Andromaque – Racine : Résumé, Analyse et Fiche de Lecture

Fiche complète — La tragédie de la passion non partagée et de la fatalité amoureuse

Auteur
Jean Racine (1639–1699)
Titre
Andromaque
Date de création
17 novembre 1667 (Hôtel de Bourgogne)
Genre
Tragédie en cinq actes et en vers (alexandrins)
Mouvement littéraire
Classicisme
Registre
Tragique, pathétique, lyrique
Cadre
Buthrot, en Épire (Grèce), après la chute de Troie
Source antique
L’Énéide (Virgile), Les Troyennes (Euripide), L’Iliade (Homère)
Nombre de vers
1 648 vers
Étude
Classique du lycée, fréquemment au programme de français

Créée en 1667, Andromaque est la première grande tragédie de Racine et celle qui l’a consacré comme le rival de Corneille. Quatre personnages sont enchaînés dans une chaîne amoureuse fatale : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime le souvenir de son mari mort, Hector. Personne n’est aimé par celui qu’il aime. Ce mécanisme implacable conduit à la folie, au meurtre et à la destruction. Andromaque est le modèle même de la tragédie racinienne : une machine infernale où la passion dévore ceux qui la portent.

Contexte historique et littéraire

Le mythe troyen

L’action d’Andromaque se situe après la guerre de Troie. La ville a été détruite par les Grecs. Les Troyens survivants ont été réduits en esclavage. Racine reprend des personnages de l’Iliade d’Homère, de l’Énéide de Virgile et des tragédies d’Euripide, mais il les transforme profondément. Chez Racine, les héros ne sont plus des guerriers épiques : ce sont des êtres dévorés par la passion, incapables de maîtriser leurs émotions. Le cadre mythologique sert de décor à une étude psychologique d’une modernité saisissante.

Racine en 1667 : la rivalité avec Corneille

En 1667, Racine a 28 ans. Il a déjà écrit deux tragédies (La Thébaïde, 1664 ; Alexandre le Grand, 1665) sans grand succès. Andromaque est le coup de maître qui le propulse au premier plan de la scène littéraire — et qui ouvre la guerre avec Corneille. Là où Corneille met en scène des héros qui dominent leurs passions par la volonté (le « héros cornélien »), Racine montre des personnages qui sont dominés par leurs passions. Le héros racinien ne choisit pas : il subit. Cette conception de la tragédie, fondée sur la faiblesse humaine plutôt que sur la grandeur, marque une révolution dans le théâtre classique.

Le jansénisme et la vision tragique

Racine a été élevé à Port-Royal, le foyer du jansénisme, un courant du catholicisme qui insiste sur la corruption de la nature humaine et l’impuissance de la volonté face aux passions. Cette vision pessimiste de l’homme irrigue toute l’œuvre de Racine : ses personnages sont des êtres marqués par la fatalité, incapables de résister à leurs désirs, condamnés par une force qui les dépasse. Dans Andromaque, cette fatalité prend la forme de la chaîne amoureuse : chacun aime en vain, et cette passion non partagée entraîne la catastrophe.

Résumé acte par acte

Acte I — L’ambassade d’Oreste

Oreste, prince grec, arrive à Buthrot (en Épire) en tant qu’ambassadeur des Grecs. Sa mission officielle : demander à Pyrrhus, roi d’Épire, de livrer Astyanax, le fils d’Hector et d’Andromaque. Les Grecs craignent que cet enfant troyen, une fois adulte, ne venge Troie et ne relance la guerre.

Mais Oreste a une mission secrète : il espère que Pyrrhus refusera de livrer l’enfant, ce qui lui donnerait un prétexte pour rester en Épire — car Oreste est follement amoureux d’Hermione, fille de Ménélas et d’Hélène, qui a été promise à Pyrrhus.

Le problème : Pyrrhus n’aime pas Hermione. Il est obsédé par Andromaque, sa captive troyenne, la veuve d’Hector. Andromaque, elle, n’aime que le souvenir de son mari mort et ne vit que pour protéger son fils Astyanax.

Pyrrhus refuse de livrer Astyanax aux Grecs — mais à une condition : qu’Andromaque l’épouse. S’elle refuse, il livrera l’enfant. Andromaque est placée devant un dilemme terrible : trahir la mémoire d’Hector en épousant son meurtrier, ou condamner son fils à mort.

Point clé : L’acte I installe le mécanisme de la chaîne amoureuse : Oreste → Hermione → Pyrrhus → Andromaque → Hector (mort). Chaque personnage est enchaîné à un autre qui ne l’aime pas. Ce dispositif crée une tension mécanique que rien ne pourra résoudre sans catastrophe.

Acte II — Le chantage de Pyrrhus et les espoirs d’Hermione

Hermione est partagée entre la colère et l’espoir. Pyrrhus l’ignore et la méprise pour courtiser Andromaque — une humiliation insupportable. Quand elle apprend qu’Oreste est venu en ambassade, elle y voit une possibilité : si Pyrrhus livre Astyanax (c’est-à-dire s’il renonce à séduire Andromaque), il reviendra peut-être vers elle.

Pyrrhus, furieux du refus d’Andromaque, change brutalement de stratégie : il annonce qu’il livrera Astyanax aux Grecs et qu’il épousera Hermione. Hermione exulte. Oreste est anéanti.

Mais le spectateur sait que cette décision de Pyrrhus est un mouvement de colère, pas un vrai choix. Pyrrhus n’aime pas Hermione ; il utilise sa promesse de mariage comme une arme pour faire pression sur Andromaque. Le revirement est prévisible — et c’est ce qui le rend tragique.

Acte III — Le dilemme d’Andromaque

Andromaque est au centre de l’acte III. Pyrrhus la confronte une dernière fois : s’elle l’épouse, il protégera Astyanax et en fera un roi. Si elle refuse, l’enfant sera livré aux Grecs et mourra. Andromaque est déchirée. Elle ne peut pas épouser Pyrrhus — il a tué Priam, il a détruit Troie, il est le représentant du peuple qui a anéanti les siens. Mais elle ne peut pas laisser mourir son fils.

Andromaque va consulter le tombeau d’Hector pour y chercher conseil. Elle prend une décision stupéfiante : elle épousera Pyrrhus pour sauver son fils, mais elle se suicidera immédiatement après la cérémonie, avant que le mariage ne soit consommé. Ainsi, elle sauvera Astyanax sans trahir Hector. La fidélité et l’amour maternel seront préservés — mais au prix de sa vie.

Hermione, apprenant que Pyrrhus va finalement épouser Andromaque (il a encore changé d’avis), est ravagée par la fureur. Elle convoque Oreste et lui donne un ordre terrible : tuer Pyrrhus.

Point clé : Le plan d’Andromaque (épouser et mourir) est l’une des trouvailles dramatiques les plus géniales de Racine. Il résout le dilemme moral (elle sauve son fils sans se donner à Pyrrhus) tout en créant une nouvelle tension tragique (son suicide déclenchera une cascade de violences).

Acte IV — Les préparatifs du meurtre

Pyrrhus annonce publiquement son mariage avec Andromaque et sa décision de protéger Astyanax. Hermione est hors d’elle. Son amour blessé se transforme en haine meurtrière. Elle confirme l’ordre donné à Oreste : il doit tuer Pyrrhus pendant la cérémonie de mariage.

Oreste hésite. Tuer un roi, c’est un crime monstrueux. Mais il est esclave de sa passion pour Hermione : il fera tout ce qu’elle ordonne. L’acte IV montre l’engrenage fatal qui se met en place : chaque personnage est poussé par sa passion vers un acte qu’il sait irréversible. Hermione ordonne le meurtre par désespoir amoureux. Oreste l’exécute par servitude passionnelle. Pyrrhus se jette dans le mariage par obsession pour Andromaque. Andromaque se prépare à mourir par fidélité.

Acte V — La catastrophe

Oreste fait assassiner Pyrrhus devant l’autel, pendant la cérémonie de mariage. Il court annoncer la nouvelle à Hermione, convaincu qu’elle le remerciera et l’aimera enfin.

La réaction d’Hermione est le coup de théâtre le plus célèbre de Racine. Au lieu de remercier Oreste, elle le maudit. Elle l’accuse d’avoir tué l’homme qu’elle aimait. Elle hurle : « Qui te l’a dit ? » — niant avoir jamais donné l’ordre. Hermione est la proie d’une contradiction déchirante : elle a voulu la mort de Pyrrhus par vengeance, mais elle l’aimait encore. En le faisant tuer, elle a détruit l’objet même de son amour. Anéantie, elle court vers le corps de Pyrrhus et se poignarde sur son cadavre.

Oreste, face au cadavre d’Hermione, sombre dans la folie. Il est assailli par les Érinyes (les Furies), divinités vengeresses de la mythologie grecque, et est emporté par ses compagnons, délirant.

Andromaque, seule survivante de la chaîne, n’a pas eu besoin de se suicider : Pyrrhus étant mort, elle est libre. Le peuple d’Épire la reconnaît comme reine. Astyanax est sauvé.

Le dénouement : Pyrrhus est mort. Hermione est morte. Oreste est fou. Seule Andromaque survit — la seule qui n’a jamais cédé à la passion. La fidélité à un mort (Hector) l’a protégée de la destruction. C’est la leçon tragique de Racine : la passion dévore ceux qui s’y abandonnent.

Les personnages

PersonnageIdentitéPassionDestin
AndromaqueVeuve d’Hector, captive de PyrrhusFidélité à Hector, amour maternel pour AstyanaxSurvit — devient reine d’Épire
PyrrhusRoi d’Épire, fils d’AchilleAmour obsessionnel pour AndromaqueAssassiné pendant son mariage
HermioneFille de Ménélas et d’Hélène, promise à PyrrhusAmour passionnel pour Pyrrhus, jalousie destructriceSe poignarde sur le corps de Pyrrhus
OrestePrince grec, fils d’AgamemnonAmour servile pour HermioneSombre dans la folie
PyladeAmi d’OresteLe confident rationnel — tente en vain de raisonner Oreste
CéphiseConfidente d’AndromaqueReçoit les confidences et le plan d’Andromaque
AstyanaxFils d’Hector et d’AndromaqueN’apparaît jamais sur scène — mais il est l’enjeu central

La chaîne amoureuse

La structure d’Andromaque repose sur un mécanisme d’une simplicité redoutable : la chaîne amoureuse non réciproque.

PersonnageAimeEst aimé par
OresteHermionePersonne
HermionePyrrhusOreste
PyrrhusAndromaqueHermione
AndromaqueHector (mort)Pyrrhus

Chaque personnage aime quelqu’un qui ne l’aime pas et est aimé par quelqu’un qu’il n’aime pas. Ce système crée une frustration permanente qui pousse chacun à des actes de plus en plus extrêmes : chantage (Pyrrhus), meurtre (Oreste), suicide (Hermione). La chaîne se termine sur un mort (Hector), ce qui la rend sans solution : Andromaque ne peut pas aimer Pyrrhus puisque son cœur appartient à un fantôme. Tout le système est condamné dès le départ.

Thèmes principaux

La passion comme fatalité

Chez Racine, la passion n’est pas un choix : c’est une maladie, une possession, une force qui s’empare de l’individu et le détruit. Pyrrhus ne choisit pas d’aimer Andromaque : il y est contraint par une force intérieure qu’il ne maîtrise pas. Hermione ne choisit pas de haïr-aimer Pyrrhus : elle est déchirée par des sentiments contradictoires qu’elle ne peut pas concilier. Oreste ne choisit pas d’obéir à Hermione : il est esclave de sa passion. La passion racinienne est une fatalité intérieure, l’équivalent psychologique du destin antique.

L’héritage de la guerre de Troie

Les personnages d’Andromaque sont les enfants de la guerre. Pyrrhus est le fils d’Achille, le tueur d’Hector. Hermione est la fille d’Hélène, cause de la guerre. Oreste est le fils d’Agamemnon, chef des Grecs. Andromaque est la veuve d’Hector, le héros troyen. Le passé (la guerre de Troie) pèse sur le présent : les personnages sont enfermés dans des rôles hérités de leurs parents, incapables de s’en libérer. La haine entre Grecs et Troyens, la rivalité entre les familles, la mémoire des morts — tout cela nourrit les passions du présent et empêche toute résolution pacifique.

La fidélité et la mémoire

Andromaque est le seul personnage qui échappe à la destruction — parce qu’elle est le seul personnage dont l’amour est tourné vers un mort. Sa fidélité à Hector est absolue : elle refuse de le trahir, même pour sauver sa vie. Cette fidélité est à la fois sa grandeur (elle est incorruptible) et la cause du drame (si elle aimait Pyrrhus, la chaîne se briserait). Racine montre que la mémoire des morts peut être plus puissante que les désirs des vivants — une idée d’une profondeur tragique considérable.

Le pouvoir et l’amour

Pyrrhus est roi : il détient le pouvoir de vie et de mort sur Astyanax. Il utilise ce pouvoir comme une arme de chantage pour contraindre Andromaque à l’épouser. Mais le pouvoir politique ne lui donne aucun pouvoir sur les sentiments : il peut forcer Andromaque à un mariage, il ne peut pas la forcer à l’aimer. La tragédie de Pyrrhus est celle d’un roi tout-puissant qui est impuissant devant la seule chose qu’il désire : l’amour d’une femme. Le pouvoir et l’amour sont deux forces incompatibles.

La folie

La pièce se termine sur la folie d’Oreste, assailli par les Érinyes. Cette folie est l’aboutissement logique de la passion : quand le désir est poussé à son extrême, quand la raison est entièrement submergée par l’émotion, il ne reste que le délire. La folie d’Oreste est aussi un héritage familial : dans la mythologie, la maison des Atrides est frappée par une malédiction qui provoque le meurtre et la folie de génération en génération. Oreste est condamné par sa naissance autant que par sa passion.

Analyse littéraire

La tragédie classique : les règles respectées

Andromaque respecte scrupuleusement les règles du théâtre classique :

  • Unité d’action : tout découle de la chaîne amoureuse et de la question du sort d’Astyanax.
  • Unité de temps : l’action se déroule en une seule journée.
  • Unité de lieu : tout se passe dans le palais de Pyrrhus à Buthrot.
  • Bienséance : les violences (le meurtre de Pyrrhus, le suicide d’Hermione) ont lieu hors scène et sont rapportées par des récits.
  • Vraisemblance : les actions des personnages découlent logiquement de leurs passions.

Mais Racine transforme ces contraintes en forces : l’unité de temps crée une urgence insoutenable (tout se décide en un jour), l’unité de lieu enferme les personnages ensemble (ils ne peuvent pas fuir), et la bienséance concentre la violence dans le langage (les mots blessent autant que les épées).

L’alexandrin racinien : la musique de la passion

L’alexandrin de Racine est d’une fluidité musicale sans équivalent dans la littérature française. Les vers coulent avec une douceur et une régularité qui contrastent avec la violence des émotions exprimées. Cette tension entre la beauté de la forme et la brutalité du fond est l’essence du style racinien. Les vers les plus terribles sont souvent les plus beaux — comme si la passion, en passant par la langue de Racine, se transformait en chant.

Hermione : le personnage le plus complexe

Hermione est souvent considérée comme le personnage le plus psychologiquement complexe de la pièce. Elle est tiraillée entre l’amour (elle aime encore Pyrrhus) et la haine (il l’a trahie). Elle ordonne le meurtre de Pyrrhus par vengeance, puis maudit Oreste pour l’avoir exécuté. Son célèbre « Qui te l’a dit ? » est le cri d’un être qui ne sait plus ce qu’il veut, déchiré par des sentiments contradictoires. Hermione est le personnage qui illustre le mieux la conception racinienne de la passion : une force irrationnelle, autodestructrice, qui ne connaît ni logique ni cohérence.

Andromaque : la force de la fidélité

Andromaque est le contrepoint de tous les autres personnages. Là où Pyrrhus, Hermione et Oreste sont dévorés par une passion présente et vivante, Andromaque est attachée à un amour passé. Son refus de céder à Pyrrhus n’est pas de la froideur : c’est la marque d’un amour plus fort que la mort. En choisissant de mourir plutôt que de trahir Hector, elle affirme que certaines valeurs (la fidélité, la mémoire) sont supérieures à la survie. Elle est le seul personnage qui conserve sa dignité jusqu’au bout — et c’est pour cela qu’elle est la seule à survivre.

Scènes clés à connaître

Acte I, scène 4 — Pyrrhus face à Andromaque

Pyrrhus propose son chantage à Andromaque :

Épouse-moi et je sauve ton fils. Refuse, et je le livre aux Grecs. Le dilemme d’Andromaque est posé dans toute sa brutalité. La scène illustre le thème du pouvoir politique utilisé comme arme amoureuse.

Acte III, scène 8 — Andromaque au tombeau d’Hector

Andromaque consulte le souvenir de son mari :

Andromaque s’adresse au tombeau d’Hector et lui confie son dilemme. Elle trouve une solution : épouser Pyrrhus puis se suicider. Cette scène montre la profondeur de sa fidélité et l’ingéniosité tragique de son plan.

Acte IV, scène 5 — Hermione donne l’ordre de tuer

Hermione ordonne à Oreste d’assassiner Pyrrhus :

Scène d’une tension extrême. Hermione oscille entre le désir de vengeance et l’espoir que Pyrrhus reviendra vers elle. Elle finit par confirmer l’ordre, mais le spectateur sent que cet ordre contredit son véritable désir. L’acte est irréversible.

Acte V, scène 3 — Hermione apprend la mort de Pyrrhus

Oreste annonce qu’il a tué Pyrrhus et attend la gratitude d’Hermione :

Hermione explose de fureur : « Qui te l’a dit ? » Elle renie l’ordre qu’elle a donné, accuse Oreste d’être un monstre et court se poignarder sur le corps de Pyrrhus. Le retournement est la scène la plus célèbre de Racine — un condensé de la psychologie racinienne.

Acte V, scène 5 — La folie d’Oreste

Oreste, apprenant le suicide d’Hermione, sombre dans le délire :

Oreste voit les Érinyes qui viennent le chercher. Il délire, confond les vivants et les morts, et est emporté par ses compagnons. La folie est l’aboutissement logique de la passion poussée à l’extrême — la destruction complète de la raison par le sentiment.

Sujets de dissertation possibles

Sujet 1

En quoi la chaîne amoureuse est-elle le moteur tragique d’Andromaque ?

Sujet 2

Andromaque est-elle l’héroïne ou la cause de la tragédie dans la pièce de Racine ?

Sujet 3

Hermione dit à Oreste : « Qui te l’a dit ? » Que révèle cette réplique sur la nature de la passion racinienne ?

Sujet 4

Les personnages d’Andromaque sont-ils libres ou prisonniers de leur passion ? Vous confronterez la conception racinienne de la liberté avec celle de Corneille.

Préparer l’oral

Extraits fréquemment étudiés

  • I, 1 : Oreste et Pylade — l’exposition, la situation politique et amoureuse.
  • I, 4 : Pyrrhus et Andromaque — le chantage, le dilemme.
  • III, 8 : Andromaque au tombeau d’Hector — la fidélité, le plan de suicide.
  • IV, 5 : Hermione et Oreste — l’ordre de tuer Pyrrhus.
  • V, 3 : Hermione et Oreste — « Qui te l’a dit ? », le retournement.
  • V, 5 : la folie d’Oreste — les Érinyes, la destruction finale.

Conseils pour la présentation d’œuvre

  • Maîtrisez le schéma de la chaîne amoureuse : c’est la clé de toute la pièce.
  • Opposez Racine et Corneille : le héros racinien est dominé par sa passion, le héros cornélien la domine. Cette opposition est un classique de l’oral.
  • Analysez le personnage d’Hermione : son « Qui te l’a dit ? » est le passage le plus commenté de la pièce.
  • N’oubliez pas Andromaque : elle est la seule à survivre, et sa fidélité à un mort est le vrai sujet de la pièce.
  • Préparez une comparaison avec Phèdre si vous l’avez étudiée : même mécanique de passion fatale.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la chaîne amoureuse dans Andromaque ?
La chaîne amoureuse est le dispositif central de la pièce : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector (mort). Personne n’est aimé par celui qu’il aime. Ce système crée une frustration permanente qui pousse chaque personnage vers des actes extrêmes (chantage, meurtre, suicide, folie). La chaîne est sans solution puisqu’elle se termine sur un mort.
Que signifie « Qui te l’a dit ? »
C’est la réplique la plus célèbre de la pièce, prononcée par Hermione quand Oreste lui annonce qu’il a tué Pyrrhus — conformément à ses ordres. Elle nie avoir jamais donné cet ordre. Cette réplique révèle la contradiction fondamentale de la passion : Hermione voulait et ne voulait pas la mort de Pyrrhus en même temps. Elle illustre la conception racinienne de la passion comme force irrationnelle et autodestructrice.
Pourquoi Andromaque est-elle la seule à survivre ?
Andromaque survit parce qu’elle est le seul personnage qui ne cède pas à la passion présente. Son amour est tourné vers un mort (Hector), ce qui la protège de la logique destructrice de la chaîne amoureuse. Sa fidélité et son refus du compromis sont sa force. Racine suggère que seule la vertu — ici, la fidélité absolue — peut résister à la fatalité de la passion.
Qui est Astyanax et quel est son rôle ?
Astyanax est le fils d’Hector et d’Andromaque. Il n’apparaît jamais sur scène, mais il est l’enjeu central de la pièce : les Grecs veulent le tuer (pour empêcher une future vengeance troyenne), Pyrrhus menace de le livrer si Andromaque refuse de l’épouser, et Andromaque est prête à tout pour le sauver. Astyanax est le point de pression qui met toute la mécanique tragique en mouvement.
En quoi Racine s’oppose-t-il à Corneille ?
Chez Corneille, le héros tragique est un être volontaire qui choisit entre le devoir et la passion, et qui finit par triompher de ses émotions (comme Rodrigue dans Le Cid). Chez Racine, le héros est dominé par sa passion : il ne choisit pas, il subit. Les personnages d’Andromaque sont incapables de résister à leurs désirs, et cette impuissance les conduit à la destruction. La tragédie racinienne est fondée sur la faiblesse humaine, pas sur la grandeur.
Qu’est-ce que les Érinyes ?
Les Érinyes (ou Furies dans la tradition romaine) sont des divinités vengeresses de la mythologie grecque. Elles poursuivent les meurtriers, en particulier ceux qui ont tué un membre de leur famille. À la fin de la pièce, Oreste, qui a fait assassiner Pyrrhus, est assailli par les Érinyes dans une scène de folie. Cette hallucination traduit en termes mythologiques le remords et la destruction psychologique du personnage.
Quel est le plan d’Andromaque pour sauver son fils ?
Andromaque décide d’épouser Pyrrhus (pour sauver Astyanax) puis de se suicider immédiatement après la cérémonie (pour ne pas trahir la mémoire d’Hector). Ce plan lui permet de concilier ses deux devoirs : l’amour maternel et la fidélité conjugale. C’est une solution tragique — elle sacrifie sa vie — mais c’est la seule qui préserve son intégrité morale.

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