Les Caractères de La Bruyère : Résumé & Fiche de Lecture 📚

Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle est une œuvre de Jean de La Bruyère publiée pour la première fois en 1688 et enrichie lors de huit éditions successives jusqu’en 1696. Composé de maximes, réflexions et portraits satiriques, ce recueil dresse un tableau impitoyable de la société française sous Louis XIV. Inscrit au programme du bac de français 2026 dans l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle », il est au cœur du parcours « La comédie sociale » (voie générale, livres V à X) ou « Peindre les Hommes, examiner la nature humaine » (voie technologique, livre XI).

Retrouvez ci-dessous notre fiche de lecture complète : résumé des livres au programme, analyse des portraits, thèmes principaux, citations essentielles et méthode pour le bac.


📋 Sommaire


📇 1. Carte d’identité de l’œuvre

Fiche d’identité — Les Caractères
Titre complet Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle
Auteur Jean de La Bruyère (1645 – 1696)
Date de publication 1688 (1ère édition) à 1696 (9e édition, posthume). L’œuvre s’est enrichie au fil des éditions : de 420 remarques en 1688 à 1 120 en 1696.
Genre Recueil de maximes, réflexions morales et portraits satiriques
Mouvement littéraire Classicisme (moraliste du XVIIe siècle)
Composition 16 livres (chapitres thématiques) + un « Discours sur Théophraste » en préface
Registres dominants Satirique, comique, polémique, didactique
Programme bac 2026 Littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle — Livres V à X / Parcours : « La comédie sociale » (générale) — Livre XI / Parcours : « Peindre les Hommes, examiner la nature humaine » (technologique)

🏛️ 2. Contexte historique et littéraire

Les Caractères paraissent en 1688, à l’apogée du règne de Louis XIV. Le Roi-Soleil gouverne de manière absolue depuis Versailles, où toute la haute noblesse est contrainte de résider. La cour est un théâtre permanent : chacun joue un rôle, flatte le souverain, intrigue pour obtenir des faveurs. C’est ce spectacle social que La Bruyère observe et dissèque.

La Bruyère occupe une position privilégiée pour cette observation. Depuis 1684, il est précepteur du duc de Bourbon, petit-fils du Grand Condé, dans la maison des Condé. Il vit donc au cœur de la plus haute aristocratie, tout en n’étant lui-même qu’un bourgeois au service des grands. Cette position de spectateur engagé — ni tout à fait dedans, ni tout à fait dehors — nourrit la lucidité de son regard.

Sur le plan littéraire, Les Caractères s’inscrivent dans la tradition des moralistes français du XVIIe siècle, aux côtés de La Rochefoucauld (Maximes, 1665) et Pascal (Pensées, 1670). La Bruyère revendique aussi l’héritage du philosophe grec Théophraste (IVe siècle av. J.-C.), dont il traduit les Caractères en préface de son propre ouvrage. Mais alors que Théophraste décrivait des types moraux universels, La Bruyère peint des individus reconnaissables de la société de son temps — ce qui lui vaudra à la fois un immense succès et de solides inimitiés.

L’œuvre connaît un succès foudroyant : la première édition est épuisée en quelques jours. Le public s’amuse à identifier les modèles réels derrière les portraits. La Bruyère enrichit son texte à chaque réédition, ajoutant de nouvelles remarques et des portraits de plus en plus audacieux au fil des neuf éditions publiées de son vivant.

Repère Détail
Époque Fin du règne de Louis XIV, monarchie absolue, société de cour
Courant Classicisme — recherche de l’universel à travers le particulier, idéal de clarté et de mesure
Influences Théophraste (Caractères), La Rochefoucauld (Maximes), Pascal (Pensées), Molière (comédie de mœurs)
Position de l’auteur Bourgeois au service de l’aristocratie — observateur à la fois proche et extérieur
Réception Succès immédiat et considérable. Le jeu des « clés » (deviner qui se cache derrière les portraits) enflamme les salons.

📐 3. Structure de l’œuvre

Les Caractères sont composés de 16 livres (chapitres), chacun consacré à un thème. Voici le plan complet de l’œuvre, avec en gras les livres au programme :

Livre Titre Thème principal Au programme
I Des ouvrages de l’esprit La littérature, la critique, le goût
II Du mérite personnel La vraie valeur vs. les apparences
III Des femmes Les femmes dans la société
IV Du cœur L’amour, l’amitié, les sentiments
V De la société et de la conversation Les relations sociales, l’art de parler ✅ Générale
VI Des biens de fortune La richesse, la pauvreté, les parvenus ✅ Générale
VII De la ville La bourgeoisie parisienne, ses ridicules ✅ Générale
VIII De la cour L’aristocratie, Versailles, la flatterie ✅ Générale
IX Des grands Les puissants, le pouvoir, l’arrogance ✅ Générale
X Du souverain ou de la république Le pouvoir politique, le bon gouvernement ✅ Générale
XI De l’homme La nature humaine, ses contradictions ✅ Technologique
XII Des jugements Les préjugés, l’opinion
XIII De la mode Les caprices de la mode, les collectionneurs
XIV De quelques usages La justice, les usages sociaux
XV De la chaire Les prédicateurs, l’éloquence religieuse
XVI Des esprits forts Les libertins, la question de la foi

Chaque livre mêle trois formes d’écriture : les maximes (phrases courtes et frappantes), les réflexions (développements plus longs sur un sujet) et les portraits (descriptions satiriques de personnages-types). C’est cette variété qui fait l’originalité de l’œuvre.


📖 4. Résumé des livres V à X (voie générale)

Livre V — De la société et de la conversation

La Bruyère observe les comportements sociaux et les travers de la conversation mondaine. Il dénonce ceux qui monopolisent la parole, les beaux parleurs creux, les flatteurs, les médisants, les gens qui n’écoutent pas et ceux qui confondent esprit et pédanterie. Le livre oppose l’honnête homme — qui sait écouter, parler à propos et s’adapter à son interlocuteur — aux personnages ridicules qui transforment toute conversation en spectacle d’amour-propre. Portraits célèbres : Arrias (le bavard prétentieux qui prétend tout connaître) et Théodecte (l’homme insupportable en société).

Livre VI — Des biens de fortune

Ce livre examine le pouvoir de l’argent et ses effets corrupteurs sur les relations humaines. La Bruyère peint les riches arrogants, les parvenus ridicules qui étalent leur fortune, les héritiers indignes, et les financiers (les « partisans ») qui s’enrichissent aux dépens du peuple. Il dénonce une société où la valeur d’un homme se mesure à sa fortune plutôt qu’à son mérite. Le contraste entre l’opulence obscène des uns et la misère des autres est un thème récurrent. Portraits célèbres : Giton (le riche) et Phédon (le pauvre) — un diptyque saisissant qui montre comment la richesse et la pauvreté transforment jusqu’au corps et au comportement.

Livre VII — De la ville

La Bruyère se concentre sur la bourgeoisie parisienne, qui singe les manières de la cour. Il peint des personnages qui cherchent à paraître ce qu’ils ne sont pas : le bourgeois qui veut passer pour noble, le petit magistrat qui se prend pour un grand juge, la femme qui copie les modes de Versailles. La ville est un théâtre d’imitation ridicule où chacun joue un rôle au-dessus de sa condition. Ce livre illustre parfaitement la « comédie sociale » : une société de représentation où l’être est sacrifié au paraître.

Livre VIII — De la cour

C’est l’un des livres les plus importants. La Bruyère décrit Versailles comme un univers codifié où la dissimulation, la flatterie et l’intrigue sont des arts de survie. Le courtisan doit maîtriser un jeu permanent : sourire à ses ennemis, cacher ses émotions, deviner les désirs du roi avant même qu’il ne les exprime. La cour est présentée comme un lieu de servitude dorée où l’on sacrifie sa liberté, sa sincérité et parfois sa dignité pour obtenir des faveurs. La Bruyère ne condamne pas seulement les courtisans : il montre que le système même de la cour fabrique l’hypocrisie.

Livre IX — Des grands

La Bruyère étudie le comportement des aristocrates et des puissants. Il dénonce leur morgue, leur mépris du mérite, leur conviction que la naissance suffit à justifier tous les privilèges. Les grands vivent dans une bulle d’indifférence au reste du monde, entourés de flatteurs qu’ils méprisent mais dont ils ne peuvent se passer. La Bruyère montre que la grandeur sociale est souvent inversement proportionnelle à la grandeur morale. Il oppose la « grandeur d’établissement » (liée au rang) à la « grandeur personnelle » (liée au mérite et à la vertu).

Livre X — Du souverain ou de la république

Le livre le plus politique du recueil. La Bruyère y réfléchit au pouvoir, au bon gouvernement et à la justice sociale. Il trace le portrait du bon souverain (attentif au bien du peuple, juste, modéré) et dénonce le tyran (violent, capricieux, indifférent à la souffrance de ses sujets). On y trouve aussi des réflexions sur la guerre, la diplomatie et les devoirs du prince. Ce livre contient la célèbre remarque sur les paysans — une dénonciation de la misère du peuple qui préfigure les Lumières.


📖 5. Résumé du livre XI — De l’homme (voie technologique)

Le livre XI est le plus philosophique du recueil. La Bruyère y examine la nature humaine dans sa dimension universelle : les contradictions de l’homme, sa vanité, son inconstance, sa difficulté à se connaître soi-même. Les portraits de ce livre ne ciblent plus un milieu social spécifique (la cour, la ville, les riches) mais des travers fondamentaux de la condition humaine.

On y trouve des portraits célèbres comme Gnathon (l’égoïste absolu qui ne vit que pour lui-même), Irène (l’hypocondriaque qui consulte les médecins pour le plaisir), et Regnault. Le livre oscille entre satire comique et réflexion mélancolique sur le temps qui passe, la vieillesse et la mort. La Bruyère y révèle sa dimension de moraliste au sens fort : non pas celui qui donne des leçons de morale, mais celui qui observe et interroge les mœurs humaines avec lucidité.


👤 6. Les portraits célèbres

Les portraits sont la grande invention littéraire de La Bruyère. Ce sont des descriptions de personnages-types, nommés par des pseudonymes antiques, qui incarnent un vice ou un travers social. Voici les portraits incontournables pour le bac :

Portrait Livre Vice / Travers Procédés dominants
Arrias V Le hâbleur qui prétend tout savoir, invente des conversations avec des ambassadeurs, et se fait confondre par un témoin direct Accumulation, chute comique, ironie
Giton et Phédon VI Giton (le riche) occupe l’espace, parle fort, impose sa présence. Phédon (le pauvre) se fait petit, n’ose rien, s’efface. Portrait en miroir qui montre l’effet de la fortune sur le corps et le comportement Parallélisme, antithèse, énumération, effet de symétrie
Pamphile IX Le grand seigneur orgueilleux qui traite différemment les gens selon leur rang : obséquieux avec les plus puissants, méprisant avec les inférieurs Antithèse, gradation, ironie mordante
Gnathon XI L’égoïste absolu. À table, il se sert le premier, mange bruyamment, traite les autres comme s’ils n’existaient pas. Incarnation de la gourmandise et du narcissisme Hyperbole, accumulation, registre grotesque
Ménalque XI Le distrait perpétuel. Se trompe de maison, met ses habits à l’envers, oublie tout. Portrait comique qui interroge aussi la relation de l’homme au monde Accumulation d’anecdotes, comique de situation, gradation dans l’absurde
Irène XI L’hypocondriaque qui voyage jusqu’à une source thermale pour consulter des médecins. La chute est cruelle : le médecin lui dit que le seul remède est de vieillir moins, c’est-à-dire de mourir Dialogue, chute ironique, vanité face à la mort
Théodecte V L’homme insupportable en société : rit de ses propres bons mots, interrompt tout le monde, monopolise l’attention, ne sait ni écouter ni s’effacer Accumulation, présent de vérité générale, ironie

🎯 7. Thèmes principaux

L’être et le paraître

C’est le fil rouge de l’œuvre. Dans la société de cour, tout est apparence : les courtisans jouent un rôle, les riches étalent leur fortune, les bourgeois singent les nobles. La Bruyère montre que la vie sociale est un théâtre permanent où le masque a remplacé le visage. L’écart entre ce que les gens sont et ce qu’ils prétendent être est la source principale du comique et de la satire.

L’argent et les inégalités

La Bruyère dénonce avec force le pouvoir corrupteur de la richesse. L’argent bouleverse les hiérarchies naturelles : un homme riche mais sot est respecté, tandis qu’un homme pauvre mais méritant est méprisé. Le portrait de Giton et Phédon est la démonstration la plus frappante de cette injustice. La Bruyère est l’un des rares auteurs du XVIIe siècle à dénoncer la misère du peuple, notamment les paysans.

La flatterie et le pouvoir

La cour de Versailles fonctionne sur la flatterie. Les courtisans consacrent leur vie à plaire au roi, à deviner ses humeurs, à obtenir ses faveurs. La Bruyère montre que ce système dégrade aussi bien le flatteur (qui perd sa dignité) que le flatté (qui perd le sens de la réalité). La critique est audacieuse : sans jamais attaquer Louis XIV directement, La Bruyère décrit un système qui rend la sincérité impossible.

Le mérite contre la naissance

La Bruyère oppose sans cesse la « grandeur d’établissement » (le rang hérité par la naissance) à la « grandeur personnelle » (la valeur acquise par le mérite, la vertu, l’intelligence). Il prend parti pour le mérite, dans une société où la naissance détermine tout. Cette position le rapproche des futures idées des Lumières sur l’égalité naturelle des hommes.

La nature humaine

Au-delà de la satire sociale, La Bruyère interroge les constantes de la nature humaine : la vanité, l’égoïsme, l’inconstance, la peur de la mort, le désir de reconnaissance. Le livre XI (« De l’homme ») porte cette dimension universelle. La Bruyère ne se contente pas de décrire les travers de son époque : il touche à quelque chose de permanent dans la condition humaine.

Le temps et la mort

Plusieurs remarques méditent sur la fuite du temps, la vieillesse et la mort. La Bruyère montre des hommes qui s’agitent, intriguent, accumulent des richesses — et qui mourront. Cette dimension mélancolique donne une profondeur supplémentaire à la satire : les ridicules ne sont pas seulement comiques, ils sont aussi tragiques, parce qu’ils révèlent l’aveuglement des hommes face à leur propre finitude.


🔗 8. Parcours « La comédie sociale » / « Peindre les Hommes »

Parcours « La comédie sociale » (voie générale)

Ce parcours invite à analyser comment La Bruyère représente la société comme un spectacle théâtral. Chaque individu joue un rôle, porte un masque, met en scène une version idéalisée de lui-même. Le mot « comédie » renvoie à la fois au théâtre (La Bruyère emprunte des techniques dramatiques) et à la feinte (la vie sociale comme mensonge collectif).

Problématique Éléments de réponse dans Les Caractères
En quoi la société est-elle une comédie ? Chacun joue un rôle social (courtisan, bourgeois, grand). La métaphore théâtrale est omniprésente : la cour est une « scène », les courtisans sont des « acteurs ».
Quel est le rôle du moraliste dans cette comédie ? La Bruyère est le spectateur lucide qui « tire le rideau ». Ses portraits démasquent les imposteurs et révèlent la vérité cachée sous les apparences.
Le rire est-il le but principal de La Bruyère ? Non : le rire est un outil de critique. La satire vise à corriger les mœurs (« castigat ridendo mores »). Mais certains passages sont aussi empreints de mélancolie ou d’indignation.
La Bruyère ne fait-il que divertir ? Il instruit en divertissant. Les portraits sont plaisants, mais ils invitent à la réflexion sur soi et sur la société. Le lecteur rit… et se reconnaît parfois.

Œuvres complémentaires possibles : Molière (Le Misanthrope, Le Tartuffe), La Rochefoucauld (Maximes), Montesquieu (Lettres persanes), Balzac (Illusions perdues).

Parcours « Peindre les Hommes, examiner la nature humaine » (voie technologique)

Ce parcours, centré sur le livre XI, interroge la méthode de La Bruyère pour comprendre l’homme en général. Comment passer de l’observation d’individus particuliers à des vérités universelles sur la nature humaine ? Les portraits sont-ils seulement des caricatures comiques ou révèlent-ils quelque chose de profond sur la condition humaine ?


✍️ 9. Style et procédés d’écriture

Procédé Description Exemple
Le portrait Description d’un personnage fictif incarnant un type social ou moral. Noms à consonance antique. Giton (le riche), Phédon (le pauvre), Gnathon (l’égoïste), Arrias (le hâbleur)
L’antithèse Opposition de deux éléments pour créer un contraste frappant Giton vs Phédon : tout les oppose (voix, geste, posture, comportement)
L’ironie Dire le contraire de ce que l’on pense pour mieux critiquer Fausse admiration pour les courtisans dont il expose les ridicules
La maxime Phrase courte, frappante, à portée universelle « Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. »
La chute Fin inattendue d’un portrait ou d’une remarque, qui renverse le sens Le portrait d’Arrias se termine par sa confusion publique ; celui d’Irène par la sentence cruelle du médecin
L’accumulation Énumération créant un effet de saturation ou d’insistance Les comportements de Gnathon à table s’accumulent pour dresser un tableau écœurant de l’égoïsme
La variété formelle Alternance de formes courtes (maximes) et longues (portraits, réflexions) Cette variété empêche la monotonie et surprend constamment le lecteur
Le présent de vérité générale Usage du présent pour donner une portée universelle aux observations Les portraits sont au présent : ils décrivent des types éternels, pas seulement des individus du XVIIe siècle

💬 10. Citations clés

Citation Livre Analyse
« Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent. » I Ouverture célèbre du recueil. Fausse modestie ? Ou constat lucide qui justifie le projet de La Bruyère : non pas inventer des idées nouvelles, mais les dire autrement.
« L’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible […] ils sont des hommes. » X Le portrait des paysans. Texte majeur : La Bruyère décrit les paysans comme des « animaux » pour mieux dénoncer le regard inhumain que la société porte sur eux. La chute (« ils sont des hommes ») est un coup de poing moral.
« Un homme qui sait la cour est maître de son geste, de ses yeux et de son visage ; il est profond, impénétrable ; il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, contraint son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle, agit contre ses sentiments. » VIII Portrait du parfait courtisan. L’accumulation de verbes montre que la cour exige un contrôle total de soi — une forme de négation de sa propre humanité.
« Il y a des misères sur la terre qui saisissent le cœur […] ; l’on veut, aux extrémités, ou ne rien voir, ou mourir. » VI La Bruyère exprime une compassion authentique face à la misère. Ce passage dépasse la satire pour atteindre une dimension tragique et humaniste.
« Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes […] Il dort le jour, il dort la nuit, et profondément ; il ronfle en compagnie. » VI Ouverture du portrait de Giton (le riche). Le corps exprime la richesse : tout est plein, rond, étalé, bruyant. La satire passe par la description physique.
« La cour est comme un édifice bâti de marbre […] composée d’hommes fort durs, mais fort polis. » VIII Jeu de mots sur « polis » (poli au sens de lisse / poli au sens de courtois). La cour est brillante en surface mais impitoyable en profondeur. Condensation typique du style de La Bruyère.

🎓 11. L’œuvre au bac : sujets et méthode

Sujets de dissertation possibles

Sujet Pistes de réflexion
Les Caractères ne sont-ils qu’un divertissement ? I. Un divertissement indéniable (portraits comiques, variété, plaisir de lecture) / II. Une critique sociale profonde (satire de la cour, des inégalités, de l’hypocrisie) / III. Une réflexion morale universelle (la condition humaine, le temps, la mort)
En quoi la société décrite par La Bruyère est-elle une « comédie » ? I. Une société de représentation (masques, rôles, paraître) / II. Les procédés théâtraux de La Bruyère (portraits-scènes, dialogues, chutes) / III. Les limites de la métaphore : la « comédie sociale » est aussi une tragédie (souffrance, injustice, mort)
La Bruyère se contente-t-il de peindre les ridicules de son époque ? I. Des portraits ancrés dans le XVIIe siècle (cour, ville, financiers) / II. Une portée universelle (les travers humains dépassent l’époque) / III. Un projet réformateur (La Bruyère veut corriger les mœurs, pas seulement les observer)
Le portrait est-il l’arme la plus efficace du moraliste ? I. La force du portrait (concret, vivant, mémorable) / II. D’autres armes : la maxime (frappe par sa concision), la réflexion (approfondit l’analyse) / III. C’est la variété qui fait la force : maximes + portraits + réflexions se complètent

Conseils pour l’oral

Pour l’explication linéaire, les passages les plus fréquemment choisis sont : le portrait d’Arrias (V), Giton et Phédon (VI), le portrait du courtisan (VIII), le portrait des paysans (X), et Gnathon ou Ménalque (XI). L’enjeu est toujours de montrer comment le détail concret (geste, posture, comportement) sert une critique morale plus large. Identifiez les procédés stylistiques (antithèse, accumulation, chute, ironie) et reliez-les au parcours.

Pour l’entretien, préparez un avis personnel (qu’est-ce qui vous a frappé, surpris, amusé ?) et une œuvre complémentaire (Molière est le choix le plus naturel — le parallèle entre les portraits de La Bruyère et les personnages de comédie est très riche).


❓ 12. Questions fréquentes (FAQ)

De quoi parlent Les Caractères de La Bruyère ?

Les Caractères est un recueil de maximes, réflexions et portraits satiriques qui dressent un tableau de la société française sous Louis XIV. En 16 livres thématiques, La Bruyère décrit et critique les travers des courtisans, des bourgeois, des riches, des grands seigneurs et de la nature humaine en général. L’œuvre mêle humour, ironie et réflexion morale pour démasquer l’hypocrisie sociale.

Quelle est la différence entre les livres V-X et le livre XI au programme ?

Les livres V à X (voie générale, parcours « La comédie sociale ») se concentrent sur la satire sociale : les relations mondaines, l’argent, la bourgeoisie, la cour, l’aristocratie et le pouvoir politique. Le livre XI (voie technologique, parcours « Peindre les Hommes ») est plus philosophique : il examine la nature humaine dans ses dimensions universelles (égoïsme, distraction, vanité, rapport à la mort).

Qui sont Giton et Phédon ?

Giton et Phédon sont deux portraits en miroir du livre VI (« Des biens de fortune »). Giton est le riche : il a le teint frais, parle fort, prend ses aises, occupe tout l’espace. Phédon est le pauvre : maigre, effacé, timide, il se fait oublier. La Bruyère montre que la richesse et la pauvreté marquent jusqu’au corps et au comportement, et que la société juge les hommes sur leur fortune plutôt que sur leur valeur.

Qu’est-ce qu’un moraliste au XVIIe siècle ?

Un moraliste n’est pas quelqu’un qui fait la morale. C’est un écrivain qui observe et analyse les mœurs (du latin mores = les comportements, les habitudes). Les moralistes français du XVIIe siècle — La Rochefoucauld, Pascal, La Bruyère — cherchent à comprendre les ressorts cachés du comportement humain : l’amour-propre, l’intérêt, la vanité. Ils utilisent des formes courtes (maximes, portraits, pensées) pour frapper l’esprit du lecteur.

Pourquoi La Bruyère utilise-t-il des pseudonymes pour ses portraits ?

La Bruyère donne à ses personnages des noms à consonance antique (Giton, Phédon, Gnathon, Arrias…) pour deux raisons. D’abord, une raison prudente : cela lui permet de nier qu’il vise des personnes réelles (même si le public s’amusait à identifier les modèles). Ensuite, une raison littéraire : les noms antiques donnent une portée universelle aux portraits. Giton n’est pas un riche en particulier, il est le riche de tous les temps.

Quel lien entre La Bruyère et Molière ?

La Bruyère et Molière partagent le même projet : peindre les ridicules de la société pour les corriger. Molière le fait par le théâtre (comédies), La Bruyère par l’écriture (portraits, maximes). Leurs cibles sont souvent les mêmes : les hypocrites, les avares, les pédants, les bourgeois qui singent les nobles. Le parallèle entre les deux est un excellent axe de comparaison pour le bac, notamment sur le parcours « La comédie sociale ».

Les Caractères sont-ils difficiles à lire ?

Moins que d’autres classiques du XVIIe siècle. La langue de La Bruyère est claire, précise et accessible — c’est même l’un de ses plus grands mérites. Les portraits se lisent comme de courtes scènes, souvent drôles. La principale difficulté est de comprendre les références historiques (la cour, les financiers, les usages du temps), mais les éditions scolaires (GF, Folio) fournissent des notes suffisantes. Le format fragmentaire (maximes + portraits) facilite aussi la lecture : on peut lire à son rythme, remarque par remarque.


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