Le Tartuffe – Molière : Résumé, Analyse et Fiche de Lecture

Fiche complète — La grande comédie de l’hypocrisie religieuse

Auteur
Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622–1673)
Titre complet
Le Tartuffe ou l’Imposteur
Date de création
1664 (1re version interdite) — 1669 (version définitive)
Genre
Comédie en cinq actes et en vers (alexandrins)
Mouvement littéraire
Classicisme
Registre
Comique (satire, farce, comédie de caractère)
Lieu
La maison d’Orgon, à Paris
Nombre de vers
1 962 vers
Étude
Classique du lycée et du collège, fréquemment au programme de français

Le Tartuffe est l’une des comédies les plus célèbres de Molière et de toute la littérature française. Elle met en scène un faux dévot, Tartuffe, qui s’introduit dans la maison d’Orgon en se faisant passer pour un homme pieux et vertueux. Il manipule Orgon au point de menacer sa famille, sa fortune et son honneur. Interdite deux fois par le roi sous la pression des dévots (1664, 1667), la pièce ne triomphe définitivement qu’en 1669. Le Tartuffe est une satire féroce de l’hypocrisie religieuse et une réflexion sur les rapports entre apparence et vérité, crédulité et lucidité.

Contexte historique et littéraire

Le règne de Louis XIV et la question religieuse

Le Tartuffe est créé en 1664, au début du règne personnel de Louis XIV. La France est alors traversée par de vives tensions religieuses. La Compagnie du Saint-Sacrement, une société secrète de dévots influents, exerce une pression considérable sur la société : elle surveille les mœurs, dénonce les libertins et cherche à imposer une morale chrétienne rigoureuse. Parallèlement, le mouvement janséniste prône une vision austère du christianisme, en opposition avec les jésuites.

Dans ce contexte, la pièce de Molière est perçue comme une attaque contre la religion elle-même — ce que Molière a toujours nié. Il affirme dans ses préfaces qu’il ne vise pas la dévotion sincère, mais uniquement l’hypocrisie : ceux qui utilisent la religion comme un masque pour servir leurs intérêts personnels.

Molière en 1664

En 1664, Molière est au sommet de sa carrière. Protégé de Louis XIV, directeur de la troupe du roi, il a déjà créé L’École des femmes (1662), qui a provoqué une première polémique. Le Tartuffe est représenté pour la première fois lors des fêtes de Versailles, les « Plaisirs de l’Île enchantée », devant le roi. Louis XIV apprécie la pièce en privé, mais la fait interdire sous la pression du parti dévot, emmené par l’archevêque de Paris. Molière remanie la pièce à deux reprises (1667, 1669) avant d’obtenir l’autorisation définitive de la jouer en 1669. Le Tartuffe connaît alors un triomphe public considérable.

Le classicisme au théâtre

Le Tartuffe respecte les conventions du théâtre classique : cinq actes, des alexandrins, les trois unités (action, lieu, temps). Mais Molière pousse la comédie vers des territoires inhabituels : la pièce est sombre par moments, les enjeux sont graves (la famille d’Orgon est menacée de ruine et d’emprisonnement), et le personnage de Tartuffe est plus inquiétant que drôle. Cette hybridité entre comédie et gravité est l’une des marques distinctives de Molière.

Résumé acte par acte

Acte I — Le conflit familial

La pièce s’ouvre sur une scène de dispute. Madame Pernelle, la mère d’Orgon, quitte la maison en critiquant toute la famille : sa belle-fille Elmire dépense trop, ses petits-enfants sont mal élevés, la servante Dorine est insolente. La seule personne qu’elle approuve est Tartuffe, un homme qu’elle considère comme un saint. Toute la famille tente de la convaincre que Tartuffe est un hypocrite, mais Madame Pernelle refuse d’entendre.

Le spectateur apprend l’essentiel de la situation par cette scène d’exposition : Tartuffe s’est installé dans la maison d’Orgon, un riche bourgeois parisien, et l’a complètement subjugué. Orgon le traite comme un directeur de conscience, lui obéit en tout et lui accorde une confiance aveugle. Le reste de la famille — Elmire (épouse d’Orgon), Damis (fils), Mariane (fille), Cléante (beau-frère) et Dorine — voit clair dans le jeu de Tartuffe, mais ne parvient pas à ouvrir les yeux d’Orgon.

Orgon rentre de voyage. Son beau-frère Cléante tente de le raisonner : Tartuffe n’est qu’un imposteur. Orgon refuse d’écouter. La scène du « Le pauvre homme ! » est restée célèbre : Dorine raconte à Orgon que sa femme Elmire a été malade, mais Orgon ne s’intéresse qu’à Tartuffe et répète « Le pauvre homme ! » à chaque nouvelle de la bonne santé de l’imposteur.

Point clé : Tartuffe n’apparaît pas dans l’acte I. Molière crée un effet d’attente : le spectateur entend parler de lui pendant deux actes avant de le voir. Ce procédé renforce l’impact de son entrée en scène.

Acte II — Le mariage forcé

Orgon annonce à sa fille Mariane qu’il veut la marier à Tartuffe. Mariane est effondrée : elle est amoureuse de Valère, un jeune homme que son père avait d’abord approuvé. Mais Orgon est inflexible : Tartuffe sera son gendre.

Dorine, la servante, intervient avec audace et humour. Elle tente de dissuader Orgon (il la fait taire à plusieurs reprises, mais elle revient toujours), puis console Mariane et la pousse à résister. La scène entre Mariane et Valère est une scène de dépit amoureux classique : les deux amants se disputent par orgueil, chacun attendant que l’autre fasse le premier pas, et c’est Dorine qui les réconcilie.

Acte III — L’entrée de Tartuffe et la scène avec Elmire

Tartuffe apparaît enfin sur scène au début de l’acte III. Sa première réplique est devenue légendaire : il s’adresse à son valet Laurent en disant « Laurent, serrez ma haire avec ma discipline » — une phrase ostentatoirement pieuse, prononcée pour être entendue. Il aperçoit Dorine et lui demande de couvrir sa gorge, car la vue de la chair est un péché. Dorine rétorque avec ironie qu’elle n’est pas si tentante.

Elmire, l’épouse d’Orgon, demande un entretien privé avec Tartuffe pour le convaincre de renoncer au mariage avec Mariane. Mais Tartuffe profite de ce tête-à-tête pour lui faire une déclaration d’amour. Il tente de la séduire en mêlant vocabulaire galant et vocabulaire religieux — un mélange blasphématoire qui est au cœur de la satire de Molière. Damis, le fils d’Orgon, caché dans un cabinet, a tout entendu.

Damis se précipite pour dénoncer Tartuffe à son père. Mais le résultat est catastrophique : Orgon refuse de croire son fils et prend le parti de Tartuffe. Furieux, il déshérite Damis et le chasse de la maison. Pire encore, il décide de faire de Tartuffe son héritier universel par donation.

Point clé : L’acte III est le tournant de la pièce. La tentative de démasquer Tartuffe produit l’effet inverse : Orgon s’enfonce davantage dans son aveuglement, et Tartuffe renforce son emprise sur la maison.

Acte IV — Le piège d’Elmire

Cléante tente une dernière fois de raisonner Tartuffe, qui reste impénétrable derrière son masque de dévotion. Mariane supplie son père de ne pas la marier à Tartuffe. Rien n’y fait.

Elmire propose alors à Orgon un stratagème : elle va recevoir Tartuffe en tête-à-tête et le pousser à renouveler ses avances — pendant qu’Orgon sera caché sous la table. Orgon, sûr de l’innocence de Tartuffe, accepte.

La scène se déroule comme prévu. Tartuffe, encouragé par Elmire, renouvelle sa déclaration et ses gestes de séduction. Elmire tousse à plusieurs reprises pour signaler à Orgon qu’il doit intervenir — mais Orgon, stupéfait, tarde à réagir. Quand il sort enfin de sous la table, il est horrifié : il a vu de ses propres yeux l’hypocrisie de Tartuffe.

Orgon chasse Tartuffe. Mais il est trop tard : la donation est signée, Tartuffe est désormais propriétaire légal de la maison et des biens d’Orgon. De plus, Orgon a confié à Tartuffe une cassette contenant des documents compromettants (des papiers d’un ami exilé pour des raisons politiques).

Acte V — Le dénouement

La situation semble désespérée. Tartuffe, démasqué, n’a plus besoin de feindre : il menace ouvertement la famille d’Orgon. Il envoie un huissier pour les expulser de leur propre maison. Il dénonce Orgon aux autorités en utilisant la cassette compromettante.

Alors que tout semble perdu, un exempt (officier de police) arrive — non pas pour arrêter Orgon, mais pour arrêter Tartuffe. Le roi, dans sa clairvoyance, a percé à jour l’imposture de Tartuffe. Il annule la donation, restitue les biens à Orgon, et pardonne l’affaire de la cassette. La famille est sauvée. Orgon accorde la main de Mariane à Valère.

Le dénouement : L’intervention du roi (deus ex machina) est souvent critiquée comme artificielle. Mais elle a une fonction stratégique : en faisant du roi le garant de la justice, Molière flatte Louis XIV et suggère que seul le pouvoir royal peut protéger la société contre les hypocrites — un argument habile pour obtenir l’autorisation de jouer la pièce.

Les personnages

PersonnageRôleFonction dramatique
TartuffeFaux dévot, imposteurL’antagoniste — incarne l’hypocrisie religieuse
OrgonBourgeois parisien, maître de maisonLa dupe — aveuglé par Tartuffe, il met sa famille en danger
ElmireÉpouse d’OrgonLa stratège — c’est elle qui organise le piège de l’acte IV
DorineServanteLa voix du bon sens — lucide, courageuse, comique
CléanteBeau-frère d’OrgonLe raisonneur — porte-parole de la mesure et de la vraie vertu
DamisFils d’OrgonL’impulsif — sa dénonciation maladroite renforce Tartuffe
MarianeFille d’OrgonLa victime — menacée d’un mariage forcé avec Tartuffe
ValèreAmoureux de MarianeLe jeune premier — représente l’amour sincère menacé
Madame PernelleMère d’OrgonLe double d’Orgon — aveuglée par Tartuffe, elle refuse la vérité

Thèmes principaux

L’hypocrisie religieuse

Le thème central de la pièce est l’hypocrisie — le décalage entre l’apparence de vertu et la réalité des intentions. Tartuffe utilise la religion comme un masque : il joue la dévotion (prières ostensibles, mortifications affichées, discours moralisateurs) pour mieux satisfaire ses appétits réels (argent, pouvoir, désir sexuel). Molière ne critique pas la religion en elle-même : il critique ceux qui l’instrumentalisent. Cléante, le raisonneur de la pièce, distingue explicitement la vraie dévotion (discrète, sincère) de la fausse dévotion (ostentatoire, intéressée).

L’aveuglement et la crédulité

Si Tartuffe est le trompeur, Orgon est le trompé. Et la pièce interroge autant la responsabilité du manipulateur que celle de sa victime. Orgon n’est pas stupide : c’est un homme respectable, chef de famille, propriétaire. Mais il est fasciné par Tartuffe au point de perdre tout sens critique. Cette fascination relève d’un aveuglement volontaire : Orgon veut croire en Tartuffe, parce que Tartuffe lui offre la certitude rassurante d’une autorité morale. La comédie de Molière montre que la crédulité n’est pas seulement une faiblesse intellectuelle : c’est un besoin psychologique.

L’autorité paternelle et familiale

Orgon est un père autoritaire qui impose ses décisions à toute la famille : il marie sa fille de force, déshérite son fils, refuse d’écouter sa femme. L’emprise de Tartuffe amplifie cette autorité jusqu’à l’absurde. Molière critique ici un abus de pouvoir domestique : le droit du père sur sa famille, quand il est exercé sans raison, devient une tyrannie aussi dangereuse que l’hypocrisie de Tartuffe.

Apparence et vérité

La pièce est une méditation sur le rapport entre être et paraître. Tartuffe paraît dévot mais est un libertin. Orgon paraît sage mais est un fou. Elmire paraît fragile mais est la plus lucide et la plus courageuse. Dorine paraît impertinente mais est la plus raisonnable. La comédie inverse systématiquement les apparences et montre que la vérité se cache sous le masque — un thème fondamental du théâtre classique.

Le rôle des femmes

Dans Le Tartuffe, ce sont les femmes qui voient clair. Elmire est celle qui organise le piège qui démasque Tartuffe. Dorine est celle qui dit la vérité avec le plus de franchise. Mariane, bien que timide, résiste au mariage forcé. Les hommes, en revanche, sont soit aveugles (Orgon), soit impuissants (Cléante, qui raisonne sans résultat), soit maladroits (Damis, dont l’intervention aggrave la situation). Molière confie aux femmes le rôle de défenseuses de la vérité.

Analyse littéraire

La structure dramatique

La pièce suit une progression en cinq actes parfaitement maîtrisée. Les actes I et II constituent l’exposition : on découvre la situation, les personnages, le conflit. L’acte III est le nœud : Tartuffe apparaît, tente de séduire Elmire, et Orgon déshérite Damis. L’acte IV est la péripétie : le piège d’Elmire démasque Tartuffe, mais il est trop tard. L’acte V est le dénouement : l’intervention royale sauve la famille.

L’une des prouesses dramaturgiques de Molière est de retarder l’entrée de Tartuffe jusqu’à l’acte III, scène 2. Pendant deux actes, le spectateur entend parler de lui par tous les personnages — certains le louent (Orgon, Madame Pernelle), d’autres le détestent (Dorine, Damis, Cléante). Quand il apparaît enfin, le spectateur a déjà formé son opinion : il sait que Tartuffe est un imposteur. Le plaisir dramatique réside alors dans l’écart entre ce que le spectateur sait et ce qu’Orgon refuse de voir — un ressort de l’ironie dramatique.

Le personnage de Tartuffe : l’art du masque

Tartuffe est un personnage complexe. Il est à la fois menaçant (il peut ruiner une famille) et ridicule (sa dévotion ostentatoire est grotesque). Son langage est un chef-d’œuvre de double discours : il mêle constamment le vocabulaire religieux et le vocabulaire amoureux, utilisant la spiritualité comme couverture du désir charnel. Cette confusion des registres est ce qui rend le personnage à la fois comique et inquiétant.

Le personnage d’Orgon : la fascination

Orgon est souvent considéré comme le vrai sujet de la pièce. Tartuffe est un escroc, mais les escrocs existent dans toutes les sociétés. Ce qui est troublant, c’est la fascination d’Orgon pour Tartuffe — une fascination qui résiste à toutes les preuves, à tous les témoignages, à toute la raison. Orgon a besoin de Tartuffe comme d’un guide spirituel qui lui donne un sens moral dans un monde qu’il ne comprend pas. Cette dépendance psychologique est ce qui rend la pièce si moderne.

Dorine : la servante-philosophe

Dorine est l’un des plus grands rôles de servante du théâtre français. Elle est lucide (elle voit l’imposture de Tartuffe avant tout le monde), courageuse (elle ose affronter Orgon), et drôle (ses réparties sont parmi les plus célèbres de Molière). Elle incarne le bon sens populaire face à l’aveuglement bourgeois. Sa fonction dramatique est double : elle fait rire (registre comique) et elle dit la vérité (registre satirique).

Scènes clés à connaître

Acte I, scène 4 — « Le pauvre homme ! »

Dorine raconte à Orgon qu’Elmire a été malade. Orgon ne s’intéresse qu’à Tartuffe :

À chaque détail sur la souffrance d’Elmire, Orgon répond « Et Tartuffe ? » puis « Le pauvre homme ! » en apprenant que Tartuffe, lui, va très bien. Le comique de répétition révèle l’aveuglement total d’Orgon.

Acte III, scène 2 — L’entrée de Tartuffe

Tartuffe apparaît pour la première fois :

Il s’adresse ostensiblement à son valet Laurent à propos de sa « haire » et de sa « discipline » (instruments de pénitence), pour être entendu. Puis il demande à Dorine de couvrir sa gorge. L’hypocrisie est immédiatement visible pour le spectateur.

Acte III, scène 3 — La déclaration à Elmire

Tartuffe fait des avances à Elmire, l’épouse de son bienfaiteur :

Il mêle vocabulaire religieux et vocabulaire galant pour justifier son désir. Il touche le genou d’Elmire, palpe son corsage sous prétexte d’admirer le tissu. La scène est à la fois comique et troublante.

Acte IV, scène 5 — La scène sous la table

Elmire piège Tartuffe pendant qu’Orgon est caché sous la table :

La scène la plus célèbre de la pièce. Tartuffe renouvelle ses avances ; Elmire tousse pour alerter Orgon, qui tarde à intervenir. Le comique naît de la situation (un mari caché sous la table) et de la tension (Tartuffe va-t-il aller trop loin avant qu’Orgon ne réagisse ?).

Acte V, scène 7 — Le dénouement

L’exempt arrive et arrête Tartuffe au nom du roi :

Le roi a reconnu en Tartuffe un escroc déjà connu sous d’autres noms. La justice royale rétablit l’ordre. Ce deus ex machina permet à Molière de flatter Louis XIV tout en résolvant une intrigue devenue inextricable.

Les formes du comique dans Le Tartuffe

Type de comiqueExemple
Comique de répétition« Le pauvre homme ! » (I, 4) — Orgon répète la même formule avec un aveuglement croissant
Comique de situationOrgon caché sous la table (IV, 5) — l’absurdité de la situation produit un rire nerveux
Comique de caractèreL’aveuglement obstiné d’Orgon, l’hypocrisie grotesque de Tartuffe
Comique de motsLes réparties de Dorine, le double langage religieux/galant de Tartuffe
Comique de gesteTartuffe palpant le corsage d’Elmire, Orgon essayant de faire taire Dorine
Ironie dramatiqueLe spectateur sait que Tartuffe est un hypocrite — Orgon ne le sait pas

La querelle du Tartuffe (1664-1669)

L’histoire de la pièce est indissociable de la censure qu’elle a subie. Trois versions successives ont été nécessaires avant que Molière obtienne le droit de la jouer librement :

  • 1664 — Première version (probablement en 3 actes) : jouée à Versailles lors des fêtes royales. Immédiatement interdite par le roi sous la pression de l’archevêque de Paris et de la Compagnie du Saint-Sacrement. On reproche à Molière d’attaquer la religion.
  • 1667 — Deuxième version (L’Imposteur, en 5 actes) : Molière modifie le personnage (rebaptisé Panulphe, habillé en homme du monde au lieu d’homme d’Église). La pièce est jouée une seule fois au Palais-Royal, puis de nouveau interdite par le président du Parlement, en l’absence du roi (parti en guerre).
  • 1669 — Version définitive (Le Tartuffe ou l’Imposteur, en 5 actes) : le roi autorise enfin la pièce. Elle connaît un succès triomphal avec 44 représentations consécutives — un record pour l’époque.

Cette querelle de cinq ans a profondément marqué Molière, qui a écrit trois placets (pétitions) au roi et une préface pour défendre sa pièce. Il y affirme que « le devoir de la comédie est de corriger les hommes en les divertissant » et que sa cible n’est pas la religion, mais l’hypocrisie. Ces textes sont des documents essentiels pour comprendre la conception que Molière se fait du théâtre.

Sujets de dissertation possibles

Sujet 1

Molière écrit que « le devoir de la comédie est de corriger les hommes en les divertissant ». En quoi Le Tartuffe illustre-t-il cette formule ?

Sujet 2

Le Tartuffe est-il une comédie ? Vous montrerez en quoi la pièce dépasse les limites du genre comique.

Sujet 3

Qui est le véritable personnage principal du Tartuffe : Tartuffe ou Orgon ? Vous répondrez en analysant la construction dramatique de la pièce.

Sujet 4

Le dénouement du Tartuffe (l’intervention du roi) est-il un point faible ou un point fort de la pièce ?

Préparer l’oral

Extraits fréquemment étudiés

  • I, 1 : la scène d’exposition — le départ de Madame Pernelle, la présentation des conflits.
  • I, 4 : « Le pauvre homme ! » — le comique de répétition, l’aveuglement d’Orgon.
  • I, 5 : le discours de Cléante — la distinction entre vraie et fausse dévotion.
  • III, 2 : l’entrée de Tartuffe — la première apparition du personnage.
  • III, 3 : la déclaration de Tartuffe à Elmire — le mélange des registres.
  • IV, 5 : la scène sous la table — le piège d’Elmire.
  • V, 7 : le dénouement — l’intervention de l’exempt.

Conseils pour la présentation d’œuvre

  • Connaissez l’histoire de la querelle du Tartuffe (1664-1669) : c’est indispensable pour comprendre les enjeux de la pièce.
  • Distinguez clairement la cible de Molière : l’hypocrisie, pas la religion.
  • Analysez le rapport entre comique et gravité : la pièce fait rire, mais les enjeux sont sérieux.
  • N’oubliez pas les femmes de la pièce (Elmire, Dorine) : elles sont les vraies forces de résistance.

Questions fréquentes

Pourquoi Le Tartuffe a-t-il été interdit ?
La pièce a été interdite deux fois (1664 et 1667) sous la pression du parti dévot — notamment la Compagnie du Saint-Sacrement et l’archevêque de Paris. Ils accusaient Molière d’attaquer la religion en mettant sur scène un personnage qui se sert de la dévotion pour tromper. Molière a toujours défendu que sa cible n’était pas la religion, mais l’hypocrisie religieuse. La pièce a finalement été autorisée en 1669.
Tartuffe est-il religieux ?
Non. Tartuffe feint la dévotion. Toute sa piété est un masque : il affiche des comportements religieux (prières, mortifications, discours moraux) uniquement pour gagner la confiance d’Orgon et s’emparer de ses biens et de sa femme. C’est un faux dévot, un imposteur qui utilise la religion comme instrument de manipulation.
Pourquoi Orgon croit-il en Tartuffe ?
L’aveuglement d’Orgon ne s’explique pas par la bêtise. C’est une forme de fascination : Orgon a besoin d’une figure d’autorité morale, d’un guide spirituel qui lui donne des certitudes. Tartuffe remplit ce rôle. Orgon s’accroche à lui parce que le remettre en question reviendrait à remettre en question ses propres choix et sa propre vision du monde.
Quand Tartuffe apparaît-il dans la pièce ?
Tartuffe n’apparaît qu’à l’acte III, scène 2 — c’est-à-dire presque à la moitié de la pièce. Pendant les deux premiers actes, on ne le connaît que par ce que les autres personnages disent de lui. Ce retard d’entrée crée un puissant effet d’attente et d’ironie dramatique.
Quel est le rôle de Dorine ?
Dorine est la servante de la famille, mais elle joue un rôle central. Elle est la plus lucide (elle voit l’imposture de Tartuffe), la plus courageuse (elle ose affronter son maître) et la plus drôle (ses réparties sont mémorables). Elle incarne le bon sens populaire face à l’aveuglement bourgeois et fait avancer l’action en poussant les autres personnages à agir.
Pourquoi le roi intervient-il à la fin ?
L’intervention du roi (par l’intermédiaire de l’exempt) est un deus ex machina — une résolution extérieure qui vient dénouer une situation inextricable. Ce procédé a une double fonction : dramatiquement, il sauve la famille d’Orgon quand tout semble perdu ; politiquement, il permet à Molière de flatter Louis XIV en le présentant comme le garant de la justice et de la clairvoyance, capable de percer à jour les imposteurs.
Le Tartuffe est-il une comédie ou une tragédie ?
C’est une comédie par sa forme (cinq actes en vers, dénouement heureux, personnages bourgeois) et par ses procédés (comique de répétition, de situation, de caractère). Mais la pièce a des aspects sombres : les enjeux sont graves (ruine, emprisonnement, mariage forcé), Tartuffe est menaçant plus que ridicule, et sans l’intervention du roi, la famille aurait été détruite. C’est ce mélange de comique et de gravité qui fait la richesse et la modernité de la pièce.

Pour aller plus loin