Napoléon Bonaparte et le Premier Empire (1799–1815)
Cours complet 4e · Du coup d'État au Consulat · Sacre · Code civil · Guerres napoléoniennes · Campagne de Russie · Waterloo · Fiche de révision brevet DNB
1. Du Consulat à l'Empire (1799-1804)
Le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), Bonaparte renverse le Directoire par un coup d'État et instaure le Consulat avec trois consuls. En réalité, il gouverne seul comme Premier consul. En 1802, il se fait nommer consul à vie. En 1804, il franchit le pas ultime.
2. Les grands acquis du Consulat et de l'Empire
Unifie les lois françaises (1 800 articles). Consacre l'égalité civile, la liberté individuelle, la propriété privée, la laïcité de l'État civil (mariage, divorce, état civil). Diffusé dans toute l'Europe napoléonienne. Toujours en vigueur aujourd'hui (modifié).
Création des préfets (représentants de l'État dans chaque département), des sous-préfets, des maires nommés. Centralisation du pouvoir. Ce système perdure aujourd'hui en France.
Création des lycées (1802) pour former les élites de l'État. Baccalauréat institué en 1808. Université impériale centralisant l'enseignement supérieur. Bases de notre système éducatif actuel.
Fondée en 1800, elle gère la politique monétaire, émet le franc germinal (monnaie stable), finance l'État et les entreprises. Assainit les finances publiques ravagées par la Révolution.
Décoration nationale récompensant les services rendus à la France (militaires et civils). Principe méritocratique : on est récompensé pour ce qu'on fait, non pour sa naissance. Toujours la plus haute distinction française.
Accord avec le pape Pie VII réconciliant l'État et l'Église catholique après le conflit révolutionnaire. L'État nomme et paye les prêtres, reconnaît le catholicisme. Met fin aux persécutions religieuses de la Révolution.
3. Les guerres napoléoniennes (1803-1815)
Napoléon est avant tout un chef de guerre. En douze ans, il livre des dizaines de batailles et redessine la carte de l'Europe. Au sommet de sa puissance (1810-1811), il contrôle directement ou indirectement la quasi-totalité de l'Europe continentale.
Contexte : Napoléon affronte la coalition austro-russe (empereurs François II d'Autriche et Alexandre Ier de Russie) en Moravie (actuelle République tchèque).
Tactique : Napoléon feint la faiblesse sur son aile droite pour attirer l'ennemi, puis perce au centre quand les Alliés ont affaibli ce secteur. Victoire totale en une journée : 36 000 alliés tués ou capturés contre 9 000 Français.
Conséquences : Dissolution du Saint-Empire romain germanique (1806), création de la Confédération du Rhin sous protectorat français. Napoléon est au sommet de sa puissance.
Le blocus continental (1806) : Après la défaite navale de Trafalgar (1805) face à la flotte britannique d'amiral Nelson, Napoléon ne peut pas envahir l'Angleterre. Il tente de l'asphyxier économiquement en interdisant à tous les pays européens de commercer avec elle. Le blocus affaiblit l'économie européenne et crée des tensions avec ses alliés.
À son apogée (1810) : l'Empire français comprend 130 départements, et Napoléon a placé ses frères sur les trônes d'Espagne (Joseph), de Westphalie (Jérôme), de Naples (Joseph puis Murat), de Hollande (Louis). Seule l'Angleterre lui résiste.
Contexte : Le tsar Alexandre Ier de Russie refuse d'appliquer le blocus continental (ruineux pour son économie). Napoléon décide d'envahir la Russie avec une armée de 600 000 hommes — la Grande Armée — la plus grande armée jamais rassemblée jusqu'alors.
La stratégie russe : les Russes refusent la bataille décisive et reculent en brûlant les terres derrière eux (stratégie de la terre brûlée). Napoléon entre dans Moscou (14 septembre 1812) — la ville est en feu, abandonnée. Il attend un mois que le tsar capitule. Personne ne vient.
La retraite de Russie : Napoléon doit retraiter en plein hiver russe (–30°C). Attaqués par les Cosaques, décimés par le froid, la faim et les maladies, les soldats français meurent par centaines de milliers. De 600 000 hommes partis, moins de 100 000 reviennent. C'est le début de la fin de l'Empire.
Contexte : Après la campagne de Russie, les défaites s'accumulent. En avril 1814, les armées coalisées entrent dans Paris. Napoléon abdique et est exilé à l'île d'Elbe. Mais en mars 1815, il s'échappe, débarque en France et reprend le pouvoir (les Cent-Jours).
La bataille : Napoléon tente de battre séparément les armées anglaises (Wellington) et prussiennes (Blücher) en Belgique avant qu'elles ne se rejoignent. À Waterloo, il attaque Wellington mais l'arrivée tardive des Prussiens en renfort retourne la bataille. La Grande Armée est écrasée.
Fin : Napoléon abdique une seconde fois (22 juin 1815) et est exilé à Sainte-Hélène, île perdue de l'Atlantique Sud, où il meurt en 1821. Le congrès de Vienne (1815) redessine l'Europe et tente de restaurer l'ordre ancien.
4. Chronologie complète
| Date | Événement | Importance |
|---|---|---|
| 9 nov. 1799 | 18 Brumaire — coup d'État, Consulat | Fin de la Révolution, début du pouvoir de Bonaparte |
| 1800 | Victoire de Marengo (Italie), Constitution de l'an VIII | Stabilisation du régime |
| 1801 | Concordat avec le pape | Réconciliation Église-État |
| 1802 | Consul à vie, Légion d'honneur, rétablissement esclavage | Autoritarisme croissant |
| 21 mars 1804 | Code civil promulgué | Réforme juridique fondamentale, toujours en vigueur |
| 2 déc. 1804 | Sacre de Napoléon Ier à Notre-Dame | Naissance du Premier Empire |
| 21 oct. 1805 | Défaite navale de Trafalgar (face à Nelson) | Napoléon ne peut pas envahir l'Angleterre |
| 2 déc. 1805 | Victoire d'Austerlitz | Apogée militaire, maîtrise de l'Europe continentale |
| 1806 | Blocus continental contre l'Angleterre | Guerre économique, tensions avec les alliés |
| 1808-1813 | Guerre d'Espagne (« ulcère espagnol ») | Guérilla épuisante, 300 000 soldats français englués |
| 1812 | Campagne de Russie — désastre | Tournant irréversible, 500 000 soldats perdus |
| 1813 | Défaite de Leipzig (« Bataille des Nations ») | Coalition victorieuse, invasion de la France |
| Avril 1814 | 1re abdication, exil à l'île d'Elbe | Restauration de Louis XVIII |
| Mars-juin 1815 | Les Cent-Jours, Waterloo, 2e abdication | Fin définitive de l'Empire |
| 5 mai 1821 | Mort de Napoléon à Sainte-Hélène | Naissance de la légende napoléonienne |
5. Le bilan de l'ère napoléonienne
| Domaine | Héritages durables | Aspects négatifs |
|---|---|---|
| Juridique | Code civil (toujours en vigueur), égalité devant la loi | Infériorité juridique des femmes dans le Code civil |
| Administratif | Préfets, départements, mairies — structure toujours en place | Centralisation excessive du pouvoir |
| Éducatif | Lycées, baccalauréat, université — bases de notre système | Éducation au service de l'État, pas de la liberté |
| Militaire | Modernisation de l'armée, mérite et promotion au talent | Guerres permanentes : 1 million de soldats français morts |
| Idéologique | Diffusion des idées révolutionnaires (égalité, droits) en Europe | Régime autoritaire, censure, police politique |
| Colonial | — | Rétablissement de l'esclavage en 1802, vente de la Louisiane |
6. Vocabulaire essentiel
7. Fiche de révision brevet — L'essentiel à retenir
8. Exercices corrigés — Type brevet
« Article 213 : Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari.
Article 214 : La femme est obligée d'habiter avec le mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider. »
Et extrait du préambule du Code civil :
« Les lois sont faites pour tous les citoyens. Elles doivent être accessibles à tous et rédigées dans un langage clair et simple. »
1. Quelle est la nature de ce document, et à quelle date est-il promulgué ? (2 pts)
2. Quels principes des Lumières et de la Révolution le Code civil met-il en avant ? (3 pts)
3. En vous appuyant sur les articles 213 et 214, montrez que le Code civil comporte aussi des limites. (3 pts)
2. Le préambule du Code civil met en avant deux grands principes issus des Lumières et de la Révolution : l'égalité devant la loi (« les lois sont faites pour tous les citoyens ») et la clarté du droit, accessible à tous sans distinction de naissance. Ces principes s'opposent à l'Ancien Régime où les lois variaient selon les régions et les ordres (clergé, noblesse, Tiers État).
3. Malgré ces principes, le Code civil comporte une limite majeure : l'inégalité entre hommes et femmes. Les articles 213 et 214 imposent à la femme l'obéissance à son mari et l'obligation de le suivre en tout lieu. La femme mariée est juridiquement soumise à l'autorité de son époux — elle ne peut pas signer un contrat, ouvrir un compte bancaire ou exercer une profession sans son accord. Cette inégalité trahit les idéaux d'égalité proclamés par la DDHC (1789) et ne sera réformée qu'au XXe siècle.
1. Napoléon, héritier de la Révolution : Bonaparte maintient et consolide les principaux acquis de 1789. Il promulgue le Code civil (1804), qui consacre l'égalité civile devant la loi, la liberté de propriété et la laïcité de l'état civil — héritages directs de la DDHC. Il crée les préfets et une administration nationale uniforme, mettant en pratique l'idéal révolutionnaire d'égalité de traitement sur tout le territoire. Le principe de mérite et de méritocratie, incarné par la Légion d'honneur (1802), remplace les privilèges de naissance. Dans les pays conquis, il abolit le féodalisme et les privilèges nobiliaires, diffusant ainsi les idées révolutionnaires à travers l'Europe.
2. Napoléon, fondateur d'un régime autoritaire : En même temps, Napoléon rétablit un pouvoir personnel fort, voire despotique. La presse est censurée, les opposants surveillés par la police secrète de Fouché. Les plébiscites donnent une apparence de démocratie mais sont en réalité manipulés. En 1804, le sacre impérial restaure une monarchie héréditaire — trahissant l'idéal républicain. Il rétablit l'esclavage dans les colonies (1802), reculant sur une conquête révolutionnaire majeure. Enfin, ses guerres permanentes saignent la France : des centaines de milliers de soldats morts pour la gloire d'un seul homme.
Conclusion : Napoléon est bien une figure de transition entre la Révolution et l'ordre conservateur du XIXe siècle : il fixe durablement les acquis civils et administratifs de 1789, mais dans un cadre autoritaire qui trahit les idéaux politiques de liberté et de démocratie. C'est pourquoi son héritage reste aujourd'hui encore profondément ambigu et controversé.
Questions fréquentes
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