🦊 Les Fables de La Fontaine

Fiche de lecture complète — Résumé et morale des 15 fables les plus célèbres, thèmes, procédés et analyse

📇 Auteur
Jean de La Fontaine (1621-1695)
📅 Publication
3 recueils : 1668 (livres I-VI), 1678-1679 (VII-XI), 1694 (XII)
📚 Genre
Fables en vers (apologues)
📐 Dimensions
243 fables réparties en 12 livres, plus de 25 ans de travail
🏛️ Mouvement
Classicisme (XVIIe siècle)
🎭 Registre
Didactique, satirique, comique, lyrique
📍 Sources
Ésope (VIe s. av. J.-C.), Phèdre (Ier s.), Pilpay (Inde), Roman de Renart
👤 Dédicataire
Le Dauphin (fils de Louis XIV) pour le 1er recueil
🎯 Projet
« Plaire et instruire » — divertir par le récit, éduquer par la morale
📖 Niveaux d’étude
Primaire, Collège, Lycée, Prépa
📌 Les Fables de La Fontaine sont l’un des plus grands monuments de la littérature française. En 243 fables publiées entre 1668 et 1694, La Fontaine met en scène des animaux anthropomorphes — le renard rusé, le loup cruel, le lion roi, la fourmi travailleuse — pour dépeindre les travers des hommes et de la société du XVIIe siècle. Chaque fable est un petit récit en vers, terminé par une morale explicite ou implicite, qui a souvent acquis la force d’un proverbe. Inspiré d’Ésope et de Phèdre, La Fontaine réinvente le genre par son style inimitable : vers libres, rythme musical, ironie subtile, sens du récit. Destinées au Dauphin (fils de Louis XIV), les Fables sont à la fois un miroir de la cour et une leçon universelle sur la nature humaine.

📖 1. Les 15 Fables les Plus Célèbres

1. 🦗 La Cigale et la Fourmi

Livre I, fable 1 — La toute première fable du recueil
La Cigale a chanté tout l’été sans faire de provisions. Quand l’hiver arrive, affamée, elle va frapper chez la Fourmi pour emprunter de la nourriture. La Fourmi, travailleuse et prévoyante, refuse avec ironie.
🎯 Morale : « Vous chantiez ? j’en suis fort aise. / Eh bien ! dansez maintenant. » — La prévoyance récompense, l’insouciance se paie. Mais La Fontaine laisse aussi entrevoir la dureté sans pitié de la Fourmi.

2. 🦊 Le Corbeau et le Renard

Livre I, fable 2
Un Corbeau perché sur un arbre tient un fromage dans son bec. Le Renard, attiré par l’odeur, le flatte exagérément sur sa beauté et sa voix. Le Corbeau, vaniteux, ouvre le bec pour chanter — et laisse tomber le fromage.
🎯 Morale : « Apprenez que tout flatteur / Vit aux dépens de celui qui l’écoute. » — La flatterie est une arme ; la vanité rend vulnérable.

3. 🐸 La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf

Livre I, fable 3
Une Grenouille voit un Bœuf et, jalouse de sa taille, se gonfle pour devenir aussi grosse que lui. Elle enfle, enfle encore — et finit par exploser.
🎯 Morale : « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : / Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs. » — La vanité et l’envie de paraître mènent à la destruction.

4. 🐺 Le Loup et l’Agneau

Livre I, fable 10
Un Loup trouve un Agneau buvant à un ruisseau. Il l’accuse de troubler son eau, d’avoir médit de lui l’année passée, etc. L’Agneau réfute chaque accusation avec logique. Le Loup le dévore quand même.
🎯 Morale : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » — Le pouvoir n’a pas besoin de justification ; il écrase les faibles quel que soit leur droit.

5. 🐺 Le Loup et le Chien

Livre I, fable 5
Un Loup affamé rencontre un Chien bien nourri qui vante les avantages d’avoir un maître. Le Loup est tenté — jusqu’à ce qu’il remarque la marque du collier au cou du Chien. Il préfère la faim à la servitude.
🎯 Morale (implicite) : La liberté n’a pas de prix. Mieux vaut être libre et affamé que nourri et enchaîné.

6. 🐢 Le Lièvre et la Tortue

Livre VI, fable 10
Le Lièvre, sûr de sa vitesse, défie la Tortue à la course. Il part en retard, flâne, s’arrête — et la Tortue, lente mais constante, franchit la ligne d’arrivée la première.
🎯 Morale : « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point. » — La persévérance et la régularité l’emportent sur le talent gaspillé par l’arrogance.

7. 🦁 Le Lion et le Rat

Livre II, fable 11
Un Lion épargne un Rat qui l’avait réveillé. Plus tard, le Lion est pris dans un filet. Le Rat revient et ronge les mailles pour le libérer.
🎯 Morale : « On a souvent besoin d’un plus petit que soi. » — Nul n’est trop petit pour être utile ; la générosité est toujours récompensée.

8. 🦊 Le Renard et la Cigogne

Livre I, fable 18
Le Renard invite la Cigogne à dîner et sert le repas dans une assiette plate — la Cigogne ne peut rien manger avec son long bec. En retour, la Cigogne l’invite et sert le repas dans un vase à col étroit — le Renard ne peut y accéder.
🎯 Morale : « Trompeurs, c’est pour vous que j’écris : / Attendez-vous à la pareille. » — Qui fait un mauvais tour doit s’attendre à ce qu’on le lui rende.

9. 🌳 Le Chêne et le Roseau

Livre I, fable 22
Le Chêne, orgueilleux de sa puissance, plaint le Roseau, fragile et courbé par le vent. Mais quand survient une tempête terrible, le Chêne est déraciné, tandis que le Roseau, flexible, plie sans rompre.
🎯 Morale : « Je plie, et ne romps pas. » — La souplesse et l’humilité l’emportent sur la rigidité orgueilleuse.

10. 🥛 La Laitière et le Pot au lait

Livre VII, fable 9
Perrette, la laitière, marche vers le marché avec son pot au lait sur la tête, rêvant de tout ce qu’elle achètera avec l’argent de la vente — œufs, poussins, cochon, vache. Dans son enthousiasme, elle saute, le pot tombe, et tous ses rêves s’envolent.
🎯 Morale : « Quel esprit ne bat la campagne ? / Qui ne fait châteaux en Espagne ? » — Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

11. 🐜 La Colombe et la Fourmi

Livre II, fable 12
Une Fourmi tombe dans un ruisseau. Une Colombe lui jette un brin d’herbe qui la sauve. Plus tard, un chasseur vise la Colombe ; la Fourmi le pique au pied, il rate son tir.
🎯 Morale (implicite) : L’entraide est universelle — un bienfait n’est jamais perdu, même entre les plus petits.

12. 🐺 Le Loup, la Chèvre et le Chevreau

Livre IV, fable 15
La Chèvre quitte sa maison en ordonnant au Chevreau de n’ouvrir qu’à qui dira « Foin du Loup ! ». Le Loup, qui a tout entendu, répète le mot de passe — mais le Chevreau vérifie par le trou de la porte et refuse d’ouvrir.
🎯 Morale : « Deux sûretés valent mieux qu’une, / Et le trop en cela ne fut jamais perdu. » — La méfiance est mère de sûreté. Origine de l’expression « montrer patte blanche ».

13. 🦁 Le Lion devenu vieux

Livre III, fable 14
Un Lion devenu vieux et sans force est attaqué par tous les animaux qu’il terrorisait jadis : le cheval, le sanglier, l’âne. Chacun vient lui donner un coup. Le coup de l’âne est le plus humiliant.
🎯 Morale (implicite) : Le pouvoir déchu attire le mépris de tous — même des plus faibles. Quand on perd sa force, on perd ses alliés.

14. 🐀 Le Rat de ville et le Rat des champs

Livre I, fable 9
Le Rat de ville invite le Rat des champs à un festin somptueux en ville. Mais le repas est constamment interrompu par des bruits et des dangers. Le Rat des champs préfère retourner à sa vie simple et tranquille.
🎯 Morale : « Fi du plaisir / Que la crainte peut corrompre ! » — Une vie modeste mais paisible vaut mieux qu’un luxe plein d’inquiétude.

15. 🐴 Les Animaux malades de la peste

Livre VII, fable 1
La Peste ravage le royaume animal. Le Lion propose que chacun confesse ses péchés pour désigner le coupable. Le Lion avoue avoir mangé des moutons — on l’excuse. Le Renard, le Loup, le Tigre confessent leurs crimes — tous pardonnés. L’Âne avoue avoir brouté l’herbe d’un pré d’église — il est condamné à mort.
🎯 Morale : « Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » — La justice est au service des puissants ; les faibles paient pour tous.

🎯 2. Thèmes Principaux

A. Le pouvoir et l’injustice

La Fontaine dépeint un monde où les puissants écrasent les faibles sans justification : le Loup dévore l’Agneau, le Lion fait condamner l’Âne, les courtisans flattent le roi. La « raison du plus fort » n’est pas une morale mais un constat amer sur la réalité du pouvoir — à la cour de Louis XIV comme partout ailleurs.

B. La ruse et la flatterie

Le Renard est l’animal le plus récurrent des Fables : rusé, manipulateur, il triomphe par l’intelligence et la parole. La flatterie est une arme redoutable qui exploite la vanité. Mais La Fontaine montre aussi que le trompeur peut être trompé à son tour (Le Renard et la Cigogne).

C. La vanité et l’orgueil

La Grenouille qui explose, le Corbeau qui lâche son fromage, le Chêne déraciné : l’orgueil est puni dans les Fables. Vouloir paraître plus qu’on n’est, surestimer ses forces, mépriser les plus petits — autant de travers qui mènent à la chute.

D. La liberté et la sagesse

Le Loup préfère la faim au collier du Chien. Le Rat des champs choisit la simplicité. Le Roseau plie plutôt que de résister. La Fontaine valorise la modestie, la prudence et la liberté — vertus opposées à la tyrannie des apparences et du pouvoir.

E. La nature humaine sous les traits des animaux

Les Fables sont une « comédie humaine » avant la lettre. Chaque animal incarne un type social ou un trait de caractère universel. La Fontaine ne juge pas : il observe, constate et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions. Son pessimisme est tempéré par l’humour et la tendresse.

🖋️ 3. Procédés et Style

ProcédéDescription
Allégorie animaleChaque animal incarne un trait humain (renard = ruse, loup = violence, lion = pouvoir, agneau = innocence). Ce procédé, hérité d’Ésope, permet de critiquer la société sans nommer personne — protection essentielle sous la monarchie absolue de Louis XIV.
Vers libresLa Fontaine invente un style unique en alternant librement des vers de longueurs différentes (alexandrins, octosyllabes, hexasyllabes). Cette irrégularité maîtrisée donne aux Fables leur rythme musical et leur vivacité narrative.
Double lectureLes Fables fonctionnent à deux niveaux : un récit simple et plaisant (pour les enfants) et une critique sociale profonde (pour les adultes). Sous l’apparence naïve du conte animalier se cache une satire de la cour, de l’Église et de la bourgeoisie.
Morale explicite/impliciteCertaines fables affichent leur morale (« La raison du plus fort… »), d’autres la laissent deviner. La Fontaine se fait observateur, pas moralisateur : il constate plus qu’il ne juge.
Récit bref et efficaceChaque fable est un petit théâtre en quelques vers : exposition, nœud, chute. La brièveté est l’un des secrets de leur efficacité : pas un mot de trop, chaque vers fait avancer l’action.
Ironie et humourL’humour de La Fontaine est subtil : il laisse les personnages se ridiculiser eux-mêmes. L’ironie est douce mais efficace — elle fait sourire avant de faire réfléchir.

🐾 4. Le Bestiaire : Qui Représente Quoi ?

AnimalTraitReprésente
🦁 LionPuissance, autoritéLe roi, le pouvoir absolu
🦊 RenardRuse, manipulationLe courtisan, le flatteur
🐺 LoupViolence, cruautéLe tyran, le puissant brutal
🐑 AgneauInnocence, faiblesseLe peuple, les opprimés
🐜 FourmiTravail, prévoyanceLe bourgeois économe
🦗 CigaleInsouciance, artL’artiste, le rêveur
🐢 TortuePersévérance, patienceLa sagesse, la constance
🐴 ÂneNaïveté, soumissionLe faible, le bouc émissaire
🐈 ChatHypocrisie, ruseLe faux ami, le double jeu
🌳 Chêne / RoseauRigidité / souplesseL’orgueilleux / le sage

❓ Questions Fréquentes

Combien de fables La Fontaine a-t-il écrit ?
La Fontaine a écrit 243 fables, réparties en 12 livres et publiées en trois recueils : le premier en 1668 (livres I à VI, dédié au Dauphin), le deuxième en 1678-1679 (livres VII à XI, dédié à Mme de Montespan), et le troisième en 1694 (livre XII, dédié au duc de Bourgogne). L’œuvre a nécessité plus de 25 ans de travail. Les fables du premier recueil sont plus courtes et plus connues ; celles des recueils suivants sont plus longues, plus complexes et plus philosophiques.
Quelles sont les sources des Fables ?
La Fontaine s’inspire principalement d’Ésope (fabuliste grec du VIe siècle av. J.-C.) et de Phèdre (fabuliste latin du Ier siècle). Il puise aussi dans les fables indiennes de Pilpay (Panchatantra), le Roman de Renart médiéval, et les recueils français antérieurs (Marie de France, Guillaume Haudent). Mais La Fontaine transforme profondément ses sources : il ajoute le style poétique, l’ironie, la psychologie des personnages et la critique sociale qui font des Fables une œuvre originale.
Pourquoi utiliser des animaux plutôt que des humains ?
Trois raisons. D’abord, la prudence politique : sous Louis XIV, critiquer directement le roi ou les courtisans est dangereux. Les animaux offrent un déguisement. Ensuite, l’universalité : le Renard rusé et le Loup cruel sont des types immédiatement reconnaissables par tous, enfants comme adultes, en tout lieu et en tout temps. Enfin, le plaisir : les animaux qui parlent créent un effet merveilleux qui capte l’attention et rend la leçon plaisante. Comme le dit La Fontaine : « Une morale nue apporte de l’ennui ; / Le conte fait passer le précepte avec lui. »
Les Fables sont-elles vraiment pour les enfants ?
Oui et non. La Fontaine les dédie au Dauphin (fils de Louis XIV, 7 ans) et les conçoit comme un outil d’éducation : « On ne saurait s’accoutumer de trop bonne heure à la sagesse et à la vertu. » Rousseau, lui, contestait ce choix en estimant que les enfants ne comprennent pas les morales et risquent de s’identifier au Renard plutôt qu’au Corbeau. En réalité, les Fables fonctionnent à deux niveaux : un récit plaisant pour les enfants, une satire sociale et politique pour les adultes. Leur force est précisément cette double lecture.
Quelles morales sont devenues des proverbes ?
De nombreuses morales sont entrées dans la langue courante comme des proverbes : « La raison du plus fort est toujours la meilleure » (Le Loup et l’Agneau), « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » (Le Lièvre et la Tortue), « On a souvent besoin d’un plus petit que soi » (Le Lion et le Rat), « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » (Le Corbeau et le Renard). L’expression « montrer patte blanche » vient du Loup, la Chèvre et le Chevreau. L’expression « ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué » s’inspire de L’Ours et les deux Compagnons.
Quelle est la différence entre les trois recueils ?
Le premier recueil (1668, livres I-VI) contient les fables les plus célèbres et les plus courtes. Elles sont directement inspirées d’Ésope et de Phèdre, avec des morales claires et des récits simples. Le deuxième recueil (1678-79, livres VII-XI) est plus ambitieux : les fables sont plus longues, les sujets plus philosophiques, les sources plus variées (fables orientales de Pilpay). Le troisième recueil (1694, livre XII) est le plus méditatif, avec des fables sur la mort, le temps qui passe et la sagesse — La Fontaine a 73 ans et approche de la fin de sa vie.

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