Financement de l’Économie : Cours Complet SES
1ère et Terminale spécialité SES — épargne, crédit, marchés financiers, banques, crises
8. Les marchés financiers
2. Le financement indirect (intermédié)
9. Actions et obligations
3. Le rôle des banques
10. Risque, rendement et spéculation
4. La création monétaire
11. Les crises financières
5. Le financement direct (désintermédié)
12. Exercices types bac
6. La politique monétaire
13. Questions fréquentes
7. Le taux d’intérêt
Besoin et capacité de financement
Un agent économique est en capacité de financement lorsque ses revenus excèdent ses dépenses — il dégage une épargne qu’il peut prêter. Il est en besoin de financement lorsque ses dépenses (notamment d’investissement) excèdent ses ressources — il doit emprunter.
| Agent | Situation habituelle | Rôle dans le financement |
|---|---|---|
| Ménages | Capacité de financement (épargne > 0) | Prêteurs nets, fournisseurs de fonds |
| Entreprises | Besoin de financement (FBCF > autofinancement) | Emprunteurs nets, demandeurs de fonds |
| État (APU) | Besoin de financement (déficit public structurel) | Emprunteur sur les marchés (OAT) |
| Reste du monde | Variable selon les pays | Peut être prêteur ou emprunteur net |
Le financement indirect (intermédié)
Le financement indirect (ou intermédié) passe par un intermédiaire financier — principalement les banques — qui collecte l’épargne des agents à capacité de financement et la prête aux agents à besoin de financement. La banque supporte le risque de non-remboursement.
— Accessible aux petites entreprises et ménages (pas accès aux marchés)
— La banque évalue le risque (expertise)
— Transformation de maturité : prêts longs financés par dépôts courts
— Mutualisation des risques entre de nombreux emprunteurs
Le rôle des banques
| Fonction | Description |
|---|---|
| Collecte des dépôts | Reçoit l’épargne des clients (dépôts à vue, livrets…) |
| Distribution de crédits | Prête aux ménages (crédits immobiliers, conso) et entreprises |
| Création monétaire | « Les crédits font les dépôts » — voir section 4 |
| Gestion des moyens de paiement | Virements, chèques, cartes bancaires |
| Transformation | Emprunte à court terme, prête à long terme |
— Banques commerciales (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole…) : banques de détail et d’investissement
— Banque de France : banque centrale nationale, membre du SEBC
— BCE (Banque Centrale Européenne) : banque centrale de la zone euro, indépendante des gouvernements
— Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) : supervision des banques
La création monétaire
La création monétaire est le processus par lequel les banques commerciales créent de la monnaie scripturale (dépôts) en accordant des crédits. Ce n’est pas une simple redistribution de l’épargne existante : le crédit précède et crée le dépôt correspondant.
Quand une banque accorde un crédit de 10 000 € à un client, elle inscrit simplement +10 000 € sur son compte — sans avoir besoin de posséder ces 10 000 € au préalable. La monnaie est créée ex nihilo. À l’inverse, quand le crédit est remboursé, la monnaie est détruite.
— Réserves obligatoires : les banques doivent déposer une fraction de leurs dépôts à la BCE (taux actuel ≈ 1 %)
— Fuites hors du circuit : retraits en billets (monnaie banque centrale), paiements à d’autres banques
— Demande de crédit solvable : les banques ne prêtent qu’à des emprunteurs capables de rembourser
— Politique monétaire de la BCE : les taux directeurs influencent le coût du refinancement des banques
| Agrégat | Contenu | Liquidité |
|---|---|---|
| M1 | Billets + pièces + dépôts à vue | Maximale |
| M2 | M1 + livrets d’épargne (Livret A, LDDS…) | Élevée |
| M3 | M2 + placements à terme, titres de créances < 2 ans | Moindre |
La BCE surveille M3 pour piloter la politique monétaire. En zone euro, M3 ≈ 15 000 milliards d’euros.
Le financement direct (désintermédié)
Le financement direct (ou désintermédié) met en contact directement les agents à besoin de financement (entreprises, État) avec les agents à capacité de financement (épargnants, investisseurs institutionnels) via les marchés financiers, sans passer par un intermédiaire bancaire.
| Instrument | Émis par | Droit conféré |
|---|---|---|
| Actions | Entreprises | Propriété (dividendes + droit de vote) |
| Obligations | Entreprises + États | Créance (intérêts + remboursement) |
| OAT | État français | Créance sur l’État (10, 15, 30 ans) |
| Billets de trésorerie | Grandes entreprises | Créance à court terme |
— Marché primaire : émission de nouveaux titres (IPO, émission obligataire) — c’est là que le financement a réellement lieu
— Marché secondaire : échange de titres déjà existants entre investisseurs (Bourse) — assure la liquidité mais ne finance pas directement l’entreprise
La politique monétaire
La politique monétaire désigne l’ensemble des décisions prises par la banque centrale (BCE en zone euro) pour réguler la quantité de monnaie en circulation et influencer les taux d’intérêt, dans le but principal de maintenir la stabilité des prix (objectif d’inflation à 2 %).
| Instrument | Description | Effet |
|---|---|---|
| Taux directeurs | Taux auquel la BCE prête aux banques commerciales | Influence le coût du crédit pour toute l’économie |
| Opérations d’open market | Achat/vente de titres sur les marchés | Injecte ou retire de la liquidité |
| Réserves obligatoires | Part des dépôts que les banques doivent garder à la BCE | Limite la création monétaire |
| Assouplissement quantitatif (QE) | Achat massif d’obligations d’État par la BCE | Baisse les taux longs, stimule l’économie |
BCE baisse ses taux directeurs
→ Banques commerciales se refinancent moins cher
→ Elles baissent leurs taux de crédit
→ Ménages et entreprises empruntent davantage
→ Consommation et investissement augmentent
→ PIB et emploi progressent (mais aussi risque d’inflation)
Le taux d’intérêt
Le taux d’intérêt est le prix du temps : il rémunère le prêteur pour la renonciation à la liquidité immédiate et pour le risque de non-remboursement. Il est exprimé en pourcentage du capital prêté par unité de temps (généralement annuel).
— Politique monétaire : les taux directeurs de la BCE fixent un plancher
— Durée : les taux longs sont généralement supérieurs aux taux courts (courbe des taux normale)
— Risque de l’emprunteur : plus le risque de défaut est élevé, plus la prime de risque est élevée
— Inflation anticipée : taux réel = taux nominal − inflation (relation de Fisher)
— Offre et demande de capitaux sur les marchés mondiaux
Taux d’intérêt nominal sur un crédit immobilier : 3,5 %.
Inflation anticipée : 2 %.
Taux d’intérêt réel ≈ 3,5 − 2 = 1,5 %.
Le taux réel mesure le vrai coût du crédit en pouvoir d’achat. Si l’inflation dépasse le taux nominal, le taux réel devient négatif — le crédit « rapporte » à l’emprunteur.
Les marchés financiers
Les marchés financiers sont des marchés sur lesquels s’échangent des actifs financiers (actions, obligations, devises, produits dérivés). Ils permettent aux agents à besoin de financement d’émettre des titres et aux agents à capacité de financement de les acquérir.
| Marché | Actifs échangés | Exemples |
|---|---|---|
| Marché boursier (actions) | Titres de propriété d’entreprises | CAC 40, NYSE, London Stock Exchange |
| Marché obligataire | Titres de dette (obligations d’État et d’entreprises) | OAT françaises, Bunds allemands |
| Marché des changes (forex) | Devises | EUR/USD, cours de l’euro |
| Marché des dérivés | Instruments synthétiques (options, futures, CDS…) | Couverture de risque, spéculation |
| Marché monétaire | Capitaux à court terme (< 2 ans) | EURIBOR, bons du Trésor |
— Allocation efficace du capital : oriente l’épargne vers les investissements les plus productifs
— Liquidité : permet de revendre ses titres à tout moment
— Évaluation et signal : le cours reflète l’information disponible (hypothèse d’efficience)
— Partage et mutualisation des risques
Actions et obligations
| Action | Obligation | |
|---|---|---|
| Nature | Titre de propriété (capital) | Titre de créance (dette) |
| Émetteur | Entreprises | Entreprises et États |
| Rémunération | Dividende (variable, selon les résultats) | Coupon (intérêt fixe ou variable) |
| Risque | Élevé (perte possible en capital) | Plus faible (remboursement prévu) |
| Rendement attendu | Plus élevé (prime de risque) | Plus faible |
| Droits | Droit de vote en AG, dividendes | Droit au remboursement + intérêts |
| Priorité en cas de faillite | Residual claimant (dernier servi) | Prioritaire sur les actionnaires |
Le cours d’une action reflète théoriquement la valeur actuelle des dividendes futurs anticipés. Mais les anticipations peuvent diverger de la réalité → bulles spéculatives. La valeur boursière d’une entreprise (capitalisation = cours × nombre d’actions) peut s’éloigner durablement de sa valeur comptable.
Risque, rendement et spéculation
La spéculation consiste à acheter un actif non pour ses revenus futurs (dividendes, intérêts) mais en anticipant une hausse de son prix, dans l’espoir de le revendre plus cher. Elle peut être déstabilisatrice si elle crée des bulles spéculatives.
Plus un placement est risqué, plus le rendement attendu doit être élevé pour compenser ce risque. C’est la prime de risque. Un actif sans risque (obligation d’État allemand à court terme) sert de référence — tous les autres actifs offrent un rendement supérieur en échange d’un risque supplémentaire.
Une bulle spéculative se forme quand le prix d’un actif s’éloigne durablement de sa valeur fondamentale, alimenté par des anticipations auto-réalisatrices : les agents achètent parce qu’ils pensent que d’autres achèteront, faisant monter le prix. Elle éclate quand les anticipations s’inversent.
— Bulle internet (dot-com), 1995-2000 : valorisations astronomiques de start-ups sans bénéfices
— Bulle immobilière américaine, 2002-2007 : prix de l’immobilier déconnectés des revenus, alimentée par les subprimes
— Crise financière 2008 : effondrement de la bulle immobilière + crise bancaire mondiale
— Bitcoin, 2017-2018, 2021 : volatilité extrême, forte composante spéculative
Les crises financières
Une crise financière est une perturbation brutale et généralisée des marchés financiers, caractérisée par une chute des prix des actifs, une panique bancaire (bank run), un assèchement du crédit et une propagation à l’économie réelle.
1. Bulle immobilière américaine alimentée par des crédits subprimes (prêts à des ménages peu solvables)
2. Titrisation : ces créances risquées sont transformées en titres financiers (CDO) vendus dans le monde entier
3. Éclatement de la bulle → défauts de paiement massifs
4. Les titres adossés aux subprimes perdent toute valeur → pertes colossales pour les banques
5. Méfiance interbancaire → credit crunch (assèchement du crédit)
6. Faillite de Lehman Brothers (15 sept. 2008) → panique mondiale
7. Récession mondiale 2008-2009 (PIB mondial −2 %)
Les grandes banques savent qu’elles seront secourues par l’État en cas de faillite (car leur effondrement provoquerait une catastrophe systémique). Cela les incite à prendre des risques excessifs. Ce problème d’aléa moral est au cœur des débats sur la régulation financière post-2008 (règle Volcker, Bâle III, supervision européenne).
Exercices types bac
Une PME souhaite financer l’achat d’une nouvelle machine (150 000 €). Elle hésite entre un crédit bancaire et une émission obligataire.
Crédit bancaire (financement indirect) : accessible, mais taux parfois élevé, garanties demandées, dépendance à la banque.
Émission obligataire (financement direct) : potentiellement moins coûteux pour les grandes entreprises, mais nécessite une taille suffisante, un rating, des frais d’émission. Peu accessible aux PME.
Conclusion : pour une PME, le crédit bancaire reste le principal mode de financement externe — les marchés financiers sont surtout accessibles aux grandes entreprises et aux États.
En 2022, la BCE a relevé ses taux directeurs de 0 % à 4 % en 18 mois pour lutter contre l’inflation (8 %).
a) Quel était l’objectif de cette hausse ? Réduire l’inflation en freinant le crédit et la demande.
b) Quels effets négatifs peut-elle avoir ? Hausse du coût du crédit immobilier et des entreprises → ralentissement de l’investissement et de la consommation → risque de récession. Hausse du coût de refinancement de la dette publique des États.
c) Taux réel en 2022 avec inflation à 8 % et taux directeur à 2 % : taux réel ≈ 2 − 8 = −6 %. Le taux réel était très négatif → conditions de crédit très accommodantes malgré la hausse nominale.
Sujet : « Les marchés financiers contribuent-ils à une allocation efficace de l’épargne ? »
I — Les marchés financiers remplissent théoriquement un rôle d’allocation efficace
— Hypothèse d’efficience (Fama) : les prix reflètent toute l’information disponible
— Orientation de l’épargne vers les projets les plus rentables
— Liquidité : l’épargne peut être mobilisée et réallouée rapidement
— Diversification et mutualisation des risques
II — Les marchés financiers sont sujets à des défaillances majeures
— Bulles spéculatives : les prix s’éloignent des valeurs fondamentales
— Asymétries d’information (aléa moral, sélection adverse)
— Comportements mimétiques et instabilité (Keynes : « concours de beauté »)
— Crise de 2008 : financement de projets non productifs (subprimes)
III — La régulation est nécessaire pour corriger ces défaillances
— Bâle III : ratios de solvabilité et de liquidité pour les banques
— Supervision européenne (BCE, ESMA)
— Taxe sur les transactions financières (débat)
— Transparence et lutte contre les produits opaques
Questions fréquentes
🏠 Hub SES Lycée
🏪 Marché et prix
📊 Fluctuations économiques
🌍 Mondialisation
📈 Croissance économique
🏭 Entreprise et production
🏛️ État et marché
💰 Revenus et inégalités
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