Travail, Emploi et Chômage
1ère et Terminale spécialité SES — marché du travail, formes d’emploi, causes et politiques du chômage
8. Les théories du chômage
2. La population active
9. Flexibilité et marché du travail
3. Les formes d’emploi
10. Le salaire : formation et déterminants
4. Le marché du travail
11. Les politiques de l’emploi
5. Mesure du chômage
12. Exercices types bac
6. Les types de chômage
13. Questions fréquentes
7. Le halo du chômage
Travail et emploi : définitions
Le travail désigne toute activité humaine consciente et organisée visant à produire des biens ou services utiles. Il peut être marchand (rémunéré, comptabilisé dans le PIB) ou non marchand (bénévolat, travail domestique, non comptabilisé).
L’emploi désigne une relation de travail rémunérée, formalisée par un contrat (CDI, CDD, intérim…) ou une activité indépendante. L’emploi est une forme particulière du travail : tout emploi est du travail, mais tout travail n’est pas un emploi.
| Travail | Emploi | |
|---|---|---|
| Rémunération | Pas nécessairement | Oui, toujours |
| Exemples | Bénévolat, jardinage, garde d’enfants | Salarié, indépendant, fonctionnaire |
| Comptabilisé dans le PIB | Non (non marchand) | Oui |
| Contrat | Non requis | Contrat ou statut |
La population active
La population active regroupe toutes les personnes en âge de travailler (15 ans et plus) qui ont un emploi (actifs occupés) ou qui en cherchent un (chômeurs). Elle exclut les inactifs : étudiants, retraités, personnes au foyer, personnes en incapacité de travailler.
Taux d’emploi = (Actifs occupés / Population en âge de travailler) × 100
Taux de chômage = (Chômeurs / Population active) × 100
Population en âge de travailler (15-64 ans) : ≈ 42 millions.
Population active : ≈ 30 millions (taux d’activité ≈ 72 %).
Actifs occupés : ≈ 27,5 millions.
Chômeurs (BIT) : ≈ 2,3 millions (taux de chômage ≈ 7,5 %).
— Tertiarisation (70 % des emplois dans les services)
— Féminisation (taux d’activité des femmes passé de 40 % en 1960 à 68 % aujourd’hui)
— Élévation du niveau de qualification
— Recul de l’emploi industriel (désindustrialisation)
— Développement des emplois précaires et atypiques
Les formes d’emploi
| Forme d’emploi | Caractéristiques | Part en France |
|---|---|---|
| CDI temps plein | Contrat à durée indéterminée, norme de référence | ≈ 75 % des salariés |
| CDD | Contrat à durée déterminée, limité dans le temps | ≈ 8-9 % |
| Intérim | Mission temporaire via agence | ≈ 2-3 % |
| Temps partiel | Durée inférieure au temps plein (35h) | ≈ 17 % des salariés |
| Indépendants / TNS | Travailleur non salarié, à son compte | ≈ 12 % des actifs |
| Auto-entrepreneur | Régime simplifié d’indépendant | Forte croissance depuis 2009 |
L’emploi atypique désigne tout emploi qui s’écarte de la norme CDI temps plein : CDD, intérim, temps partiel subi, stages, contrats aidés. La précarité renvoie à l’instabilité et à l’incertitude sur la durée de l’emploi. Elle touche davantage les jeunes, les femmes et les peu qualifiés.
Le marché du travail
Le marché du travail est le lieu de rencontre entre l’offre de travail (proposée par les ménages/travailleurs) et la demande de travail (émanant des entreprises). Le prix qui en résulte est le salaire.
Le travail n’est pas une marchandise ordinaire. Plusieurs raisons font que ce marché fonctionne différemment d’un marché de biens :
— Le travailleur ne peut pas être séparé de son travail (dimension humaine)
— Les contrats sont incomplets (on ne peut pas tout prévoir)
— Le salaire n’est pas que le prix d’un service : il conditionne la vie et la dignité du travailleur
— Rôle central des institutions : SMIC, conventions collectives, droit du travail, syndicats
— Asymétrie d’information entre employeur et employé (théorie des contrats)
Pour les libéraux (courant néoclassique), le chômage résulte de rigidités du marché (SMIC trop élevé, coût du travail trop fort, protection de l’emploi excessive) — il faut flexibiliser.
Pour les keynésiens, le chômage est d’abord dû à une insuffisance de la demande globale — il faut soutenir l’activité économique par des politiques de relance.
Mesure du chômage
Est au chômage selon le BIT toute personne qui réunit simultanément trois conditions : être sans emploi (pas d’activité rémunérée, même une heure), être disponible pour travailler dans les deux semaines, et rechercher activement un emploi ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.
| Catégorie | Définition |
|---|---|
| A | Sans emploi, tenu de chercher activement (correspond au chômage BIT) |
| B | Activité réduite courte durée (≤ 78h/mois) |
| C | Activité réduite longue durée (> 78h/mois) |
| D | Non tenu de chercher (formation, maladie…) |
| E | En emploi aidé |
Le taux de chômage officiel (INSEE/BIT) ne comptabilise que la catégorie A stricte. Les catégories B et C représentent environ 1,5 million de personnes supplémentaires.
Les types de chômage
| Type | Cause | Remède approprié |
|---|---|---|
| Frictionnel | Délai normal entre deux emplois (recherche d’emploi) | Améliorer l’information sur le marché du travail, accompagnement |
| Structurel | Inadéquation qualifications / emplois disponibles (désindustrialisation, changement technologique) | Formation, reconversion professionnelle |
| Conjoncturel | Insuffisance de la demande globale lors d’une récession | Politiques de relance keynésiennes |
| Technologique | Substitution capital/travail (automatisation, IA) | Formation, partage du travail, nouveaux emplois |
| Saisonnier | Variations cycliques de l’activité selon les saisons | Diversification économique |
Le halo du chômage
Le halo du chômage regroupe les personnes qui ne sont pas comptées comme chômeurs au sens du BIT mais qui sont en situation de sous-emploi ou de marginalisation par rapport à l’emploi : chômeurs découragés (ne recherchent plus activement), personnes disponibles mais ne cherchant pas, personnes cherchant un emploi mais pas immédiatement disponibles.
— Taux de chômage BIT : ≈ 7,5 %
— Halo du chômage : ≈ 1,9 million de personnes supplémentaires
— Sous-emploi (temps partiel subi) : ≈ 1 million
En ajoutant halo et sous-emploi au chômage strict, la « sous-utilisation de la main-d’œuvre » concerne environ 15 % de la population active.
Les théories du chômage
Approche néoclassique
Approche keynésienne
Théorie du salaire d’efficience
Flexibilité et marché du travail
La flexibilité du travail désigne la capacité des entreprises à adapter leur main-d’œuvre (quantité, qualification, temps de travail, coût) aux variations de l’activité économique.
| Type de flexibilité | Définition | Exemples |
|---|---|---|
| Externe quantitative | Ajuster les effectifs | Embauches / licenciements, CDD, intérim |
| Interne quantitative | Ajuster le temps de travail | Heures supplémentaires, chômage partiel, annualisation |
| Fonctionnelle | Polyvalence des salariés | Mobilité interne, polyvalence des postes |
| Salariale | Ajuster les salaires | Variable selon performance, intéressement |
La flexisécurité (modèle danois) combine flexibilité du marché du travail (facilité d’embauche et de licenciement) ET sécurité pour les travailleurs (indemnisation chômage généreuse, formation active). L’idée : sécuriser les parcours professionnels plutôt que les emplois.
Pro-flexibilité : réduit le coût des ajustements, favorise l’embauche, diminue le chômage structurel.
Pro-protection : sécurise les travailleurs, réduit la précarité, maintient la demande de consommation, favorise l’investissement en capital humain.
Le salaire : formation et déterminants
Le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) est le salaire horaire minimum légal en France, fixé par l’État. Il est revalorisé automatiquement selon l’inflation et peut faire l’objet de « coups de pouce » gouvernementaux. Au 1er janvier 2024 : SMIC brut ≈ 11,65 €/heure, soit ≈ 1 767 € brut/mois.
| Déterminant | Effet sur le salaire |
|---|---|
| Productivité du travail | Plus la productivité est élevée, plus le salaire peut l’être |
| Niveau de qualification / diplôme | Capital humain valorisé sur le marché |
| Négociation collective (syndicats) | Conventions collectives fixent des minima par branche |
| Offre et demande de travail | Rareté d’une compétence → salaire plus élevé |
| SMIC | Plancher légal, protège les travailleurs les moins qualifiés |
| Genre / discriminations | Écart salarial femmes/hommes ≈ 17 % brut en France |
Pour les néoclassiques, un SMIC trop élevé détruit des emplois peu qualifiés (le salaire minimum est au-dessus du salaire d’équilibre).
Pour les keynésiens et Card & Krueger (1994), les études empiriques montrent que les hausses du salaire minimum n’augmentent pas significativement le chômage, et peuvent même le réduire via l’effet demande.
Les politiques de l’emploi
| Politiques passives | Politiques actives | |
|---|---|---|
| Objectif | Indemniser le chômage | Réduire le chômage, favoriser le retour à l’emploi |
| Instruments | Allocations chômage (ARE), préretraites | Formation, contrats aidés, accompagnement, allègements de charges |
| Logique | Sécuriser les revenus | Améliorer l’employabilité, fluidifier le marché |
| Critique | Coût élevé, risque de désincentiver la recherche | Efficacité variable, risque d’effet d’aubaine |
— Allègements de charges Fillon : réduction des cotisations patronales sur les bas salaires pour réduire le coût du travail peu qualifié
— France Travail (ex Pôle emploi) : accompagnement et placement des demandeurs d’emploi
— CPF (Compte Personnel de Formation) : financement de la formation continue
— Apprentissage : forte montée en puissance depuis 2018 (900 000 apprentis en 2023)
— Contrats aidés (PEC) : subventions à l’embauche dans le secteur non-marchand
Exercices types bac
Population active : 30 millions. Actifs occupés : 27,8 millions.
Chômeurs = 30 − 27,8 = 2,2 millions.
Taux de chômage = 2,2 / 30 × 100 = 7,3 %.
Classer les situations suivantes :
a) Suite à la fermeture d’une usine automobile, 500 ouvriers perdent leur emploi dans une région où l’industrie dominait. → Chômage structurel (désindustrialisation, inadéquation des compétences).
b) Un ingénieur quitte son emploi pour en chercher un mieux rémunéré. → Chômage frictionnel (transition volontaire).
c) En 2020, des millions de salariés perdent leur emploi suite à la crise du Covid-19. → Chômage conjoncturel (récession due à la crise).
Sujet : « La flexibilisation du marché du travail est-elle la solution au chômage ? »
I — La flexibilité peut réduire certaines formes de chômage
— Réduit le coût des ajustements → incite à embaucher
— Flexisécurité : exemple danois, forte flexibilité + faible chômage
— Allègements de charges : réduisent le coût du travail peu qualifié
II — La flexibilité ne résout pas le chômage et crée de la précarité
— Ne traite pas le chômage conjoncturel (insuffisance de la demande)
— Ne corrige pas le chômage structurel (problème de qualification)
— Développe la précarité et l’instabilité des parcours (Castel)
— La baisse des salaires réduit la demande globale (paradoxe keynésien)
III — Des politiques complémentaires sont nécessaires
— Politiques actives de l’emploi (formation, accompagnement)
— Politiques macroéconomiques de soutien à la demande
— Protection sociale adaptée aux nouvelles formes d’emploi
Questions fréquentes
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