour Ponge, le processus de création est l’œuvre elle-même. Publier les brouillons, c’est montrer que la recherche poétique — avec ses échecs, ses reprises, ses tâtonnements — est aussi intéressante que le résultat final. C’est aussi une position d’honnêteté : plutôt que de présenter un texte « parfait » qui cacherait le travail, Ponge montre tout. Cette transparence est au cœur du parcours « Dans l’atelier du poète ».
La rage de l’expression est-elle de la poésie ?
C’est une question que le texte pose lui-même. Si l’on définit la poésie par les vers, les rimes et le lyrisme, alors Ponge n’est pas un « poète » traditionnel. Mais si l’on définit la poésie comme un travail intense sur le langage visant à dire le monde autrement, alors Ponge est profondément poète. Il redéfinit la poésie : non plus l’expression des sentiments, mais la recherche de la justesse entre les mots et les choses. Ponge lui-même préférait se définir comme un « artisan du langage ».
La rage de l’expression est-elle difficile à lire ?
C’est un texte déroutant au premier abord, car il ne ressemble à rien de connu. Il n’y a pas de « poèmes » au sens classique, pas d’histoire, pas de personnages. Mais la langue de Ponge est claire et concrète — il n’y a pas de vocabulaire difficile. La difficulté est surtout de comprendre le projet : une fois qu’on a saisi que Ponge montre son travail en cours, le texte devient passionnant. Le conseil : lisez-le comme si vous regardiez un artisan travailler dans son atelier. Observez ses gestes, ses hésitations, ses reprises.
Quel est le texte le plus important du recueil ?
« Le Carnet du bois de pins » est le texte le plus long, le plus riche et le plus représentatif du recueil. C’est un véritable journal de travail où Ponge explore un bois de pins sous tous les angles, en commentant ses propres tentatives. C’est le texte qui illustre le mieux la démarche de Ponge et le parcours « Dans l’atelier du poète ». « Le Mimosa » et « L’Œillet » sont également des textes majeurs.
📚 Fiches de lecture — Bac de français 2026
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- Cahier de Douai, Rimbaud — Parcours : Émancipations créatrices
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