Manon Lescaut de l’Abbé Prévost : Résumé & Fiche de Lecture 📚
Manon Lescaut (titre complet : Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut) est un roman de l’Abbé Prévost publié en 1731. Il raconte la passion dévorante du chevalier des Grieux pour la belle et insaisissable Manon Lescaut — une passion qui le conduit à la ruine morale, financière et sociale. Tour à tour roman d’amour, roman picaresque et récit moral, cette œuvre est l’un des plus grands romans français du XVIIIe siècle. Inscrit au programme du bac de français 2026 dans l’objet d’étude « Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle », il est au cœur du parcours « Personnages en marge, plaisirs du roman ».
Retrouvez ci-dessous notre fiche de lecture complète : résumé détaillé, personnages, thèmes, citations essentielles et méthode pour le bac.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte historique et littéraire
- 3. Structure narrative
- 4. Résumé détaillé
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Parcours « Personnages en marge, plaisirs du roman »
- 8. Style et procédés d’écriture
- 9. Citations clés
- 10. L’œuvre au bac : sujets et méthode
- 11. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — Manon Lescaut | |
|---|---|
| Titre complet | Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut |
| Auteur | Abbé Prévost (Antoine François Prévost d’Exiles, 1697 – 1763) |
| Date de publication | 1731 (tome VII des Mémoires et Aventures d’un homme de qualité), réédité en 1753 |
| Genre | Roman-mémoires, roman d’amour, roman picaresque |
| Mouvement littéraire | Pré-Lumières. Entre classicisme finissant et sensibilité naissante (annonce le roman sentimental) |
| Narrateur | Double narration : le marquis de Renoncour (cadre) + le chevalier des Grieux (récit principal, à la 1re personne) |
| Registres dominants | Pathétique, tragique, romanesque, moral |
| Programme bac 2026 | Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle — Parcours : « Personnages en marge, plaisirs du roman » |
🏛️ 2. Contexte historique et littéraire
Manon Lescaut paraît en 1731, sous le règne de Louis XV, pendant la Régence puis les premières années du règne personnel du roi. C’est une époque de transition : après la rigueur morale de la fin du règne de Louis XIV, la société française connaît une période de libération des mœurs. L’argent, le jeu, le plaisir, la galanterie occupent une place centrale dans la vie aristocratique et bourgeoise. C’est dans ce contexte de fête et de relâchement moral que se situe l’intrigue du roman.
L’Abbé Prévost (1697-1763) est lui-même un personnage romanesque : moine bénédictin, il quitte à plusieurs reprises les ordres, voyage en Angleterre et en Hollande, mène une vie agitée entre religion et mondanité. Cette tension entre la foi et les passions terrestres nourrit directement Manon Lescaut, dont le héros est précisément tiraillé entre la vertu et l’amour.
Le roman est initialement publié comme le tome VII des Mémoires et Aventures d’un homme de qualité, une vaste fiction mémorialiste. Mais Manon Lescaut connaît un succès autonome foudroyant — et scandaleux. Le livre est censuré et saisi à deux reprises (1733, 1735) pour immoralité. C’est que le roman présente un héros de bonne famille qui s’abaisse au vol, à l’escroquerie et au meurtre par amour, sans que le narrateur ne condamne clairement ses actes. Cette ambiguïté morale est au cœur de la fascination exercée par l’œuvre.
| Repère | Détail |
|---|---|
| Époque du récit | Régence (1715-1723), époque de libération des mœurs après Louis XIV |
| Lieux | Paris, Amiens, Le Havre, la Louisiane (Nouvelle-Orléans) |
| Contexte littéraire | Essor du roman au XVIIIe siècle. Influences : roman picaresque espagnol, La Princesse de Clèves (1678), romans sentimentaux anglais |
| Réception | Succès immédiat mais scandale moral. Censuré deux fois. Devenu un classique incontournable au XIXe siècle. |
📐 3. Structure narrative
Le roman utilise un dispositif narratif sophistiqué : le récit enchâssé.
Un narrateur extérieur, le marquis de Renoncour (personnage récurrent des Mémoires d’un homme de qualité), rencontre par hasard le chevalier des Grieux à Pacy-sur-Eure, alors que celui-ci accompagne un convoi de femmes déportées en Louisiane. Frappé par sa noblesse et son malheur, Renoncour le retrouve plus tard et recueille son récit.
Le chevalier des Grieux raconte alors à la première personne l’histoire de sa passion pour Manon. Ce récit rétrospectif est divisé en deux parties :
| Partie | Contenu principal | Mouvement |
|---|---|---|
| Première partie | Rencontre à Amiens, premiers amours à Paris, premières trahisons de Manon, emprisonnement, séparation, retrouvailles, nouvelle chute | Cycle répétitif : amour → bonheur → manque d’argent → trahison → séparation → retrouvailles |
| Deuxième partie | Nouvelles aventures parisiennes, escroqueries, meurtre, arrestation de Manon, déportation en Louisiane, exil, mort de Manon | Aggravation constante → tragédie finale |
La narration à la première personne crée une sympathie irrésistible envers des Grieux : le lecteur voit tout à travers ses yeux, partage ses émotions, comprend (sinon approuve) ses fautes. C’est ce qui rend le roman si troublant moralement — et si efficace comme fiction.
📖 4. Résumé détaillé
La rencontre (Amiens)
Le chevalier des Grieux, jeune homme de bonne famille, brillant et vertueux, est sur le point d’entrer dans les ordres ecclésiastiques. Dans une auberge d’Amiens, il rencontre Manon Lescaut, une jeune fille d’une beauté éblouissante que ses parents envoient au couvent. C’est le coup de foudre. En quelques heures, des Grieux renonce à tout — sa famille, ses études, son avenir — pour s’enfuir avec Manon à Paris.
Première partie : le cycle infernal
À Paris, les deux amants vivent d’abord un bonheur idyllique mais éphémère. L’argent manque rapidement. Manon, qui aime le luxe et les plaisirs, accepte les avances d’un riche financier, Monsieur de B…, qui l’entretient. Des Grieux découvre la trahison, souffre affreusement mais pardonne. Son père intervient et le fait enlever pour le ramener dans sa famille.
Séparé de Manon, des Grieux tente de reprendre une vie vertueuse. Il entre au séminaire de Saint-Sulpice et se distingue par son intelligence. Mais Manon réapparaît : elle vient le chercher au parloir. Des Grieux abandonne instantanément la religion pour la suivre. Le cycle reprend : bonheur, ruine, trahison, séparation.
Pour survivre, des Grieux se met à tricher au jeu avec l’aide de son ami Lescaut (le frère de Manon) et d’un complice. L’argent rentre, mais les catastrophes s’enchaînent : leur appartement brûle, l’argent disparaît. Manon se vend à nouveau à un riche protecteur, le vieux M. de G… M…. Des Grieux élabore une escroquerie pour le voler, mais le vieil homme les fait arrêter. Des Grieux est enfermé à Saint-Lazare, Manon à l’Hôpital Général (une prison pour femmes de mauvaise vie).
Deuxième partie : la chute finale
Libéré grâce à son père, des Grieux retrouve Manon (libérée elle aussi) et le cycle recommence — mais en pire. Manon accepte la protection du fils de M. de G… M…, le jeune G… M…. Des Grieux tente de l’escroquer à nouveau, mais le père et le fils, cette fois, obtiennent leur arrestation. Des Grieux tue un gardien en s’évadant, aggravant sa situation.
Manon est condamnée à la déportation en Louisiane, colonie française d’Amérique. Des Grieux, fou d’amour, la suit volontairement. La scène du convoi des femmes déportées au Havre est l’un des passages les plus poignants du roman : des Grieux marche à côté du chariot, sous les yeux apitoyés des passants.
En Louisiane, les amants connaissent un bonheur simple et sincère — pour la première fois, ils sont pauvres mais honnêtes. Des Grieux veut épouser Manon, mais le gouverneur de la colonie destine la jeune femme à son neveu Synnelet. Des Grieux blesse Synnelet en duel et, croyant l’avoir tué, s’enfuit avec Manon dans le désert. Épuisée, assoiffée, Manon meurt dans les bras de des Grieux. Il l’enterre de ses propres mains dans le sable. Accablé de douleur, il finit par regagner la France avec l’aide de son fidèle ami Tiberge.
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et caractéristiques |
|---|---|
| Le chevalier des Grieux | Narrateur et protagoniste. Jeune aristocrate brillant, destiné à une carrière ecclésiastique, il renonce à tout par amour pour Manon. Personnage tragique, tiraillé entre la vertu et la passion. Il devient progressivement tricheur, escroc, meurtrier — tout en restant sincèrement amoureux et capable de réflexion morale. Sa lucidité sur ses propres fautes rend le personnage fascinant : il sait qu’il se perd, mais ne peut pas s’arrêter. |
| Manon Lescaut | L’héroïne éponyme. Belle, charmante, insaisissable. Elle aime des Grieux mais aime aussi le luxe et les plaisirs, et n’hésite pas à se vendre à des hommes riches pour assurer son confort. Personnage ambigu par excellence : sincèrement amoureuse ou calculatrice ? Les deux, probablement. Le lecteur ne la connaît qu’à travers le regard de des Grieux, ce qui la rend d’autant plus mystérieuse. Personnage « en marge » : femme entretenue, déportée, hors des cadres sociaux acceptables. |
| Tiberge | L’ami fidèle de des Grieux. Pieux, vertueux, loyal. Il représente la voix de la raison et de la morale. Il tente sans cesse de ramener des Grieux à la vertu, sans jamais l’abandonner. Figure du double positif : ce que des Grieux aurait pu être sans Manon. |
| Le père de des Grieux | Aristocrate soucieux de l’honneur familial. Alternativement sévère et généreux, il incarne l’autorité paternelle et les valeurs de l’ordre social que des Grieux transgresse. |
| Lescaut (le frère) | Frère de Manon, garde du corps devenu escroc. Il initie des Grieux à la tricherie au jeu. Personnage marginal, amoral, qui finit assassiné. Il représente la corruption sociale. |
| M. de G… M… (père et fils) | Riches financiers qui « achètent » les faveurs de Manon. Ils incarnent le pouvoir de l’argent sur les corps et les sentiments. Leur vengeance provoque la chute finale des amants. |
| Le marquis de Renoncour | Narrateur-cadre. C’est lui qui rencontre des Grieux et rapporte son récit. Il est un témoin empathique dont la compassion guide la réception du lecteur. |
🎯 6. Thèmes principaux
La passion amoureuse
C’est le moteur de tout le roman. La passion de des Grieux pour Manon est absolue, irrésistible et destructrice. Elle abolit toute raison, toute morale, tout intérêt personnel. Des Grieux sait que Manon le trahit, mais il l’aime quand même — et c’est ce qui fait la grandeur tragique du personnage. Prévost montre la passion comme une force qui dépasse l’individu, comparable à une fatalité.
La marginalité
Les deux héros sont des personnages en marge. Des Grieux, issu de la noblesse, devient tricheur, escroc, meurtrier. Manon est une femme entretenue, puis une déportée. Ensemble, ils évoluent hors du cadre social légitime : ils ne sont ni mariés, ni riches de façon honnête, ni conformes aux attentes de leur milieu. Le roman explore la fascination exercée par les personnages qui transgressent les normes — et la question de savoir si cette fascination est légitime.
L’argent
L’argent est le problème concret qui déclenche toutes les catastrophes. Manon a besoin de luxe, des Grieux n’a pas d’argent. Cette équation simple entraîne toutes les trahisons, escroqueries et crimes du roman. Prévost montre une société où l’argent commande tout : les sentiments, les corps, la justice, le destin. Les riches (M. de G… M…) peuvent « acheter » Manon ; les pauvres (des Grieux) doivent tricher ou voler.
La morale et ses limites
Le roman pose une question morale troublante : peut-on être à la fois coupable et sympathique ? Des Grieux vole, triche, tue — mais le lecteur l’aime, parce qu’il souffre sincèrement et qu’il raconte sa propre histoire avec une lucidité désarmante. Prévost ne tranche pas : il ne condamne pas explicitement son héros. Cette ambiguïté a scandalisé les contemporains et fait la richesse du roman.
La fatalité
Des Grieux présente sa passion comme une fatalité — une force supérieure contre laquelle sa volonté est impuissante. Le roman emprunte au registre tragique : le héros se sait perdu mais ne peut pas lutter contre son destin. Chaque tentative de rédemption (le séminaire, la Louisiane) échoue. Le cycle répétitif des chutes et des rechutes donne au récit une dimension quasi-mythique.
Le plaisir du roman
Le titre même du parcours (« plaisirs du roman ») invite à réfléchir à ce qui fait le plaisir de lecture de Manon Lescaut : le suspense (que va-t-il se passer ?), l’émotion (la compassion pour les héros), la fascination pour la transgression, le charme d’un récit raconté à la première personne par un narrateur brillant et séduisant.
🔗 7. Parcours « Personnages en marge, plaisirs du roman »
| Problématique | Éléments de réponse dans Manon Lescaut |
|---|---|
| En quoi des Grieux et Manon sont-ils des personnages « en marge » ? | Des Grieux trahit sa classe sociale (noblesse → crime). Manon est hors de tous les cadres : ni épouse, ni religieuse, ni fille honnête. Ensemble, ils forment un couple illégitime, délinquant, exilé. La déportation en Louisiane est la marginalisation ultime. |
| Pourquoi les personnages en marge procurent-ils du plaisir au lecteur ? | La transgression fascine. Les personnages en marge vivent des aventures extraordinaires, ressentent des émotions extrêmes, défient les normes. Le lecteur éprouve par procuration ce qu’il ne vivrait pas lui-même. |
| Le roman doit-il faire aimer ses personnages ou les juger ? | Prévost choisit de faire aimer ses personnages sans les juger explicitement. La narration à la première personne empêche la distance morale. Le « plaisir du roman » naît précisément de cette ambiguïté. |
| La marginalité est-elle romanesque par nature ? | Le roman, depuis ses origines, aime les personnages marginaux : bandits, courtisanes, aventuriers. Ils incarnent la liberté, le risque, la transgression — tout ce qui fait une bonne histoire. Manon Lescaut en est l’illustration parfaite. |
Œuvres complémentaires possibles : La Fayette (La Princesse de Clèves), Laclos (Les Liaisons dangereuses), Hugo (Les Misérables — Jean Valjean), Flaubert (Madame Bovary), Dostoïevski (Crime et Châtiment).
✍️ 8. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description | Effet |
|---|---|---|
| Le récit à la 1re personne | Des Grieux raconte sa propre histoire. Le lecteur ne voit que son point de vue. | Empathie maximale avec le narrateur. Manon reste mystérieuse car filtrée par le regard amoureux de des Grieux. |
| Le récit enchâssé | Le récit de des Grieux est encadré par celui de Renoncour | Crée un effet de vraisemblance (récit « rapporté ») et une distance qui invite le lecteur à juger par lui-même. |
| Le registre pathétique | Scènes de souffrance, de séparation, de mort qui suscitent la compassion | Le convoi des déportées, la mort de Manon dans le désert — des scènes qui émeuvent profondément le lecteur. |
| La structure cyclique | Le même schéma se répète : bonheur → ruine → trahison → séparation → retrouvailles | Effet de fatalité : le lecteur sent que les héros sont piégés dans un cercle vicieux. Chaque cycle aggrave la situation. |
| L’éloquence du narrateur | Des Grieux est un brillant orateur qui sait convaincre et émouvoir | Le lecteur est « séduit » par le narrateur comme Manon est séduite par des Grieux. La narration est elle-même un acte de séduction. |
| L’ambiguïté morale | L’auteur ne condamne pas explicitement ses personnages | Le lecteur est libre de juger — mais la première personne rend le jugement difficile. C’est le « piège » du roman. |
💬 9. Citations clés
| Citation | Analyse |
|---|---|
| « Je suis sûr que le cœur me battait plus fort qu’à elle. » | Scène de la rencontre à Amiens. Des Grieux tombe amoureux instantanément. Le détail physique (le cœur qui bat) traduit la passion comme une force corporelle irrésistible. Tout le roman est déjà là. |
| « Elle péche sans malice […] elle est droite et sincère. » | Des Grieux justifie les infidélités de Manon. Phrase révélatrice de l’aveuglement amoureux — ou de la lucidité paradoxale du personnage, qui distingue la « malice » morale du comportement transgressif. |
| « J’ai le cœur d’un père […] mais je ne ferai rien d’indigne d’un homme de ma naissance. » | Le père de des Grieux. Tension entre l’amour paternel et l’honneur aristocratique. Résume le conflit entre sentiment et ordre social. |
| « Je demeurai debout, le corps à demi tourné vers ce triste spectacle. » | Scène du convoi des déportées. Des Grieux regarde Manon emmenée enchaînée. Le « corps à demi tourné » exprime physiquement le déchirement intérieur. |
| « Je rompis mon épée pour m’en servir à creuser, mais j’en tirai moins de secours que de mes ongles. » | L’enterrement de Manon dans le désert. Des Grieux creuse la tombe à mains nues. Image d’une détresse absolue, où la noblesse (l’épée) est brisée et le corps nu affronte la réalité de la mort. |
| « Le commun des hommes n’est sensible qu’à cinq ou six passions […] Ôtez-leur l’amour et la haine, le plaisir et la douleur […] ils ne sentent plus rien. » | Réflexion morale de des Grieux sur la nature humaine. Il revendique une sensibilité supérieure qui justifierait ses excès. Argumentation séduisante mais discutable — c’est le charme du narrateur. |
🎓 10. L’œuvre au bac : sujets et méthode
Sujets de dissertation possibles
| Sujet | Pistes de réflexion |
|---|---|
| En quoi la marginalité des personnages fait-elle le plaisir du lecteur ? | I. La marginalité comme source d’aventure et de suspense / II. La fascination pour la transgression et l’interdit / III. Mais aussi le plaisir de la compassion : on aime des Grieux et Manon parce qu’ils souffrent |
| Des Grieux est-il un héros ou un anti-héros ? | I. Un héros par sa passion absolue, sa sincérité, sa souffrance / II. Un anti-héros par ses actes : vol, escroquerie, meurtre / III. L’ambiguïté est irrésoluble — c’est ce qui fait la richesse du personnage |
| Manon Lescaut est-il un roman immoral ? | I. Les accusations d’immoralité (personnages criminels, pas de condamnation explicite) / II. Mais le roman est aussi moral : les personnages sont punis (mort, exil, ruine) / III. La vraie question morale : le roman invite le lecteur à exercer son propre jugement |
| La narration à la première personne est-elle un piège pour le lecteur ? | I. Le pouvoir de séduction du narrateur (éloquence, pathos) / II. Le lecteur est « piégé » dans la sympathie pour des Grieux / III. Mais le récit enchâssé (Renoncour) crée une distance critique — le piège est aussi un outil de réflexion |
Conseils pour l’oral
Pour l’explication linéaire, les passages les plus fréquemment choisis sont : la rencontre à Amiens, la scène du parloir de Saint-Sulpice (retour de Manon), le convoi des déportées et la mort de Manon en Louisiane. L’enjeu est de montrer comment la narration à la première personne oriente la sympathie du lecteur et comment les procédés (pathétique, éloquence, détails physiques) servent le « plaisir du roman ».
Pour l’entretien, préparez un avis personnel sur l’ambiguïté morale du roman (condamnez-vous des Grieux ou le comprenez-vous ?) et une œuvre complémentaire. La Princesse de Clèves est un excellent choix (passion refoulée vs passion assumée). Les Misérables de Hugo permettent de comparer deux « personnages en marge » très différents (Jean Valjean et des Grieux).
❓ 11. Questions fréquentes (FAQ)
De quoi parle Manon Lescaut ?
Manon Lescaut raconte la passion du chevalier des Grieux pour Manon Lescaut, une jeune femme belle et inconstante. Par amour pour elle, des Grieux renonce à sa famille, sa carrière et sa morale : il devient tricheur, escroc et meurtrier. Malgré les trahisons de Manon, il ne peut cesser de l’aimer. Après de multiples péripéties, Manon est déportée en Louisiane où elle meurt dans les bras de des Grieux. C’est un roman sur la passion destructrice et la fascination des personnages en marge.
Qui est Manon Lescaut ?
Manon est le personnage le plus mystérieux du roman. Belle, séduisante, aimant le plaisir et le luxe, elle est à la fois sincèrement amoureuse de des Grieux et incapable de renoncer au confort matériel. Le lecteur ne la connaît qu’à travers le regard de des Grieux (qui l’adore), ce qui la rend ambiguë : est-elle manipulatrice ou simplement faible ? Le roman ne tranche pas. Elle est devenue un archétype de la femme fatale dans la littérature.
Pourquoi Manon Lescaut a-t-il été censuré ?
Le roman a été jugé immoral par les autorités de l’époque. Il présentait un héros noble qui se comporte en criminel par amour, une héroïne qui se prostitue, et le tout sans condamnation morale explicite de l’auteur. Le roman a été saisi en 1733 et 1735. Prévost l’a réédité en 1753 avec un « Avis de l’auteur » ajoutant une justification morale, mais le texte lui-même reste aussi troublant qu’à l’origine.
Que signifie le parcours « Personnages en marge, plaisirs du roman » ?
Ce parcours invite à réfléchir au lien entre la marginalité des personnages et le plaisir de lecture. Pourquoi aimons-nous lire des histoires de personnages qui transgressent les normes sociales ? En quoi leur marginalité (crime, passion interdite, exil) crée-t-elle de l’aventure, de l’émotion, du suspense ? Le parcours interroge aussi la responsabilité morale du romancier : doit-il condamner ses personnages ou les laisser fasciner le lecteur ?
Comment meurt Manon Lescaut ?
Manon meurt en Louisiane, dans le désert américain. Après un duel avec Synnelet (le neveu du gouverneur), des Grieux s’enfuit avec Manon dans la nature sauvage. Épuisée par la marche et la soif, Manon s’effondre et meurt dans les bras de des Grieux. Il l’enterre de ses propres mains en creusant le sable. C’est l’une des scènes de mort les plus poignantes de la littérature française.
Manon Lescaut est-il difficile à lire ?
Non : c’est un roman court (environ 200 pages) et passionnant, avec un rythme soutenu et de nombreuses péripéties. La langue du XVIIIe siècle peut dérouter au début, mais elle est bien plus accessible que celle du XVIIe siècle. Le récit à la première personne rend la lecture immersive. C’est l’un des romans du bac les plus agréables à lire — beaucoup d’élèves sont happés par l’histoire dès les premières pages.
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