🗣️ Langage, Adolescence, Personne Âgée, Mort et Deuil — Cours PASS/LAS
Développement du langage, enjeux de l’adolescence, vieillesse, accompagnement de fin de vie et adaptation des soins selon l’âge
1. Le langage : point de vue linguistique
2. Signifiant et signifié (Saussure)
3. Communication et langage
4. Les étapes du développement du langage
5. Fonctions du langage et pathologies psychiatriques
6. Langage et relation médecin-malade
7. Langage, confiance et relation soignant-soigné
8. L’adolescence
9. L’âge adulte
10. La vieillesse
11. L’hospitalisation : adaptation selon l’âge
12. Maladie, mort et deuil
13. Exercices
14. FAQ
📖 Le langage : point de vue linguistique
Une grande partie du processus permettant l’acquisition du langage et sa mise en œuvre est innée, mais se développe en interaction avec la réception d’une langue et selon la qualité de l’environnement. La base biologique du langage — l’ensemble des caractéristiques fondamentales (grammaires universelles) — est une propriété émergente du système nerveux (développement, maturation).
La survie de l’être humain, physiquement chétif face à des espèces animales plus robustes, a été rendue possible grâce à son intelligence sociale et cognitive, amplifiée par le langage (d’abord oral, puis écrit). Cette évolution, reflet de celle du cortex cérébral, résulte d’une co-évolution entre le cerveau et l’appareil vocal, ayant mené à l’émergence d’aires cognitives et linguistiques spécifiques.
| Aire cérébrale | Fonction | Conséquence d’une lésion |
|---|---|---|
| Aire de Broca | Production des mots parlés | Les mots deviennent incompréhensibles (aphasie de production) |
| Aire de Wernicke | Compréhension du langage | La personne prononce des mots distinctement, mais sans sens ni lien entre eux (aphasie de compréhension) |
Le langage se définit comme tout système de signes d’origine humaine ou non, utilisé à des fins de communication. Le langage humain se distingue par trois caractéristiques fondamentales : il s’applique sans restriction à l’ensemble de l’activité humaine, il présente une forte sensibilité au contexte (social, culturel) et aux stimulations de l’environnement, et il possède un caractère articulé d’une complexité unique dans le règne vivant.
🔤 Signifiant et signifié (Saussure)
Ferdinand de Saussure décrit le langage comme un système de signes composé de deux faces indissociables :
| Concept | Définition |
|---|---|
| Le signifiant | L’expression phonique (aspects acoustiques, articulatoires et moteurs), composée de consonnes et de voyelles, et éventuellement graphique (graphème). C’est le support de l’expression, le mot lui-même. |
| Le signifié | Le sens, c’est-à-dire ce que veut dire le mot. Il situe l’unité par rapport aux autres termes. Sa compréhension nécessite une analyse syntaxique et une analyse du discours. L’apprentissage joue un rôle primordial. |
Saussure affirme que la langue est un système social et structuré de signes, qui impose et prédispose notre vision du monde. Pour décrire et comprendre le monde, nous avons besoin de la langue, qui est fonction de l’environnement dans lequel on se trouve. D’emblée, la langue nous transmet une façon de penser et d’appréhender le monde. Elle ne traduit pas, ne décalque pas la réalité, mais contraint les sujets à voir les choses selon son propre système d’analyse. Le langage représente ainsi un outil de liberté (art, création) mais aussi un outil d’enfermement (contraintes liées aux mots existants et aux structures grammaticales).
💬 Communication et langage
Le dialogue corporel précède et rend possible le langage proprement dit. Au début du développement, c’est l’accordage affectif (concept de Stern) qui domine, d’où l’importance du rythme et de la mélodie chez le nourrisson. Au fur et à mesure du développement, le langage verbal prend le devant de la scène, mais les autres sources d’échange restent toujours actives : langage corporel, mimiques, expression faciale.
Le propre de l’être humain est sa capacité de pensée réflexive : j’apprends que j’ai une pensée propre, puis j’apprends que l’autre a une pensée, et enfin j’apprends que l’autre a une pensée différente de la mienne (cf. théorie de l’esprit).
🗓️ Les étapes du développement du langage
| Âge | Acquisition |
|---|---|
| Pré-natal (2 derniers mois) | Le système auditif est fonctionnel. Le fœtus perçoit des sons et reconnaît notamment la voix maternelle. |
| 0-6 mois | Vocalisation (0-2 mois), jeux vocaux (0-6 mois). À 5 mois, l’enfant contrôle la phonation et module la vocalisation. |
| 6-12 mois | Babillage influencé par le rythme et la mélodie de la langue maternelle. L’enfant développe une préférence pour sa langue maternelle. Au départ, il est possible d’apprendre toutes les langues, mais cette aptitude diminue progressivement. |
| 12-16 mois | Premiers mots (environ 50 mots). Accroissement très lent du vocabulaire. |
| 16-20 mois | Explosion du vocabulaire (plus de 200 mots) et réorganisation du lexique. |
| 20-26 mois | Premières phrases, début de grammaire. |
| 3 ans | Utilisation du pronom personnel « je ». |
🎯 Fonctions du langage et pathologies psychiatriques
Le langage remplit trois grandes fonctions : il est un mode de représentation du monde extérieur, un moyen de communication avec l’entourage, et un mode d’expression du monde intérieur du locuteur (ce qui suppose une qualité relationnelle avec l’entourage). Il existe un lien à double entrée entre développement de la personnalité et développement du langage.
Les troubles du langage peuvent être le reflet de pathologies psychiatriques :
| Trouble du langage | Pathologie psychiatrique associée |
|---|---|
| Absence de langage | Risque de relation symbiotique mère-enfant |
| Carence de symbolisation (difficulté à comprendre le second degré, ex. : « j’ai le cafard ») | Psychose |
| Excès de symbolisation | Hystérie |
| Tachyphémie (accélération de la parole) | Manie (trouble bipolaire : alternance de phases dépressives et d’euphorie) |
| Néologisme (invention de nouveaux mots) | Schizophrénie |
⚕️ Langage et relation médecin-malade
Le langage permet le lien entre l’affect et sa représentation. Des expressions comme « j’en ai plein le dos » associées à des douleurs lombaires, ou « mes parents me pèsent » chez un patient souffrant de troubles du comportement alimentaire, illustrent comment le corps peut exprimer par des symptômes ce que le langage verbalise de manière métaphorique. Certaines contractures musculaires reflètent une tension liée à l’anxiété.
🤝 Langage, confiance et relation soignant-soigné
La confiance est la plus belle des qualités humaines, en lien avec les premiers liens d’attachement. Elle s’établit dans un équilibre entre un mouvement d’« aide — aller vers » et d’« écoute — rester en retrait » (sans être trop envahissant ni trop entreprenant). C’est une co-construction qui s’invente à travers l’observation de l’autre, l’échange et la fiabilité des actes.
🔥 L’adolescence
L’adolescence est un temps de passage majeur, caractérisé par plusieurs processus simultanés :
🪞 Deuil d’un corps d’enfant, acceptation d’un corps sexué
Le développement des caractères sexuels secondaires transforme le corps aux yeux de l’adolescent mais aussi de son entourage. Ce corps en mutation est à la fois un lieu de mises en conflit, de plaintes, d’interrogations sur la sexualité et le genre, une source de fierté et d’angoisse, et le représentant du narcissisme (image de soi) et du sentiment d’identité. Face à ces changements, l’adolescent met en place des mécanismes de défense : ascétisme, intellectualisation, look provocant, entre autres.
👨👩👦 Deuil des images parentales idéalisées
C’est le dernier grand travail de séparation vis-à-vis des figures influentes de l’enfance. La critique des adultes est nécessaire et permet une prise de distance. Quatre réactions principales se manifestent face à ce deuil : le transfert sur des substituts parentaux (le groupe est central, mais aussi d’autres adultes), la transformation des sentiments envers les parents en leur contraire (dépendance/indépendance, attachement/révolte), le retrait sur soi (normal de manière transitoire) et la régression (rester dans des positions infantiles).
🌐 Modification des rapports sociaux
L’adolescent peut fuir ou refuser la famille, investir un groupe (source de réassurance, de compensation, d’enveloppe identitaire, mais aussi de risque), s’appuyer sur des adultes « relais ». Les codes sont importants : attrait pour ce qui marque la différence avec le monde des adultes. L’adolescent s’interroge sur le monde, la société, le sens de la vie.
💔 Fragilisation narcissique et construction de la personnalité
La critique des adultes déstabilise et interroge. La confrontation à la réalité entraîne la perte des rêves de l’enfance et mobilise le sentiment d’infériorité et d’incomplétude. La construction de la personnalité passe par des jeux complexes d’identification à des figures parentales, sans perdre son identité ni son autonomie. Ce processus est facilité quand les images parentales sont « bonnes », et compliqué quand les parents sont eux-mêmes en difficulté. L’accession à une autonomie est de plus en plus retardée socialement (études prolongées, dépendance financière). Les poussées pulsionnelles (sexualité, agressivité) viennent s’y ajouter.
👪 Réactions familiales
Les parents sont confrontés à la séparation, à la crise du milieu de vie, aux critiques et à l’opposition, et à la nécessaire « désidéalisation » de leur enfant. Ils sont renvoyés à leur propre adolescence et à la nécessité de se positionner comme adultes et non comme « copains ». Les familles transplantées doivent en plus composer avec les écarts culturels et les conflits d’appartenance.
🏛️ Adolescence et société
Notre société est marquée par la surconsommation où « avoir » et « paraître » prédominent sur « être ». Les interdits diminuent avec la libération des mœurs, tandis que la société valorise la performance et la maîtrise. L’individualisme et l’isolement des sujets et des familles s’accentuent. La problématique sociétale contemporaine est davantage narcissique (« suis-je capable ? », rapport à soi) que névrotique (conflits désir-interdit, rapport aux autres). Les rites de passage disparaissent et la dépendance financière aux parents augmente.
L’adolescence est un temps mouvant : les comportements varient selon le moment, le lieu et les personnes. L’espace remplace le temps, le groupe prend le relais de la famille, et l’action se fait selon la représentation.
🧑 L’âge adulte
À l’âge adulte, la personnalité est globalement stable et constituée. Les événements de vie (choix professionnels, relationnels, en plus ou en moins) peuvent cependant déstabiliser l’individu et réactiver des traumatismes anciens (par exemple, une maladie grave). Les « crises de vie » sont des étapes où les processus de deuil sont à l’œuvre : mariage, premier enfant, adolescence et départ des enfants, passages de dizaines. Ce sont des périodes potentiellement à risque de décompensation psychiatrique ou somatique, voire de changements radicaux.
👴 La vieillesse
La vieillesse se caractérise par une accentuation des processus de deuil. L’individu est confronté à ses modifications et limitations physiques, voire cognitives, à l’idée de sa propre fin, à la maladie et à la disparition des proches. Faire face aux deuils réels et symboliques sollicite les « assises narcissiques » : l’image de soi, le regard sur sa vie, la réalité du fonctionnement actuel et en particulier social.
🏥 L’hospitalisation : adaptation selon l’âge
Toute pathologie somatique ou psychiatrique interfère avec le processus du développement et la personnalité, et réciproquement. Le soignant doit adapter ses soins et ses attitudes en prenant en compte les besoins du développement, l’âge et la personnalité du sujet. Un patient est d’abord un sujet avec les besoins de son âge.
⚠️ L’hospitalisation en général
L’hospitalisation est un fonctionnement anxiogène : inconnue totale (lieu, personnes, fonctionnement), perte de tout repère (horaires, odeurs), notion de gravité, absence de relation duelle avec un soignant unique, et circulation complexe de l’information dans un fonctionnement groupal. Face à cette désorganisation, le soignant doit assurer un accueil de qualité avec des explications claires, utiliser un langage adapté à l’âge et aux capacités du sujet, personnaliser la relation, assumer une fonction organisatrice et permettre au malade de jouer un rôle actif.
👶 Chez le bébé et l’enfant
La prise en charge doit organiser une continuité relationnelle (parents, soignants), un rythme fixe et fiable, et limiter le nombre d’intervenants. La place des parents est centrale : l’importance de leur présence psychique est au moins aussi grande que celle de leur présence physique. Il faut prendre soin du corps du bébé, qui est un lieu important d’échange (massage, prévention de la douleur), et s’adapter en fonction de l’âge (jeux, école à l’hôpital). La fratrie ne doit pas être oubliée.
🧑🎤 Chez l’adolescent
L’hospitalisation se fait idéalement dans une unité spécifique pour adolescents, respectant les besoins propres à cet âge (pudeur, autonomie). L’adolescent est au cœur de la prise en charge : il est vu seul (secret médical), puis avec les parents associés. La présence psychique des parents reste nécessaire, mais la présence physique l’est moins.
👴 Chez la personne âgée
Il faut instaurer des repères fiables et fixes (personnel, horaires) pour éviter le risque de désorganisation et de syndrome de glissement. Le soignant doit fournir des efforts de communication, d’explication et de réassurance, assurer des stimulations adaptées et régulières (physiques et psychiques) en évitant l’infantilisation, et faire le lien avec l’entourage et le passé du patient (photos, objets personnels).
🕯️ Maladie, mort et deuil
La mort s’intègre dans une culture et une époque données, dans une famille donnée. Peu abordée dans les familles, elle est omniprésente dans les jeux vidéo et traitée de façon souvent traumatique dans les médias. La compréhension de la mort évolue avec l’âge :
| Âge | Représentation de la mort |
|---|---|
| Avant 2 ans | Pas de notion de la mort |
| 2-6 ans | Mort et vie sont des états différents, mais perçus comme réversibles |
| Après 6 ans | Accession progressive à la notion d’irréversibilité, d’universalité. La mort fait partie du cycle de vie. |
| À l’adolescence | Ces notions sont intégrées. Des questions éthiques et philosophiques s’y ajoutent. |
🩺 Conduite à tenir en cas de pronostic vital engagé
L’accompagnement de la personne en fin de vie est le rôle de tout soignant, quelle que soit sa spécialité — il ne faut pas se décharger sur les psychologues ou les psychiatres. Le travail en équipe est fondamental. Le soignant doit autoriser et aider à une vie la plus normale possible et le plus longtemps possible, en s’adaptant progressivement à la fatigue et à l’évolution de l’état du patient. Il ne faut ni évacuer les échanges sur la mort, ni les imposer. L’accompagnement de la famille est indispensable, et les rites de deuil doivent être respectés et favorisés.
