🌍 Le Tour du monde en 80 jours — Jules Verne
Fiche de lecture complète — Résumé détaillé, personnages, thèmes et FAQ
📖 Résumé détaillé
Le pari (ch. 1–3)
2 octobre 1872. Phileas Fogg, gentleman londonien, mène une vie d’une régularité mécanique : même heure de lever, même trajet, même chaise au Reform Club, même partie de whist. Personne ne connaît sa vie privée — on sait seulement qu’il est riche et ponctuel. Ce jour-là, il engage un nouveau valet : Jean Passepartout, un Français jovial, débrouillard, ancien gymnaste et ancien pompier, qui cherche un emploi « tranquille ». Au Reform Club, une discussion sur un vol récent à la Banque d’Angleterre (55 000 livres) dérive vers la géographie : peut-on faire le tour du monde en 80 jours ? Le Morning Chronicle a publié un itinéraire théorique. Fogg affirme que oui — et parie 20 000 livres (la moitié de sa fortune). Départ immédiat — ce soir à 20h45.
De Londres à Suez (ch. 4–9)
Fogg et Passepartout traversent la France en train (Paris–Turin–Brindisi) puis prennent un paquebot vers Suez. À Suez, le détective Fix (envoyé par Scotland Yard) les repère : le signalement de Fogg correspond au voleur de la Banque d’Angleterre. Fix est convaincu que Fogg fuit avec l’argent volé — il le suivra à travers le monde, attendant un mandat d’arrêt. Fix tente de rallier Passepartout à sa cause — Passepartout ne le croit pas. Le canal de Suez est franchi — direction Bombay.
L’Inde — le sauvetage d’Aouda (ch. 10–15)
Arrivée à Bombay. Passepartout commet un impair : il entre dans une pagode avec ses chaussures (sacrilège) et est attaqué par des prêtres. Fogg et Passepartout prennent le train vers Calcutta — mais la voie ferrée s’arrête : un tronçon de 50 miles n’a jamais été construit (les journaux l’annonçaient achevé — fausse information). Fogg achète un éléphant et traverse la jungle. En route, ils découvrent un cortège funèbre : une jeune femme indienne, Aouda, va être brûlée vive sur le bûcher de son mari mort (la pratique du suttee, officiellement interdite par les Britanniques). Fogg décide de la sauver — Passepartout, déguisé en cadavre, prend la place du mort sur le bûcher et enlève Aouda au dernier moment. Aouda rejoint le voyage. Fogg est impassible — il a sauvé une vie comme il aurait réglé une note de restaurant.
De Calcutta à Hong Kong (ch. 16–19)
À Calcutta, Passepartout est arrêté pour le sacrilège de Bombay — Fogg paie la caution. Paquebot vers Hong Kong. Fix, toujours sans mandat, tente de retarder Fogg. À Hong Kong, Passepartout découvre que Fix est un détective — mais Fix l’enivre à l’opium dans une fumerie pour l’empêcher de prévenir Fogg du changement de paquebot. Passepartout, drogué, rate le bateau — Fogg part sans lui. Passepartout se retrouve seul à Hong Kong, sans argent, et doit rejoindre Fogg par ses propres moyens.
Du Japon à l’Amérique (ch. 20–26)
Passepartout échoue à Yokohama — il rejoint un cirque comme acrobate pour gagner son passage. Fogg le retrouve au cirque au moment d’un numéro de pyramide humaine (Passepartout, en bas de la pyramide, voit Fogg et lâche tout — la pyramide s’effondre). Réunis, ils prennent le paquebot vers San Francisco. Traversée des États-Unis en train (le transcontinental) : tempête de neige, troupeau de bisons qui bloque la voie, attaque de Sioux (Passepartout est capturé — Fogg mène une expédition de secours), pont fragile, retards. Le train arrive trop tard — le dernier paquebot pour l’Angleterre est parti.
Le retour et le coup de théâtre (ch. 27–37)
Fogg affrète un navire à voile pour traverser l’Atlantique. En pleine mer, le charbon manque — Fogg achète le navire, démonte les parties en bois du pont et les brûle comme combustible. Arrivée à Liverpool — Fix, qui a enfin reçu son mandat, arrête Fogg. Fogg passe des heures en cellule — puis est relâché (le vrai voleur a été arrêté trois jours plus tôt). Mais le retard est fatal : Fogg croit avoir perdu le pari. Il rentre chez lui, ruiné, silencieux.
Fogg s’excuse auprès d’Aouda — il ne peut plus rien lui offrir. Aouda lui demande : « Voulez-vous de moi ? » Fogg, pour la première fois, montre une émotion — il dit oui. Il envoie Passepartout chercher un pasteur pour le mariage du lendemain. Passepartout revient en courant : le pasteur ne peut pas les marier demain — parce que demain, c’est samedi, pas dimanche. Fogg réalise : en voyageant constamment vers l’est, ils ont traversé la ligne de changement de date — ils ont gagné un jour. On est samedi, pas dimanche. Il reste vingt minutes. Fogg se précipite au Reform Club et arrive avec une seconde d’avance. Pari gagné. Il a dépensé exactement les 20 000 livres du pari en frais de voyage — bénéfice net : zéro livre, mais il a gagné le bonheur (Aouda).
👥 Personnages
| Personnage | Analyse |
|---|---|
| Phileas Fogg | Le gentleman le plus impassible de la littérature. Fogg ne montre jamais d’émotion — il affronte les catastrophes (retards, attaques, arrestations) avec le même sang-froid qu’une partie de whist. Est-il un automate ou un homme ? Le roman répond à la fin : quand Aouda lui déclare son amour, Fogg s’émeut pour la première fois. Le tour du monde l’a humanisé — en sauvant Aouda, il a découvert qu’il pouvait aimer. Fogg incarne la thèse optimiste de Verne : la technologie et la méthode ne sont pas froides — elles sont au service de l’humain. |
| Passepartout | Le contrepoint comique de Fogg : là où Fogg est impassible, Passepartout est expressif ; là où Fogg calcule, Passepartout improvise. Il est le cœur émotionnel du roman — c’est lui qui rit, qui pleure, qui se bat, qui se trompe. Passepartout est aussi le héros pratique : c’est lui qui sauve Aouda (déguisé en cadavre), lui qui rejoint Fogg à Yokohama, lui qui découvre le jour gagné. Sans Passepartout, Fogg serait un mécanisme — avec lui, il est un duo. |
| Aouda | La jeune veuve indienne sauvée du suttee — belle, cultivée, courageuse. Elle est le prix moral du voyage : Fogg n’a pas gagné d’argent (il a dépensé exactement ses 20 000 livres) — il a gagné l’amour. Aouda est aussi un personnage anticolonialiste : Verne montre une femme indienne éduquée, intelligente, qui n’a rien de la « sauvage » que les Européens imaginaient. |
| Fix | Le détective de Scotland Yard — persuadé que Fogg est le voleur de la Banque d’Angleterre. Fix est un personnage comique (il se trompe complètement) et tragique (il fait son travail honnêtement, sur la base d’un malentendu). Son arrestation de Fogg à Liverpool est le dernier obstacle — et le plus cruel, parce qu’il est causé non par la nature mais par l’erreur humaine. |
🎯 Thèmes
Le temps et l’espace — la conquête du globe
Le roman célèbre la modernité : le train, le paquebot à vapeur, le canal de Suez ont réduit le monde à 80 jours. Verne est fasciné par cette conquête — mais il montre aussi ses limites : les lignes de chemin de fer s’arrêtent en pleine jungle, les tempêtes retardent les navires, les ponts sont fragiles. La technologie raccourcit les distances — mais ne supprime pas les imprévus.
L’argent et le bonheur
Fogg dépense exactement les 20 000 livres du pari en frais de voyage — bénéfice financier : zéro. Mais il gagne Aouda. Le roman dit que l’argent est un moyen (il permet le voyage) mais pas une fin. Fogg, qui vivait pour la régularité et le calcul, découvre qu’il peut vivre pour l’amour. Le tour du monde est un voyage intérieur autant que géographique.
Le regard sur le monde — géographie et stéréotypes
Verne décrit l’Inde, la Chine, le Japon, l’Amérique avec un mélange de curiosité et de préjugés typiques du XIXe siècle. Les Indiens sont « superstitieux » (le suttee), les Américains sont « violents » (les Sioux), les Chinois sont « exotiques ». Mais Verne est aussi capable de critique : le sauvetage d’Aouda est une dénonciation du suttee, et le personnage d’Aouda contredit les stéréotypes sur les femmes indiennes. Le roman est un document sur le regard européen du XIXe siècle sur le monde — fascinant et daté.
