📝 Méthode de la Dissertation de Philosophie — Guide Complet
De l’analyse du sujet à la conclusion : la méthode pas à pas pour réussir la dissertation de philo au bac, avec exemples rédigés.
⏱️ Gestion du temps (4 heures)
| Étape | Durée | Ce que vous faites |
|---|---|---|
| Analyse du sujet | 30 min | Définir les termes, reformuler, trouver le problème |
| Problématique + plan | 30 min | Formuler la problématique, structurer les 3 parties avec arguments |
| Rédaction au brouillon (intro) | 20 min | Rédiger l’introduction intégralement au brouillon |
| Rédaction au propre | 2h20 | Introduction + 3 parties + conclusion |
| Relecture | 20 min | Orthographe, cohérence, transitions |
🔍 Analyser le sujet (30 min au brouillon)
C’est l’étape la plus importante. Une mauvaise analyse = un hors-sujet. Prenez le temps.
1. Question fermée : « La liberté est-elle une illusion ? » → Réponse oui/non attendue, puis dépassement.
2. Question ouverte : « Que signifie être libre ? » → Exploration des différentes significations.
3. Citation à discuter : « Peut-on dire avec Sartre que « l’homme est condamné à être libre » ? » → Analyser puis discuter la thèse.
Exemple : « Le travail est-il une libération ? »
— Travail : activité productive (sens économique), effort pénible (étymologie : tripalium, instrument de torture), moyen d’accomplissement (Hegel).
— Libération : se défaire d’une contrainte, accéder à l’autonomie, s’épanouir.
— Est-il : question de nature (le travail est-il PAR NATURE libérateur ?) ou question de fait (le travail PEUT-il libérer ?).
Exemple : « Faut-il craindre la technique ? »
Présupposé : la technique pourrait être dangereuse. Mais pourquoi ? Est-ce la technique elle-même ou l’usage qu’on en fait ?
Exemple : « La conscience de soi suppose-t-elle autrui ? » → « A-t-on besoin des autres pour se connaître soi-même, ou peut-on se connaître seul ? »
❓ Dégager la problématique
La problématique n’est pas une simple reformulation du sujet. C’est la tension, le paradoxe, le conflit entre deux réponses possibles.
Mauvaise problématique : « Le travail est-il une libération ? » (simple répétition du sujet)
Bonne problématique : « Si le travail est étymologiquement lié à la souffrance (tripalium), comment peut-il être en même temps ce par quoi l’homme s’accomplit et se libère ? La libération par le travail suppose-t-elle des conditions particulières, ou le travail est-il libérateur par nature ? »
2. Répondez spontanément NON. Notez les arguments.
3. Identifiez ce qui fait que les deux réponses sont légitimes → c’est votre tension.
4. Formulez cette tension sous forme de question.
Réponse 2 (non) : Obéir à une loi juste peut être une forme de liberté (Rousseau). Ne pas obéir du tout = anarchie, loi du plus fort. Obéir à la raison ou à soi-même ≠ soumission.
Problématique : « Si la liberté semble exclure toute obéissance, l’expérience montre pourtant que certaines formes d’obéissance — à la loi, à la raison, à soi-même — sont la condition même de la liberté. Dès lors, la vraie liberté réside-t-elle dans l’absence de toute règle ou dans le choix éclairé des règles auxquelles on se soumet ? »
📋 Construire le plan
Partie II — Antithèse : vous montrez les limites de la thèse. Une autre réponse, opposée ou nuancée, est possible. Nouveaux arguments, nouvelles références.
Partie III — Synthèse / Dépassement : vous ne faites PAS un compromis mou (« un peu oui, un peu non »). Vous reformulez le problème à un niveau supérieur. Vous montrez que le sujet demandait une distinction que ni la thèse ni l’antithèse ne faisaient.
— A. Le travail libère de la nature et du besoin (Hegel, dialectique du maître et de l’esclave : l’esclave accède à la conscience de soi par le travail)
— B. Le travail structure l’identité et donne un rôle social (Voltaire : « le travail éloigne trois grands maux »)
— C. Le travail développe les capacités humaines (Marx jeune : l’homme se réalise dans la transformation de la nature)
II. Mais le travail peut aussi aliéner
— A. Le travail salarié peut être une exploitation (Marx : travail aliéné, l’ouvrier ne se reconnaît pas dans son produit)
— B. La division du travail mutile l’individu (Smith, Chaplin : le travailleur devient un rouage)
— C. Le travail moderne brouille la frontière vie pro/vie perso (burn-out, souffrance au travail)
III. Ce n’est pas « le travail » qui libère, mais certaines conditions du travail
— A. La liberté par le travail dépend de l’autonomie qu’il laisse (Arendt : distinction travail / œuvre / action)
— B. Un travail libérateur suppose le choix, le sens et la reconnaissance (Honneth, Dejours)
— C. La vraie question n’est pas « le travail libère-t-il ? » mais « quel travail, dans quelles conditions ? » → la liberté est politique, pas seulement économique
Plan par distinction conceptuelle : chaque partie examine un sens différent du concept central. Ex : « Qu’est-ce qu’être libre ? » → I. Liberté comme absence de contrainte / II. Liberté comme autonomie / III. Liberté comme accomplissement de soi.
1. Idée : une phrase qui énonce clairement l’argument.
2. Explication : développement du raisonnement (3-5 phrases).
3. Référence : citation ou auteur qui appuie l’argument.
4. Exemple : illustration concrète (facultatif mais valorisé).
5. Lien : transition vers la sous-partie suivante.
🚀 Rédiger l’introduction (toujours au brouillon)
L’introduction est votre vitrine. Le correcteur s’en fait une première impression décisive. Rédigez-la intégralement au brouillon.
2. Analyse du sujet (3-4 phrases) : définition des termes clés, repérage des présupposés. Montrez au correcteur que vous avez compris les enjeux.
3. Problématique (2-3 phrases) : formulez la tension, le paradoxe. C’est le cœur de l’introduction.
4. Annonce du plan (2-3 phrases) : présentez les 3 parties de façon fluide (pas « dans un premier temps… dans un deuxième temps… »).
[Analyse] Le sujet invite à examiner le lien entre liberté et obéissance. « Obéir » signifie soumettre sa volonté à celle d’un autre ou à une règle. « N’obéir à personne » supposerait une indépendance totale. Or, la liberté a aussi un sens politique (vivre sous des lois justes) et un sens moral (agir selon la raison). Ces différents sens entrent en tension.
[Problématique] Si la liberté semble exclure toute forme de soumission, l’expérience montre que vivre sans aucune règle — la loi du plus fort — est l’opposé même de la liberté. Dès lors, la vraie liberté réside-t-elle dans le refus de toute obéissance, ou dans le choix éclairé des règles auxquelles on consent à se soumettre ?
[Plan] Nous verrons d’abord en quoi la liberté semble effectivement incompatible avec l’obéissance. Puis nous montrerons que certaines formes d’obéissance, loin de supprimer la liberté, en sont la condition. Enfin, nous proposerons que la liberté authentique consiste non pas à n’obéir à personne, mais à n’obéir qu’à soi-même — c’est-à-dire à la loi que l’on se prescrit par la raison.
— « De tout temps, les hommes se sont interrogés sur… » (vide)
— « Le dictionnaire Larousse définit la liberté comme… » (scolaire)
— « La liberté est un sujet très intéressant. » (inutile)
— Commencer directement par « Dans un premier temps… » (pas d’accroche)
📖 Rédiger le développement
Début de partie : une phrase d’introduction qui annonce l’idée directrice de la partie.
Sous-parties A, B, C : un argument par sous-partie (idée → explication → référence → exemple).
Fin de partie : une phrase de bilan + une transition vers la partie suivante.
1. Bilan : « Nous avons vu que… » (1 phrase)
2. Limite : « Cependant, cette analyse ne rend pas compte de… » (1 phrase)
3. Annonce : « C’est pourquoi il faut examiner… » (1 phrase)
Mal : « Kant a dit : « Agis uniquement d’après la maxime… » » (citation plaquée sans explication)
🎯 Rédiger la conclusion
2. Réponse au sujet (1-2 phrases) : donnez votre réponse finale, claire et directe. Le correcteur doit savoir quelle est votre position.
3. Ouverture (1-2 phrases, facultatif) : élargissez vers un problème connexe. Pas une question vague (« Mais finalement, qu’est-ce que la liberté ? ») mais un prolongement précis et stimulant.
[Réponse] La liberté ne consiste donc pas à n’obéir à personne, mais à n’obéir qu’à la loi que l’on se donne soi-même par l’exercice de la raison — ce que Kant nomme l’autonomie.
[Ouverture] Reste à savoir si cette autonomie est réellement accessible à tous, ou si les inégalités sociales et culturelles ne rendent pas cette liberté rationnelle elle-même inégalement distribuée.
— « En conclusion, cette question est très complexe et chacun a son avis. » (non-réponse)
— Introduire une idée nouvelle qui n’a pas été développée
— Terminer par une question vague sans rapport avec le sujet
🚫 Les 10 erreurs les plus fréquentes
| # | Erreur | Pourquoi c’est grave | Comment corriger |
|---|---|---|---|
| 1 | Pas de problématique | Sans problème, pas de philosophie. Le correcteur ne voit qu’un exposé. | Formulez toujours une tension entre deux réponses possibles. |
| 2 | Plan I = oui / II = non / III = « ça dépend » | La partie III ne doit pas être un compromis mou mais un dépassement. | La partie III reformule le problème à un niveau supérieur. |
| 3 | Citations plaquées sans explication | Réciter n’est pas philosopher. Une citation non analysée est inutile. | Expliquez toujours POURQUOI cette citation éclaire votre propos. |
| 4 | Exemples sans arguments | Un exemple illustre un argument, il ne le remplace pas. | Formulez d’abord l’idée, puis illustrez-la par l’exemple. |
| 5 | Hors-sujet | Traiter un sujet voisin = 0 points. Fréquent quand l’analyse est bâclée. | Revenez au sujet à chaque paragraphe. Chaque argument doit y répondre. |
| 6 | Pas de transitions | La copie semble décousue, le correcteur ne voit pas la progression. | Bilan + limite + annonce entre chaque grande partie. |
| 7 | Introduction trop longue | Plus de 15-20 lignes, c’est trop. L’intro pose le problème, elle ne le résout pas. | 4 étapes max : accroche, analyse, problématique, plan. |
| 8 | Réciter un cours | La dissertation teste votre réflexion, pas votre mémoire. | Utilisez le cours comme outil au service de VOTRE argumentation. |
| 9 | Opinion personnelle sans argument | « Je pense que… » sans justification n’est pas de la philosophie. | Toute affirmation doit être justifiée par un raisonnement. |
| 10 | Négliger la forme | Orthographe, syntaxe, mise en page : le correcteur lit 80+ copies. | Sautez des lignes entre les parties. Aérez. Relisez 20 min. |
Exemple : plan détaillé complet
Analyse :
— Bonheur : état de satisfaction durable, plénitude, accomplissement.
— Liberté : absence de contrainte (liberté négative) / autonomie (liberté positive) / libre arbitre.
— Peut-on : est-ce possible ? est-ce légitime ?
— Sans : le bonheur est-il conditionné par la liberté ou indépendant d’elle ?
Problématique : « Si le bonheur semble supposer la maîtrise de sa vie — donc la liberté —, certaines traditions philosophiques (stoïcisme, épicurisme) montrent qu’on peut atteindre le bonheur en acceptant les contraintes extérieures. Le bonheur a-t-il besoin de la liberté pour être authentique, ou peut-on être heureux même dans la servitude ? »
I. Le bonheur semble impossible sans liberté
A. Le bonheur suppose le choix : sans liberté de choisir sa vie, la satisfaction est imposée, pas choisie (Mill : « mieux vaut être un Socrate insatisfait qu’un porc satisfait »).
B. L’esclave peut avoir du plaisir mais pas de bonheur au sens fort (Aristote : l’eudaimonia suppose l’activité libre de l’âme).
C. Les régimes totalitaires fabriquent un « bonheur » de façade (Huxley, Le Meilleur des mondes) → un bonheur sans liberté n’est-il qu’une illusion ?
Transition : Le bonheur semble donc exiger la liberté. Pourtant, des philosophes montrent qu’on peut être heureux MALGRÉ les contraintes extérieures, voire grâce à leur acceptation.
II. Le bonheur peut se trouver au-delà de la liberté extérieure
A. Le stoïcisme : le bonheur réside dans l’acceptation de ce qui ne dépend pas de nous (Épictète : esclave et philosophe, il distingue ce qui dépend de nous / ce qui n’en dépend pas).
B. L’ataraxie épicurienne : le bonheur = absence de trouble, accessible en limitant ses désirs, même en prison.
C. La sagesse orientale (bouddhisme) : le détachement du désir de liberté est lui-même source de sérénité.
Transition : Si le bonheur intérieur est possible sans liberté extérieure, cela suppose toutefois une forme de liberté intérieure. Le vrai enjeu est peut-être de distinguer deux formes de liberté.
III. Le bonheur authentique suppose une liberté intérieure, même sans liberté extérieure
A. La distinction liberté extérieure / liberté intérieure est la clé : on peut être prisonnier et libre intérieurement (Mandela, Frankl : Découvrir un sens à sa vie).
B. La liberté nécessaire au bonheur n’est pas l’absence de toute contrainte mais l’autonomie : la capacité à donner un sens à sa situation (Sartre : « l’homme est condamné à être libre » même en situation contrainte).
C. Le bonheur sans AUCUNE forme de liberté (ni extérieure ni intérieure) est une contradiction : un être totalement déterminé ne peut pas « être » heureux, car il n’y a pas de sujet conscient de son bonheur.
Conclusion : On peut être heureux sans liberté extérieure, à condition de conserver une liberté intérieure — la capacité de donner du sens, de choisir son attitude face au réel. Un bonheur sans aucune forme de liberté serait une satisfaction animale, pas un bonheur humain.
Checklist avant de rendre votre copie
- J’ai défini les termes clés du sujet dans l’introduction
- Ma problématique formule un vrai paradoxe / une tension
- Mon plan progresse (chaque partie apporte quelque chose de nouveau)
- La partie III n’est PAS un résumé mais un dépassement
- Chaque sous-partie contient : idée + explication + référence
- Mes citations sont expliquées, pas simplement plaquées
- Les transitions entre parties sont rédigées
- Ma conclusion répond clairement au sujet
- J’ai sauté des lignes entre les grandes parties
- J’ai relu l’orthographe et la ponctuation (20 min minimum)
❓ Questions fréquentes
📜 Citations par notion
📖 Méthode explication de texte
📋 Les 17 notions au programme
🧠 La conscience — Cours
🕊️ La liberté — Cours
🏠 Tous les cours de lycée
Méthode de la dissertation de philosophie — Cours et Fiches
Dernière mise à jour : février 2026

