Fonctionnement Psychique et Cognitif : Le Développement — Cours PASS/LAS
Méthodes en psychologie, psychanalyse, développement affectif, attachement, développement cognitif de Piaget et théorie de l’esprit
1. Méthodes en psychologie
2. L’apport de la psychanalyse (Freud)
3. La naissance et le nourrisson
4. Les protagonistes : parents et « crise » maturative
5. Compétences du nourrisson dès la naissance
6. Interaction dyade (mère-enfant) et triade
7. Le développement affectif selon la psychanalyse
8. Principes du fonctionnement psychique
9. Les instances de la personnalité
10. La théorie de l’attachement (Bowlby)
11. Le développement cognitif (Piaget)
12. La théorie de l’esprit
13. Art, sublimation et choix de métier
14. Les grands besoins de l’enfant
15. Exercices
16. FAQ
🔬 Méthodes en psychologie
❓ Les questions fondamentales
Comment accéder à la vérité personnelle de chaque patient ? Comment étudier la personnalité de chaque individu et accéder aux traits de fonctionnement qui se cachent derrière le « masque » ? Ce masque est avant tout social : il correspond au fonctionnement que chacun adapte selon les contextes et le rôle qu’il joue. Dans les sociétés primitives, les rôles étaient assignés et rigides — le sujet n’existait qu’à travers sa classe sociale. Aujourd’hui, cette rigidité a laissé place à l’émergence de personnalités variées qui peuvent s’épanouir dans une certaine mesure.
⚠️ Le problème posé par Auguste Comte
Auguste Comte (1850), fondateur du positivisme, affirmait que la psychologie ne pouvait pas exister en tant que science, car la personnalité ne serait appréhendable que par l’introspection. L’observateur et l’observé ne faisant qu’un, la méthode est subjective plutôt qu’objective. Depuis, la psychologie s’est affirmée comme une discipline complexe. La définition de la personnalité y reste difficile — on recensait déjà 50 définitions différentes en 1937. Située à l’intersection des neurosciences et des sciences humaines, la psychologie intègre des perspectives linguistiques, philosophiques, sociologiques et statistiques, illustrant la complexité de l’individu à la croisée de son bagage biologique (génotype/phénotype) et de son environnement.
🛠️ Les méthodes actuelles
| Méthode | Principe | Limites |
|---|---|---|
| Observation | Études de cas, observation directe du sujet | Qui observe ? À quel moment ? Sélection de l’information. Ce qui est vrai pour un sujet ne l’est pas forcément pour un autre. |
| Introspection | Observer sa propre conscience (de James à Watson, qui lui préfère les comportements observables) | Subjectivité de l’observateur (cf. Auguste Comte) |
| Expérimentale | Sacrifier le subjectif à l’objectif, mesures en laboratoire | Le sujet n’est pas dans sa condition écologique : l’observation en laboratoire ne reflète pas forcément le comportement naturel. |
| Tests / échelles | Méthodes psychométriques : évaluation de paramètres psychologiques dans des conditions standardisées | Le test doit être fidèle, sensible et valide (conditions métrologiques). |
| Clinique | Étude du sujet dans sa totalité, description d’un cas unique | Difficulté de généralisation |
| Psychanalytique | Appréhender, par introspection accompagnée, ce qui se passe au niveau inconscient | Approche longue, non reproductible expérimentalement |
🧠 L’apport de la psychanalyse (Freud)
À partir de son expérience avec les patientes hystériques de Charcot, Freud s’est intéressé à l’énigme des conversions hystériques : des paralysies ou crises épileptiques sans lésion anatomique ou nerveuse, apparaissant principalement chez les femmes. L’environnement sociétal et culturel influence l’apparition de ces pathologies. Charcot utilisait l’hypnose pour soulager les symptômes. Freud, cherchant à comprendre l’origine de ces paralysies, a exploré la notion d’inconscient et développé la cure psychanalytique.
| Concept | Description |
|---|---|
| Place de l’inconscient | L’inconscient émerge dans les lapsus, actes manqués, rêves, l’art et dans la cure psychanalytique (association libre, transfert). L’inconscient est l’ensemble des faits psychiques qui ne peuvent apparaître dans le champ de la conscience mais qui déterminent néanmoins de nombreuses manifestations de nos conduites à notre insu. Comme le disait Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », ou Rimbaud : « Je est un autre ». |
| Hypnose et suggestion | Technique permettant la guérison des conversions hystériques par Charcot. Donne accès au refoulé, mais pas un accès réel à la conscience. Freud rejette l’hypnose car elle empêche le souvenir conscient des expériences hypnotiques et maintient le sujet dans une non-élaboration analytique. |
| Le cadre analytique | Lieu neutre, asensoriel (sans stimulation externe), avec un analyste neutre. Le patient, allongé, pratique l’association libre (rêve éveillé). Utilisation du transfert (le patient projette ses attentes sur l’analyste) et du contre-transfert (réactions de l’analyste face à la situation créée par le patient). |
| Sexualité infantile | L’enfant a des pulsions partielles qui se structurent et s’unifient progressivement au travers de la névrose infantile et à l’adolescence. |
| Reconstruction dans l’après-coup | Un acte passé prend un autre sens à un moment ultérieur de la vie. Ex. : une agression sexuelle dans l’enfance, souvent incomprise, peut resurgir à l’adolescence ou à l’âge adulte lorsque la personne comprend la sexualité. |
| Résistance | Refus de reconnaître les émergences de l’inconscient. Ex. : se dire que l’on est un être pleinement conscient, sans inconscient. |
| Sublimation | Dérivation des buts sexuels vers d’autres buts non sexuels : activités créatrices, artistiques, pensée, jeu. |
👶 La naissance et le nourrisson
La naissance constitue un moment fondateur du développement affectif. La grossesse elle-même joue un rôle important. Les protagonistes sont les parents, le bébé et leur rencontre. Le bébé possède des compétences dès la naissance et arrive dans un contexte particulier, avec des parents porteurs de leurs propres histoires (individuelles et partagées). Des interactions parents-bébé se créent dès les premiers instants.
🍼 Pourquoi s’intéresser au nourrisson ?
La construction de la personnalité commence dès les premiers échanges. Les premières relations sont fondées sur les échanges corporels. Les protagonistes sont la mère, l’entourage et le nourrisson avec son propre tempérament. Il y a un effet de rencontre : l’état de l’un influence l’état de l’autre.
👨👩👧 Les protagonistes : parents et « crise » maturative
Le désir d’enfant est lié au fruit d’une rencontre et à une étape de la vie de couple, à la volonté d’être parent à son tour (ce qui renvoie à la relation avec ses propres parents), et à un rapport à sa propre finitude (l’arrivée d’un enfant réorganise les générations : les parents deviennent grands-parents, ce qui soulève la question de la mortalité).
Il s’agit d’une crise maturative s’inscrivant dans un réseau affectif, social et culturel. C’est un état de transition ou de remaniement psychique, notamment lors de l’arrivée du premier enfant. Il est souvent associé à une transparence psychique et à une « dette de vie » (concept de Bydlowski, 1998).
🌟 Compétences du nourrisson dès la naissance
Les compétences du nouveau-né sont définies comme la capacité qu’a le sujet de les utiliser dans des conditions favorables que l’environnement peut lui procurer. Le nourrisson utilise une sensorialité active : vision, audition, kinesthésie, odorat, gustation — en pré- et post-partum. Il présente une préférence pour l’animé (ce qui bouge) et pour le visage humain. Il possède des capacités d’imitation néonatale (rôle du sillon temporal supérieur dans la reconnaissance des mouvements humains). Dès la 8e semaine de vie, il exprime des émotions primaires (joie, peur, colère), ce qui en fait un être social dès la naissance.
👩👧 Interaction dyade (mère-enfant) et triade
Les interactions se déclinent en trois registres :
| Registre | Description |
|---|---|
| Comportemental | Corporel (dialogue tonique, contact peau à peau), visuel (contact œil à œil), vocal (prosodie maternelle et vocalisation du bébé) |
| Affectif | Se communique par le maintien, le regard, les caresses. Peut être modal ou transmodal. Permet l’émergence de l’état affectif du nourrisson. |
| De représentation | Concerne à la fois la mère et le bébé |
🎭 Le développement affectif selon la psychanalyse
En psychanalyse, un stade désigne une période particulière de conflictualisations, liée à la fois au développement neurobiologique et aux types de relations avec l’entourage (pulsions partielles).
| Stade / Période | Âge | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Stade oral | 0-18 mois | Prédominance des expériences orales (succion, mise à la bouche). Modèles relationnels basés sur l’incorporation. |
| Les 3 organisateurs de Spitz | 0-18 mois | Le sourire des premiers mois ; l’angoisse du 8e mois (peur de l’étranger) ; le « non » vers le 18e mois (première marque de différenciation du sujet). |
| Stade anal | 18 mois – 3 ans | Plaisir du non, de la maîtrise, de la rétention-expulsion (apprentissage de la propreté). Agressivité intériorisée des interdits. |
| Stade œdipien | 3-5 ans | Complexe d’Œdipe et angoisse de castration. Acceptation de la différence des sexes et des générations. Sentiments inconscients envers le parent du sexe opposé, rivalité envers le parent du même sexe. Triangulation et ouverture à la socialisation. |
| Période de latence | 6-10 ans | Refoulement et sublimation favorisant les acquisitions éducatives. L’enfant est plus calme émotionnellement et plus performant cognitivement. |
| Adolescence | 10+ ans | Réactualisation des positions œdipiennes. Dernière étape dans le processus de séparation-individuation. Aménagement personnalisé de la personnalité. |
⚙️ Principes du fonctionnement psychique
| Principe | Description |
|---|---|
| Principe de plaisir | Vise à trouver le niveau le plus bas de tension : une augmentation de tension (conflits, frustrations) provoque un déplaisir. Pour s’accomplir, il utilise les voies les plus courtes de satisfaction (décharge immédiate). |
| Principe de réalité | Confrontation aux limites imposées par l’extérieur. Vise aussi la satisfaction, mais en prenant des voies détournées qui ne mettent pas l’individu en conflit avec son environnement. |
| Évolution lors du développement | Au fil du développement, le principe de réalité prend le pas sur le principe de plaisir. L’enfant apprend progressivement à différer la satisfaction. Cette capacité d’attente est à la base du processus de symbolisation de l’objet absent, et donc de la pensée. |
🧩 Les instances de la personnalité
| Instance | Description |
|---|---|
| Le ça | Le pôle pulsionnel. Siège des pulsions et des désirs inconscients. |
| Le moi | Issu du ça par différenciation progressive au contact de la réalité. Partie accessible à la conscience, formée par identifications successives. Se situe à l’intersection du ça et du surmoi. |
| Le surmoi | Consignes morales. Héritier du complexe d’Œdipe, modelé par les exigences parentales et sociales. |
| Le complexe d’Œdipe | Indissociable de la reconnaissance de la différence des sexes et des générations. Permet la triangulation et la socialisation. |
🤱 La théorie de l’attachement (Bowlby)
Selon Bowlby (1907-1990), le bébé possède un besoin d’attachement primaire à sa mère (ou à toute personne qui prend soin de lui, le caregiver, pas nécessairement la mère biologique). Ce besoin se complexifie avec le développement et se manifeste par des comportements caractéristiques de l’espèce : sucer, s’accrocher, suivre, pleurer, sourire. Il remplit une double fonction : la protection (défense de l’enfant vulnérable) et la socialisation (de la mère aux proches, puis aux étrangers). L’attachement se construit dans la fiabilité et la continuité des relations précoces.
| Direction | Concept | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Bébé → Adulte | Attachement | Besoin inné durant les 3 premières années de vie. Recherche de proximité et de sécurité auprès d’un adulte fixe. En fonction des capacités du bébé et de l’environnement. |
| Adulte → Bébé | Caregiving | Réponses aux besoins d’attachement du bébé. Capacité à repérer les besoins du bébé. En lien avec la propre histoire d’attachement de l’adulte. |
Une réponse adéquate aux besoins d’attachement permet au bébé de solliciter progressivement ses propres réponses, lui donne confiance dans les liens interpersonnels et l’autorise à chercher du soutien en cas de détresse. La confiance ainsi construite permet l’exploration : elle soutient l’exploration de l’environnement, l’acceptation du changement, et développe l’attention et la résolution de problèmes.
🧠 Le développement cognitif (Piaget)
Pour Piaget (1896-1980), l’intelligence humaine est une forme d’adaptation au milieu. Il existe une continuité entre l’action motrice et la pensée : la pensée naît de l’action. Le développement se déroule en un ensemble d’étapes-stades, caractérisés par une constance dans l’ordre des successions, un caractère intégratif (chaque stade s’intègre au suivant) et une structure d’ensemble (avec des sous-étapes internes).
| Stade | Âge | Description |
|---|---|---|
| Intelligence sensori-motrice | 0-2 ans | Perception centrale. L’organisation de l’action est liée au schème (ex. : succion se répétant dans des conditions identiques). Aboutit aux liens de causalité et à la notion de permanence de l’objet, en parallèle à la notion de temps. |
| Stade préopératoire | 2 à 6-7 ans | Apprentissage du langage, qui permet la socialisation de l’action, l’intériorisation de la pensée et l’accès à la symbolisation. |
| Opérations concrètes | 6-7 à 11-12 ans | La réversibilité de la pensée permet les opérations concrètes : classification, sériation, dénombrement. |
| Opérations formelles | 11-12 à 16 ans | Raisonnement hypothético-déductif et pensée formelle (« pensée pure » indépendante de l’action : penser l’impossible, penser la mort, etc.). |
💭 La théorie de l’esprit (Baron-Cohen, Leslie, Frith)
La théorie de l’esprit (1985) est la capacité à imputer des états mentaux à soi et à autrui. L’imitation y est un processus central dans le développement de l’enfant. C’est une théorie en plein développement.
| Étape | Âge | Acquisition |
|---|---|---|
| Métareprésentation | > 1 an | Représentation de sa propre représentation |
| Jeux de faire semblant | 2-3 ans | Jeu en miroir, faire semblant |
| Représentation complète d’une action mentale | 4 ans | L’intentionnalité est reconnue et attribuée à l’autre |
🎨 Art, sublimation et choix de métier
Ce chapitre illustre le concept de sublimation et le lien entre choix de vie et histoire personnelle, à travers l’analyse de l’œuvre d’Hergé (créateur de Tintin). L’idée centrale est que la création artistique peut être un moyen d’expression du monde intérieur : secrets de famille, drames, désirs inconscients. Hergé, porteur d’un secret de famille (son père était un enfant illégitime d’origine probablement prestigieuse), a projeté inconsciemment ses interrogations dans ses personnages.
Chaque personnage de Tintin incarne une réponse différente face au secret : Tintin devient le héros parfait, Haddock se désespère, les Dupondt se perdent en conjectures, Tournesol devient sourd à son entourage, la Castafiore parle pour ne rien dire. Le lecteur devient un témoin inconscient de ce drame familial.
🌱 Les grands besoins de l’enfant
Les besoins fondamentaux de l’enfant doivent être satisfaits avec justesse, ni par excès ni par défaut :
L’introduction progressive de la séparation (sommeil dans son propre lit, départ hors de la famille) constitue un premier axe essentiel. Le développement progressif de l’autonomisation (toilette) et de l’intimité (pudeur, jardin secret) en est un deuxième. L’introduction des limites — savoir dire non sans culpabilité — est fondamentale. Le développement de l’estime de soi chez l’enfant (à la maison, à l’école), en le valorisant sur tous les plans, joue un rôle central. La place du corps et de la sexualité doit être abordée. L’enfant a besoin d’une place singulière qui ne soit ni inversée ni confusionnante. L’accompagnement des moments difficiles (divorces parentaux, maladie) et la capacité à mettre en mots les problèmes en respectant l’âge de l’enfant sont essentiels. Enfin, la stabilité et la continuité des liens affectifs et de l’environnement constituent le socle de tout développement harmonieux.
