Le Malade imaginaire de Molière : Résumé & Fiche de Lecture 📚

Le Malade imaginaire est une comédie-ballet en trois actes de Molière (Jean-Baptiste Poquelin), créée le 10 février 1673 au Palais-Royal à Paris, avec une musique de Marc-Antoine Charpentier. C’est la dernière pièce de Molière : il meurt quelques heures après la quatrième représentation, le 17 février 1673, alors qu’il jouait lui-même le rôle d’Argan. La pièce met en scène Argan, un bourgeois hypocondriaque obsédé par sa santé, qui multiplie les consultations, les remèdes et les lavements. Pour s’assurer un médecin à domicile, il veut marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, un jeune médecin pédant et ridicule. Autour d’Argan, la servante Toinette et le frère Béralde luttent pour rétablir la raison. La pièce est à la fois une farce jubilatoire, une satire féroce de la médecine et une réflexion sur la crédulité, le pouvoir du langage et la peur de la mort.


📋 Sommaire


📇 1. Carte d’identité de l’œuvre

Fiche d’identité — Le Malade imaginaire
Auteur Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673)
Date de création 10 février 1673, Théâtre du Palais-Royal, Paris
Genre Comédie-ballet en 3 actes et en prose (avec intermèdes musicaux et dansés)
Musique Marc-Antoine Charpentier (après la rupture avec Lully)
Mouvement littéraire Classicisme
Structure Prologue + 3 actes + 3 intermèdes (dont la cérémonie finale de réception en médecine en latin macaronique)
Cadre La maison d’Argan, bourgeois parisien, en une journée
Registres Comique (farce, satire, comédie de mœurs, comédie de caractère), avec des moments de gravité
Thèmes centraux Satire de la médecine, hypocondrie, crédulité, pouvoir du langage, mariage forcé, argent, rapport au corps et à la mort
Fait marquant Molière meurt le 17 février 1673, quelques heures après avoir joué le rôle d’Argan lors de la 4e représentation — ironie tragique ultime entre l’acteur et son personnage

🏛️ 2. Contexte et biographie de Molière

Repère Détail
Molière en 1673 En 1673, Molière a 51 ans. Il est au sommet de sa carrière (auteur-acteur-directeur de troupe protégé par Louis XIV) mais sa santé est ruinée : il souffre d’une maladie pulmonaire grave (probablement la tuberculose). Écrire une pièce sur un malade qui se croit mourant alors qu’il est réellement en train de mourir est un acte d’une ironie vertigineuse.
La rupture avec Lully Molière et Lully collaboraient pour créer des comédies-ballets (genre qu’ils avaient inventé ensemble). Mais en 1672, Lully obtient un monopole royal sur l’opéra et la musique théâtrale, interdisant aux autres troupes d’utiliser plus de deux chanteurs et six instrumentistes. Molière se tourne alors vers Charpentier pour Le Malade imaginaire. Cette contrainte explique l’importance des scènes parlées par rapport aux intermèdes.
La satire de la médecine chez Molière La critique de la médecine est un thème récurrent chez Molière : Le Médecin malgré lui (1666), Le Médecin volant, L’Amour médecin (1665), Monsieur de Pourceaugnac (1669). Le Malade imaginaire est l’aboutissement de cette satire. Au XVIIe siècle, la médecine est encore largement impuissante : elle s’appuie sur la théorie des humeurs (héritée de Galien et Hippocrate), pratique la saignée et le lavement comme remèdes universels, et ses « doctes » cachent souvent leur ignorance derrière un jargon latin pompeux.
La mort de Molière Le 17 février 1673, lors de la quatrième représentation, Molière est pris de convulsions en jouant la scène de la cérémonie finale. Il parvient à terminer la représentation mais meurt chez lui quelques heures plus tard. Comme il n’a pas eu le temps de recevoir les derniers sacrements (les comédiens étant excommuniés), il faut l’intervention de Louis XIV pour qu’il obtienne une sépulture chrétienne, de nuit, sans cérémonie.
La comédie-ballet Genre inventé par Molière et Lully dans les années 1660, la comédie-ballet mêle théâtre, musique et danse. Les intermèdes ne sont pas de simples divertissements : ils font écho à l’action. Dans Le Malade imaginaire, le prologue pastoral, les intermèdes et la cérémonie finale en latin constituent un contrepoint comique et musical à l’intrigue principale.

📐 3. Structure de la pièce

Partie Contenu Mouvement comique
Prologue Églogue en musique — bergers et bergères célèbrent Louis XIV Hommage au roi, cadre de divertissement de cour
Acte I (8 scènes) Exposition : Argan et ses remèdes, le mariage imposé, Angélique amoureuse de Cléante, les manigances de Béline Le tyran domestique comique
1er intermède Polichinelle sérénade la servante de chez Argan, est rossé par la garde Farce italienne, miroir bouffon de l’intrigue amoureuse
Acte II (9 scènes) Visite des Diafoirus (père et fils), Cléante déguisé en maître de musique, Béralde tente de raisonner Argan La satire des médecins en pleine action
2e intermède Danse d’Égyptiens (tziganes) avec chants et tambourins Divertissement dansé
Acte III (14 scènes) Béralde vs Argan sur la médecine, Toinette déguisée en médecin, la ruse du faux mort, démasquage de Béline, triomphe de l’amour La vérité par le jeu et le déguisement
3e intermède (final) Cérémonie burlesque de réception d’Argan en médecin, en latin macaronique Apothéose comique — Argan devient lui-même médecin

La structure alterne scènes parlées et intermèdes musicaux selon le principe de la comédie-ballet. L’action principale (l’hypocondrie d’Argan, le mariage imposé, le démasquage de Béline) progresse en trois actes vers un dénouement comique : Argan, au lieu de consulter un médecin, deviendra médecin lui-même.


📖 4. Résumé acte par acte

Acte I — Le tyran malade

La pièce s’ouvre sur Argan, seul en scène, qui additionne minutieusement les factures de son apothicaire Monsieur Fleurant et de son médecin Monsieur Purgon. Il compte les lavements, les clystères, les potions — la scène est un inventaire comique de la médecine du XVIIe siècle. Argan se plaint que les tarifs sont excessifs et négocie ses remèdes.

La servante Toinette entre et le confronte immédiatement : elle est insolente, lucide, et ne croit pas un instant à ses maladies. Argan lui annonce qu’il veut marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, fils de médecin et futur médecin lui-même. Son calcul est simple : avoir un médecin dans la famille pour se soigner gratuitement. Toinette proteste : Angélique est amoureuse de Cléante, un jeune homme sans rapport avec la médecine.

Angélique, informée, est d’abord ravie (elle croit qu’on parle de Cléante) puis effondrée quand elle comprend qu’il s’agit de Thomas Diafoirus. La seconde épouse d’Argan, Béline, apparaît : femme doucereuse et calculatrice, elle flatte l’hypocondrie de son mari pour mieux capter son héritage. Elle pousse Argan à déshériter ses filles et à mettre Angélique au couvent. Argan fait venir le notaire Monsieur Bonnefoi pour modifier son testament — mais Toinette, cachée, surveille la manœuvre.

Acte II — Les Diafoirus et le stratagème de Cléante

Cléante se présente chez Argan déguisé en maître de musique (remplaçant le vrai professeur d’Angélique). Puis arrivent Monsieur Diafoirus et son fils Thomas. La scène de la visite est l’un des morceaux les plus célèbres de la pièce. Thomas Diafoirus est un jeune homme pédant, maladroit et ridicule : il récite un compliment appris par cœur à Angélique mais se trompe et commence par le réciter à Béline. Son père le présente avec fierté, vantant sa lenteur d’esprit comme signe de profondeur.

Cléante et Angélique improvisent alors un duo d’opéra devant l’assemblée, se déclarant leur amour sous couvert d’une fable pastorale — Argan ne comprend pas, mais Thomas et son père sont vaguement méfiants. La scène est un tour de force comique où l’amour vrai s’exprime sous le masque du divertissement.

Béralde, frère d’Argan, arrive. Homme de bon sens, il tente de raisonner son frère sur sa manie des médecins et sur le mariage absurde prévu pour Angélique. Mais Argan, enferré dans ses convictions, refuse de l’écouter. M. Purgon, le médecin attitré d’Argan, surgit furieux en apprenant qu’Argan a refusé un lavement : il le menace des pires maladies et l’abandonne. Argan, terrorisé, est au bord du désespoir — sans médecin, il se croit perdu.

Acte III — Les ruses et le dénouement

Béralde poursuit sa tentative de persuasion. Dans une scène de débat (III, 3), il démonte méthodiquement la médecine : les médecins ne guérissent rien, ils habillent leur ignorance de latin, et la nature fait tout le travail. Argan résiste : il a besoin de croire aux médecins.

Toinette entre alors en scène déguisée en médecin — faux nez, chapeau, robe. Elle imite les manières des docteurs, contredit systématiquement les prescriptions de Purgon, et diagnostique Argan avec une autorité grotesque. Argan, crédule, ne la reconnaît pas (ou feint de ne pas la reconnaître). Cette scène démontre l’argument central de la pièce : il suffit d’un costume et d’un jargon pour se faire passer pour médecin.

Béralde et Toinette convainquent ensuite Argan de faire le mort pour tester les réactions de son entourage. Béline arrive la première : au lieu de pleurer, elle se réjouit ouvertement de la mort de son mari, évoquant déjà l’héritage et se débarrassant de « ce cadavre-là ». Argan se redresse, furieux : il a vu le vrai visage de sa femme. Angélique arrive ensuite : elle éclate en sanglots sincères et dit qu’elle renonce à tout mariage pour pleurer son père. Argan, touché, se relève et accepte enfin son union avec Cléante — à condition que celui-ci devienne médecin.

Béralde propose une solution plus simple : au lieu d’attendre un gendre médecin, Argan peut devenir médecin lui-même. La pièce se termine par une cérémonie burlesque en latin macaronique (mélange de latin et de français comique) où Argan est reçu « docteur » sous les chants et les danses. La folie d’Argan n’est pas guérie — elle est simplement retournée en spectacle.


👤 5. Les personnages

Personnage Rôle et signification
Argan Bourgeois hypocondriaque, personnage central. Argan est obsédé par sa santé : il compte ses lavements, dépend de ses médecins, et organise la vie de toute sa famille autour de sa manie. Il est à la fois comique (ses colères, sa crédulité, sa soumission aux médecins) et tyrannique (il impose un mariage absurde à sa fille, il est manipulé par Béline). Argan est le dernier d’une série de « monomaniaques » moliéresques : comme Harpagon (l’avare) ou Orgon (le dévot), il est enfermé dans une obsession qui déforme toute sa perception du réel. La question que pose le personnage est : veut-il être soigné ou veut-il être malade ? Sa maladie est une identité, un pouvoir domestique, un refuge contre la vie.
Toinette Servante d’Argan, personnage le plus lucide et le plus libre de la pièce. Dans la tradition des servantes de comédie (les servetta de la commedia dell’arte), elle est insolente, maligne, et mène l’intrigue. C’est elle qui organise les stratagèmes (le faux mort, le déguisement en médecin) et qui démasque Béline. Elle incarne le bon sens populaire contre la bêtise savante. Son déguisement en médecin est la scène la plus démonstrative de la pièce : il prouve que n’importe qui peut faire médecin avec un costume et du jargon.
Béralde Frère d’Argan, personnage du raisonneur (figure récurrente chez Molière : Cléante dans Tartuffe, Philinte dans Le Misanthrope). Il expose la critique rationnelle de la médecine : les médecins ne guérissent pas, la nature fait le travail, le latin n’est qu’un costume. Il est le porte-parole de Molière dans la pièce — mais son discours rationnel échoue face à l’obstination d’Argan. La raison ne suffit pas à guérir la crédulité : il faut le jeu (le théâtre dans le théâtre) pour y parvenir.
Béline Seconde épouse d’Argan, femme cupide et hypocrite. Elle joue la tendresse (« mon petit fils », « mamour ») pour manipuler son mari et capter l’héritage. Elle pousse Argan à déshériter ses filles et à mettre Angélique au couvent. Son masque tombe lors de la scène du faux mort : croyant Argan décédé, elle se réjouit et parle de son argent. Elle est la figure de la fausse affection — le pendant amoureux de la fausse médecine.
Angélique Fille d’Argan, amoureuse de Cléante. Jeune fille vertueuse et sensible, elle est prise entre l’obéissance filiale et son amour. La scène du faux mort révèle la sincérité de son attachement à son père — c’est cette sincérité qui convainc Argan d’accepter Cléante.
Thomas Diafoirus Fils de médecin, futur médecin, prétendant ridicule d’Angélique. Pédant, gauche et bête, il récite des compliments mécaniques, confond Béline et Angélique, et offre à sa future fiancée sa thèse de médecine comme cadeau galant. Son père le présente avec fierté en soulignant sa lenteur intellectuelle. Il incarne la reproduction sociale de la médecine : on est médecin par héritage, pas par compétence.
M. Diafoirus (père) Médecin installé, père de Thomas. Il est fier de la médiocrité de son fils et de son conservatisme médical (Thomas est « contre les circulateurs » — ceux qui acceptent la circulation du sang, découverte de Harvey). Il représente le corps médical dans sa vanité corporatiste.
M. Purgon Médecin attitré d’Argan, figure du médecin autoritaire et menaçant. Quand Argan refuse un lavement, Purgon le condamne à toutes les maladies possibles dans une tirade en gradation (de la « bradypepsie » à l’« hydropisie » puis à la mort). Il exerce un véritable pouvoir de terreur sur son patient — la médecine comme instrument de domination.
Cléante Amoureux d’Angélique, jeune homme sincère et ingénieux. Son déguisement en maître de musique et l’improvisation du duo d’opéra avec Angélique montrent sa créativité amoureuse. Il est le double positif de Thomas Diafoirus : là où Thomas est mécanique et pédant, Cléante est spontané et vivant.

🎯 6. Thèmes principaux

La satire de la médecine

C’est le thème central. Molière ne critique pas la médecine en tant que science future : il attaque la médecine de son temps, celle de la Faculté de Paris, conservatrice, dogmatique, enfermée dans la théorie des humeurs héritée de l’Antiquité. Les médecins de la pièce ne guérissent rien : ils saignent, purgent, et prescrivent des lavements comme réponse universelle. Leur savoir se réduit à un jargon latin qui impressionne les ignorants. La scène de Toinette déguisée en médecin prouve l’argument : il suffit d’un habit et d’un vocabulaire pour exercer l’autorité médicale. La cérémonie finale, où Argan est reçu médecin en répondant à toutes les questions par des variations de « saignare et purgare », est le résumé comique de cette critique.

L’hypocondrie : la maladie comme identité

Argan n’est pas simplement crédule : il a besoin d’être malade. Sa maladie est une identité, un pouvoir domestique (tout le monde doit se plier à ses caprices de malade), une arme affective (il manipule par la culpabilité). L’hypocondrie de Molière n’est pas une simple erreur de jugement — c’est un mode de vie qui organise toute une économie familiale et sociale. La question que pose la pièce n’est pas « Argan est-il vraiment malade ? » mais « pourquoi Argan veut-il être malade ? ».

Le mariage forcé et l’autorité paternelle

Comme dans beaucoup de comédies de Molière (L’Avare, Tartuffe, Le Bourgeois gentilhomme), un père tyrannique veut imposer un mariage absurde à sa fille. Le mariage d’Angélique avec Thomas Diafoirus sert les intérêts égoïstes d’Argan (avoir un médecin à domicile), pas le bonheur de sa fille. Molière critique le pouvoir patriarcal qui traite les enfants comme des instruments et le mariage comme une transaction.

Le pouvoir du langage et le spectacle

La médecine, dans la pièce, est essentiellement un spectacle de langage. Les médecins impressionnent par leurs mots latins, leurs tirades savantes, leurs diagnostics terrifiants. Le pouvoir médical est un pouvoir rhétorique : il repose sur la capacité à intimider par le verbe. La réponse de Molière est elle aussi un spectacle : c’est par le théâtre dans le théâtre (déguisements, faux mort, cérémonie burlesque) que la vérité émerge. Le jeu l’emporte sur le discours — la comédie guérit ce que la raison ne peut guérir.

L’argent

L’argent irrigue toute la pièce. Argan ouvre le spectacle en comptant ses factures médicales. Béline convoite l’héritage. Le notaire Bonnefoi manigance. Thomas Diafoirus est choisi non pour ses qualités mais pour son titre. La médecine elle-même est un commerce : les médecins vivent de la crédulité de leurs patients. Molière montre que derrière les discours de santé et d’amour, c’est souvent l’argent qui commande.

Le rapport au corps et la peur de la mort

Argan est un homme qui a peur de mourir. Toute son hypocondrie est une tentative de contrôler l’incontrôlable — le corps, la maladie, la mort. La pièce est traversée par une ironie poignante quand on sait que Molière, en la jouant, était lui-même en train de mourir. Le rire que la pièce provoque est un rire devant la mort — un rire existentiel qui transforme l’angoisse en spectacle.


✍️ 7. Style et procédés d’écriture

Procédé Description et effet
Le comique de geste et de situation La pièce emprunte largement à la farce : Argan court après Toinette avec un bâton, se rassoit essoufflé dans sa chaise ; les lavements sont évoqués avec une crudité burlesque ; Thomas Diafoirus récite son compliment à la mauvaise personne. Ce comique physique, hérité de la commedia dell’arte, ancre la pièce dans le théâtre populaire.
Le comique de caractère Argan est un monomaniaque : il ramène tout à sa santé. Ce mécanisme de l’obsession unique produit un comique de répétition (chaque situation est déformée par le prisme de la maladie) et un comique d’aveuglement (il ne voit pas ce qui crève les yeux : l’hypocrisie de Béline, la sincérité d’Angélique). Bergson appellera ce procédé « du mécanique plaqué sur du vivant ».
Le comique de mots et le jargon Le latin macaronique de la cérémonie finale est le sommet du comique verbal : les questions et réponses sont un charabia pseudo-savant dont le contenu se résume à « saigner et purger ». Le jargon médical des Diafoirus produit le même effet : un flot de mots techniques qui ne signifient rien. Molière montre que le langage savant est un masque de l’ignorance.
Le théâtre dans le théâtre Trois scènes clés utilisent le jeu dans le jeu : Cléante se déguise en maître de musique et improvise un opéra d’amour ; Toinette se déguise en médecin ; Argan fait le mort. Chaque déguisement révèle une vérité : l’amour de Cléante, l’imposture des médecins, la cupidité de Béline. Le théâtre est un instrument de vérité — le faux (le déguisement) fait apparaître le vrai.
La gradation comique Molière utilise la gradation comme ressort comique récurrent. La tirade de M. Purgon (III, 5) est le modèle : il menace Argan d’une cascade de maladies de plus en plus graves, du dérangement intestinal à la mort, dans un crescendo rhétorique qui terrorise Argan et fait rire le spectateur.
La comédie-ballet : l’intégration des arts Les intermèdes musicaux ne sont pas des « pauses » dans l’action : ils font écho aux thèmes de la pièce. Le prologue pastoral est une célébration de la santé et de la nature (contre la médecine artificielle). La cérémonie finale est l’apothéose satirique : la médecine y est réduite à un rituel carnavalesque, un spectacle de pouvoir vide.
L’ironie dramatique Le spectateur sait toujours plus que les personnages : il sait que Cléante est déguisé, que Toinette n’est pas médecin, qu’Argan n’est pas mort. Mais l’ironie la plus profonde est extratextuelle : Molière, en train de mourir pour de vrai, joue un homme qui se croit malade à tort. Cette superposition tragique du réel et de la fiction donne à la pièce une dimension unique.

🌍 8. Portée et postérité

Le Malade imaginaire est l’une des pièces les plus jouées du répertoire français. Sa portée se déploie à plusieurs niveaux.

Sur le plan théâtral, la pièce est un modèle de comédie totale : elle mêle la farce (comique de geste), la comédie de caractère (le monomaniaque), la satire sociale (la médecine), le spectacle musical (les intermèdes) et la réflexion philosophique (le rapport au corps et à la mort). Elle est jouée en permanence à la Comédie-Française et sur toutes les scènes du monde.

Sur le plan culturel, la critique de la médecine par Molière a eu un impact durable sur l’imaginaire français. L’expression « médecin de Molière » est devenue proverbiale pour désigner un praticien incompétent et pompeux. Plus largement, la pièce pose la question toujours actuelle de la confiance envers les experts et du pouvoir que la société accorde aux détenteurs d’un savoir spécialisé.

Sur le plan biographique, la mort de Molière sur scène (ou presque) a fait du Malade imaginaire un mythe. Le comédien qui meurt en jouant un faux malade est une image qui dépasse le théâtre : elle est devenue un symbole du dévouement artistique et de l’ironie du destin.


❓ 9. Questions fréquentes (FAQ)

Quel est le résumé du Malade imaginaire ?

Le Malade imaginaire met en scène Argan, un bourgeois hypocondriaque qui veut marier sa fille Angélique au fils d’un médecin (Thomas Diafoirus) pour avoir un docteur à domicile. Angélique aime Cléante. La servante Toinette et le frère Béralde organisent des stratagèmes pour démasquer la seconde épouse cupide (Béline) et convaincre Argan. La pièce se conclut par une cérémonie burlesque où Argan est lui-même reçu médecin.

Argan est-il vraiment malade ?

Non, Argan est un hypocondriaque : il se croit malade alors qu’il ne l’est pas. La pièce montre que sa « maladie » est en réalité une obsession psychologique qui lui donne du pouvoir sur son entourage, justifie sa tyrannie domestique et masque sa peur de la mort. Toinette et Béralde tentent de lui faire comprendre qu’il est en bonne santé, mais Argan préfère croire les médecins qui entretiennent sa crédulité.

Pourquoi Molière critique-t-il la médecine ?

Molière critique la médecine de son époque (XVIIe siècle), qui reposait encore sur la théorie des humeurs héritée de l’Antiquité. Les médecins pratiquaient systématiquement la saignée et le lavement comme remèdes universels, et cachaient leur ignorance derrière un jargon latin. Molière ne critique pas la science médicale en soi mais le charlatanisme, le corporatisme et le pouvoir d’intimidation exercé par des praticiens souvent incompétents sur des patients crédules.

Qu’est-ce qu’une comédie-ballet ?

La comédie-ballet est un genre théâtral inventé par Molière et Lully dans les années 1660 qui mêle théâtre parlé, musique et danse. Les intermèdes musicaux et dansés s’intercalent entre les actes et font écho à l’action dramatique. Le Malade imaginaire comporte un prologue pastoral, deux intermèdes et une cérémonie finale en latin macaronique. La musique est de Marc-Antoine Charpentier (après la rupture de Molière avec Lully).

Comment Molière est-il mort ?

Molière est mort le 17 février 1673, quelques heures après avoir joué le rôle d’Argan lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire. Atteint d’une maladie pulmonaire grave (probablement la tuberculose), il a été pris de convulsions sur scène mais a terminé la représentation. Il est décédé chez lui sans avoir pu recevoir les derniers sacrements. L’intervention de Louis XIV a été nécessaire pour qu’il obtienne une sépulture chrétienne.

Quel est le rôle de Toinette dans Le Malade imaginaire ?

Toinette est la servante d’Argan et le personnage le plus lucide de la pièce. Elle défend Angélique, conteste l’autorité absurde d’Argan, démasque Béline grâce au stratagème du faux mort, et se déguise en médecin pour prouver que le costume suffit à faire un docteur. Elle hérite de la tradition des servantes rusées de la commedia dell’arte et incarne le bon sens populaire face à la bêtise savante.

Quels sont les types de comique dans Le Malade imaginaire ?

La pièce mobilise tous les registres du comique : le comique de geste (Argan poursuit Toinette, les lavements), le comique de situation (déguisements, faux mort, quiproquos), le comique de mots (jargon médical, latin macaronique de la cérémonie), le comique de caractère (la monomanie d’Argan, la pédanterie de Thomas Diafoirus) et le comique de répétition (les « saignare et purgare » de la cérémonie finale).


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