Les Femmes savantes – Molière : Résumé, Analyse et Fiche de Lecture

Fiche complète — La comédie du savoir mal employé et du pédantisme

Auteur
Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622–1673)
Titre
Les Femmes savantes
Date de création
11 mars 1672
Genre
Comédie en cinq actes et en vers (alexandrins)
Mouvement littéraire
Classicisme
Registre
Comique (satire, comédie de caractère, comédie de mœurs)
Lieu
La maison de Chrysale, à Paris
Nombre de vers
1 774 vers
Étude
Classique du lycée, fréquemment au programme de français

Créée en 1672, un an avant la mort de Molière, Les Femmes savantes est l’une de ses comédies les plus abouties. Elle met en scène une famille divisée par la passion des femmes de la maison pour la philosophie, la grammaire et la poésie — une passion qui les rend aveugles au pédantisme du faux savant Trissotin. Satire du pédantisme et de la préciosité, réflexion sur l’éducation des femmes et sur la place du savoir dans la vie domestique, la pièce pose une question qui reste d’une grande actualité : les femmes ont-elles le droit d’accéder au savoir, et si oui, quel usage doivent-elles en faire ?

Contexte historique et littéraire

Les salons et la question de l’éducation des femmes

Au XVIIe siècle, les salons tenus par des femmes de la haute société jouent un rôle majeur dans la vie intellectuelle française. L’hôtel de Rambouillet, le salon de Mademoiselle de Scudéry, celui de Madame de Sévigné sont des lieux où l’on discute littérature, philosophie et grammaire. Ces femmes — que l’on appelle les « précieuses » — revendiquent un droit à la culture et au raffinement dans un monde où l’éducation féminine se limitait souvent au catéchisme et aux travaux ménagers.

Molière a un rapport complexe à cette culture. Il a déjà satirisé la préciosité excessive dans Les Précieuses ridicules (1659). Mais il ne condamne pas l’éducation des femmes en soi : il critique l’excès, le pédantisme et la prétention intellectuelle qui transforment le savoir en tyrannie domestique. La nuance est essentielle pour comprendre la pièce.

La querelle des savants et des pédants

Le personnage de Trissotin est un portrait à peine voilé de l’abbé Cotin, un poète et grammairien de l’époque que Molière détestait. Cotin avait publié des vers médiocres et fréquentait les salons avec une vanité insupportable. Le personnage de Vadius est inspiré de Ménage, un autre érudit avec lequel Cotin s’était publiquement querellé. Molière transpose cette querelle réelle dans la pièce (acte III), ajoutant une dimension satirique très concrète : le spectateur de 1672 reconnaissait les modèles.

Molière en 1672

Les Femmes savantes est l’avant-dernière pièce de Molière (la dernière sera Le Malade imaginaire en 1673, année de sa mort). C’est une œuvre de maturité : la versification est d’une précision remarquable, la construction dramatique est rigoureuse, et la satire atteint un équilibre subtil entre le comique et la réflexion morale. Molière est au sommet de son art, mais aussi épuisé par les querelles, la maladie et les difficultés conjugales (sa propre situation familiale transparaît peut-être dans le conflit du couple Chrysale-Philaminte).

Résumé acte par acte

Acte I — Le conflit familial

La pièce s’ouvre sur une dispute entre deux sœurs : Armande et Henriette. Armande, l’aînée, reproche à Henriette de vouloir se marier, un projet qu’elle juge indigne d’une femme cultivée : une vraie femme doit se consacrer à la philosophie, pas au mariage. Henriette, la cadette, rétorque qu’on peut être cultivée et vouloir fonder une famille — et qu’elle aime Clitandre.

On découvre que Clitandre a d’abord courtisé Armande, qui l’a repoussé (elle est au-dessus des passions charnelles). Il s’est alors tourné vers Henriette, qui l’aime en retour. Armande, vexée, n’accepte pas cette situation — sa philosophie de l’amour pur n’empêche pas une jalousie très terrestre.

Clitandre se présente devant Chrysale, le père de famille, pour demander la main d’Henriette. Chrysale, un bourgeois bonhomme et faible, est favorable au mariage. Mais il prévient Clitandre que la vraie autorité dans la maison n’est pas la sienne — c’est celle de sa femme, Philaminte.

Acte II — Chrysale contre Philaminte

Chrysale tente de s’affirmer face à sa femme et de faire valoir son autorité de père. Il prononce un discours sur les rôles respectifs des hommes et des femmes : les femmes, selon lui, devraient se contenter de gérer le ménage, pas de philosopher. Ce discours est comique par son excès (Chrysale réduit la femme à « son ménage ») et par la lâcheté du personnage : il parle fort quand Philaminte n’est pas là, mais se dégonfle dès qu’elle apparaît.

Philaminte, l’épouse dominatrice, est passionnée de grammaire et de philosophie. Elle a un projet différent pour Henriette : la marier à Trissotin, un bel esprit qu’elle admire pour ses vers et sa science. Philaminte est soutenue par sa belle-sœur Bélise, une vieille fille convaincue que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle, et par Armande.

Chrysale refuse le mariage avec Trissotin, mais n’ose pas affronter Philaminte directement. Il charge son frère Ariste, homme raisonnable, de négocier. La famille est divisée en deux camps : Philaminte-Armande-Bélise (les « femmes savantes ») contre Chrysale-Henriette-Clitandre (les « raisonnables »).

Point clé : Le conflit n’oppose pas les hommes aux femmes de manière simpliste. Ariste (un homme) est raisonnable ; Bélise (une femme) est ridicule ; Henriette (une femme) est la plus sensée de tous. Molière critique le pédantisme, pas le sexe féminin.

Acte III — L’entrée de Trissotin et la querelle des savants

Trissotin fait son entrée. Il lit devant Philaminte, Armande et Bélise un sonnet puis un épigramme de sa composition. Les trois femmes s’extasient à chaque vers, poussant des exclamations admiratives excessives. Le spectateur, lui, entend des vers médiocres et pompeux — le décalage entre l’enthousiasme des femmes et la qualité réelle des poèmes crée un comique d’ironie.

Arrive Vadius, un érudit que Trissotin présente comme son ami. Les deux hommes commencent par se couvrir de compliments mutuels (une parodie des politesses littéraires). Mais quand Vadius critique un sonnet sans savoir qu’il est de Trissotin, une querelle violente éclate. Les deux savants s’insultent, se menacent, révélant sous le vernis de l’érudition une vanité brutale et mesquine. La scène est l’une des plus drôles de la pièce.

Acte IV — Les manœuvres

Philaminte convoque la famille et annonce officiellement sa décision : Henriette épousera Trissotin. Henriette refuse. Clitandre s’oppose. Chrysale proteste — mollement. Philaminte est inflexible.

Clitandre affronte directement Trissotin et lui reproche de chercher à épouser Henriette pour sa dot, non par amour. Trissotin se défend avec hypocrisie, affirmant que l’argent ne l’intéresse pas. Le spectateur sait qu’il ment — la pièce construira la preuve de ce mensonge au dénouement.

Le conflit familial s’intensifie. Chrysale promet à Clitandre qu’Henriette sera à lui — mais il est incapable de tenir tête à Philaminte. Ariste, le frère raisonnable, tente de trouver une solution. La situation semble bloquée : deux prétendants, deux volontés parentales opposées, et un père trop faible pour trancher.

Acte V — Le dénouement

Chrysale, poussé par Ariste, tente enfin de s’imposer. Il déclare qu’Henriette épousera Clitandre. Mais Philaminte affirme le contraire : Henriette épousera Trissotin. Les deux parents sont face à face, chacun avec un contrat de mariage et un notaire. Henriette est tiraillée entre deux autorités.

C’est alors qu’Ariste intervient avec un stratagème. Il apporte deux fausses lettres annonçant que Chrysale a perdu toute sa fortune dans un procès et une faillite. La famille est supposément ruinée.

La réaction de Trissotin est immédiate : il renonce au mariage. Il prétexte que la « philosophie » lui interdit de s’attacher aux biens matériels — mais son abandon prouve exactement le contraire : il ne voulait épouser Henriette que pour l’argent. Son hypocrisie est démasquée.

Clitandre, à l’inverse, déclare qu’il épousera Henriette même ruinée — preuve de son amour sincère. Ariste révèle alors que les lettres étaient fausses : la fortune de Chrysale est intacte. Philaminte, enfin éclairée sur la vraie nature de Trissotin, consent au mariage d’Henriette avec Clitandre.

Point clé : Le dénouement est astucieux : il n’humilie pas Philaminte (elle change d’avis devant l’évidence, pas sous la contrainte) et il démasque Trissotin par ses propres actes, pas par un artifice extérieur. C’est plus satisfaisant que le deus ex machina du Tartuffe.

Les personnages

PersonnageRôleFonction dramatique
PhilaminteÉpouse de Chrysale, mèreLa « femme savante » dominatrice — passionnée de philosophie, autoritaire, aveuglée par Trissotin
ChrysaleBourgeois, père de familleLe mari faible — il a raison sur le fond mais n’ose jamais s’imposer
ArmandeFille aînéeLa précieuse — elle rejette le mariage au nom de la philosophie, mais souffre de jalousie
HenrietteFille cadetteLa voix du bon sens — cultivée mais raisonnable, elle veut épouser Clitandre
BéliseSœur de ChrysaleLa folle douce — convaincue que tous les hommes l’aiment, comique par son délire
TrissotinBel esprit, poèteLe faux savant — pédant, vaniteux, intéressé par la dot d’Henriette
VadiusÉrudit, ami puis rival de TrissotinLe double de Trissotin — leur querelle révèle la vanité du milieu littéraire
ClitandreAmoureux d’HenrietteL’honnête homme — cultivé sans pédantisme, amoureux sincère
AristeFrère de ChrysaleLe raisonneur — organise le stratagème final
MartineServanteLe bon sens populaire — renvoyée par Philaminte pour avoir fait une faute de grammaire

Thèmes principaux

Le pédantisme et le faux savoir

La cible principale de Molière n’est pas le savoir, mais le pédantisme — l’étalage vaniteux d’une culture superficielle. Philaminte, Armande et Bélise ne sont pas savantes au sens vrai du terme : elles répètent les idées de Trissotin, s’extasient devant des vers médiocres et utilisent la philosophie comme un instrument de domination familiale. Trissotin lui-même est un faux savant : sa poésie est mauvaise, son érudition est creuse, et son vrai mobile est l’argent. Molière distingue implicitement le vrai savoir (discret, modeste, utile) du faux savoir (ostentatoire, prétentieux, tyrannique).

L’éducation des femmes : une question nuancée

La pièce a souvent été lue comme une condamnation de l’éducation des femmes. C’est une lecture réductrice. Molière ne dit pas que les femmes ne doivent pas être cultivées : Henriette, le personnage le plus positif de la pièce, est elle-même instruite et intelligente. Clitandre affirme explicitement qu’il n’a rien contre les femmes savantes — à condition que le savoir ne devienne pas un instrument de tyrannie et de vanité. Ce que Molière critique, c’est l’excès : quand le savoir se substitue au bon sens, quand il sert à mépriser les autres, quand il devient une fin en soi au lieu d’un moyen de vivre mieux.

L’autorité dans le couple et la famille

Le conflit entre Chrysale et Philaminte est un conflit d’autorité. Chrysale est nominalement le chef de famille, mais c’est Philaminte qui décide de tout. Molière ne propose pas une simple restauration de l’autorité masculine (Chrysale est trop faible et trop borné pour être un modèle) : il montre que l’autorité doit être exercée avec raison, quel que soit le sexe de celui qui la détient. Le problème n’est pas que Philaminte commande, c’est qu’elle commande mal — en se laissant aveugler par un imposteur.

L’hypocrisie et l’intérêt

Trissotin est, comme Tartuffe, un imposteur. Mais là où Tartuffe utilise la religion comme masque, Trissotin utilise le savoir. Il feint l’amour de la littérature et de la philosophie pour s’introduire dans une famille riche. Le dénouement (il renonce au mariage quand il croit la famille ruinée) révèle crûment son vrai mobile. Molière reprend ici un de ses thèmes favoris : la dénonciation des faux-semblants, qu’ils soient religieux, médicaux ou intellectuels.

Le mariage et la liberté de choix

Comme dans beaucoup de comédies de Molière, le mariage est l’enjeu central. Henriette veut épouser Clitandre ; ses parents veulent lui imposer un autre prétendant. La pièce défend le droit des jeunes gens à choisir leur conjoint par amour et par estime mutuelle, contre les mariages arrangés par intérêt ou par vanité. C’est une constante de l’œuvre de Molière, de L’École des femmes au Malade imaginaire.

Analyse littéraire

La structure dramatique

La pièce est construite autour d’un conflit symétrique : deux camps, deux prétendants, deux projets de mariage. Cette structure binaire est typique de la comédie classique, mais Molière la complexifie par la richesse psychologique des personnages. Philaminte n’est pas un simple obstacle : elle est convaincue d’agir pour le bien de sa fille. Chrysale n’est pas un simple héros : il est lâche et borné. Le conflit n’oppose pas le bien au mal, mais deux formes d’excès (le pédantisme de Philaminte et le conservatisme de Chrysale) à une voie médiane incarnée par Henriette et Clitandre.

La versification : l’alexandrin au service du comique

Les Femmes savantes est entièrement écrite en alexandrins à rimes plates. Molière utilise la contrainte du vers pour produire des effets comiques précis : les répliques cinglantes de Chrysale tombent sur la rime, les exclamations des femmes devant les vers de Trissotin sont scandées avec une emphase ridicule, les tirades de Clitandre ont l’équilibre et la clarté de l’honnête homme. La versification n’est pas un ornement : elle est un outil dramatique.

Trissotin et Tartuffe : deux imposteurs

Le parallèle entre Trissotin et Tartuffe est évident. Les deux sont des imposteurs qui s’introduisent dans une famille en exploitant une passion du chef de maison (la dévotion pour Orgon, le savoir pour Philaminte). Les deux sont démasqués par un stratagème. Mais il y a une différence importante : Tartuffe est dangereux (il menace la famille de ruine et d’emprisonnement), tandis que Trissotin est surtout ridicule (sa lâcheté au dénouement le disqualifie). Les Femmes savantes est une comédie plus légère que Le Tartuffe, même si les enjeux restent sérieux.

Le personnage de Bélise : le comique de folie douce

Bélise est l’un des personnages les plus drôles du théâtre de Molière. Vieille fille, elle est convaincue que tous les hommes sont secrètement amoureux d’elle — y compris Clitandre, Dorante, le notaire et même les passants. Chaque fois qu’on essaie de la détromper, elle interprète la protestation comme une preuve supplémentaire d’amour dissimulé. Ce délire est comique en soi, mais il illustre aussi le thème central de la pièce : la déformation du réel par la vanité intellectuelle. Bélise voit le monde à travers le filtre de ses lectures romanesques, tout comme Philaminte le voit à travers le filtre de la philosophie.

Scènes clés à connaître

Acte I, scène 1 — Armande contre Henriette

Les deux sœurs s’opposent sur le mariage et la philosophie :

Armande méprise le mariage comme une activité vulgaire ; Henriette revendique le droit d’aimer et de fonder une famille. Cette scène d’ouverture pose le conflit central : philosophie contre bon sens, idéalisme contre réalisme.

Acte II, scène 5 — Chrysale sur les femmes

Chrysale défend sa conception des rôles domestiques :

Il prononce une tirade où il affirme que les femmes devraient se contenter de tenir le ménage. Le discours est comique par son excès conservateur — et par le fait que Chrysale est incapable de mettre en pratique l’autorité qu’il revendique.

Acte II, scène 6 — Le renvoi de Martine

Philaminte renvoie la servante Martine pour une faute de grammaire :

Martine a utilisé un mot « qui n’est pas dans Vaugelas ». Philaminte la congédie malgré les protestations de Chrysale. La scène illustre l’absurdité d’un savoir grammatical érigé en tyrannie domestique.

Acte III, scène 2 — La lecture du sonnet de Trissotin

Trissotin lit ses vers devant les trois femmes savantes :

Philaminte, Armande et Bélise s’extasient à chaque vers avec des exclamations exagérées (« Ah ! »). Le spectateur entend des vers médiocres. Le comique naît du décalage entre l’enthousiasme des femmes et la qualité réelle du poème.

Acte III, scène 3 — La querelle Trissotin-Vadius

Les deux érudits passent des compliments aux insultes :

Après s’être mutuellement couvert de louanges, ils s’affrontent violemment quand Vadius critique sans le savoir un poème de Trissotin. La scène démonte la vanité du milieu littéraire avec une précision féroce.

Acte V, scène 4 — Le stratagème d’Ariste

Les fausses lettres de ruine démasquent Trissotin :

En apprenant que la famille est « ruinée », Trissotin renonce immédiatement au mariage. Clitandre maintient sa demande. La vérité des sentiments et des intentions éclate par le contraste entre les deux réactions.

Les formes du comique

Type de comiqueExemple
Comique de caractèreLe pédantisme de Philaminte, la lâcheté de Chrysale, le délire de Bélise
Comique de situationChrysale tonnant contre les femmes savantes… puis se taisant devant Philaminte
Comique de motsLes exclamations des femmes devant les vers de Trissotin ; les réparties de Martine
Ironie dramatiqueLe spectateur sait que les vers de Trissotin sont mauvais — les femmes les trouvent géniaux
SatireLa querelle Trissotin-Vadius parodie les disputes du milieu littéraire réel
Comique de contrasteOpposition entre le langage populaire de Martine et le jargon philosophique de Philaminte

Lien avec Les Précieuses ridicules (1659)

Les Femmes savantes (1672) est souvent comparée aux Précieuses ridicules (1659), une comédie en un acte et en prose que Molière avait écrite treize ans plus tôt. Les deux pièces partagent le même thème — la satire de la prétention intellectuelle féminine — mais les traitent très différemment :

  • Les Précieuses ridicules est une farce courte et légère, où deux jeunes filles naïves sont bernées par des valets déguisés en marquis. Le comique est large, physique, proche du burlesque.
  • Les Femmes savantes est une comédie de caractère en cinq actes et en vers, beaucoup plus élaborée. Les personnages sont complexes (Philaminte n’est pas stupide, Chrysale n’est pas un héros), les enjeux sont réels (un mariage, une fortune), et la réflexion morale est approfondie.

On considère généralement que Les Femmes savantes est la version mature et aboutie du thème esquissé dans Les Précieuses ridicules. Molière passe de la farce à la grande comédie, du croquis au portrait achevé.

Sujets de dissertation possibles

Sujet 1

Molière, dans Les Femmes savantes, condamne-t-il le savoir des femmes ou l’usage qu’elles en font ?

Sujet 2

En quoi le dénouement des Femmes savantes est-il plus satisfaisant que celui du Tartuffe ? Vous comparerez les deux pièces.

Sujet 3

Qui est le personnage principal des Femmes savantes ? Vous analyserez la construction dramatique de la pièce.

Sujet 4

Dans quelle mesure Les Femmes savantes peut-elle être considérée comme une pièce misogyne ? Vous nuancerez votre réponse en vous appuyant sur l’ensemble des personnages féminins.

Préparer l’oral

Extraits fréquemment étudiés

  • I, 1 : le débat Armande-Henriette — philosophie contre mariage.
  • II, 5 : la tirade de Chrysale sur le rôle des femmes.
  • II, 6 : le renvoi de Martine pour faute de grammaire.
  • III, 2 : la lecture du sonnet et les exclamations des femmes.
  • III, 3 : la querelle Trissotin-Vadius.
  • IV, 3 : Clitandre face à Trissotin — l’affrontement entre l’honnête homme et le pédant.
  • V, 4 : le dénouement — le stratagème d’Ariste.

Conseils pour la présentation d’œuvre

  • Montrez que Molière ne condamne pas le savoir féminin en soi : Henriette est cultivée, Clitandre défend l’instruction des femmes. La cible est le pédantisme et l’excès.
  • Comparez avec Le Tartuffe (même schéma : un imposteur qui manipule un chef de famille aveuglé) et avec Les Précieuses ridicules (même thème, traitement différent).
  • Parlez de la versification : c’est un exercice attendu sur une pièce en alexandrins.
  • Préparez un avis nuancé sur la question « Molière est-il misogyne ? » — c’est une question fréquente à l’oral.

Questions fréquentes

Les Femmes savantes est-elle une pièce misogyne ?
La question fait débat. Molière satirise des femmes qui se piquent de philosophie, et le discours de Chrysale (« une femme en sait assez quand elle sait coudre ») peut paraître rétrograde. Mais il faut nuancer : Henriette, le personnage le plus positif, est une femme cultivée et intelligente. Clitandre défend explicitement le droit des femmes à être instruites. Et Chrysale, malgré ses belles paroles conservatrices, est un personnage ridicule par sa lâcheté. La cible de Molière n’est pas l’éducation des femmes : c’est le pédantisme, quel que soit le sexe de celui qui le pratique.
Qui est Trissotin ?
Trissotin est un bel esprit, poète et philosophe, qui fréquente la maison de Chrysale et a gagné l’admiration de Philaminte, Armande et Bélise. Son nom signifie « trois fois sot ». Il est un portrait à peine voilé de l’abbé Cotin, un auteur médiocre de l’époque. Trissotin est un imposteur qui utilise le savoir comme masque pour s’emparer de la dot d’Henriette.
Quel est le lien avec Les Précieuses ridicules ?
Les Précieuses ridicules (1659) et Les Femmes savantes (1672) traitent le même thème — la satire de la prétention intellectuelle féminine — mais à treize ans d’intervalle et avec des moyens très différents. Les Précieuses est une farce en un acte et en prose ; Les Femmes savantes est une grande comédie en cinq actes et en vers, avec des personnages plus complexes et une réflexion plus approfondie.
Pourquoi Chrysale ne s’impose-t-il pas ?
Chrysale est un personnage comique par son décalage entre les paroles et les actes. Il prononce de grandes tirades sur l’autorité du père et du mari, mais il est incapable de résister à Philaminte. Cette lâcheté est ce qui rend la situation inextricable et nécessite l’intervention d’Ariste. Chrysale illustre un thème cher à Molière : l’écart entre ce qu’on dit et ce qu’on fait.
Comment se termine la pièce ?
Ariste fait croire à la famille que Chrysale est ruiné (fausses lettres). Trissotin renonce immédiatement au mariage, révélant qu’il ne s’intéressait qu’à la dot. Clitandre maintient sa demande, prouvant la sincérité de son amour. Ariste révèle la supercherie, Philaminte ouvre les yeux sur Trissotin, et Henriette peut enfin épouser Clitandre.
Qu’est-ce que le pédantisme ?
Le pédantisme est l’étalage vaniteux et prétentieux d’un savoir, souvent superficiel. Le pédant ne cherche pas à comprendre ou à transmettre : il cherche à impressionner et à dominer. Dans Les Femmes savantes, Trissotin est un pédant (il récite des vers médiocres avec une assurance ridicule), et Philaminte, Armande et Bélise sont victimes de ce pédantisme. Molière oppose le pédantisme à l’honnêteté (au sens classique du terme) : l’honnête homme est cultivé, mais il ne fait pas étalage de son savoir.

Pour aller plus loin