L’Odyssée d’Homère : Résumé & Fiche de Lecture 📚
L’Odyssée est une épopée attribuée à Homère, composée au VIIIe siècle avant J.-C. en grec ancien. Constituée de 24 chants et d’environ 12 000 vers en hexamètres dactyliques, elle raconte le retour (en grec nostos) d’Ulysse (Odysseus) vers son île d’Ithaque après la guerre de Troie. Pendant dix ans, le héros erre sur la mer, affronte des monstres (le Cyclope, Charybde et Scylla), résiste aux enchantements (Circé, les Sirènes, Calypso) et descend même aux Enfers, avant de retrouver son épouse Pénélope et de massacrer les prétendants qui occupent son palais. Suite de l’Iliade, l’Odyssée est le second pilier de la littérature occidentale et le modèle de tous les récits de voyage, de quête et de retour.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte et question homérique
- 3. Structure de l’épopée
- 4. Résumé détaillé
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Style et procédés épiques
- 8. Portée et postérité
- 9. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — L’Odyssée | |
|---|---|
| Auteur | Homère (VIIIe siècle av. J.-C.) — poète grec, figure semi-légendaire. L’existence historique d’un auteur unique est débattue (la « question homérique ») |
| Date de composition | Vers 800-725 av. J.-C. (tradition orale antérieure, fixation écrite probable au VIe siècle av. J.-C.) |
| Genre | Épopée (poème épique) |
| Langue et forme | Grec ancien, 12 109 vers en hexamètres dactyliques, 24 chants |
| Relation avec l’Iliade | L’Odyssée est la suite de l’Iliade (qui raconte la guerre de Troie). L’action commence dix ans après la chute de Troie |
| Cadre spatio-temporel | Méditerranée mythique (Ithaque, Troie, île des Cyclopes, île de Circé, pays des morts, île de Calypso, pays des Phéaciens) — 10 ans d’errance, mais l’action du récit couvre 40 jours |
| Thèmes centraux | Le retour (nostos), la ruse (mètis), la fidélité, l’hospitalité, l’identité, l’épreuve, la mémoire, la relation hommes-dieux |
| Portée | Texte fondateur de la littérature occidentale, modèle de tous les récits de voyage et de quête, « odyssée » est devenu un nom commun |
🏛️ 2. Contexte et question homérique
| Repère | Détail |
|---|---|
| La tradition orale | L’Odyssée est issue d’une longue tradition orale. Des poètes itinérants, les aèdes, récitaient ces récits épiques de mémoire, accompagnés de la lyre, lors de banquets et de fêtes. Le texte que nous lisons est la fixation écrite d’une tradition transmise oralement pendant des siècles — ce qui explique les répétitions, les formules et les épithètes caractéristiques du style homérique. |
| La question homérique | Depuis l’Antiquité, on débat de l’existence d’Homère : un seul auteur a-t-il composé l’Iliade et l’Odyssée ? Plusieurs poètes ont-ils contribué ? Les « analystes » (depuis le XVIIIe siècle) y voient un assemblage de récits distincts. Les « unitaristes » défendent une vision d’auteur unique. Le consensus actuel penche pour une composition orale par un ou plusieurs poètes de génie, fixée par écrit au VIe siècle (peut-être sous Pisistrate à Athènes). |
| Le monde mycénien et les « âges obscurs » | L’Odyssée mêle des éléments de la civilisation mycénienne (XIIIe-XIIe siècle av. J.-C., époque probable de la guerre de Troie) et du monde grec du VIIIe siècle (époque de la composition). Le poème est donc un palimpseste historique : palais mycéniens, armes de bronze, mais aussi coutumes de l’époque archaïque. |
| L’Iliade et l’Odyssée | L’Iliade raconte la colère d’Achille pendant le siège de Troie — c’est un poème de guerre. L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse après Troie — c’est un poème de voyage et de ruse. Les deux épopées se complètent : l’Iliade est centrée sur l’honneur guerrier, l’Odyssée sur l’intelligence et la survie. Ulysse apparaît dans l’Iliade comme un guerrier parmi d’autres ; dans l’Odyssée, il devient le héros par excellence de la mètis (la ruse intelligente). |
| La place de l’Odyssée dans la culture grecque | Pour les Grecs, l’Iliade et l’Odyssée n’étaient pas de simples poèmes : elles constituaient le fondement de l’éducation (paideia). Tout Grec cultivé connaissait Homère par cœur. L’Odyssée servait de manuel de géographie, de morale, de théologie et de modèle de comportement. |
📐 3. Structure de l’épopée
| Bloc | Chants | Nom traditionnel | Contenu |
|---|---|---|---|
| 1 | I-IV | Télémachie | Le voyage de Télémaque à la recherche de nouvelles de son père |
| 2 | V-VIII | Récits chez les Phéaciens | Ulysse quitte Calypso, naufrage, accueil chez les Phéaciens |
| 3 | IX-XII | Récits d’Ulysse (Apologues) | Ulysse raconte ses aventures : Cyclope, Circé, Sirènes, descente aux Enfers |
| 4 | XIII-XXIV | Le retour à Ithaque | Arrivée déguisée, reconnaissance, massacre des prétendants, retrouvailles |
La structure est remarquable par sa complexité narrative. Le poème ne suit pas l’ordre chronologique : il commence in medias res (au milieu de l’action), dix ans après la guerre de Troie. Les aventures les plus célèbres (le Cyclope, Circé, les Sirènes) sont racontées en flash-back par Ulysse lui-même (chants IX-XII) — un récit enchâssé dans le récit, procédé narratif révolutionnaire.
📖 4. Résumé détaillé
La Télémachie (chants I-IV)
Dix ans après la chute de Troie, Ulysse n’est toujours pas rentré à Ithaque. À l’assemblée des dieux sur l’Olympe, Athéna, protectrice d’Ulysse, convainc Zeus d’ordonner le retour du héros, retenu par la nymphe Calypso sur son île d’Ogygie.
À Ithaque, le palais d’Ulysse est envahi par les prétendants — une centaine de jeunes nobles qui courtisent Pénélope (épouse d’Ulysse) et dilapident ses richesses en banquets permanents, convaincus qu’Ulysse est mort. Télémaque, fils d’Ulysse, a vingt ans et ne peut rien contre eux. Athéna, déguisée en Mentès puis en Mentor, encourage Télémaque à partir chercher des nouvelles de son père.
Télémaque se rend d’abord chez Nestor à Pylos, puis chez Ménélas et Hélène à Sparte. Ménélas lui apprend qu’Ulysse est vivant, retenu par Calypso. Pendant ce temps, les prétendants préparent un guet-apens pour tuer Télémaque à son retour.
D’Ogygie au pays des Phéaciens (chants V-VIII)
Zeus envoie Hermès ordonner à Calypso de libérer Ulysse. La nymphe, amoureuse, obéit à contrecœur — elle a même proposé à Ulysse l’immortalité, qu’il a refusée pour retrouver Pénélope et Ithaque. Ulysse construit un radeau et prend la mer.
Mais Poséidon, son ennemi (Ulysse a aveuglé son fils le Cyclope), déchaîne une tempête qui détruit le radeau. Ulysse échoue, nu et épuisé, sur l’île des Phéaciens (Schérie). Il est découvert par Nausicaa, fille du roi Alcinoos, qui le conduit au palais. Les Phéaciens, peuple de navigateurs, accueillent Ulysse avec une hospitalité exemplaire. Lors d’un banquet, l’aède Démodocos chante la guerre de Troie — Ulysse pleure en entendant son propre passé. Alcinoos le remarque et lui demande de raconter son histoire.
Les récits d’Ulysse — les Apologues (chants IX-XII)
Ulysse prend la parole et raconte ses dix ans d’errance en flash-back. C’est la partie la plus célèbre de l’épopée :
| Épisode | Chant | L’épreuve |
|---|---|---|
| Les Cicones | IX | Après Troie, Ulysse pille la ville d’Ismaros mais ses compagnons s’attardent. Contre-attaque, premières pertes. |
| Les Lotophages | IX | Peuple qui mange le lotus, fruit de l’oubli. Ceux qui en mangent perdent toute volonté de rentrer — tentation de l’oubli. |
| Le Cyclope Polyphème | IX | Épisode le plus célèbre. Le géant Polyphème, fils de Poséidon, enferme Ulysse et ses compagnons dans sa grotte et en dévore plusieurs. Ulysse l’enivre, lui crève l’œil avec un pieu et s’échappe en disant s’appeler « Personne » (Outis). Mais par orgueil, Ulysse révèle son nom — Polyphème invoque la vengeance de Poséidon, origine de tous les malheurs suivants. |
| Éole | X | Le dieu des vents donne à Ulysse une outre contenant tous les vents contraires. Les compagnons, croyant à un trésor, ouvrent l’outre : les vents les repoussent — échec causé par la méfiance et la cupidité. |
| Les Lestrygons | X | Géants cannibales qui détruisent onze des douze navires d’Ulysse. Massacre. Il ne reste qu’un seul navire. |
| Circé | X | La magicienne Circé transforme les compagnons d’Ulysse en porcs. Grâce à l’herbe moly donnée par Hermès, Ulysse résiste au sortilège et contraint Circé à rendre leur forme humaine à ses hommes. Il reste un an chez elle comme amant. |
| La Nekuia (descente aux Enfers) | XI | Sur les conseils de Circé, Ulysse descend au royaume des morts pour consulter le devin Tirésias. Il y rencontre sa mère Anticlée (morte de chagrin), Achille (qui lui dit préférer être un esclave vivant qu’un roi mort), Agamemnon (assassiné par sa femme Clytemnestre), et de nombreux héros. |
| Les Sirènes | XII | Les Sirènes attirent les marins par leur chant et les font périr. Ulysse se fait attacher au mât pour écouter leur chant sans y succomber — tentation de la connaissance et du plaisir mortel. |
| Charybde et Scylla | XII | Passage entre deux monstres : Charybde (gouffre qui aspire les eaux) et Scylla (monstre à six têtes). Ulysse choisit de passer près de Scylla et perd six compagnons — épreuve du choix impossible. |
| Les bœufs du Soleil | XII | Malgré l’interdit, les compagnons affamés tuent les bœufs sacrés d’Hélios. Zeus foudroie le navire. Tous meurent sauf Ulysse, qui échoue seul sur l’île de Calypso. |
Le retour à Ithaque (chants XIII-XXIV)
Les Phéaciens ramènent Ulysse à Ithaque endormi. Athéna le réveille, le déguise en vieux mendiant et le guide vers la cabane du porcher fidèle Eumée. Télémaque, revenu de son voyage, retrouve son père chez Eumée : la scène de reconnaissance père-fils est l’un des moments les plus émouvants de l’épopée.
Ulysse se rend au palais, toujours déguisé en mendiant. Il subit les humiliations des prétendants (insultes, jets de tabouret). Seul son vieux chien Argos, couché sur un tas de fumier, le reconnaît — et meurt aussitôt. Sa nourrice Euryclée le reconnaît aussi, en lui lavant les pieds, à une cicatrice à la cuisse (blessure d’un sanglier dans sa jeunesse).
Pénélope organise l’épreuve de l’arc : elle épousera celui qui pourra tendre l’arc d’Ulysse et tirer une flèche à travers douze haches alignées. Aucun prétendant n’y parvient. Le mendiant demande à essayer — il tend l’arc sans effort et réussit le tir. Puis il se révèle : c’est Ulysse.
Avec l’aide de Télémaque, d’Eumée et du bouvier Philoetios, Ulysse massacre les prétendants dans la grande salle du palais. Les servantes infidèles sont pendues. Le palais est purifié.
Pénélope, prudente, ne se laisse pas convaincre immédiatement. Elle impose une dernière épreuve de reconnaissance : elle demande qu’on déplace le lit conjugal. Ulysse s’emporte — le lit ne peut pas être déplacé car il est sculpté dans un olivier enraciné dans le sol, secret que seuls les deux époux connaissent. Pénélope reconnaît enfin Ulysse. Les retrouvailles sont complètes.
Le chant XXIV (dont l’authenticité est discutée) raconte la descente des prétendants aux Enfers, les retrouvailles d’Ulysse avec son père Laërte, et la paix imposée par Athéna entre Ulysse et les familles des prétendants.
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et signification |
|---|---|
| Ulysse (Odysseus) | Roi d’Ithaque, héros de l’épopée. Son épithète homérique est « polymetis » (l’homme aux mille ruses) et « polytropos » (l’homme aux mille tours). Contrairement aux héros de l’Iliade (Achille est le plus fort, Ajax le plus brave), Ulysse est le héros de l’intelligence : il résout les crises par la ruse, le discours et l’adaptation. C’est aussi un homme de souffrance et d’endurance (polytlas) : il pleure, il doute, il résiste. Il refuse l’immortalité offerte par Calypso pour retrouver sa condition mortelle et humaine — geste qui définit tout l’humanisme grec. |
| Pénélope | Épouse d’Ulysse, elle attend son retour pendant vingt ans en résistant aux prétendants par sa propre ruse : elle tisse un linceul pour Laërte le jour et le défait la nuit (la toile de Pénélope). Elle est la contrepartie féminine d’Ulysse : comme lui, elle use de la mètis pour survivre. L’épreuve du lit montre qu’elle est aussi prudente que lui — elle ne cède pas à l’émotion mais vérifie l’identité de son mari par un test. |
| Télémaque | Fils d’Ulysse, il a vingt ans au début de l’épopée. La Télémachie (chants I-IV) est son roman d’apprentissage : il passe de l’adolescence hésitante à la maturité. En voyageant, en cherchant son père, il apprend à devenir un homme et un roi. Il assiste Ulysse dans le massacre des prétendants. |
| Athéna | Déesse de la sagesse et de la guerre, protectrice d’Ulysse. Elle intervient constamment pour l’aider : elle plaide sa cause devant Zeus, guide Télémaque sous l’apparence de Mentor, déguise Ulysse en mendiant, et supervise le massacre des prétendants. Athéna aime Ulysse parce qu’il lui ressemble : ils partagent la même intelligence rusée. |
| Poséidon | Dieu de la mer, ennemi d’Ulysse depuis que celui-ci a aveuglé son fils Polyphème. C’est Poséidon qui déchaîne les tempêtes et empêche le retour d’Ulysse. Il incarne les forces de la nature hostile et l’obstacle divin que la ruse humaine doit surmonter. |
| Calypso | Nymphe immortelle qui retient Ulysse sur son île pendant sept ans. Elle l’aime et lui offre l’immortalité. Le refus d’Ulysse est le moment fondateur de l’épopée : il choisit la condition mortelle, la vieillesse et la mort, plutôt qu’une éternité hors du monde humain. |
| Circé | Magicienne qui transforme les compagnons d’Ulysse en porcs. Ulysse résiste à son sortilège grâce à l’herbe moly et devient son amant pendant un an. Circé est une figure de la séduction dangereuse et de la métamorphose — mais aussi une conseillère (elle guide Ulysse vers les Enfers et les Sirènes). |
| Les prétendants (Antinoos, Eurymaque) | Jeunes nobles d’Ithaque qui convoitent Pénélope et le trône d’Ulysse. Ils violent toutes les lois de l’hospitalité : ils dilapident les biens de leur hôte, complotent contre son fils, maltraitent un mendiant (Ulysse déguisé). Leur massacre est présenté par Homère comme une justice divine. |
🎯 6. Thèmes principaux
Le retour (nostos)
Le thème central est le retour — en grec nostos, qui a donné le mot « nostalgie ». Toute l’épopée est tendue vers un seul objectif : qu’Ulysse retrouve Ithaque, Pénélope, Télémaque. Le retour est physique (le voyage sur la mer) mais aussi spirituel (retrouver son identité, sa place dans le monde). Chaque épreuve est une tentation de renoncer au retour : le lotus de l’oubli, l’immortalité de Calypso, le chant des Sirènes.
La ruse (mètis)
Ulysse est le héros de la mètis, l’intelligence rusée. Là où Achille résout les problèmes par la force, Ulysse les résout par la ruse : le stratagème de « Personne » contre Polyphème, l’herbe moly contre Circé, le mât contre les Sirènes, le déguisement en mendiant à Ithaque. La mètis est aussi le propre de Pénélope (la toile) et d’Athéna. L’Odyssée valorise l’intelligence adaptative contre la force brute.
L’hospitalité (xenia)
L’hospitalité (xenia) est une loi sacrée dans le monde homérique, placée sous la protection de Zeus. Le poème est construit autour de scènes d’hospitalité : bonne (Nestor, Ménélas, Alcinoos, Eumée) et mauvaise (Polyphème qui dévore ses hôtes, les prétendants qui abusent de l’hospitalité d’Ulysse). Le massacre final est la punition des prétendants pour avoir violé la xenia.
L’identité et le déguisement
Ulysse change constamment d’identité : il se fait appeler « Personne » chez le Cyclope, se déguise en mendiant à Ithaque, invente de fausses biographies. Le thème du déguisement pose la question : qu’est-ce qui fait l’identité d’un homme ? L’Odyssée répond : c’est le lien — le lien conjugal (le lit d’olivier), le lien filial (la reconnaissance avec Télémaque), le lien avec la terre natale.
La condition mortelle
Le refus de l’immortalité est le geste fondamental d’Ulysse. Calypso lui offre de vivre éternellement — il refuse pour retrouver Pénélope et Ithaque. La descente aux Enfers confirme ce choix : les morts sont des ombres sans substance, Achille lui-même regrette d’être mort. L’Odyssée est un hymne à la vie mortelle : c’est parce que la vie est limitée qu’elle a un prix.
La mémoire et le récit
L’Odyssée est un poème sur le pouvoir du récit. Ulysse survit en racontant : il raconte ses aventures aux Phéaciens, il invente de fausses histoires à Ithaque. Le poème met en abyme sa propre nature : l’aède Démodocos, qui chante devant Ulysse, est une figure du poète Homère. Raconter, c’est transformer l’expérience en sens — et c’est ce qui distingue l’homme de l’animal.
✍️ 7. Style et procédés épiques
| Procédé | Description et effet |
|---|---|
| Les épithètes homériques | Chaque personnage et chaque élément est accompagné d’une épithète fixe : Ulysse « aux mille ruses » (polymetis), Athéna « aux yeux pers », Pénélope « la prudente », l’aurore « aux doigts de rose », la mer « couleur de vin ». Ces formules facilitent la mémorisation orale et créent un univers stable et ritualisé. |
| Le début in medias res | L’épopée commence au milieu de l’action (dix ans après Troie) et non au début chronologique. Les aventures du voyage sont racontées en flash-back par Ulysse lui-même (chants IX-XII). Ce procédé crée du suspense et permet un récit enchâssé (un récit dans le récit) d’une modernité remarquable. |
| Les scènes typiques | Le poème répète des scènes-types (patterns narratifs) : l’accueil de l’étranger (bain, repas, questions), le lever du jour, l’assemblée des dieux, le sacrifice. Ces répétitions structurent le récit oral et créent un effet de rituel — le monde homérique est un monde d’ordre que les aventures viennent perturber. |
| Les comparaisons épiques | Homère utilise de longues comparaisons développées (les « comparaisons homériques ») qui interrompent le récit pour le prolonger dans un autre registre : un guerrier est comparé à un lion, une tempête à la colère des dieux, Ulysse naufragé à un tison enfoui sous les cendres. Ces comparaisons créent des images visuelles puissantes et relient le monde héroïque au monde quotidien. |
| L’intervention des dieux | Les dieux interviennent constamment dans l’action : Athéna protège, Poséidon persécute, Zeus arbitre, Hermès transmet les messages. Ce merveilleux épique (le « surnaturel ») est une caractéristique du genre. Les dieux ne suppriment pas la liberté humaine : ils la compliquent. Ulysse doit à la fois compter sur Athéna et agir par lui-même. |
| Les scènes de reconnaissance (anagnorisis) | Le retour d’Ulysse est ponctué de scènes de reconnaissance progressives : Argos (le chien), Euryclée (la cicatrice), Télémaque, Pénélope (le lit). Chaque reconnaissance est un moment d’émotion intense. La progression crée un suspense croissant jusqu’à la reconnaissance finale avec Pénélope. |
| Le récit enchâssé | Aux chants IX-XII, c’est Ulysse lui-même qui raconte ses aventures aux Phéaciens. Le héros devient narrateur — procédé révolutionnaire qui fait de l’Odyssée le premier grand récit à la première personne de la littérature. Ce dispositif pose la question de la fiabilité du récit : Ulysse, le menteur rusé, dit-il toute la vérité ? |
🌍 8. Portée et postérité
L’Odyssée est l’un des deux textes fondateurs de la littérature occidentale. Son influence est incommensurable.
Comme modèle littéraire, l’Odyssée a engendré un genre : le récit de voyage et de quête. Virgile en fait l’Énéide (Ier siècle av. J.-C.), Dante s’en inspire pour la Divine Comédie (XIVe siècle), Joyce en fait Ulysse (1922, qui transpose l’épopée dans une journée à Dublin), et la structure du voyage initiatique irrigue toute la littérature mondiale, du roman picaresque au Seigneur des Anneaux.
Comme mythe culturel, le mot « odyssée » est devenu un nom commun signifiant « voyage long et semé d’épreuves ». Les figures d’Ulysse (la ruse, le voyageur), de Pénélope (la fidélité, l’attente), des Sirènes (la tentation), du Cyclope (la force brute) sont devenues des archétypes universels.
En philosophie, Ulysse est le modèle de l’homme qui choisit la condition mortelle contre l’immortalité — thème repris par l’existentialisme. Adorno et Horkheimer (La Dialectique de la raison, 1944) voient en Ulysse le premier sujet rationnel de la modernité occidentale.
❓ 9. Questions fréquentes (FAQ)
Quel est le résumé de l’Odyssée ?
L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse vers Ithaque après la guerre de Troie, un voyage de dix ans semé d’épreuves : le Cyclope Polyphème, la magicienne Circé, la descente aux Enfers, les Sirènes, Charybde et Scylla. Retenu sept ans par la nymphe Calypso, Ulysse refuse l’immortalité et finit par rentrer chez lui, déguisé en mendiant. Il massacre les prétendants qui courtisaient sa femme Pénélope, et retrouve enfin son épouse et son fils Télémaque.
Qui est Homère ?
Homère est le poète grec à qui l’on attribue l’Iliade et l’Odyssée, composées au VIIIe siècle avant J.-C. La tradition le représente comme un aède aveugle. Son existence historique est débattue (c’est la « question homérique ») : il peut s’agir d’un seul poète de génie ou de la cristallisation d’une longue tradition orale. Ce qui est certain, c’est que ces deux épopées sont le fondement de toute la littérature occidentale.
Pourquoi Ulysse met-il dix ans à rentrer chez lui ?
La cause principale est la colère de Poséidon. Ulysse a aveuglé Polyphème, fils de Poséidon, et a commis l’erreur de révéler son nom par orgueil. Poséidon le poursuit de sa vengeance en déchaînant des tempêtes. Mais les retards sont aussi causés par les épreuves elles-mêmes (un an chez Circé, sept ans chez Calypso) et par les erreurs des compagnons (l’outre d’Éole, les bœufs du Soleil).
Pourquoi Ulysse refuse-t-il l’immortalité ?
La nymphe Calypso offre à Ulysse de rester auprès d’elle pour l’éternité, jeune et immortel. Ulysse refuse parce qu’il préfère retrouver Pénélope et Ithaque — sa femme mortelle et sa patrie terrestre — plutôt que de vivre éternellement hors du monde humain. Ce choix de la condition mortelle est au cœur de l’humanisme grec : c’est la finitude de la vie qui lui donne sa valeur.
Qu’est-ce que la toile de Pénélope ?
Pour repousser les prétendants, Pénélope promet de choisir un époux quand elle aura fini de tisser un linceul pour son beau-père Laërte. Chaque jour elle tisse, et chaque nuit elle défait son ouvrage. La ruse dure trois ans avant d’être découverte. La « toile de Pénélope » est devenue une expression désignant un travail sans fin, mais c’est surtout une preuve de la mètis (ruse) de Pénélope, digne d’Ulysse.
Quelle est la différence entre l’Iliade et l’Odyssée ?
L’Iliade raconte un épisode de la guerre de Troie (la colère d’Achille) — c’est une épopée guerrière centrée sur l’honneur et la mort au combat. L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse après la guerre — c’est une épopée de voyage centrée sur la ruse, la survie et le retour. L’Iliade célèbre la gloire du guerrier ; l’Odyssée célèbre l’intelligence de l’homme qui survit et rentre chez lui.
Qu’est-ce que la Nekuia dans l’Odyssée ?
La Nekuia (chant XI) est la descente d’Ulysse au royaume des morts. Il y invoque les ombres des défunts pour consulter le devin Tirésias sur son retour. Il y rencontre sa mère Anticlée, les héros Achille et Agamemnon, et de nombreuses figures mythologiques. Ce passage est fondateur : il a inspiré la descente aux Enfers de Virgile (Énéide, chant VI) et de Dante (Divine Comédie).
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