Notre-Dame de Paris — Victor Hugo

Résumé complet, analyse des personnages et des thèmes — Fiche de lecture

Auteur
Victor Hugo (1802–1885)
Date de publication
1831
Genre
Roman historique
Mouvement
Romantisme
Époque de l’action
1482 (Paris médiéval, règne de Louis XI)
Nombre de livres
11 livres, 59 chapitres
Personnage central
La cathédrale Notre-Dame elle-même
Thème principal
La fatalité (ANANKÉ), la beauté et la laideur, l’architecture comme mémoire
L’essentiel en 30 secondes : Paris, 1482. Autour de la cathédrale Notre-Dame gravitent quatre personnages liés par un même amour destructeur pour la bohémienne Esmeralda : Quasimodo, le sonneur de cloches bossu et sourd ; Frollo, l’archidiacre dévoré par une passion interdite ; Phœbus, le beau capitaine superficiel ; et Gringoire, le poète raté. Le roman n’est pas qu’une histoire d’amour tragique — c’est une fresque monumentale sur le Paris médiéval, une réflexion sur l’architecture comme mémoire des peuples, et un plaidoyer pour la préservation du patrimoine gothique que le XIXe siècle détruisait.

Résumé détaillé

Livres I à III — La Fête des Fous et la rencontre des destins

Le 6 janvier 1482, jour de la Fête des Fous et de l’Épiphanie, Paris est en liesse. Une double cérémonie se tient : au Palais de Justice, on joue un mystère (pièce de théâtre religieux) écrit par le poète Pierre Gringoire ; sur le parvis de Notre-Dame, on élit le pape des fous — celui qui fera la grimace la plus hideuse.

Personne ne regarde la pièce de Gringoire. Le public est captivé par Esmeralda, une magnifique bohémienne de seize ans qui danse sur la place de Grève avec sa petite chèvre Djali. Sa beauté éclipse tout. Gringoire, humilié par l’échec de sa pièce, erre dans Paris et la suit, fasciné.

Le concours de grimaces est remporté par Quasimodo, le sonneur de cloches de Notre-Dame. Bossu, borgne, sourd (assourdi par ses propres cloches), difforme, il est porté en triomphe à travers les rues. Quasimodo est un enfant trouvé, recueilli et élevé par l’archidiacre Claude Frollo, qui est la seule personne au monde à lui avoir jamais montré une forme d’affection — et qui est devenu pour lui à la fois un père, un maître et un dieu.

Le soir, Gringoire s’égare dans la Cour des Miracles, le quartier des truands et des mendiants de Paris. Il est sur le point d’être pendu (les truands pendent les intrus) lorsque Esmeralda le sauve en acceptant de l’épouser — un mariage fictif, valable quatre ans selon la loi des truands, qui sauve Gringoire sans aucune implication sentimentale. Esmeralda ne l’aime pas et ne le touchera jamais.

Livres IV à VI — L’obsession de Frollo et l’enlèvement manqué

Claude Frollo est l’archidiacre de Notre-Dame, un homme d’Église austère et savant, qui a consacré sa vie à l’étude, à l’alchimie et à l’éducation de son jeune frère Jehan (un bon à rien dissipé) et de Quasimodo. Mais depuis qu’il a vu Esmeralda danser, une passion dévorante et interdite s’est emparée de lui. Il est consumé par le désir, la jalousie et la culpabilité. Il voit dans cette obsession l’œuvre du diable et projette sa propre culpabilité sur Esmeralda, qu’il considère comme une sorcière tentatrice.

Frollo ordonne à Quasimodo d’enlever Esmeralda dans une rue sombre. Quasimodo obéit aveuglément — il obéit toujours à Frollo. Mais l’enlèvement est interrompu par une patrouille commandée par le capitaine Phœbus de Châteaupers, un beau militaire arrogant et séducteur. Phœbus sauve Esmeralda et arrête Quasimodo. Esmeralda tombe immédiatement et désespérément amoureuse de Phœbus — de son visage, de son uniforme, de son nom (Phœbus signifie « soleil » en grec). Cet amour est aveugle : Phœbus est superficiel, menteur et coureur de jupons, mais Esmeralda ne voit rien de tout cela.

Hugo consacre un chapitre célèbre — Paris à vol d’oiseau — à une description panoramique du Paris de 1482 vu du haut des tours de Notre-Dame. Ce chapitre est à la fois une reconstitution historique minutieuse et un plaidoyer pour l’architecture gothique : Hugo déplore les destructions que le Paris moderne inflige aux bâtiments médiévaux. Un autre chapitre, Ceci tuera cela, développe la thèse selon laquelle l’imprimerie (le livre) va tuer l’architecture comme forme d’expression des peuples.

Livres VII à VIII — Le coup de poignard et le procès

Esmeralda obtient un rendez-vous avec Phœbus dans un cabaret borgne. Frollo, qui les espionne, est dévoré de jalousie. Au moment où Phœbus tente de séduire Esmeralda, Frollo surgit de l’ombre et poignarde le capitaine. Il s’enfuit dans la nuit. Phœbus s’effondre, grièvement blessé mais pas mort.

Esmeralda, retrouvée évanouie près du corps ensanglanté, est accusée du meurtre. Elle est également accusée de sorcellerie — sa chèvre Djali, qui sait épeler des mots avec des lettres en bois, est considérée comme un animal diabolique. Esmeralda est jugée par un tribunal ecclésiastique, torturée (supplice de la brodequin, qui lui écrase le pied), et condamnée à mort. Sous la torture, elle avoue tout ce qu’on veut, y compris d’être une sorcière.

Frollo lui rend visite dans son cachot et lui propose un marché : si elle accepte de l’aimer, il la sauvera. Esmeralda le repousse avec horreur. Elle ne pense qu’à Phœbus, qu’elle croit mort. Frollo est rejeté par la seule personne qu’il désire — ce rejet achève de le faire basculer dans la folie destructrice.

Livres IX à X — Le droit d’asile et le siège de Notre-Dame

Le jour de l’exécution, Esmeralda est conduite au parvis de Notre-Dame pour y faire amende honorable avant d’être pendue. Au moment où le bourreau s’apprête à l’emmener, Quasimodo se jette depuis la façade de la cathédrale, saisit Esmeralda et la hisse à l’intérieur de l’église en criant « Asile ! ». Le droit d’asile médiéval interdit à quiconque de pénétrer dans l’église pour arrêter un réfugié.

Quasimodo installe Esmeralda dans une cellule de la cathédrale et veille sur elle avec une dévotion totale. Il lui apporte à manger, la protège, reste à distance pour ne pas l’effrayer avec sa laideur. Un matin, il dépose des fleurs devant sa porte avec un vase — il a volontairement choisi un vase fêlé, car il sait que les beaux vases ne sont pas faits pour lui. Esmeralda, d’abord effrayée par son apparence, est progressivement touchée par sa bonté. Mais elle ne l’aimera jamais — elle continue d’espérer Phœbus.

Dans une scène déchirante, Quasimodo conduit Esmeralda en haut des tours pour lui montrer Paris. Elle aperçoit Phœbus au loin, bien vivant, chevauchant dans la cour d’un hôtel particulier — avec une autre femme. Phœbus, qui a survécu à la blessure de Frollo, ne s’est jamais soucié du sort d’Esmeralda. Il l’a oubliée. Esmeralda est dévastée.

Pendant ce temps, les truands de la Cour des Miracles, menés par Clopin Trouillefou, décident d’attaquer Notre-Dame pour libérer Esmeralda. Quasimodo, pensant qu’ils viennent pour lui prendre sa protégée, défend seul la cathédrale avec une fureur extraordinaire : il jette des poutres, verse du plomb fondu, fait tomber des pierres sur les assaillants. La bataille est titanesque — un homme seul contre une armée, avec la cathédrale comme forteresse.

Livre XI — La chute

Pendant le siège, Frollo parvient à faire sortir Esmeralda de Notre-Dame par une porte dérobée. Il l’emmène sur la berge de la Seine et lui donne un dernier ultimatum : lui ou le gibet. Esmeralda refuse une dernière fois. Frollo, fou de rage, la livre à une recluse, la sachette du Trou-aux-Rats — une vieille femme murée dans une cellule qui hait les bohémiennes.

Coup de théâtre : la recluse, appelée Gudule (ou Paquette), reconnaît en Esmeralda sa propre fille, enlevée par des bohémiens quinze ans plus tôt. Elle l’identifie grâce à un petit chausson qu’elle a conservé, et qui correspond parfaitement à celui que porte Esmeralda. Les retrouvailles sont déchirantes — mais elles durent à peine quelques minutes. Les gardes arrivent pour exécuter Esmeralda. Gudule tente de la cacher, lutte contre les soldats avec une force surhumaine, mais elle est tuée. Esmeralda est pendue.

Du haut de Notre-Dame, Frollo contemple la scène. Il regarde le corps d’Esmeralda se balancer au bout de la corde et éclate d’un rire terrible. Quasimodo, qui a tout compris, saisit Frollo et le précipite du haut de la tour. L’archidiacre tombe le long de la façade, rebondit sur une gouttière, et s’écrase sur le parvis. Quasimodo regarde alternativement le corps de Frollo en bas et le gibet d’Esmeralda au loin, et murmure un cri de désespoir.

L’épilogue révèle qu’on a retrouvé, dans le charnier de Montfaucon (la grande fosse commune de Paris), deux squelettes enlacés : celui d’une femme en robe blanche et celui d’un homme difforme qui la tenait dans ses bras. Quasimodo est allé mourir auprès d’Esmeralda. Lorsqu’on a essayé de détacher les deux squelettes, celui de l’homme est tombé en poussière.

Personnages

PersonnageRôleSymbolique
QuasimodoSonneur de cloches, bossu, sourd, borgneLa beauté intérieure cachée sous la laideur. L’amour pur, sacrificiel, sans espoir de retour.
EsmeraldaBohémienne de 16 ans, danseuseLa beauté, l’innocence, la victime de la fatalité. Elle est aimée de tous mais ne peut aimer que celui qui ne la mérite pas.
Claude FrolloArchidiacre de Notre-Dame, savant et alchimisteLa passion destructrice, la religion dévoyée par le désir, l’intelligence au service de la cruauté.
Phœbus de ChâteaupersCapitaine de la garde royaleLa beauté extérieure sans profondeur morale. Le contraire exact de Quasimodo : beau dehors, vide dedans.
Pierre GringoirePoète raté, mari fictif d’EsmeraldaL’intellectuel lâche qui préfère sa chèvre à la femme qui l’a sauvé. Le regard détaché de l’artiste.
Gudule / PaquetteRecluse du Trou-aux-Rats, mère d’EsmeraldaLa maternité détruite et retrouvée trop tard. La fatalité poussée à son comble.
Clopin TrouillefouRoi des truands, chef de la Cour des MiraclesLe peuple en marge, dangereux mais vivant — par contraste avec la société officielle, ordonnée mais mortifère.
DjaliChèvre d’EsmeraldaCompagne fidèle, symbole d’innocence. Accusée de sorcellerie — même les animaux sont victimes de la superstition.

Le système des quatre amoureux

Quatre hommes aiment Esmeralda, et chacun représente une forme d’amour différente :

Les quatre formes d’amour :

  • Frollo — l’amour-possession, obsessionnel, destructeur. Il veut Esmeralda pour lui seul et préfère la tuer plutôt que de la voir libre.
  • Quasimodo — l’amour-sacrifice, désintéressé, silencieux. Il ne demande rien en retour et meurt auprès d’elle.
  • Phœbus — l’amour-caprice, superficiel et égoïste. Il oublie Esmeralda dès qu’il est guéri de sa blessure.
  • Gringoire — l’amour-indifférence, intellectuel et lâche. Il finit par préférer la chèvre Djali à Esmeralda.

Thèmes et analyse

Beauté et laideur — le renversement romantique

Le roman repose sur une inversion systématique entre l’apparence et l’essence. Quasimodo est physiquement monstrueux mais moralement sublime. Frollo est intellectuellement brillant mais moralement monstrueux. Phœbus est beau comme un dieu mais moralement creux. Esmeralda est belle et bonne, mais aveuglée par la beauté extérieure de Phœbus — elle est incapable de voir la beauté intérieure de Quasimodo. Hugo développe ici un thème central du romantisme : les apparences sont trompeuses, et la société juge sur le paraître au lieu de l’être.

Le peuple et le pouvoir

Hugo oppose le peuple vivant et chaotique (les truands de la Cour des Miracles, la foule de la Fête des Fous) aux institutions rigides et mortifères (l’Église de Frollo, la justice qui torture et condamne, la monarchie de Louis XI). Le peuple est sale, violent, désorganisé — mais il est vivant. Les institutions sont propres, ordonnées — mais elles broient les individus. Cette opposition traversera toute l’œuvre de Hugo, jusqu’aux Misérables.

L’architecture comme mémoire

La cathédrale n’est pas un simple décor : elle est le vrai personnage principal du roman. Hugo consacre des chapitres entiers à décrire son architecture, son histoire, sa signification. Pour lui, les cathédrales gothiques sont les « livres de pierre » dans lesquels les peuples ont inscrit leur pensée avant l’invention de l’imprimerie. Chaque sculpture, chaque gargouille, chaque vitrail est une page de cette bibliothèque de pierre. Détruire l’architecture gothique, c’est effacer la mémoire collective.

La fatalité

Le mot grec ANANKÉ (fatalité, nécessité) est gravé dans le mur de Notre-Dame au début du roman — c’est ce mot qui a inspiré l’ensemble du livre, selon Hugo. Chaque personnage est pris dans un engrenage fatal : Frollo ne peut pas résister à sa passion, Esmeralda ne peut pas cesser d’aimer Phœbus, Quasimodo ne peut pas désobéir à Frollo (jusqu’au moment ultime), Gudule ne peut pas retrouver sa fille à temps. Personne ne maîtrise son destin. La fatalité broie tous les personnages sans exception.

La cathédrale comme personnage

Hugo a écrit Notre-Dame de Paris en partie pour sauver la cathédrale elle-même. En 1831, Notre-Dame était dans un état de délabrement avancé. Les révolutionnaires avaient détruit des statues, les architectes néoclassiques méprisaient le gothique, et on envisageait des démolitions partielles. Hugo voulait montrer au public la beauté et la valeur de ce monument.

Le roman a atteint son but au-delà de toute espérance. L’engouement provoqué par le livre a directement conduit à la campagne de restauration de Notre-Dame, confiée à l’architecte Viollet-le-Duc à partir de 1844. Sans le roman de Hugo, la cathédrale telle que nous la connaissons n’existerait peut-être plus.

💡 « Ceci tuera cela » : dans le chapitre le plus théorique du roman (livre V, chapitre 2), Frollo prononce cette phrase en montrant un livre imprimé d’une main et la cathédrale de l’autre. Sa thèse : l’imprimerie va tuer l’architecture. Avant Gutenberg, les peuples exprimaient leur pensée dans la pierre (cathédrales, temples, pyramides). Après Gutenberg, ils l’expriment dans le papier (livres). Le livre est plus léger, plus facile à reproduire, plus durable — il finira par rendre l’architecture inutile comme support de la pensée. Hugo développe cette idée sur un chapitre entier, en une réflexion visionnaire sur les médias et la transmission du savoir.

ANANKÉ — la fatalité

Hugo raconte dans la préface que l’idée du roman est née de la découverte du mot grec ANANKÉ gravé dans un mur sombre de la cathédrale. Ce mot, qui signifie « fatalité » ou « nécessité », est devenu le principe organisateur du livre.

Chaque personnage est soumis à une forme de fatalité qui le dépasse :

PersonnageSa fatalité
FrolloLa passion charnelle, qu’il ne peut ni accepter (il est prêtre) ni combattre (elle est plus forte que sa volonté)
EsmeraldaL’amour aveugle pour Phœbus — elle préfère un homme qui l’oublie à un monstre qui mourrait pour elle
QuasimodoSa laideur, qui l’empêche d’être aimé malgré la pureté de son âme
GuduleLa perte de son enfant, puis la retrouvaille trop tardive — quelques minutes avant la mort
PhœbusSa superficialité — il est incapable de profondeur, ce qui le sauve (il survit) mais le condamne à la médiocrité
⚠️ Attention : la fatalité chez Hugo n’est pas la fatalité antique (les dieux qui décident du destin des hommes). C’est une fatalité humaine et sociale : ce sont les passions, les préjugés, les institutions et l’ignorance qui broient les personnages. Hugo ne croit pas au destin divin — il croit que la société fabrique ses propres tragédies.

Structure et narration

Le roman est découpé en 11 livres et 59 chapitres. La structure est inhabituelle : Hugo alterne entre des chapitres narratifs (l’intrigue avance) et des chapitres digressifs (descriptions de Paris, réflexions sur l’architecture, panorama historique). Les chapitres digressifs, notamment « Paris à vol d’oiseau » et « Ceci tuera cela », ont parfois déconcerté les lecteurs — mais ils sont essentiels au projet de Hugo, qui ne veut pas raconter une simple histoire d’amour mais peindre une civilisation entière.

Le narrateur est omniscient et intervient régulièrement pour commenter, expliquer, interpeller le lecteur. C’est un narrateur engagé, qui prend parti : il défend la cathédrale, dénonce la torture judiciaire, plaint Quasimodo, condamne Frollo. Cette présence du narrateur est caractéristique du roman romantique — par opposition au roman réaliste (Flaubert, Zola) où le narrateur s’efface.

La temporalité est concentrée : toute l’action se déroule sur quelques mois, entre janvier et juin 1482. Mais les digressions historiques élargissent considérablement le cadre temporel, remontant parfois de plusieurs siècles pour raconter l’histoire d’un bâtiment ou d’un quartier.

Contexte et postérité

Hugo écrit Notre-Dame de Paris à 29 ans, en 1831, dans un contexte bien précis. Le mouvement romantique bat son plein en France. Hugo en est le chef de file depuis la « bataille d’Hernani » (1830). Le Moyen Âge, longtemps méprisé par les classiques, est réhabilité par les romantiques qui y voient une époque de foi, de passion et de grandeur — par opposition au rationalisme froid du XVIIIe siècle.

En même temps, le patrimoine médiéval est en danger. Les architectes néoclassiques considèrent le gothique comme barbare. Les révolutionnaires ont saccagé les cathédrales. Hugo, avec Mérimée et quelques autres, lance un combat pour la préservation des monuments historiques. Notre-Dame de Paris est une arme dans ce combat : en rendant la cathédrale vivante et aimée du grand public, Hugo rend sa destruction impensable.

Le succès est immédiat et mondial. Le roman est traduit dans toutes les langues européennes. Il engendre une vague de « médiévalisme » dans les arts, la mode et l’architecture. La restauration de Notre-Dame par Viollet-le-Duc (1844-1864) est une conséquence directe de cet engouement. Plus tard, le roman inspirera de nombreuses adaptations au cinéma (la version Disney de 1996 est la plus connue, bien qu’elle édulcore considérablement l’histoire), au théâtre et à l’opéra.

En avril 2019, lorsque la cathédrale Notre-Dame a été ravagée par un incendie, le roman de Hugo est redevenu un bestseller mondial en quelques jours — preuve que la fusion entre le monument réel et le monument littéraire est définitive dans l’imaginaire collectif.

Exercices

Exercice 1 — Le système des personnages

Quatre hommes aiment Esmeralda, chacun à sa manière. Présentez les quatre formes d’amour incarnées par Frollo, Quasimodo, Phœbus et Gringoire. Laquelle Hugo valorise-t-il ? Justifiez en vous appuyant sur le dénouement du roman.
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Frollo incarne l’amour-possession (destructeur, égoïste : il préfère tuer Esmeralda plutôt que la perdre). Phœbus incarne l’amour-caprice (il oublie Esmeralda dès qu’il est guéri). Gringoire incarne l’amour-indifférence (il préfère sauver la chèvre Djali plutôt qu’Esmeralda). Quasimodo incarne l’amour-sacrifice (il ne demande rien en retour et meurt auprès d’elle). Hugo valorise clairement l’amour de Quasimodo : c’est le seul amour qui survit à la mort. L’épilogue — les deux squelettes enlacés à Montfaucon — est la preuve que seul l’amour désintéressé est éternel. Le message romantique est clair : la beauté de l’âme est supérieure à la beauté du corps.

Exercice 2 — La cathédrale, personnage du roman

En quoi peut-on dire que Notre-Dame est le vrai personnage principal du roman ? Appuyez-vous sur au moins trois éléments : le titre, un chapitre précis, et le rôle de la cathédrale dans l’intrigue.
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Le titre : le roman s’appelle « Notre-Dame de Paris », pas « Quasimodo » ou « Esmeralda ». La cathédrale est nommée en premier, au-dessus de tous les personnages humains.
Le chapitre « Paris à vol d’oiseau » : Hugo interrompt l’intrigue pour décrire Paris entier depuis les tours de la cathédrale, comme si le roman changeait de focalisateur — c’est Notre-Dame qui regarde Paris, pas un personnage humain.
Le rôle dans l’intrigue : la cathédrale est le lieu de l’asile (elle sauve Esmeralda), le lieu de la bataille (Quasimodo la défend contre les truands), le lieu du crime final (Frollo y est précipité). Elle abrite les cloches qui ont rendu Quasimodo sourd, les murs où ANANKÉ est gravé, et le charnier où les amants se retrouvent dans la mort. Toute l’action gravite autour d’elle — elle est le centre de gravité du roman.

Exercice 3 — Comparaison

Comparez le personnage de Quasimodo avec celui de Jean Valjean dans Les Misérables. En quoi ces deux personnages incarnent-ils la même vision hugolienne de la rédemption par la bonté ?
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Les deux personnages sont des exclus (Quasimodo par sa laideur, Valjean par son passé de bagnard). Tous deux sont rejetés par la société et transformés par un acte de bonté (Frollo recueille Quasimodo, Mgr Myriel pardonne à Valjean). Tous deux mettent ensuite leur force surhumaine au service des autres (Quasimodo protège Esmeralda, Valjean sauve Cosette). Chez Hugo, la bonté est une force qui rachète tout — la laideur, le crime, la misère. La différence : Valjean est racheté et survit ; Quasimodo est écrasé par la fatalité et meurt. Notre-Dame de Paris est un roman tragique, Les Misérables est un roman d’espoir.

Questions fréquentes

Esmeralda est-elle vraiment une bohémienne ?
Non. Le roman révèle qu’Esmeralda, de son vrai nom Agnès, est la fille de Gudule (Paquette), une Française. Elle a été enlevée par des bohémiens quand elle était bébé et élevée parmi eux. Elle n’est donc bohémienne que par l’éducation, pas par le sang. Ce retournement est essentiel : Esmeralda est persécutée pour ce qu’elle semble être (une bohémienne, une sorcière), pas pour ce qu’elle est réellement (une Française baptisée). Hugo dénonce ainsi les préjugés fondés sur les apparences.
Quasimodo meurt-il à la fin du roman ?
Oui. Après avoir précipité Frollo du haut de Notre-Dame et constaté la mort d’Esmeralda, Quasimodo disparaît. L’épilogue nous apprend qu’on a retrouvé deux squelettes enlacés dans le charnier de Montfaucon : celui d’Esmeralda et celui d’un homme difforme. Quasimodo est allé mourir auprès du corps d’Esmeralda. Lorsqu’on a tenté de séparer les deux squelettes, celui de Quasimodo est tombé en poussière — ultime symbole de sa fragilité et de son amour qui ne tenait que par la présence de l’aimée.
Phœbus meurt-il ?
Non. Phœbus survit à la blessure infligée par Frollo. Il se rétablit, ne fait rien pour sauver Esmeralda de la condamnation (alors qu’il sait qu’elle est innocente, puisqu’il sait qui l’a poignardé), et termine le roman en se mariant avec une femme de son rang social. Hugo précise avec une ironie mordante que Phœbus connaît une « fin tragique » — il se marie. C’est le seul personnage qui s’en sort bien, et c’est aussi le plus médiocre.
Quel est le rapport entre le roman et le film Disney ?
Le film d’animation Disney Le Bossu de Notre-Dame (1996) s’inspire très librement du roman. Les différences sont considérables : dans le film, Esmeralda survit et finit avec Phœbus (happy end), Quasimodo ne meurt pas, Frollo est un juge laïc (pas un prêtre), et la dimension tragique est largement atténuée. Le film conserve néanmoins la cathédrale comme décor central, le thème de la beauté intérieure, et le conflit entre Quasimodo et Frollo. C’est une adaptation, pas une transposition fidèle.
Pourquoi Hugo consacre-t-il des chapitres entiers à décrire l’architecture ?
Parce que le roman a un double objectif : raconter une histoire tragique et sauver un monument. Hugo est convaincu que l’architecture gothique est la plus grande création artistique du Moyen Âge, et qu’elle est en train d’être détruite par l’ignorance et la négligence. Les chapitres descriptifs ne sont pas des digressions : ils sont le cœur du projet. Hugo veut que le lecteur tombe amoureux de Notre-Dame pour qu’il se batte ensuite pour la préserver. Le roman a atteint cet objectif : il a directement provoqué la restauration de la cathédrale dans les années 1840.