Hamlet — Shakespeare
Résumé, personnages, thèmes et analyse — Fiche de lecture
1. Résumé
2. Personnages
3. Thèmes
4. « Être ou ne pas être »
5. Exercice
6. Questions fréquentes
Quel est le résumé de Hamlet ?
Acte I — Le spectre et la révélation
Le roi du Danemark est mort. Son frère Claudius a pris le trône et épousé la reine Gertrude, la veuve du roi — deux mois à peine après les funérailles. Le prince Hamlet, fils du roi défunt, est révolté par ce mariage qu’il juge incestueux et indécent. Il est en deuil, habillé de noir, amer et mélancolique, dans une cour qui fait semblant que tout va bien.
Une nuit, sur les remparts d’Elseneur, le spectre du roi apparaît à Hamlet. Le fantôme lui révèle la vérité : il n’est pas mort de mort naturelle — Claudius l’a empoisonné en lui versant du poison dans l’oreille pendant son sommeil. Le spectre ordonne à Hamlet de le venger, mais de ne pas toucher à Gertrude : « Laisse le ciel la juger. »
Hamlet est bouleversé. Il jure de se venger. Mais au lieu de passer à l’acte, il décide de feindre la folie pour gagner du temps et confirmer la culpabilité de Claudius. C’est le début de son tourment : Hamlet sait ce qu’il doit faire, mais il est incapable de le faire.
Actes II-III — La folie simulée et la pièce dans la pièce
Hamlet joue le fou avec une habileté troublante. Ses proches s’inquiètent. Polonius, le conseiller du roi et père d’Ophélie, croit que Hamlet est devenu fou d’amour pour sa fille. Ophélie, jeune femme douce et obéissante, aime Hamlet — mais Hamlet, pris dans sa mission de vengeance, la repousse brutalement. Il lui dit d’entrer au couvent, la traite avec une cruauté qui la détruit intérieurement.
Pour vérifier la culpabilité de Claudius, Hamlet organise un stratagème : il fait jouer par une troupe de comédiens ambulants une pièce intitulée Le Piège à souris (The Mousetrap), qui reproduit exactement les circonstances du meurtre racontées par le spectre. Hamlet observe la réaction de Claudius pendant la représentation. Au moment où le meurtre est joué, Claudius se lève brusquement et quitte la salle, livide. Hamlet a sa confirmation : Claudius est coupable.
Hamlet se retrouve face à Claudius en prière dans une chapelle. L’occasion est parfaite — mais Hamlet refuse de le tuer à ce moment, de peur que Claudius, mort en état de grâce, n’aille au paradis. Il préfère attendre un moment où Claudius sera en état de péché. Cette hésitation — absurde, logique, terrifiante — résume tout le personnage : Hamlet pense trop pour agir.
Hamlet confronte violemment sa mère Gertrude dans sa chambre. Entendant un bruit derrière une tapisserie, il croit que c’est Claudius et frappe à l’aveugle. Il tue Polonius — le père d’Ophélie, un vieillard innocent. C’est le premier meurtre de Hamlet, et c’est le mauvais : il a tué la mauvaise personne.
Actes IV-V — La folie d’Ophélie et le massacre final
La mort de Polonius déclenche une réaction en chaîne. Ophélie, déjà fragilisée par le rejet de Hamlet, sombre dans la vraie folie (par opposition à la folie simulée de Hamlet). Elle erre dans le château en chantant des chansons incohérentes, puis se noie dans un ruisseau — accident ou suicide, Shakespeare laisse l’ambiguïté.
Laërte, le fils de Polonius et frère d’Ophélie, revient de France, fou de rage. Il veut venger son père et sa sœur. Claudius le manipule et organise un duel truqué entre Laërte et Hamlet : l’épée de Laërte sera empoisonnée, et une coupe de vin empoisonné sera préparée pour Hamlet au cas où l’épée échouerait.
Le duel a lieu. Hamlet et Laërte échangent des coups. Dans la confusion, Gertrude boit la coupe empoisonnée par erreur et meurt. Laërte blesse Hamlet avec l’épée empoisonnée, mais dans la mêlée, les épées sont échangées et Hamlet blesse Laërte à son tour. Laërte, mourant, révèle le complot de Claudius. Hamlet, enfin libéré de son hésitation, tue Claudius en le forçant à boire le reste du poison et en le transperçant avec l’épée empoisonnée.
Hamlet meurt dans les bras de son ami Horatio, en lui demandant de raconter son histoire. Le prince norvégien Fortinbras arrive au château avec son armée, découvre le carnage et prend le pouvoir. La tragédie se clôt sur huit morts : le roi Hamlet, Polonius, Ophélie, Gertrude, Rosencrantz, Guildenstern, Laërte, Claudius et Hamlet lui-même.
Qui sont les personnages principaux ?
| Personnage | Qui est-il ? | Ce qu’il représente |
|---|---|---|
| Hamlet | Prince du Danemark, ~30 ans | Le héros paralysé par la pensée. Il sait ce qu’il doit faire, mais l’analyse infinie l’empêche d’agir. |
| Claudius | Oncle de Hamlet, roi usurpateur | Le pouvoir sans scrupule. Il a tué, menti, manipulé — mais il souffre aussi de culpabilité (la scène de prière). |
| Gertrude | Mère de Hamlet, reine du Danemark | L’ambiguïté morale. Est-elle complice du meurtre ou simplement faible ? Shakespeare ne tranche jamais. |
| Ophélie | Fille de Polonius, amoureuse de Hamlet | L’innocence détruite. Écrasée entre le devoir filial et l’amour, elle perd la raison quand tout s’effondre. |
| Polonius | Conseiller du roi, père d’Ophélie et Laërte | Le courtisan bavard et manipulateur — mais aussi un père aimant à sa manière. Sa mort accidentelle déclenche la catastrophe. |
| Laërte | Fils de Polonius, frère d’Ophélie | Le miroir de Hamlet : lui aussi doit venger son père — mais il agit immédiatement, sans hésiter, et se laisse manipuler par Claudius. |
| Horatio | Ami fidèle de Hamlet, étudiant | Le témoin loyal. Le seul personnage en qui Hamlet a une confiance totale. Il survit pour raconter l’histoire. |
| Le Spectre | Fantôme du roi Hamlet, père du prince | La voix de la vérité et de la vengeance. Il met en marche l’engrenage tragique. |
Quels sont les thèmes de Hamlet ?
L’hésitation et la paralysie de l’action
Hamlet est le personnage le plus célèbre de l’histoire du théâtre — et pourtant, il ne fait presque rien. Il hésite, analyse, retarde, se contredit. Il a l’occasion de tuer Claudius en prière et s’abstient. Il tue Polonius par accident. Il n’agit vraiment qu’à la toute fin, quand la mort est déjà inévitable. Shakespeare pose une question qui obsède la philosophie depuis : la pensée est-elle l’ennemie de l’action ? L’intelligence paralyse-t-elle la volonté ?
L’apparence et la vérité
Le Danemark d’Elseneur est un monde de faux-semblants. Claudius fait semblant d’être un bon roi. Gertrude fait semblant d’être heureuse. Hamlet fait semblant d’être fou. Polonius espionne derrière une tapisserie. Rosencrantz et Guildenstern font semblant d’être des amis. La pièce dans la pièce (Le Piège à souris) est un miroir qui force la vérité à surgir à travers la fiction. Hamlet résume cette obsession par une formule : il faut distinguer le « sembler » de l’« être » — et personne dans cette pièce ne semble ce qu’il est.
La mort et le sens de la vie
La mort est omniprésente dans Hamlet — par le spectre, par les meurtres, par la folie, et par la réflexion philosophique. Le monologue « Être ou ne pas être » est une méditation sur le suicide. La scène du cimetière (acte V), où Hamlet tient le crâne du bouffon Yorick et réfléchit à la vanité de la vie, est devenue l’image la plus iconique du théâtre occidental. Shakespeare ne donne pas de réponse — il pose la question avec une force que personne n’a jamais égalée.
La corruption du pouvoir
Le Danemark est un État pourri. Claudius a pris le pouvoir par le meurtre. Il maintient sa position par le mensonge et la manipulation. « Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark », dit le garde Marcellus — et cette pourriture contamine tout le monde : Polonius espionné pour servir le roi, Rosencrantz et Guildenstern trahissent leur ami, Laërte accepte un combat truqué. Seuls Hamlet et Horatio restent hors du système — et Hamlet en meurt.
Que signifie « Être ou ne pas être » ?
Le monologue le plus célèbre de la littérature mondiale se trouve à l’acte III, scène 1. Hamlet se demande s’il vaut mieux vivre (supporter les souffrances de l’existence) ou mourir (et risquer l’inconnu de l’après-mort). Ce n’est pas seulement une réflexion sur le suicide — c’est une interrogation sur le courage qu’il faut pour vivre dans un monde injuste.
Hamlet énumère les maux de l’existence (l’injustice, la tyrannie, l’humiliation, l’attente sans fin) et conclut que la mort serait un soulagement — si l’on savait ce qu’il y a après. C’est la peur de l’inconnu qui nous empêche de mourir, pas l’amour de la vie. Et c’est cette même peur qui nous pousse à supporter les souffrances plutôt que d’agir — à « endurer » plutôt que « combattre ». Le monologue est aussi un autoportrait : Hamlet s’analyse lui-même, comprend sa propre paralysie, et reste pourtant incapable de la surmonter.
Exercice
Hamlet est-il vraiment fou ?
Voir des pistes de réponse
Folie réelle ? : le traitement d’Ophélie (la cruauté gratuite de la scène « va-t’en au couvent ») et le meurtre impulsif de Polonius semblent dépasser le cadre d’un jeu. Hamlet agit de manière irrationnelle, excessive, destructrice. La frontière entre le masque et le visage s’estompe.
Conclusion possible : Shakespeare ne tranche pas — et c’est délibéré. La question « Hamlet est-il fou ? » est un miroir tendu au spectateur : chacun y voit ce qu’il veut y voir. C’est peut-être la réponse la plus moderne du théâtre élisabéthain : la folie n’est pas un état binaire (fou/pas fou) mais un spectre, et Hamlet se déplace sur ce spectre tout au long de la pièce.
