I. Le contexte : la France en 1944
| Aspect | Situation |
|---|
| Situation militaire | Débarquement en Normandie (6 juin 1944) et en Provence (15 août). Libération de Paris le 25 août 1944. Le territoire français est progressivement libéré par les Alliés et les FFI (Forces françaises de l’intérieur) |
| Situation politique | Le régime de Vichy (Pétain) s’effondre. De Gaulle et le GPRF s’installent à Paris. Il faut restaurer la légalité républicaine après 4 ans de collaboration et rétablir la souveraineté française |
| Situation économique | Le pays est dévasté : villes bombardées, infrastructures détruites (ponts, gares, usines), pénuries alimentaires, rationnement, inflation. La production industrielle est à ~40 % de son niveau de 1938 |
| Situation sociale | Traumatismes multiples : occupation, déportations, collaboration, résistance, prisonniers de guerre (~1,6 million), travail forcé (STO). Besoin de justice (épuration) et de reconstruction |
📌 Enjeu central
En 1944, il ne s’agit pas seulement de libérer la France mais de refonder la République sur des bases nouvelles : plus juste, plus sociale, plus démocratique. Le programme du CNR (Conseil national de la Résistance) sert de feuille de route.
II. Le GPRF et la restauration de la République
| Notion | L’essentiel à retenir |
|---|
| GPRF | Gouvernement provisoire de la République française, dirigé par le général de Gaulle (juin 1944 – janvier 1946). Gouvernement d’union nationale regroupant toutes les forces de la Résistance (gaullistes, communistes, socialistes, démocrates-chrétiens) |
| Restauration de la légalité | De Gaulle refuse de « proclamer » la République : pour lui, Vichy était illégitime, donc la République n’a jamais cessé d’exister. Ordonnance du 9 août 1944 : tous les actes du régime de Vichy sont nuls et non avenus |
| Rétablissement de l’État | Nomination de commissaires de la République dans les régions pour rétablir l’autorité de l’État. Désarmement des milices et groupes armés. Rétablissement de l’administration républicaine |
| Départ de De Gaulle | En désaccord avec les partis sur le fonctionnement des institutions, De Gaulle démissionne le 20 janvier 1946. Il estime que les partis politiques reprennent trop de pouvoir (retour au « régime des partis ») |
III. Le programme du CNR
📘 Qu’est-ce que le CNR ?
Le Conseil national de la Résistance est créé le 27 mai 1943 par Jean Moulin, à la demande de De Gaulle. Il unifie tous les mouvements de Résistance, les syndicats et les partis politiques clandestins. Le 15 mars 1944, le CNR adopte un programme intitulé « Les Jours heureux » qui prévoit les réformes à mettre en œuvre après la Libération.
| Volet du programme | Mesures prévues | Réalisations |
|---|
| Politique | Rétablir les libertés républicaines (presse, réunion, association). Suffrage universel élargi. Épuration des collaborateurs | Droit de vote des femmes (1944). Liberté de la presse rétablie. Épuration (tribunaux, cours de justice) |
| Économique | Nationalisations des secteurs clés (énergie, transports, banques, assurances). Planification économique | Nationalisation de Renault, des charbonnages, de l’électricité-gaz (EDF-GDF), des grandes banques, des assurances. Plan Monnet (1946) |
| Social | Sécurité sociale pour tous. Retraite. Droit du travail renforcé. Comités d’entreprise | Sécurité sociale (oct. 1945). Comités d’entreprise (1945). Statut de la fonction publique (1946). Allocations familiales généralisées |
A. Le droit de vote des femmes (1944)
| Aspect | Détail |
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| Date | Ordonnance du 21 avril 1944 : les femmes obtiennent le droit de vote et d’éligibilité |
| Premier vote | 29 avril 1945 (élections municipales) : les Françaises votent pour la première fois. ~12 millions de nouvelles électrices |
| Contexte | La France est en retard : les femmes votent déjà en Nouvelle-Zélande (1893), Finlande (1906), Royaume-Uni (1918), Allemagne (1919), Turquie (1930). Le Sénat de la IIIe République avait toujours bloqué le suffrage féminin |
| Pourquoi en 1944 ? | Le rôle des femmes dans la Résistance (agents de liaison, hébergeuses, combattantes) a rendu impossible de leur refuser encore ce droit. Le programme du CNR prévoyait l’élargissement du suffrage |
B. La Sécurité sociale (1945)
| Aspect | Détail |
|---|
| Date | Ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, portées par Pierre Laroque et le ministre du Travail Ambroise Croizat |
| Principe | Protection universelle contre les risques sociaux : maladie, maternité, vieillesse (retraite), accidents du travail, famille. Financée par les cotisations des employeurs et des salariés (solidarité nationale) |
| Fonctionnement | « Chacun cotise selon ses moyens, chacun reçoit selon ses besoins. » Les cotisations sont proportionnelles aux revenus, les prestations sont les mêmes pour tous |
| Importance | Pilier de l’État-providence français. Modèle inspiré du plan Beveridge (Royaume-Uni, 1942). Toujours en vigueur aujourd’hui (Sécu = ~500 milliards €/an) |
C. Les nationalisations
| Secteur | Entreprise nationalisée | Raison |
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| Automobile | Renault (1945) | Sanction : Louis Renault a collaboré avec les Allemands |
| Énergie | Charbonnages de France (1946), EDF-GDF (1946) | Secteur stratégique : reconstruire l’industrie nécessite le contrôle de l’énergie |
| Banques | Banque de France, 4 grandes banques de dépôt, assurances (1945-1946) | Contrôler le crédit et les investissements pour la reconstruction |
| Transports | Air France (1945) | Secteur stratégique |
🔢 Chiffres clés
Droit de vote des femmes : 21 avril 1944 · Premier vote féminin : 29 avril 1945 (~12 millions de nouvelles électrices) · Sécurité sociale : octobre 1945 · Nationalisations : ~15 % de l’économie française passe sous contrôle de l’État · Plan Monnet (1946-1952) : modernisation et reconstruction
V. L’épuration
| Type | Description |
|---|
| Épuration sauvage | Dès la Libération, des règlements de comptes spontanés : exécutions sommaires (~9 000 selon les estimations), femmes tondues (accusées de relations avec les Allemands), pillages. Violence populaire incontrôlée |
| Épuration légale | Le GPRF met en place une justice officielle pour canaliser les violences. Cours de justice et chambres civiques. ~120 000 personnes jugées, ~7 000 condamnations à mort (dont ~800 exécutées). Peine d’indignité nationale (perte des droits civiques) |
| Cas emblématiques | Pétain : condamné à mort (1945), peine commuée en emprisonnement à vie par De Gaulle. Meurt en 1951. Laval (chef du gouvernement de Vichy) : condamné à mort et fusillé (oct. 1945). Robert Brasillach (écrivain collaborationniste) : fusillé (fév. 1945) |
| Limites | L’épuration est inégale : les « petits collaborateurs » sont souvent plus sévèrement punis que les grands responsables économiques. Beaucoup de hauts fonctionnaires de Vichy sont réintégrés. Amnisties de 1951 et 1953 |
⚠️ À retenir pour le brevet
L’épuration pose la question de la justice après une période de crise. Le GPRF cherche un équilibre entre punir les collaborateurs (justice) et réconcilier les Français (reconstruction nationale). De Gaulle construit le « mythe résistancialiste » : l’idée que la France entière a résisté, minimisant la collaboration.
VI. La Constitution de 1946 et la IVe République
| Étape | Détail |
|---|
| Référendum d’octobre 1945 | Les Français rejettent le retour à la IIIe République (96 % de non). Une Assemblée constituante est élue pour rédiger une nouvelle Constitution |
| 1er projet (mai 1946) | Projet porté par la gauche (PCF + SFIO) : Assemblée unique toute-puissante, pas de président fort. Rejeté par référendum (53 % de non). De Gaulle s’y oppose (discours de Bayeux, juin 1946) |
| 2e projet (octobre 1946) | Compromis : régime parlementaire avec 2 chambres (Assemblée nationale + Conseil de la République). Président de la République avec peu de pouvoirs. Adopté par référendum (53 % de oui, mais 31 % d’abstention) |
| Préambule | Le préambule de la Constitution de 1946 proclame de nouveaux droits : droits économiques et sociaux (droit au travail, à la Sécurité sociale, à l’éducation), égalité hommes-femmes, droit d’asile, droit de grève. Ce préambule a toujours valeur constitutionnelle aujourd’hui |
| La IVe République | Régime parlementaire : l’Assemblée nationale domine. Instabilité chronique (22 gouvernements en 12 ans). Mais réussites : reconstruction, modernisation (plan Monnet), construction européenne (CECA 1951, CEE 1957). S’effondre en 1958 (crise algérienne → Ve République) |
📘 Les 3 grandes forces politiques (1944-1947)
PCF (Parti communiste français) : 1er parti de France à la Libération (~28 % des voix). Légitimité de la Résistance (« parti des 75 000 fusillés »).
SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) : socialistes. Partenaire du PCF au gouvernement.
MRP (Mouvement républicain populaire) : démocrates-chrétiens (centre-droit). Très influent à la Libération.
Ce « tripartisme » (PCF + SFIO + MRP) gouverne la France de 1944 à 1947, jusqu’à l’exclusion des communistes du gouvernement (mai 1947, début de la guerre froide).
VII. Les limites de la refondation
| Limite | Explication |
|---|
| Épuration inégale | Les « petits » sont punis, beaucoup de grands collaborateurs économiques échappent à la justice. Amnisties rapides (1951, 1953). Le « mythe résistancialiste » occulte l’ampleur de la collaboration |
| Instabilité de la IVe République | Le régime parlementaire s’avère instable : 22 gouvernements en 12 ans. Coalitions fragiles, Assemblée toute-puissante, incapacité à résoudre les crises (Indochine, Algérie) |
| Colonies | La refondation républicaine ne s’applique pas pleinement aux colonies. Soulèvement de Sétif (8 mai 1945) violemment réprimé. Union française (1946) ≠ égalité réelle. La décolonisation sera conflictuelle (Indochine, Algérie) |
| Droits des femmes limités | Le droit de vote est acquis, mais l’égalité réelle reste lointaine : les femmes n’ont pas le droit d’ouvrir un compte bancaire sans l’accord du mari (jusqu’en 1965), ni de travailler sans son autorisation |
| Guerre froide | Dès 1947, la guerre froide divise la France : exclusion des communistes du gouvernement (mai 1947), grèves dures, tensions sociales. La « 3e force » (SFIO + MRP + radicaux) gouverne sans les extrêmes |
VIII. Chronologie à connaître
| Date | Événement |
|---|
| 27 mai 1943 | Création du CNR (Conseil national de la Résistance) par Jean Moulin |
| 15 mars 1944 | Adoption du programme du CNR (« Les Jours heureux ») |
| 21 avril 1944 | Droit de vote et d’éligibilité accordé aux femmes |
| 6 juin 1944 | Débarquement en Normandie |
| 25 août 1944 | Libération de Paris |
| 8 mai 1945 | Capitulation de l’Allemagne · Soulèvement de Sétif (Algérie) |
| 29 avril 1945 | Premier vote des femmes (élections municipales) |
| Octobre 1945 | Création de la Sécurité sociale (ordonnances Laroque-Croizat) |
| Octobre 1945 | Référendum : rejet de la IIIe République (96 % de non) · Élection de l’Assemblée constituante |
| Janvier 1945 – 1946 | Nationalisations (Renault, charbonnages, EDF-GDF, banques, Air France) |
| 20 janvier 1946 | Démission de De Gaulle (désaccord sur les institutions) |
| Mai 1946 | 1er projet de Constitution rejeté par référendum |
| Juin 1946 | Discours de Bayeux (De Gaulle expose sa vision d’un exécutif fort) |
| 13 octobre 1946 | 2e projet de Constitution adopté → naissance de la IVe République |
| 1946 | Plan Monnet (1er plan de modernisation et d’équipement, 1946-1952) |
| Mai 1947 | Exclusion des ministres communistes du gouvernement → fin du tripartisme |
IX. Définitions essentielles
GPRFGouvernement provisoire de la République française (1944-1946). Dirigé par De Gaulle, il assure la transition entre la Libération et la IVe République. Restaure la légalité républicaine et met en œuvre les grandes réformes.
CNRConseil national de la Résistance, créé par Jean Moulin en mai 1943. Unifie les mouvements de Résistance. Son programme (mars 1944) prévoit les réformes de la Libération : Sécurité sociale, nationalisations, libertés.
Programme du CNR« Les Jours heureux » (15 mars 1944). Feuille de route pour la France d’après-guerre : rétablir les libertés, créer la Sécurité sociale, nationaliser les secteurs clés, élargir le suffrage.
Sécurité socialeSystème de protection sociale créé en octobre 1945. Couvre les risques maladie, maternité, vieillesse, accidents du travail et famille. Financé par les cotisations. Pilier de l’État-providence français.
NationalisationTransfert d’une entreprise privée à l’État. En 1944-1946 : Renault, charbonnages, EDF-GDF, grandes banques, assurances, Air France. Objectif : contrôler les secteurs stratégiques pour reconstruire.
ÉpurationProcessus de jugement et de sanction des collaborateurs après la Libération. Épuration « sauvage » (violences populaires) puis « légale » (tribunaux). ~120 000 personnes jugées.
Indignité nationalePeine créée à la Libération pour sanctionner la collaboration. Entraîne la perte des droits civiques (droit de vote, éligibilité, décorations) sans emprisonnement.
État-providenceModèle d’État qui assure la protection sociale des citoyens (santé, retraite, chômage, famille). En France, fondé en 1945 avec la Sécurité sociale.
TripartismeAlliance gouvernementale des trois grands partis de la Libération : PCF (communistes), SFIO (socialistes) et MRP (démocrates-chrétiens). Gouverne la France de 1944 à 1947.
IVe RépubliqueRégime politique français de 1946 à 1958. Régime parlementaire instable (22 gouvernements). Réussites : reconstruction, Sécurité sociale, construction européenne. S’effondre avec la crise algérienne.
X. Questions fréquentes (FAQ)
Qu’est-ce que le GPRF ?
Le Gouvernement provisoire de la République française (1944-1946), dirigé par De Gaulle, assure la transition entre la Libération et la IVe République. Il restaure la légalité républicaine, organise l’épuration, met en œuvre les réformes du programme du CNR (Sécurité sociale, nationalisations, droit de vote des femmes) et prépare la nouvelle Constitution.
Quand les femmes ont-elles obtenu le droit de vote en France ?
L’ordonnance du 21 avril 1944 accorde le droit de vote et d’éligibilité aux femmes. Elles votent pour la première fois le 29 avril 1945 lors des élections municipales. Ce droit a été obtenu grâce au rôle des femmes dans la Résistance et à la volonté de refonder la République sur des bases plus démocratiques.
Qu’est-ce que le programme du CNR ?
Le programme du Conseil national de la Résistance (15 mars 1944), intitulé « Les Jours heureux », prévoit les réformes pour la France libérée : rétablissement des libertés, droit de vote des femmes, création de la Sécurité sociale, nationalisations des secteurs clés (énergie, banques, transports), planification économique.
Qu’est-ce que l’épuration ?
L’épuration est le processus de jugement des collaborateurs après la Libération. Elle comprend une phase « sauvage » (exécutions sommaires, femmes tondues) puis une phase « légale » (tribunaux). ~120 000 personnes sont jugées. L’épuration est critiquée pour son caractère inégal : les « petits » sont souvent plus punis que les grands responsables.
Pourquoi la IVe République est-elle instable ?
La Constitution de 1946 donne l’essentiel du pouvoir à l’Assemblée nationale (régime parlementaire). Les gouvernements dépendent de coalitions fragiles entre de nombreux partis. Résultat : 22 gouvernements en 12 ans. Le régime est incapable de résoudre les crises de la décolonisation (Indochine, Algérie), ce qui provoque sa chute en 1958.
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