La Conscience : Cours Complet
Philosophie Terminale — Cogito, conscience de soi, conscience morale, inconscient, phénoménologie
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✍️ Méthode dissertation
8. Sartre : conscience et liberté
2. Conscience immédiate et conscience réfléchie
9. Merleau-Ponty : conscience et corps
3. Descartes : le cogito
10. La conscience morale
4. Locke : conscience et identité personnelle
11. Conscience et autrui
5. Hegel : la conscience de soi et la reconnaissance
12. Tableau récapitulatif des thèses
6. Husserl : la phénoménologie
13. Exercices types bac
7. Freud : l'inconscient contre la conscience
14. Questions fréquentes
Introduction : qu'est-ce que la conscience ?
Le mot « conscience » vient du latin cum scientia (« avec savoir ») : être conscient, c'est savoir ce que l'on fait, ce que l'on vit, ce que l'on est. La conscience est ce qui fait que nous ne sommes pas de simples choses : nous avons un rapport à nous-mêmes et au monde.
Le mot a un double sens fondamental en français :
| Sens | Définition | Question | Exemple |
|---|---|---|---|
| Conscience psychologique | Savoir de soi-même, perception de ses états intérieurs et du monde extérieur | « Suis-je conscient de ce que je fais ? » | Je sais que je lis ce texte |
| Conscience morale | Capacité de juger le bien et le mal, sentiment de responsabilité | « Ai-je bonne ou mauvaise conscience ? » | Je me sens coupable d'avoir menti |
• La conscience est-elle transparente à elle-même ? Puis-je me connaître entièrement ?
• Que nous apprend le cogito de Descartes ?
• La conscience de soi suppose-t-elle autrui ?
• L'inconscient remet-il en cause la souveraineté de la conscience ?
• La conscience est-elle source de liberté ou d'illusion ?
Conscience immédiate et conscience réfléchie
Il faut distinguer deux degrés fondamentaux :
| Type | Définition | Exemple | Caractéristique |
|---|---|---|---|
| Conscience immédiate (spontanée, directe) | Présence au monde, perception brute, sentiment d'exister | Je vois un arbre, je sens le froid | Tournée vers le monde extérieur, pas vers soi |
| Conscience réfléchie (réflexive) | Retour de la conscience sur elle-même, « je sais que je sais » | Je prends conscience que je suis triste, j'analyse ma tristesse | Tournée vers soi, fait du sujet un objet pour lui-même |
Leibniz montre que nous avons des perceptions dont nous ne sommes pas conscients : les petites perceptions. Le bruit de la mer est fait de millions de gouttes — chacune produit un son, mais nous ne percevons consciemment que le tout. Il y a donc de l'inconscient dans la perception elle-même, bien avant Freud. La conscience n'est que la partie émergée de notre vie mentale.
Pour Alain, la conscience est d'abord refus : dire non à l'évidence, au préjugé, à la croyance naïve. L'homme qui pense est celui qui ne se laisse pas porter par ses impressions mais qui les examine. La conscience réfléchie est donc essentiellement critique.
Descartes : le cogito
Dans les Méditations métaphysiques (1641), Descartes entreprend de douter de tout pour trouver une certitude absolue. Il doute successivement :
1. Des sens — ils nous trompent parfois (illusions d'optique).
2. De la distinction veille/rêve — qui me dit que je ne rêve pas en ce moment ?
3. Des vérités mathématiques — un « malin génie » pourrait me tromper même sur 2+3=5.
Au fond du doute, Descartes découvre une vérité indubitable : même si je doute de tout, je ne peux pas douter que je doute. Or douter, c'est penser. Et pour penser, il faut exister. Donc : je pense, donc je suis (cogito ergo sum).
Le cogito est la première certitude : l'existence du sujet pensant. Même le malin génie ne peut me tromper sur ce point — pour être trompé, il faut être.
1. Le sujet (le « je ») devient le fondement de toute connaissance.
2. L'homme est d'abord une chose qui pense (res cogitans), distincte du corps (res extensa) → dualisme.
3. La conscience est transparente à elle-même : je ne peux pas penser sans savoir que je pense.
4. Toute la philosophie moderne part de ce geste : fonder la connaissance sur le sujet, non sur Dieu ou la tradition.
Le cogito prouve que j'existe quand je pense, mais qu'est-ce que ce « je » ? Descartes dit : une substance pensante. Mais Hume objectera qu'il n'y a pas de « moi » permanent — juste un flux de perceptions. Nietzsche critiquera le saut logique : « il y a de la pensée » ne prouve pas qu'il y a un « je » qui pense.
Locke : conscience et identité personnelle
Locke, dans l'Essai sur l'entendement humain (1689), propose une idée révolutionnaire : l'identité personnelle ne repose pas sur une substance (l'âme) mais sur la conscience, et plus précisément sur la mémoire.
Je suis la même personne qu'hier parce que je me souviens d'avoir vécu les expériences d'hier. Si je perdais toute mémoire, serais-je encore la même personne ? Pour Locke, non — au sens de la personne (même si le corps reste le même).
Cette thèse a des implications considérables pour la responsabilité : je ne suis responsable que des actes dont j'ai conscience. Si un crime est commis pendant un état de somnambulisme ou d'amnésie totale, suis-je le même « moi » qui l'a commis ? Locke dirait non.
Reid objecte : la mémoire suppose déjà l'identité personnelle. Je ne me souviens de mes expériences passées que parce que je suis la même personne. Fonder l'identité sur la mémoire est donc circulaire. De plus, on oublie l'immense majorité de ses expériences sans cesser d'être soi.
Hegel : la conscience de soi et la reconnaissance
Contre Descartes, Hegel montre que la conscience de soi n'est pas immédiate mais le résultat d'un processus. On ne se connaît pas en se repliant sur soi, mais en se confrontant au monde et à autrui.
Dans la Phénoménologie de l'esprit (1807), Hegel décrit le moment fondamental de la lutte pour la reconnaissance :
Deux consciences se rencontrent. Chacune veut être reconnue par l'autre comme conscience libre et autonome. Cette quête mène à un combat à mort. L'un, qui préfère la mort à la soumission, devient le maître. L'autre, qui préfère la vie, devient l'esclave.
Renversement dialectique : le maître, reconnu par un esclave, n'obtient qu'une reconnaissance sans valeur (un esclave ne peut pas vraiment reconnaître). L'esclave, lui, par le travail, transforme le monde et se transforme lui-même : il acquiert une conscience de soi authentique. L'esclave progresse, le maître stagne.
Pour Hegel, la conscience de soi est impossible sans autrui. Je ne me connais qu'à travers la médiation de l'autre. L'identité est relationnelle, pas solitaire. C'est une critique directe du cogito cartésien, qui prétend atteindre la certitude de soi dans l'isolement du doute.
Husserl : la phénoménologie
Husserl, fondateur de la phénoménologie, reprend le cogito mais le radicalise. La conscience n'est pas une « boîte » qui contient des idées : elle est toujours dirigée vers un objet. C'est le principe d'intentionnalité : toute conscience est conscience de quelque chose.
Je ne peux pas simplement « être conscient » sans être conscient de quelque chose : je perçois un arbre, je pense à un nombre, je me souviens d'un visage. La conscience est un mouvement vers, pas un contenant.
Pour étudier la conscience telle qu'elle se donne, Husserl propose de suspendre (mettre entre parenthèses) la « thèse du monde » — c'est-à-dire notre croyance spontanée en l'existence du monde extérieur. Non pas pour nier le monde, mais pour revenir aux choses elles-mêmes telles qu'elles apparaissent à la conscience. C'est la méthode phénoménologique.
Si la conscience est toujours conscience de quelque chose, alors il n'y a pas de conscience « vide », pas d'intériorité close sur elle-même. La conscience est ouverture au monde. Cela remet en cause le dualisme cartésien : le sujet n'est pas enfermé en lui-même, il est au monde.
Freud : l'inconscient contre la conscience
Freud affirme que la psychanalyse inflige à l'humanité sa troisième blessure narcissique :
1. Copernic : la Terre n'est pas le centre de l'univers.
2. Darwin : l'homme descend de l'animal.
3. Freud : le moi n'est pas maître dans sa propre maison — l'inconscient gouverne.
| Instance | Fonction | Principe |
|---|---|---|
| Le Ça (Es) | Pulsions, désirs refoulés, énergie psychique brute | Principe de plaisir (satisfaction immédiate) |
| Le Moi (Ich) | Instance consciente, médiatrice, adaptée à la réalité | Principe de réalité (compromis) |
| Le Surmoi (Über-Ich) | Intériorisation des interdits moraux (parents, société) | Principe de morale (censure, culpabilité) |
Le refoulement est le mécanisme par lequel la conscience repousse dans l'inconscient des désirs, des souvenirs ou des pulsions jugés inacceptables. Mais le refoulé ne disparaît pas : il se manifeste sous forme déguisée dans les rêves, les lapsus, les actes manqués et les symptômes névrotiques. Le sujet croit agir librement et consciemment, mais il est en réalité guidé par des forces qu'il ignore.
Freud remet en cause la transparence de la conscience à elle-même (contre Descartes). Le sujet ne se connaît pas — il se méconnaît. La conscience est une surface trompeuse sous laquelle bouillonnent des forces inconscientes. La liberté, la responsabilité et la connaissance de soi deviennent problématiques.
Sartre : conscience et liberté
Dans L'Être et le Néant (1943), Sartre radicalise Husserl : la conscience n'a pas de contenu propre, pas de nature, pas d'essence. Elle est pur néant, c'est-à-dire pure liberté. La conscience est ce qui n'est pas ce qu'elle est et qui est ce qu'elle n'est pas.
L'en-soi : le mode d'être des choses. Une pierre est une pierre, pleine, compacte, identique à elle-même. Elle ne se pose pas de questions.
Le pour-soi : le mode d'être de la conscience humaine. La conscience est toujours en décalage avec elle-même. Je ne suis jamais simplement ce que je suis — je peux toujours me projeter vers un avenir, nier ma situation, me réinventer. C'est la source de la liberté.
La mauvaise foi est la tentative de la conscience de se mentir à elle-même, de se traiter comme un en-soi (une chose). L'exemple célèbre : le garçon de café qui joue à être garçon de café — il imite les gestes, l'attitude, comme s'il n'avait pas le choix, comme si c'était sa « nature ». Mais il n'est pas garçon de café comme une pierre est une pierre : il choisit de l'être et pourrait choisir autre chose.
La mauvaise foi consiste à nier sa liberté pour fuir l'angoisse qu'elle provoque. C'est la forme quotidienne de l'inauthenticité.
Sartre rejette la notion d'inconscient freudien. Si l'inconscient « choisit » ce qu'il refoule, c'est qu'il y a une forme de conscience dans le refoulement même. La censure suppose qu'on sait ce qu'on censure. Pour Sartre, ce que Freud appelle inconscient est en réalité de la mauvaise foi : la conscience se ment à elle-même tout en sachant qu'elle se ment.
Merleau-Ponty : conscience et corps
Merleau-Ponty, dans la Phénoménologie de la perception (1945), refuse le dualisme cartésien (esprit/corps). La conscience n'est pas un pur esprit enfermé dans un corps-machine : elle est incarnée. Mon corps n'est pas un objet que ma conscience utilise — il est le véhicule de mon être au monde.
Merleau-Ponty distingue le corps-objet (le corps vu de l'extérieur, décrit par la science) et le corps propre (le corps vécu de l'intérieur, le corps que je suis). Le corps propre est à la fois sujet et objet : quand ma main droite touche ma main gauche, je suis à la fois touchant et touché.
La conscience n'est pas « dans » le corps : elle est le corps en tant qu'il perçoit, agit et s'oriente dans le monde. La perception n'est pas un calcul mental mais un engagement corporel.
L'exemple du membre fantôme (un amputé qui continue de « sentir » son bras absent) montre que la conscience corporelle ne se réduit pas au corps objectif. Le schéma corporel — la conscience que j'ai de mon corps dans l'espace — dépasse l'anatomie. Le corps propre est un projet, pas une chose.
La conscience morale
La conscience morale est la capacité de juger nos actions et celles d'autrui en termes de bien et de mal. Elle se manifeste par des sentiments (culpabilité, remords, indignation) et par des jugements (« c'est injuste », « c'est mal »).
Dans l'Émile, Rousseau affirme que la conscience morale est un sentiment naturel, une « voix de l'âme » innée qui nous guide vers le bien. « Conscience ! Conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix ! » La conscience morale n'est pas un produit de l'éducation ou de la société — elle est en nous par nature, même si la société peut la corrompre.
Nietzsche s'oppose radicalement à Rousseau. La conscience morale, la « mauvaise conscience », est le résultat d'un dressage social : la Généalogie de la morale montre que les sentiments de culpabilité naissent quand les instincts agressifs de l'homme, ne pouvant plus s'exercer librement (car la société les interdit), se retournent contre lui-même. La conscience morale est de la cruauté intériorisée, pas un instinct divin.
Pour Kant, la conscience morale n'est ni un sentiment (Rousseau) ni un dressage (Nietzsche) : c'est la raison pratique qui se manifeste en nous comme loi morale. La conscience morale nous dit d'agir par devoir, selon l'impératif catégorique, indépendamment de nos inclinations. Elle est universelle parce qu'elle est rationnelle.
Conscience et autrui
C'est l'un des sujets les plus fréquents au bac. Deux grandes positions :
Le cogito n'a besoin de personne. Je me découvre comme sujet pensant dans la solitude du doute. Le monde et autrui viennent après la certitude du « je ». La conscience de soi est le point de départ absolu.
Hegel : la conscience de soi naît de la lutte pour la reconnaissance. Sans autrui, pas de reconnaissance, donc pas de conscience de soi pleine.
Sartre : autrui est celui qui me regarde. Le regard d'autrui me révèle comme objet — je prends conscience de moi sous le regard de l'autre (la honte : « j'ai honte de ce que je suis devant autrui »). Autrui est indispensable à ma conscience de moi.
Levinas : le visage d'autrui m'interpelle éthiquement. La conscience morale naît de la rencontre avec le visage de l'autre, qui me dit « tu ne tueras point ». Autrui est premier, pas le moi.
Tableau récapitulatif des thèses
| Philosophe | Thèse sur la conscience | Concepts clés |
|---|---|---|
| Descartes | La conscience est transparente ; le cogito est la première certitude | Cogito, res cogitans, dualisme, doute |
| Locke | L'identité personnelle repose sur la conscience (mémoire) | Identité, mémoire, responsabilité |
| Leibniz | Il existe des perceptions inconscientes (petites perceptions) | Petites perceptions, aperception |
| Hegel | La conscience de soi naît de la reconnaissance par autrui | Maître/esclave, reconnaissance, travail |
| Husserl | Toute conscience est conscience de quelque chose (intentionnalité) | Intentionnalité, épochè, phénoménologie |
| Freud | L'inconscient gouverne le moi ; la conscience est une surface | Ça/Moi/Surmoi, refoulement, 3e blessure |
| Sartre | La conscience est néant et liberté ; la mauvaise foi nie cette liberté | Pour-soi/en-soi, néant, mauvaise foi, angoisse |
| Merleau-Ponty | La conscience est incarnée dans un corps propre | Corps propre, perception, être-au-monde |
| Rousseau | La conscience morale est un sentiment naturel inné | Voix de l'âme, sentiment, nature |
| Nietzsche | La conscience morale est cruauté intériorisée (dressage social) | Mauvaise conscience, généalogie, instincts |
| Kant | La conscience morale est la voix de la raison pratique | Impératif catégorique, devoir, raison |
| Levinas | La conscience naît du visage d'autrui qui m'interpelle | Visage, altérité, responsabilité |
Exercices types bac
II. Oui, la conscience de soi se constitue par la rencontre d'autrui — Hegel : la dialectique de la reconnaissance. Sartre : le regard d'autrui me révèle à moi-même (la honte). Levinas : le visage de l'autre fonde ma conscience morale.
III. La conscience de soi est un processus entre intériorité et altérité — Merleau-Ponty : le corps propre est déjà ouvert au monde et à autrui. La conscience de soi n'est ni purement solitaire ni purement sociale : elle est un mouvement permanent de retour sur soi à travers l'expérience du monde et des autres.

