Fonctionnement Psychique et Cognitif : Le Développement — Cours PASS/LAS

Méthodes en psychologie, psychanalyse, développement affectif, attachement, développement cognitif de Piaget et théorie de l’esprit

📚 Matière
Sciences humaines et sociales
🎯 Niveau
PASS / LAS
📝 Thème
Psychologie du développement
⏱️ Durée de lecture
~20 minutes
À retenir : Le développement psychique et cognitif de l’être humain est un processus complexe, étudié par différentes théories complémentaires. La psychanalyse (Freud) décrit les stades affectifs (oral, anal, œdipien) et les instances de la personnalité (ça, moi, surmoi). La théorie de l’attachement (Bowlby) montre que la sécurité affective précoce conditionne l’exploration et la socialisation. Le modèle de Piaget détaille les stades cognitifs (sensori-moteur, préopératoire, opérations concrètes, formelles). La théorie de l’esprit (Baron-Cohen) explore la capacité à attribuer des états mentaux à soi et à autrui. Aucune théorie ne suffit seule : c’est leur dialogue qui éclaire la complexité de l’être humain.

🔬 Méthodes en psychologie

❓ Les questions fondamentales

Comment accéder à la vérité personnelle de chaque patient ? Comment étudier la personnalité de chaque individu et accéder aux traits de fonctionnement qui se cachent derrière le « masque » ? Ce masque est avant tout social : il correspond au fonctionnement que chacun adapte selon les contextes et le rôle qu’il joue. Dans les sociétés primitives, les rôles étaient assignés et rigides — le sujet n’existait qu’à travers sa classe sociale. Aujourd’hui, cette rigidité a laissé place à l’émergence de personnalités variées qui peuvent s’épanouir dans une certaine mesure.

⚠️ Le problème posé par Auguste Comte

Auguste Comte (1850), fondateur du positivisme, affirmait que la psychologie ne pouvait pas exister en tant que science, car la personnalité ne serait appréhendable que par l’introspection. L’observateur et l’observé ne faisant qu’un, la méthode est subjective plutôt qu’objective. Depuis, la psychologie s’est affirmée comme une discipline complexe. La définition de la personnalité y reste difficile — on recensait déjà 50 définitions différentes en 1937. Située à l’intersection des neurosciences et des sciences humaines, la psychologie intègre des perspectives linguistiques, philosophiques, sociologiques et statistiques, illustrant la complexité de l’individu à la croisée de son bagage biologique (génotype/phénotype) et de son environnement.

🛠️ Les méthodes actuelles

MéthodePrincipeLimites
ObservationÉtudes de cas, observation directe du sujetQui observe ? À quel moment ? Sélection de l’information. Ce qui est vrai pour un sujet ne l’est pas forcément pour un autre.
IntrospectionObserver sa propre conscience (de James à Watson, qui lui préfère les comportements observables)Subjectivité de l’observateur (cf. Auguste Comte)
ExpérimentaleSacrifier le subjectif à l’objectif, mesures en laboratoireLe sujet n’est pas dans sa condition écologique : l’observation en laboratoire ne reflète pas forcément le comportement naturel.
Tests / échellesMéthodes psychométriques : évaluation de paramètres psychologiques dans des conditions standardiséesLe test doit être fidèle, sensible et valide (conditions métrologiques).
CliniqueÉtude du sujet dans sa totalité, description d’un cas uniqueDifficulté de généralisation
PsychanalytiqueAppréhender, par introspection accompagnée, ce qui se passe au niveau inconscientApproche longue, non reproductible expérimentalement

🧠 L’apport de la psychanalyse (Freud)

À partir de son expérience avec les patientes hystériques de Charcot, Freud s’est intéressé à l’énigme des conversions hystériques : des paralysies ou crises épileptiques sans lésion anatomique ou nerveuse, apparaissant principalement chez les femmes. L’environnement sociétal et culturel influence l’apparition de ces pathologies. Charcot utilisait l’hypnose pour soulager les symptômes. Freud, cherchant à comprendre l’origine de ces paralysies, a exploré la notion d’inconscient et développé la cure psychanalytique.

ConceptDescription
Place de l’inconscientL’inconscient émerge dans les lapsus, actes manqués, rêves, l’art et dans la cure psychanalytique (association libre, transfert). L’inconscient est l’ensemble des faits psychiques qui ne peuvent apparaître dans le champ de la conscience mais qui déterminent néanmoins de nombreuses manifestations de nos conduites à notre insu. Comme le disait Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », ou Rimbaud : « Je est un autre ».
Hypnose et suggestionTechnique permettant la guérison des conversions hystériques par Charcot. Donne accès au refoulé, mais pas un accès réel à la conscience. Freud rejette l’hypnose car elle empêche le souvenir conscient des expériences hypnotiques et maintient le sujet dans une non-élaboration analytique.
Le cadre analytiqueLieu neutre, asensoriel (sans stimulation externe), avec un analyste neutre. Le patient, allongé, pratique l’association libre (rêve éveillé). Utilisation du transfert (le patient projette ses attentes sur l’analyste) et du contre-transfert (réactions de l’analyste face à la situation créée par le patient).
Sexualité infantileL’enfant a des pulsions partielles qui se structurent et s’unifient progressivement au travers de la névrose infantile et à l’adolescence.
Reconstruction dans l’après-coupUn acte passé prend un autre sens à un moment ultérieur de la vie. Ex. : une agression sexuelle dans l’enfance, souvent incomprise, peut resurgir à l’adolescence ou à l’âge adulte lorsque la personne comprend la sexualité.
RésistanceRefus de reconnaître les émergences de l’inconscient. Ex. : se dire que l’on est un être pleinement conscient, sans inconscient.
SublimationDérivation des buts sexuels vers d’autres buts non sexuels : activités créatrices, artistiques, pensée, jeu.

👶 La naissance et le nourrisson

La naissance constitue un moment fondateur du développement affectif. La grossesse elle-même joue un rôle important. Les protagonistes sont les parents, le bébé et leur rencontre. Le bébé possède des compétences dès la naissance et arrive dans un contexte particulier, avec des parents porteurs de leurs propres histoires (individuelles et partagées). Des interactions parents-bébé se créent dès les premiers instants.

🍼 Pourquoi s’intéresser au nourrisson ?

La construction de la personnalité commence dès les premiers échanges. Les premières relations sont fondées sur les échanges corporels. Les protagonistes sont la mère, l’entourage et le nourrisson avec son propre tempérament. Il y a un effet de rencontre : l’état de l’un influence l’état de l’autre.

👨‍👩‍👧 Les protagonistes : parents et « crise » maturative

Le désir d’enfant est lié au fruit d’une rencontre et à une étape de la vie de couple, à la volonté d’être parent à son tour (ce qui renvoie à la relation avec ses propres parents), et à un rapport à sa propre finitude (l’arrivée d’un enfant réorganise les générations : les parents deviennent grands-parents, ce qui soulève la question de la mortalité).

Il s’agit d’une crise maturative s’inscrivant dans un réseau affectif, social et culturel. C’est un état de transition ou de remaniement psychique, notamment lors de l’arrivée du premier enfant. Il est souvent associé à une transparence psychique et à une « dette de vie » (concept de Bydlowski, 1998).

🌟 Compétences du nourrisson dès la naissance

Les compétences du nouveau-né sont définies comme la capacité qu’a le sujet de les utiliser dans des conditions favorables que l’environnement peut lui procurer. Le nourrisson utilise une sensorialité active : vision, audition, kinesthésie, odorat, gustation — en pré- et post-partum. Il présente une préférence pour l’animé (ce qui bouge) et pour le visage humain. Il possède des capacités d’imitation néonatale (rôle du sillon temporal supérieur dans la reconnaissance des mouvements humains). Dès la 8e semaine de vie, il exprime des émotions primaires (joie, peur, colère), ce qui en fait un être social dès la naissance.

👩‍👧 Interaction dyade (mère-enfant) et triade

Les interactions se déclinent en trois registres :

RegistreDescription
ComportementalCorporel (dialogue tonique, contact peau à peau), visuel (contact œil à œil), vocal (prosodie maternelle et vocalisation du bébé)
AffectifSe communique par le maintien, le regard, les caresses. Peut être modal ou transmodal. Permet l’émergence de l’état affectif du nourrisson.
De représentationConcerne à la fois la mère et le bébé

🎭 Le développement affectif selon la psychanalyse

En psychanalyse, un stade désigne une période particulière de conflictualisations, liée à la fois au développement neurobiologique et aux types de relations avec l’entourage (pulsions partielles).

Stade / PériodeÂgeCaractéristiques
Stade oral0-18 moisPrédominance des expériences orales (succion, mise à la bouche). Modèles relationnels basés sur l’incorporation.
Les 3 organisateurs de Spitz0-18 moisLe sourire des premiers mois ; l’angoisse du 8e mois (peur de l’étranger) ; le « non » vers le 18e mois (première marque de différenciation du sujet).
Stade anal18 mois – 3 ansPlaisir du non, de la maîtrise, de la rétention-expulsion (apprentissage de la propreté). Agressivité intériorisée des interdits.
Stade œdipien3-5 ansComplexe d’Œdipe et angoisse de castration. Acceptation de la différence des sexes et des générations. Sentiments inconscients envers le parent du sexe opposé, rivalité envers le parent du même sexe. Triangulation et ouverture à la socialisation.
Période de latence6-10 ansRefoulement et sublimation favorisant les acquisitions éducatives. L’enfant est plus calme émotionnellement et plus performant cognitivement.
Adolescence10+ ansRéactualisation des positions œdipiennes. Dernière étape dans le processus de séparation-individuation. Aménagement personnalisé de la personnalité.

⚙️ Principes du fonctionnement psychique

PrincipeDescription
Principe de plaisirVise à trouver le niveau le plus bas de tension : une augmentation de tension (conflits, frustrations) provoque un déplaisir. Pour s’accomplir, il utilise les voies les plus courtes de satisfaction (décharge immédiate).
Principe de réalitéConfrontation aux limites imposées par l’extérieur. Vise aussi la satisfaction, mais en prenant des voies détournées qui ne mettent pas l’individu en conflit avec son environnement.
Évolution lors du développementAu fil du développement, le principe de réalité prend le pas sur le principe de plaisir. L’enfant apprend progressivement à différer la satisfaction. Cette capacité d’attente est à la base du processus de symbolisation de l’objet absent, et donc de la pensée.
💡 Astuce : La capacité à différer la satisfaction (passer du principe de plaisir au principe de réalité) est fondamentale : c’est elle qui permet l’émergence de la pensée. L’enfant qui apprend à attendre commence à se représenter mentalement l’objet absent, ce qui est le fondement de la symbolisation.

🧩 Les instances de la personnalité

InstanceDescription
Le çaLe pôle pulsionnel. Siège des pulsions et des désirs inconscients.
Le moiIssu du ça par différenciation progressive au contact de la réalité. Partie accessible à la conscience, formée par identifications successives. Se situe à l’intersection du ça et du surmoi.
Le surmoiConsignes morales. Héritier du complexe d’Œdipe, modelé par les exigences parentales et sociales.
Le complexe d’ŒdipeIndissociable de la reconnaissance de la différence des sexes et des générations. Permet la triangulation et la socialisation.

🤱 La théorie de l’attachement (Bowlby)

Selon Bowlby (1907-1990), le bébé possède un besoin d’attachement primaire à sa mère (ou à toute personne qui prend soin de lui, le caregiver, pas nécessairement la mère biologique). Ce besoin se complexifie avec le développement et se manifeste par des comportements caractéristiques de l’espèce : sucer, s’accrocher, suivre, pleurer, sourire. Il remplit une double fonction : la protection (défense de l’enfant vulnérable) et la socialisation (de la mère aux proches, puis aux étrangers). L’attachement se construit dans la fiabilité et la continuité des relations précoces.

DirectionConceptCaractéristiques
Bébé → AdulteAttachementBesoin inné durant les 3 premières années de vie. Recherche de proximité et de sécurité auprès d’un adulte fixe. En fonction des capacités du bébé et de l’environnement.
Adulte → BébéCaregivingRéponses aux besoins d’attachement du bébé. Capacité à repérer les besoins du bébé. En lien avec la propre histoire d’attachement de l’adulte.

Une réponse adéquate aux besoins d’attachement permet au bébé de solliciter progressivement ses propres réponses, lui donne confiance dans les liens interpersonnels et l’autorise à chercher du soutien en cas de détresse. La confiance ainsi construite permet l’exploration : elle soutient l’exploration de l’environnement, l’acceptation du changement, et développe l’attention et la résolution de problèmes.

💡 Astuce : Le cycle de l’attachement se résume ainsi : base de sécurité → exploration → crise → recherche de proximité → havre de sécurité. La sécurité affective n’est pas un frein à l’autonomie, c’est au contraire sa condition.

🧠 Le développement cognitif (Piaget)

Pour Piaget (1896-1980), l’intelligence humaine est une forme d’adaptation au milieu. Il existe une continuité entre l’action motrice et la pensée : la pensée naît de l’action. Le développement se déroule en un ensemble d’étapes-stades, caractérisés par une constance dans l’ordre des successions, un caractère intégratif (chaque stade s’intègre au suivant) et une structure d’ensemble (avec des sous-étapes internes).

StadeÂgeDescription
Intelligence sensori-motrice0-2 ansPerception centrale. L’organisation de l’action est liée au schème (ex. : succion se répétant dans des conditions identiques). Aboutit aux liens de causalité et à la notion de permanence de l’objet, en parallèle à la notion de temps.
Stade préopératoire2 à 6-7 ansApprentissage du langage, qui permet la socialisation de l’action, l’intériorisation de la pensée et l’accès à la symbolisation.
Opérations concrètes6-7 à 11-12 ansLa réversibilité de la pensée permet les opérations concrètes : classification, sériation, dénombrement.
Opérations formelles11-12 à 16 ansRaisonnement hypothético-déductif et pensée formelle (« pensée pure » indépendante de l’action : penser l’impossible, penser la mort, etc.).

💭 La théorie de l’esprit (Baron-Cohen, Leslie, Frith)

La théorie de l’esprit (1985) est la capacité à imputer des états mentaux à soi et à autrui. L’imitation y est un processus central dans le développement de l’enfant. C’est une théorie en plein développement.

ÉtapeÂgeAcquisition
Métareprésentation> 1 anReprésentation de sa propre représentation
Jeux de faire semblant2-3 ansJeu en miroir, faire semblant
Représentation complète d’une action mentale4 ansL’intentionnalité est reconnue et attribuée à l’autre
⚠️ Attention : Ces quatre théories (psychanalyse, attachement, développement cognitif, théorie de l’esprit) sont complémentaires et non réductibles l’une à l’autre. Elles ont des points de convergence (ex. : la permanence de l’objet chez Piaget rejoint les préoccupations de la psychanalyse sur l’absence), mais aussi des aspects spécifiques. Aucune n’englobe l’être humain dans sa totalité. Il existe une intrication forte entre développement psychomoteur, développement du langage, et développements cognitif et affectif.

🎨 Art, sublimation et choix de métier

Ce chapitre illustre le concept de sublimation et le lien entre choix de vie et histoire personnelle, à travers l’analyse de l’œuvre d’Hergé (créateur de Tintin). L’idée centrale est que la création artistique peut être un moyen d’expression du monde intérieur : secrets de famille, drames, désirs inconscients. Hergé, porteur d’un secret de famille (son père était un enfant illégitime d’origine probablement prestigieuse), a projeté inconsciemment ses interrogations dans ses personnages.

Chaque personnage de Tintin incarne une réponse différente face au secret : Tintin devient le héros parfait, Haddock se désespère, les Dupondt se perdent en conjectures, Tournesol devient sourd à son entourage, la Castafiore parle pour ne rien dire. Le lecteur devient un témoin inconscient de ce drame familial.

💡 Astuce : La vocation soignante s’inscrit elle aussi dans l’histoire personnelle de chacun. En prendre conscience permet de ne pas projeter trop de choses sur ses patients et de se préparer à l’inévitable décalage entre l’idéal et la réalité, aux limites de la position soignante et à la confrontation aux échecs.

🌱 Les grands besoins de l’enfant

Les besoins fondamentaux de l’enfant doivent être satisfaits avec justesse, ni par excès ni par défaut :

L’introduction progressive de la séparation (sommeil dans son propre lit, départ hors de la famille) constitue un premier axe essentiel. Le développement progressif de l’autonomisation (toilette) et de l’intimité (pudeur, jardin secret) en est un deuxième. L’introduction des limites — savoir dire non sans culpabilité — est fondamentale. Le développement de l’estime de soi chez l’enfant (à la maison, à l’école), en le valorisant sur tous les plans, joue un rôle central. La place du corps et de la sexualité doit être abordée. L’enfant a besoin d’une place singulière qui ne soit ni inversée ni confusionnante. L’accompagnement des moments difficiles (divorces parentaux, maladie) et la capacité à mettre en mots les problèmes en respectant l’âge de l’enfant sont essentiels. Enfin, la stabilité et la continuité des liens affectifs et de l’environnement constituent le socle de tout développement harmonieux.

✏️ Exercices

Exercice 1

Un nourrisson de 9 mois se met à pleurer dès qu’une personne inconnue s’approche de lui, alors qu’il souriait à tout le monde quelques semaines auparavant. De quel phénomène s’agit-il ? Rattachez-le à la théorie psychanalytique du développement et expliquez sa signification.
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Il s’agit de l’angoisse du 8e mois, l’un des trois organisateurs de Spitz. Ce phénomène correspond à la capacité du nourrisson à distinguer les visages familiers des visages étrangers. Le bébé, qui auparavant souriait de manière indifférenciée (premier organisateur : le sourire), est désormais capable de reconnaître la figure d’attachement principale et de manifester de l’angoisse face à l’étranger. C’est un signe positif de développement affectif : il témoigne de la construction d’un lien d’attachement spécifique. Dans la théorie de Bowlby, cela correspond également à la recherche de proximité avec la figure d’attachement en situation de crise. Le troisième organisateur (le « non » vers 18 mois) viendra compléter ce processus de différenciation du sujet.

Exercice 2

Comparez les stades du développement cognitif de Piaget avec les stades affectifs de la psychanalyse. Identifiez un point de convergence majeur entre ces deux théories.
Voir la réponse
Les deux modèles décrivent un développement par stades successifs avec un ordre de succession constant. Sur le plan cognitif (Piaget), le stade sensori-moteur (0-2 ans) aboutit à la permanence de l’objet ; sur le plan affectif (psychanalyse), le stade oral (0-18 mois) correspond aux premières relations d’incorporation et aux organisateurs de Spitz. Le point de convergence majeur est la notion de permanence de l’objet : pour Piaget, l’enfant acquiert vers 18-24 mois la compréhension que les objets continuent d’exister même quand ils ne sont plus visibles ; en psychanalyse, cette même période correspond au moment où l’enfant commence à tolérer l’absence de la mère (passage du principe de plaisir au principe de réalité), ce qui permet la symbolisation de l’objet absent. Les deux théories décrivent donc, chacune avec son angle d’approche, l’émergence de la pensée représentative à partir de la capacité à se représenter ce qui est absent.

Exercice 3

Un enfant de 3 ans joue à « faire la cuisine » avec des ustensiles en plastique, prétendant servir un repas à ses peluches. À quelle étape de la théorie de l’esprit et à quel stade cognitif de Piaget correspond ce comportement ?
Voir la réponse
Ce comportement correspond aux jeux de faire semblant, qui apparaissent vers 2-3 ans dans la théorie de l’esprit (Baron-Cohen, Leslie, Frith). L’enfant est capable de créer une représentation mentale détachée de la réalité : il sait que les ustensiles en plastique ne sont pas de vrais ustensiles, mais il fait « comme si ». Chez Piaget, cela correspond au stade préopératoire (2 à 6-7 ans), caractérisé par l’apprentissage du langage, l’intériorisation de la pensée et l’accès à la symbolisation. Le jeu de faire semblant est précisément une manifestation de cette capacité de symbolisation naissante : l’enfant utilise un objet (ustensile en plastique) pour en représenter un autre (vrai ustensile de cuisine).

❓ FAQ — Développement psychique et cognitif

Quels sont les trois organisateurs de Spitz ?
Les trois organisateurs de Spitz sont des étapes clés du développement affectif du nourrisson : le sourire des premiers mois (réponse sociale indifférenciée), l’angoisse du 8e mois (peur de l’étranger, signe de la reconnaissance de la figure d’attachement) et le « non » vers le 18e mois (première marque de différenciation et d’affirmation du sujet en tant qu’individu distinct).
Quelle est la différence entre le principe de plaisir et le principe de réalité ?
Le principe de plaisir vise la satisfaction immédiate et la réduction maximale de la tension par les voies les plus courtes. Le principe de réalité vise aussi la satisfaction, mais en empruntant des voies détournées qui tiennent compte des contraintes de l’environnement. Au cours du développement, le principe de réalité prend progressivement le pas sur le principe de plaisir, permettant à l’enfant de différer la satisfaction et d’accéder à la pensée symbolique.
En quoi la théorie de l’attachement de Bowlby est-elle importante pour la pratique soignante ?
La théorie de Bowlby montre que la qualité des liens précoces conditionne la capacité d’exploration, la confiance interpersonnelle et la régulation émotionnelle tout au long de la vie. Pour le soignant, cela signifie que les patients ayant eu un attachement insécure peuvent avoir des difficultés à faire confiance, à demander de l’aide ou à adhérer aux soins. Comprendre les styles d’attachement permet d’adapter la relation thérapeutique et de créer un environnement de soin sécurisant.
Que signifie la permanence de l’objet chez Piaget ?
La permanence de l’objet est la compréhension que les objets continuent d’exister même lorsqu’ils ne sont plus perçus (visibles, touchés). Elle s’acquiert progressivement au cours du stade sensori-moteur (0-2 ans). Avant cette acquisition, un objet caché sous un tissu « n’existe plus » pour le bébé. Cette notion est un prérequis cognitif fondamental : elle permet ensuite la représentation mentale et la pensée symbolique.
Qu’est-ce que la sublimation en psychanalyse ?
La sublimation est un mécanisme par lequel les pulsions sexuelles sont dérivées vers des buts non sexuels socialement valorisés : activités créatrices, artistiques, intellectuelles ou ludiques. C’est un processus central de la période de latence (6-10 ans), où le refoulement et la sublimation favorisent les acquisitions éducatives. L’exemple d’Hergé illustre comment la création artistique peut servir de moyen d’expression inconscient de drames familiaux.