Hernani – Victor Hugo : Résumé, Analyse et Fiche de Lecture

Fiche complète — Le drame romantique qui a révolutionné le théâtre français

Auteur
Victor Hugo (1802–1885)
Titre
Hernani
Date de création
25 février 1830 (Comédie-Française)
Genre
Drame romantique en cinq actes et en vers (alexandrins)
Mouvement littéraire
Romantisme
Registre
Dramatique, lyrique, épique, parfois grotesque
Cadre
Espagne, 1519 — de Saragosse au tombeau de Charlemagne à Aix-la-Chapelle
Nombre de vers
2 158 vers
Étude
Classique du lycée, fréquemment au programme de français

Créée le 25 février 1830, Hernani est la pièce qui a déclenché la célèbre « bataille d’Hernani », l’un des événements les plus marquants de l’histoire littéraire française. Victor Hugo, alors âgé de 27 ans, y applique les principes du drame romantique exposés dans la préface de Cromwell (1827) : mélange des genres, refus des unités classiques, héros passionnés et marginaux. Trois hommes — un bandit, un roi et un vieillard — se disputent l’amour de Doña Sol, dans une Espagne du XVIe siècle où l’honneur, la passion et la fatalité se mêlent jusqu’au dénouement tragique. Hernani est à la fois un manifeste esthétique, un drame d’amour et une réflexion sur le pouvoir et la liberté.

Contexte historique et littéraire

La France en 1830 : entre restauration et révolution

Hernani est créée en février 1830, cinq mois avant la Révolution de Juillet qui renversera Charles X. La France vit sous la Restauration : la monarchie des Bourbons, rétablie après la chute de Napoléon, est contestée par une jeunesse libérale qui aspire à la liberté politique et artistique. La bataille qui éclate dans la salle de la Comédie-Française le soir de la première n’est pas seulement une querelle esthétique : c’est le reflet d’un conflit de générations et de visions du monde.

Le romantisme contre le classicisme

En 1830, le théâtre français est encore dominé par les règles du classicisme héritées du XVIIe siècle : respect des trois unités (temps, lieu, action), séparation des genres (la tragédie est noble, la comédie est populaire), bienséance (pas de violence sur scène), alexandrins réguliers. Les romantiques rejettent ces contraintes. Ils veulent un théâtre libre, qui mêle le sublime et le grotesque, le rire et les larmes, le roi et le mendiant. Ils veulent un théâtre qui parle aux émotions, pas seulement à la raison.

Hugo a exposé ce programme dans la préface de Cromwell (1827), véritable manifeste du drame romantique. Hernani est la première application concrète de ces principes sur la scène du théâtre le plus prestigieux de France.

Hugo en 1830

Victor Hugo a 27 ans en 1830. Il est déjà célèbre comme poète (Odes et Ballades, 1826 ; Les Orientales, 1829) et comme romancier (Le Dernier Jour d’un condamné, 1829). Mais le théâtre est le champ de bataille décisif : c’est là que se joue la légitimité littéraire. En imposant Hernani à la Comédie-Française, Hugo lance un défi direct à l’establishment littéraire. Il recrute une « armée » de jeunes romantiques — peintres, poètes, musiciens, dont Théophile Gautier et son célèbre gilet rouge — pour applaudir la pièce et tenir tête aux classiques hostiles.

Résumé acte par acte

Acte I — Le Roi (Saragosse, la chambre de Doña Sol)

L’action commence à Saragosse, en 1519. Doña Sol, une jeune noble, attend la visite secrète de son amant, Hernani, un proscrit qui vit en bandit dans les montagnes. Mais c’est le roi Don Carlos (le futur Charles Quint) qui entre en premier, caché dans une armoire par la duègne de Doña Sol. Don Carlos convoite Doña Sol.

Hernani arrive. Les deux hommes se font face. Hernani est un noble déchu : son père a été exécuté sur ordre du père de Don Carlos, et Hernani a juré de se venger. Il hait le roi et veut le tuer. Mais Don Carlos est aussi son rival en amour. Doña Sol s’interpose. Le roi part, mais la rivalité est scellée.

Arrive Don Ruy Gomez de Silva, le vieux duc qui est l’oncle et le tuteur de Doña Sol — et qui veut l’épouser. Don Ruy Gomez découvre Don Carlos chez Doña Sol en pleine nuit. Le roi invente un prétexte politique pour justifier sa présence. Le vieillard est dupé — pour l’instant.

Point clé : L’acte I installe le triangle amoureux (Hernani, Don Carlos, Don Ruy Gomez), le thème de la vengeance et la figure de Doña Sol, femme aimée par trois hommes de rangs et d’âges différents. Hugo rompt immédiatement avec les conventions classiques : l’action commence dans une chambre à coucher, un roi se cache dans une armoire, et le premier vers de la pièce enjambe la frontière entre deux répliques (le célèbre rejet « Serait-ce déjà lui ? — C’est bien à l’escalier / Dérobé »).

Acte II — Le Bandit (Saragosse, un patio)

Don Carlos tente d’enlever Doña Sol en pleine nuit. Hernani intervient et sauve Doña Sol. Les deux hommes s’affrontent. Hernani pourrait tuer le roi, mais il refuse : il veut une vengeance noble, pas un assassinat dans l’ombre. Il laisse partir Don Carlos après l’avoir humilié verbalement.

Doña Sol déclare son amour à Hernani et lui jure fidélité. Hernani la met en garde : il est un proscrit, un homme poursuivi, un homme dont le destin est la mort. Aimer un bandit, c’est accepter le malheur. Doña Sol refuse de le quitter : elle le suivra partout, même dans la mort.

Acte III — Le Vieillard (le château de Don Ruy Gomez)

Le mariage de Don Ruy Gomez et Doña Sol est imminent. Hernani arrive au château, déguisé en pèlerin. Don Ruy Gomez, respectant les lois sacrées de l’hospitalité, l’accueille sans le reconnaître. Mais quand Hernani révèle son identité, le vieillard est déchiré : il hait Hernani (son rival), mais il ne peut pas livrer un hôte — l’honneur l’interdit.

Don Carlos arrive avec ses troupes pour capturer Hernani. Don Ruy Gomez refuse de livrer son hôte, même au roi. Il cache Hernani dans un passage secret. Le roi, furieux, enlève Doña Sol en otage.

Resté seul avec Hernani, Don Ruy Gomez lui propose un pacte terrible : il l’aidera à se venger du roi et à sauver Doña Sol, mais en échange, Hernani devra lui donner sa vie quand il l’exigera. Il lui remet un cor : le jour où Don Ruy Gomez sonnera du cor, Hernani devra mourir. Hernani accepte. Le pacte du cor est scellé.

Point clé : Le pacte du cor est le moteur tragique de la pièce. Hernani engage sa vie par honneur — et cet engagement le condamnera. Le cor est l’équivalent hugolien de la fatalité antique : un serment irrévocable qui pèse sur le héros et le mène inexorablement à la mort.

Acte IV — Le Tombeau (Aix-la-Chapelle, le caveau de Charlemagne)

L’acte IV est un acte politique, très différent des trois premiers. Nous sommes à Aix-la-Chapelle, dans le tombeau de Charlemagne. Don Carlos attend le résultat de l’élection impériale : il brigue le titre d’empereur du Saint-Empire romain germanique. Pendant ce temps, un groupe de conspirateurs (dont Hernani et Don Ruy Gomez) complote pour l’assassiner.

Seul dans le tombeau, Don Carlos prononce un grand monologue devant le sépulcre de Charlemagne (IV, 2). Il médite sur le pouvoir, la grandeur, la responsabilité d’un empereur. Ce monologue est le tournant du personnage : d’un jeune roi libertin et capricieux, Don Carlos se transforme en un souverain digne de Charlemagne.

L’élection est annoncée : Don Carlos est élu empereur sous le nom de Charles Quint. Les conspirateurs sont arrêtés. Don Carlos/Charles Quint, dans un acte de clémence inspiré par la grandeur de Charlemagne, pardonne à tous — y compris à Hernani. Il lui rend son titre, ses terres et sa dignité. Il autorise le mariage d’Hernani et Doña Sol.

Acte V — La Noce (Saragosse, le palais d’Hernani)

Hernani et Doña Sol viennent de se marier. C’est la nuit de noces. Le bonheur semble enfin à portée de main. Hernani a retrouvé son nom (Don Juan d’Aragon), ses terres, son rang. Doña Sol est à lui.

Mais au milieu de la fête, un son retentit : le cor. Don Ruy Gomez est là. Il vient réclamer la vie d’Hernani, conformément au pacte. Hernani, fidèle à sa parole, accepte la mort. Doña Sol tente de sauver Hernani : elle supplie Don Ruy Gomez, elle menace, elle propose sa propre vie en échange. Rien n’y fait.

Don Ruy Gomez tend un flacon de poison à Hernani. Doña Sol s’en empare et boit la première. Hernani boit à son tour. Ils meurent ensemble, enlacés. Don Ruy Gomez, face aux deux cadavres, se poignarde.

Le dénouement est d’une noirceur absolue : trois morts, un bonheur détruit, une fatalité accomplie. Le romantisme hugolien refuse le dénouement heureux de la comédie comme le dénouement mesuré de la tragédie classique : il pousse la passion et la mort jusqu’à leur paroxysme.

Les personnages

PersonnageIdentitéFonction dramatique
Hernani / Don Juan d’AragonNoble déchu devenu bandit, amant de Doña SolLe héros romantique — marginal, passionné, déchiré entre amour, honneur et vengeance
Doña SolJeune noble, nièce de Don Ruy GomezL’héroïne — amoureuse absolue, prête à mourir avec Hernani
Don Carlos / Charles QuintRoi d’Espagne, futur empereurLe rival politique et amoureux — il évolue du caprice à la grandeur
Don Ruy Gomez de SilvaVieux duc, tuteur de Doña SolLe vieillard amoureux — l’honneur poussé jusqu’à la cruauté

Le triangle (ou quadrilatère) amoureux

Trois hommes aiment Doña Sol, chacun incarnant une valeur différente :

  • Hernani incarne la passion et la révolte. Son amour est absolu, mais lié à la mort.
  • Don Carlos incarne le pouvoir. Son désir pour Doña Sol est d’abord un caprice de roi, avant de céder devant la grandeur impériale.
  • Don Ruy Gomez incarne l’honneur féodal. Son amour pour Doña Sol est sincère mais possessif, et son sens de l’honneur finit par détruire ce qu’il aime.

Thèmes principaux

L’amour absolu et la mort

L’amour dans Hernani est un amour total, indissociable de la mort. Hernani prévient Doña Sol dès l’acte II : il est un homme poursuivi, marqué par la fatalité, et l’aimer, c’est accepter de mourir avec lui. Doña Sol accepte sans hésiter. Leur amour est un amour romantique par excellence : sublime, excessif, tragique, condamné. Il ne peut s’accomplir que dans la mort — une mort choisie ensemble, qui est à la fois un sacrifice et une consécration.

L’honneur et la parole donnée

Le pacte du cor est le moteur tragique de la pièce. Hernani a donné sa parole à Don Ruy Gomez : quand le cor sonnera, il mourra. Cet engagement est sacré — ni l’amour de Doña Sol, ni le bonheur enfin atteint, ni la raison ne peuvent le défaire. L’honneur, chez Hugo, est une force supérieure à la vie elle-même. Hernani est un héros parce qu’il tient sa parole, même quand elle le tue. Mais l’honneur est aussi une force destructrice : c’est l’exigence de Don Ruy Gomez qui provoque la catastrophe finale.

La fatalité

Hernani est poursuivi par une fatalité qui rappelle la tragédie antique. Fils d’un père exécuté, proscrit, banni, il porte sur lui la malédiction d’un destin qui ne lui laisse aucun répit. Chaque fois que le bonheur semble à portée de main (l’amour de Doña Sol, le pardon de Charles Quint), la fatalité le rattrape (le cor sonne). Hugo reprend le mécanisme tragique (un héros condamné par des forces qui le dépassent) mais le charge d’une émotion romantique : la révolte contre le destin, même vaincue, est héroïque.

Le pouvoir et la clémence

L’acte IV est une réflexion sur le pouvoir. Don Carlos, jeune roi capricieux et violent, se transforme devant le tombeau de Charlemagne en empereur clément. Son monologue (IV, 2) est une méditation sur ce qui fait la grandeur d’un souverain : non pas la force, mais la magnanimité. En pardonnant à Hernani, Charles Quint prouve qu’il est digne de l’Empire. Hugo, monarchiste devenu républicain au fil de sa vie, propose ici une vision idéalisée du pouvoir — un pouvoir qui s’élève au-dessus de la vengeance et du caprice.

Le héros marginal

Hernani est un héros romantique typique : noble de naissance mais marginalisé par l’injustice, il vit en bandit, en révolté, en marge de la société. Sa grandeur vient de son refus de se soumettre — au roi, au destin, aux conventions. Mais cette grandeur est aussi sa perte : c’est son intransigeance qui le conduit à donner sa vie à Don Ruy Gomez. Le héros romantique est un être excessif, qui refuse tout compromis et préfère la mort à la médiocrité.

Analyse littéraire

Le drame romantique : une forme nouvelle

Hernani est le premier grand drame romantique joué sur la scène française. Hugo y applique les principes qu’il a théorisés dans la préface de Cromwell :

  • Mélange des genres : la pièce combine des éléments de tragédie (la fatalité, la mort), de comédie (le roi caché dans l’armoire, certaines répliques d’Hernani), et de mélodrame (les rebondissements, le poison).
  • Mélange des registres : le sublime (le monologue de Charles Quint) côtoie le grotesque (les situations burlesques de l’acte I).
  • Rupture des unités : l’action se déroule en plusieurs lieux (Saragosse, Aix-la-Chapelle) et sur plusieurs mois, en violation de l’unité de lieu et de temps.
  • Liberté de la versification : Hugo bouscule l’alexandrin classique par des enjambements, des rejets et des coupes inhabituels qui scandalisèrent les classiques.

L’alexandrin romantique

L’un des aspects les plus novateurs d’Hernani est le traitement de l’alexandrin. Là où les classiques respectaient la césure à l’hémistiche (6/6) et évitaient les enjambements entre les vers, Hugo brise systématiquement ces conventions. Le premier vers de la pièce est devenu le symbole de cette révolution :

Doña Josefa : « Serait-ce déjà lui ? C’est bien à l’escalier / Dérobé. » — le mot « Dérobé » est rejeté au vers suivant, cassant la symétrie classique. Ce rejet a provoqué des huées le soir de la première. Pour Hugo, casser l’alexandrin, c’est casser les règles figées qui étouffent la liberté créatrice — un geste esthétique autant que politique.

Le monologue de Charles Quint (IV, 2)

Le monologue de Don Carlos devant le tombeau de Charlemagne est le sommet littéraire de la pièce. En 70 vers, le roi médite sur le pouvoir, la grandeur, le poids de l’Empire. Il s’adresse à Charlemagne comme à un père spirituel et lui demande la force de gouverner. Ce monologue transforme un personnage de jeune roi capricieux en figure historique et philosophique. C’est aussi un morceau de virtuosité poétique, où Hugo déploie toute la puissance de son lyrisme.

La structure en cinq actes et cinq titres

Chaque acte porte un titre qui désigne le personnage dominant :

  • Acte I : Le Roi — Don Carlos domine l’action.
  • Acte II : Le Bandit — Hernani est au premier plan.
  • Acte III : Le Vieillard — Don Ruy Gomez impose le pacte du cor.
  • Acte IV : Le Tombeau — la transformation de Don Carlos en Charles Quint.
  • Acte V : La Noce — le dénouement tragique.

Cette structure fait alterner les personnages dominants et crée un rythme de balancier entre les trois rivaux, avant la confrontation finale. Les titres marquent aussi une progression symbolique : du pouvoir terrestre (le roi) à la mort (la noce funèbre).

Scènes clés à connaître

Acte I, scène 2 — L’affrontement Hernani-Don Carlos

Les deux rivaux se font face pour la première fois :

Hernani provoque le roi, lui rappelle la mort de son père, et affirme sa soif de vengeance. Don Carlos, surpris par l’audace du bandit, hésite entre la colère et l’admiration. Doña Sol s’interpose. La scène établit le triangle amoureux et le conflit politique.

Acte III, scène 6 — Le pacte du cor

Don Ruy Gomez impose à Hernani un serment mortel :

En échange de sa protection et de son aide contre le roi, Hernani donne sa vie à Don Ruy Gomez. Le cor est l’instrument du pacte : quand il sonnera, Hernani devra mourir. C’est le nœud tragique de la pièce — un engagement irrévocable qui condamnera Hernani au moment de son plus grand bonheur.

Acte IV, scène 2 — Le monologue de Charles Quint

Don Carlos médite devant le tombeau de Charlemagne :

Un monologue de 70 vers où le roi s’interroge sur la grandeur du pouvoir impérial. Il s’élève au-dessus de ses passions personnelles (l’amour de Doña Sol, la vengeance contre Hernani) pour embrasser une vision politique supérieure. C’est le tournant du personnage et le sommet lyrique de la pièce.

Acte V, scène 3 — La nuit de noces et le cor

Le bonheur d’Hernani et Doña Sol est brisé par le son du cor :

Au milieu de la fête, le cor retentit trois fois. Don Ruy Gomez réclame la vie d’Hernani. Doña Sol boit le poison la première, Hernani la suit. Ils meurent ensemble. Don Ruy Gomez se poignarde. Trois morts en quelques minutes — un dénouement d’une violence et d’une intensité typiquement romantiques.

La bataille d’Hernani (25 février 1830)

La première représentation d’Hernani est restée dans l’histoire sous le nom de « bataille d’Hernani ». Ce soir-là, la salle de la Comédie-Française est le théâtre d’un affrontement physique et verbal entre deux camps :

  • Les classiques (partisans des règles traditionnelles, académiciens, critiques conservateurs) — ils sifflent, huent, protestent contre les libertés prises par Hugo.
  • Les romantiques (jeunes artistes, poètes, peintres) — recrutés par Hugo, ils applaudissent, acclament et couvrent les protestations. Le plus célèbre est Théophile Gautier, venu en gilet rouge, symbole de provocation.

L’affrontement se poursuit pendant plusieurs représentations. Les enjeux sont considérables : il ne s’agit pas seulement d’une pièce de théâtre, mais de la légitimité d’une nouvelle forme d’art. Le succès d’Hernani — la pièce tient l’affiche malgré les protestations — consacre la victoire du romantisme au théâtre. C’est un tournant dans l’histoire littéraire française, comparable à la préface des Lyrical Ballads de Wordsworth et Coleridge pour le romantisme anglais.

La préface de Cromwell (1827) : le manifeste du drame romantique

Pour comprendre Hernani, il faut connaître la préface de Cromwell (1827), dans laquelle Hugo expose les principes du drame romantique. Les idées principales sont :

  • Le mélange du sublime et du grotesque : la vie réelle n’est ni purement tragique ni purement comique — elle mêle les deux. Le drame doit refléter cette réalité.
  • Le refus des unités de temps et de lieu : les trois unités classiques sont des conventions artificielles qui empêchent de représenter la vie dans sa complexité. Seule l’unité d’action est maintenue.
  • La liberté de la versification : l’alexandrin doit être assoupli, brisé, rendu vivant — pas récité comme une formule figée.
  • Le drame comme miroir de la vie : le théâtre doit montrer la totalité de l’expérience humaine, pas seulement la part noble et idéalisée.

Sujets de dissertation possibles

Sujet 1

En quoi Hernani illustre-t-il les principes du drame romantique exposés par Hugo dans la préface de Cromwell ?

Sujet 2

Hernani est-il un héros admirable ou un personnage condamné par ses propres excès ?

Sujet 3

Quel rôle l’honneur joue-t-il dans Hernani ? Vous montrerez qu’il est à la fois la grandeur et la cause de la destruction des personnages.

Sujet 4

Le monologue de Charles Quint (IV, 2) est-il une parenthèse dans l’intrigue ou le cœur de la pièce ? Vous analyserez sa fonction dramatique et philosophique.

Préparer l’oral

Extraits fréquemment étudiés

  • I, 2 : l’affrontement Hernani-Don Carlos — la rivalité, la vengeance, le triangle amoureux.
  • II, 4 : la déclaration d’amour Hernani-Doña Sol — le lyrisme romantique, l’amour et la mort.
  • III, 6 : le pacte du cor — le nœud tragique, l’honneur sacrificiel.
  • IV, 2 : le monologue de Charles Quint — la méditation sur le pouvoir.
  • V, 3 : le dénouement — le cor, le poison, les trois morts.

Conseils pour la présentation d’œuvre

  • Connaissez la bataille d’Hernani et son contexte : c’est indispensable pour comprendre la portée de la pièce.
  • Maîtrisez les principes de la préface de Cromwell : mélange des genres, refus des unités, liberté de l’alexandrin.
  • Analysez le héros romantique : en quoi Hernani est-il un personnage marginal, passionné et fatal ?
  • N’oubliez pas Doña Sol : elle n’est pas un personnage passif — elle choisit la mort par amour.
  • Comparez avec d’autres œuvres romantiques (Ruy Blas, Les Misérables, Chatterton de Vigny).

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la bataille d’Hernani ?
La « bataille d’Hernani » désigne l’affrontement qui a eu lieu lors de la première représentation de la pièce, le 25 février 1830, entre les partisans du classicisme (qui sifflaient) et les partisans du romantisme (qui applaudissaient). L’événement est resté dans l’histoire comme le moment où le romantisme a triomphé au théâtre. Théophile Gautier, venu en gilet rouge, en est devenu le symbole.
Qui est Hernani ?
Hernani est un noble espagnol déchu (Don Juan d’Aragon) dont le père a été exécuté sur ordre du père de Don Carlos. Vivant en bandit dans les montagnes, il a juré de se venger du roi. Mais il est aussi passionnément amoureux de Doña Sol. Il incarne le héros romantique : marginal, passionné, déchiré entre l’amour et l’honneur, condamné par la fatalité.
Qu’est-ce que le pacte du cor ?
À l’acte III, Don Ruy Gomez accepte de protéger Hernani et de l’aider contre le roi, à une condition : Hernani devra donner sa vie quand Don Ruy Gomez le lui demandera. Le signal sera le son du cor. Ce pacte est le moteur tragique de la pièce : il condamne Hernani à mourir au moment de son plus grand bonheur (sa nuit de noces).
Comment se termine Hernani ?
Le dénouement est tragique. Pendant la nuit de noces d’Hernani et Doña Sol, Don Ruy Gomez sonne du cor et réclame la vie d’Hernani. Doña Sol boit le poison la première, Hernani boit à son tour, et ils meurent ensemble. Don Ruy Gomez, face aux deux cadavres, se poignarde. Trois morts en quelques minutes.
Qu’est-ce que le drame romantique ?
Le drame romantique est un genre théâtral créé par Victor Hugo dans les années 1820-1830, en opposition aux règles du théâtre classique. Ses principes sont : le mélange du sublime et du grotesque, le refus des trois unités (sauf l’unité d’action), la liberté de la versification, et le choix de héros passionnés et marginaux. Hernani (1830) et Ruy Blas (1838) en sont les exemples les plus célèbres.
Pourquoi Don Carlos pardonne-t-il à Hernani ?
À l’acte IV, Don Carlos vient d’être élu empereur (Charles Quint). Devant le tombeau de Charlemagne, il comprend que la grandeur d’un souverain réside dans la clémence, pas dans la vengeance. En pardonnant à tous les conspirateurs, y compris Hernani, il prouve qu’il est digne de l’Empire. Ce pardon transforme le personnage et donne à l’acte IV une dimension philosophique qui dépasse l’intrigue amoureuse.
Pourquoi le premier vers de la pièce a-t-il fait scandale ?
Le premier vers d’Hernani contient un rejet : « Serait-ce déjà lui ? C’est bien à l’escalier / Dérobé. » Le mot « Dérobé » est rejeté au début du vers suivant, brisant la césure classique de l’alexandrin (6/6). Ce procédé, parfaitement normal en poésie aujourd’hui, était une provocation en 1830 : il violait la règle sacrée de la régularité métrique. Les classiques y ont vu un saccage de l’alexandrin ; les romantiques y ont vu une libération.

Pour aller plus loin