Les Misérables de Victor Hugo : Résumé & Fiche de Lecture 📚
Les Misérables est un roman de Victor Hugo publié en 1862. C’est l’un des plus grands romans de la littérature mondiale : un roman-fleuve de plus de 1 500 pages, divisé en cinq tomes, qui embrasse toute une époque de l’histoire de France (de 1815 à 1832) à travers le destin de Jean Valjean, ancien bagnard racheté par la bonté d’un évêque, poursuivi toute sa vie par l’inspecteur Javert. Autour de cette intrigue centrale gravitent des dizaines de personnages inoubliables — Fantine, Cosette, Marius, Gavroche, les Thénardier — et des scènes devenues mythiques : la bataille de Waterloo, les barricades de 1832, les égouts de Paris. À la fois épopée sociale, roman d’aventures, plaidoyer humaniste et méditation philosophique, Les Misérables est un monument qui pose la question de la rédemption, de la justice et de la place des pauvres dans la société.
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte et biographie de Hugo
- 3. Structure du roman
- 4. Résumé tome par tome
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Style et procédés d’écriture
- 8. Portée et postérité
- 9. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — Les Misérables | |
|---|---|
| Auteur | Victor Hugo (1802-1885) |
| Date de publication | 1862 (rédaction commencée en 1845 sous le titre Les Misères, interrompue par la révolution de 1848 et l’exil, reprise et achevée en 1861-1862) |
| Genre | Roman (social, historique, épique, philosophique) |
| Mouvement littéraire | Romantisme (mais le roman dépasse les cadres : il emprunte au réalisme, à l’épopée, au roman-feuilleton) |
| Structure | 5 tomes, 48 livres, 365 chapitres — plus de 1 500 pages |
| Tomes | I. Fantine · II. Cosette · III. Marius · IV. L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue de la Chanvrerie · V. Jean Valjean |
| Cadre spatio-temporel | France, 1815-1832 (de la chute de Napoléon aux émeutes républicaines de juin 1832). Lieux principaux : Digne, Montreuil-sur-Mer, Montfermeil, Paris |
| Thèmes centraux | Misère sociale, rédemption, justice vs loi, amour et sacrifice, progrès et révolution, enfance maltraitée, pouvoir de la conscience |
| Portée | Succès mondial immédiat et durable. Adapté au théâtre, au cinéma et en comédie musicale (la version de Boublil & Schönberg, créée en 1980, est l’un des spectacles les plus joués au monde) |
🏛️ 2. Contexte et biographie de Hugo
| Repère | Détail |
|---|---|
| Hugo en 1862 | Quand Les Misérables paraît, Hugo a 60 ans. Il est en exil depuis 1851 (après le coup d’État de Napoléon III) et vit à Guernesey. Il est déjà le plus grand écrivain français vivant : poète (Les Contemplations, 1856), dramaturge (Hernani, Ruy Blas), romancier (Notre-Dame de Paris, 1831). L’exil a radicalisé ses convictions : l’ancien royaliste est devenu un républicain engagé, défenseur des pauvres, adversaire de la peine de mort. |
| La genèse du roman | Hugo commence le roman en 1845 sous le titre Les Misères. La révolution de 1848, puis le coup d’État de 1851 et l’exil interrompent la rédaction. Hugo reprend le manuscrit en 1860 avec une vision élargie : le roman social devient une épopée totale de l’humanité. Il ajoute les grandes digressions (Waterloo, les égouts, le couvent, l’argot) et renforce la dimension philosophique. Le roman est publié en 1862 et connaît un succès immédiat et planétaire. |
| Le contexte historique du roman | L’action couvre la période 1815-1832 : la Restauration (retour des Bourbons après Waterloo), la monarchie de Juillet (Louis-Philippe), et l’insurrection républicaine de juin 1832 (les barricades de la rue de la Chanvrerie). Cette période est marquée par une misère sociale effroyable : paupérisme industriel, travail des enfants, condition des femmes, bagne, répression politique. |
| Hugo et la question sociale | Hugo est profondément marqué par la misère qu’il observe dans les rues de Paris. En 1845, il assiste à l’arrestation d’une femme qui a volé du pain — scène qui inspirera Fantine. Sa conviction est que la société est responsable de la misère et du crime : ce n’est pas l’individu qui est mauvais, c’est le système qui broie les plus faibles. Cette thèse irrigue tout le roman. |
| La publication et la réception | Le roman est publié par l’éditeur belge Lacroix en 1862. Le tirage est considérable pour l’époque. Le public populaire est enthousiaste. Les critiques littéraires sont plus réservés : les Goncourt, Flaubert et Baudelaire jugent le roman trop didactique et les digressions excessives. Mais le succès populaire est immédiat et ne s’est jamais démenti. |
📐 3. Structure du roman
| Tome | Titre | Période | Personnage central | Mouvement |
|---|---|---|---|---|
| I | Fantine | 1815-1823 | Valjean / Fantine | Rédemption de Valjean, chute et mort de Fantine |
| II | Cosette | 1823-1824 | Valjean / Cosette | Sauvetage de Cosette, fuite et refuge |
| III | Marius | 1831-1832 | Marius | Formation de Marius, rencontre avec Cosette, le bas-fond parisien |
| IV | L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue de la Chanvrerie | 1832 | Marius / Valjean / Gavroche | Amour et barricades — le double mouvement intime et épique |
| V | Jean Valjean | 1832-1833 | Valjean | Traversée des égouts, sacrifice et mort de Valjean |
La structure en cinq tomes reflète l’ambition totale du roman : chaque tome a son personnage-phare, son atmosphère, son registre. Mais le fil rouge est le parcours de Jean Valjean, de la sortie du bagne à la mort en saint laïque. Les grandes digressions (Waterloo, le couvent du Petit-Picpus, les égouts de Paris, l’argot) ne sont pas des hors-sujets : elles élargissent le roman au format d’une fresque de civilisation.
📖 4. Résumé tome par tome
Tome I — Fantine (1815-1823)
En 1815, Jean Valjean sort du bagne de Toulon après dix-neuf ans de détention (cinq ans pour le vol d’un pain destiné à nourrir les enfants de sa sœur, quatorze ans pour des tentatives d’évasion). Son passeport jaune d’ancien forçat le condamne au rejet : aucune auberge ne veut de lui. Seul Monseigneur Myriel, l’évêque de Digne, l’accueille avec bonté. Valjean, encore amer, vole les couverts d’argent de l’évêque. Arrêté par les gendarmes, il est ramené chez Myriel — qui, au lieu de l’accuser, affirme lui avoir donné les couverts et y ajoute les chandeliers. Ce geste de miséricorde bouleverse Valjean : c’est l’acte fondateur de sa rédemption.
Quelques années plus tard, Valjean a pris l’identité de Monsieur Madeleine. Il est devenu un industriel prospère et le maire respecté de Montreuil-sur-Mer. Parallèlement, Fantine, une ouvrière de sa manufacture, connaît un destin tragique : mère célibataire, elle a confié sa fille Cosette aux Thénardier, aubergistes de Montfermeil, qui maltraitent l’enfant et réclament toujours plus d’argent. Chassée de l’usine, Fantine vend ses cheveux, ses dents, et finit par se prostituer pour payer la pension de Cosette.
L’inspecteur Javert, en poste à Montreuil, soupçonne Madeleine d’être l’ancien bagnard Jean Valjean. Un autre homme, Champmathieu, est arrêté et identifié à tort comme Valjean. Le vrai Valjean est déchiré par un dilemme moral : laisser un innocent être condamné à sa place, ou se dénoncer et perdre tout (l’affaire Champmathieu). Après une nuit de lutte intérieure, il choisit la vérité : il se présente au tribunal et révèle son identité. Fantine, déjà mourante, apprend la vérité et meurt. Valjean promet de sauver Cosette.
Tome II — Cosette (1823-1824)
Le tome s’ouvre sur la grande digression de Waterloo, où Hugo raconte la bataille et médite sur le sens de l’histoire. Cette parenthèse n’est pas gratuite : c’est sur le champ de Waterloo que Thénardier, en dépouillant les cadavres, « sauve » involontairement le père de Marius (le colonel Pontmercy).
Valjean s’évade du bagne et se rend à Montfermeil pour récupérer Cosette. L’enfant de huit ans est traitée en esclave par les Thénardier : elle fait le ménage, porte l’eau, dort sous l’escalier. Valjean paie les Thénardier et emmène Cosette. La scène de la rencontre — Cosette portant un seau trop lourd dans la nuit, et Valjean prenant le seau — est l’une des plus célèbres du roman.
Valjean et Cosette s’installent à Paris. Poursuivi par Javert, Valjean se réfugie au couvent du Petit-Picpus grâce à l’aide du père Fauchelevent (un homme qu’il avait autrefois sauvé). Ils y vivent cachés pendant plusieurs années — Cosette y est éduquée, Valjean y travaille comme jardinier.
Tome III — Marius (1831-1832)
Le tome introduit Marius Pontmercy, un jeune homme élevé par son grand-père royaliste M. Gillenormand, qui lui a caché la vérité sur son père (un colonel héroïque de Napoléon). En découvrant l’héroïsme de son père, Marius rompt avec son grand-père et bascule dans le camp républicain. Il vit dans la pauvreté, fréquente un cercle de jeunes républicains idéalistes, les Amis de l’ABC, menés par Enjolras.
Dans le jardin du Luxembourg, Marius aperçoit Cosette — devenue une belle jeune femme — et tombe éperdument amoureux. Le tome explore aussi le Paris des bas-fonds : la masure Gorbeau, le guet-apens tendu par les Thénardier (devenus la bande Patron-Minette) contre Valjean, déjoué par Marius qui alerte Javert. Les destins des personnages s’entrecroisent dans le labyrinthe parisien.
Tome IV — L’Idylle rue Plumet et l’Épopée rue de la Chanvrerie (1832)
Le titre annonce le double mouvement du tome : l’amour (l’idylle) et la révolution (l’épopée). Valjean et Cosette vivent rue Plumet. Marius découvre leur adresse et rencontre Cosette dans le jardin : ils tombent amoureux. Mais Valjean, jaloux et inquiet, décide de partir pour l’Angleterre.
Parallèlement, l’insurrection éclate à Paris en juin 1832, déclenchée par les funérailles du général Lamarque. Les Amis de l’ABC construisent une barricade rue de la Chanvrerie. Marius, désespéré par la perspective de perdre Cosette, rejoint la barricade. Le combat est héroïque et désespéré. Gavroche, le gamin de Paris, est tué en ramassant des cartouches sous les balles — scène devenue mythique. Enjolras et les insurgés tombent les uns après les autres. Javert, infiltré comme espion, est capturé par les insurgés. Valjean, venu sauver Marius, obtient la « garde » de Javert et, au lieu de l’exécuter, le libère.
Tome V — Jean Valjean (1832-1833)
Marius est grièvement blessé sur la barricade. Valjean le charge sur son dos et l’évacue par les égouts de Paris — une traversée épouvantable à travers la boue, les ténèbres et les eaux usées. À la sortie, il tombe sur Javert, qui le laisse aller — acte inconcevable pour cet homme de loi. Javert, déchiré entre sa dette envers Valjean et son obsession de la loi, se jette dans la Seine : le suicide de Javert est la reconnaissance que la justice légale et la justice morale sont irréconciliables.
Marius guérit et épouse Cosette. Mais Valjean révèle à Marius son passé de bagnard. Marius, choqué, l’éloigne progressivement de Cosette. Valjean, privé de la seule personne qu’il aime, se laisse mourir. Quand Marius découvre (grâce aux Thénardier, par ironie) que Valjean est celui qui l’a sauvé dans les égouts, il se précipite avec Cosette au chevet de Valjean — mais il est trop tard. Valjean meurt en paix, entouré de ceux qu’il aime, dans une scène d’une simplicité bouleversante. Les chandeliers de l’évêque éclairent son visage.
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et signification |
|---|---|
| Jean Valjean | Personnage central, fil conducteur du roman. Ancien bagnard (condamné pour un vol de pain), il est racheté par la bonté de Mgr Myriel et consacre le reste de sa vie à faire le bien — sous des identités successives (M. Madeleine, Ultime Fauchelevent, M. Leblanc). Sa force physique surhumaine et sa bonté inépuisable en font une figure quasi christique : il porte littéralement les autres (Cosette, Marius dans les égouts) et se sacrifie pour eux. Son parcours est l’itinéraire d’une rédemption complète : du bagnard haineux au saint laïque. |
| Javert | Inspecteur de police, antagoniste de Valjean. Fils de parents délinquants, Javert a choisi le camp de la loi absolue : pour lui, un ancien forçat ne peut pas changer, la miséricorde n’existe pas. Il poursuit Valjean pendant des décennies avec une obsession implacable. Quand Valjean lui sauve la vie sur la barricade, le système de Javert s’effondre : il ne peut ni arrêter son bienfaiteur ni accepter que la bonté soit plus forte que la loi. Son suicide est l’aveu que sa conception rigide de la justice est intenable. |
| Fantine | Jeune ouvrière parisienne, mère de Cosette. Abandonnée par l’étudiant Tholomyès, elle confie sa fille aux Thénardier et travaille à la manufacture de M. Madeleine. Chassée, elle sombre dans la misère : elle vend ses cheveux, ses dents, puis son corps. Elle meurt à l’hôpital, usée par la maladie et le désespoir. Fantine est le symbole de la femme broyée par la société : sa chute illustre la thèse de Hugo selon laquelle la misère engendre le vice, pas la nature humaine. |
| Cosette | Fille de Fantine, élevée d’abord par les Thénardier (enfance de maltraitance) puis par Valjean (amour paternel). Elle passe de la misère à la lumière : enfant exploitée, elle devient une jeune femme aimée et protégée. Son mariage avec Marius est le dénouement heureux de l’intrigue amoureuse — mais c’est aussi la cause involontaire de l’éloignement de Valjean. |
| Marius Pontmercy | Jeune bourgeois idéaliste, amoureux de Cosette. Son parcours est celui d’un éveil politique et sentimental : élevé par un grand-père royaliste, il découvre le bonapartisme de son père, se rallie à la cause républicaine, et finit par se réconcilier avec son grand-père. Sa naïveté et son aveuglement (il ne comprend pas qui est Valjean) sont ses faiblesses. |
| Gavroche | Gamin des rues de Paris, fils des Thénardier (qui l’ont abandonné). Espiègle, généreux, courageux, il est la figure du peuple de Paris dans ce qu’il a de plus vivant. Sa mort sur la barricade, en chantant sous les balles, est l’une des scènes les plus célèbres de la littérature française — un mélange de défi, d’innocence et de tragédie. |
| Les Thénardier | Couple d’aubergistes de Montfermeil, incarnation du mal social. Ils exploitent Cosette, escroquent Fantine, et deviennent à Paris des criminels de droit commun (sous le nom de Jondrette/Patron-Minette). Thénardier est le double négatif de Valjean : là où Valjean se rachète, Thénardier s’enfonce toujours plus dans le crime. |
| Mgr Myriel | Évêque de Digne, figure de sainteté qui ouvre le roman. Son acte de miséricorde envers Valjean (les chandeliers) est le geste fondateur de toute l’histoire : c’est lui qui rend la rédemption possible. Il n’apparaît que dans les premiers chapitres mais sa présence irradie tout le roman. |
| Enjolras | Chef des Amis de l’ABC, jeune républicain d’une beauté et d’une pureté fanatiques. Il incarne l’idéal révolutionnaire absolu : il ne vit que pour la République, il est prêt à mourir pour elle. Sa mort debout face aux fusils, avec son drapeau, est l’image même de l’héroïsme romantique. |
| Éponine | Fille des Thénardier, amoureuse de Marius. Enfant gâtée à Montfermeil (au détriment de Cosette), elle est devenue une jeune fille des rues à Paris, misérable mais dévouée. Elle meurt sur la barricade en protégeant Marius d’une balle — figure de l’amour sacrificiel non récompensé. |
🎯 6. Thèmes principaux
La misère sociale
Le titre dit tout : le roman est un plaidoyer pour les misérables. Hugo montre que la misère est un système qui broie les individus : Fantine ne se prostitue pas par vice mais par nécessité, Valjean ne vole pas par méchanceté mais par faim, Gavroche vit dans la rue parce que ses parents l’ont abandonné. La thèse de Hugo est claire : « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement des enfers au sein de la civilisation, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles » (préface).
La rédemption
Le parcours de Valjean est une rédemption laïque. Un acte de bonté (les chandeliers de Myriel) suffit à transformer un bagnard en saint. Hugo croit profondément à la capacité de l’homme à changer : le mal n’est pas une fatalité, la conscience morale peut toujours se réveiller. Cette vision s’oppose à celle de Javert (un criminel reste un criminel) et à celle de la société (le passeport jaune condamne à vie).
La justice vs la loi
Le conflit entre Valjean et Javert incarne un débat philosophique : la loi est-elle la justice ? Javert représente la loi dans sa rigueur aveugle : il applique les textes sans considérer les circonstances. Valjean incarne une justice supérieure, fondée sur la conscience morale et la miséricorde. Hugo montre que la loi, quand elle ignore la charité, devient elle-même injuste — condamnant des innocents (Champmathieu) et persécutant des hommes rachetés (Valjean).
Le progrès et la révolution
Hugo est un fervent croyant du progrès : l’humanité avance, malgré les reculs et les souffrances. La digression sur Waterloo et les barricades de 1832 s’inscrivent dans cette vision : chaque insurrection, même vaincue, fait avancer la cause de la liberté. La mort de Gavroche et d’Enjolras n’est pas vaine — elle prépare l’avenir. Hugo distingue l’émeute (mouvement aveugle) de l’insurrection (soulèvement légitime du peuple opprimé).
L’enfance maltraitée
Hugo est un défenseur passionné des droits de l’enfance. Cosette exploitée par les Thénardier, Gavroche abandonné dans les rues, les frères de Gavroche errant dans le jardin du Luxembourg — le roman est un réquisitoire contre la maltraitance et l’abandon des enfants. Les scènes de Cosette à Montfermeil comptent parmi les plus poignantes de la littérature.
L’amour et le sacrifice
L’amour, chez Hugo, est toujours lié au sacrifice. Valjean se sacrifie pour Cosette (il renonce à elle pour qu’elle soit heureuse avec Marius). Éponine se sacrifie pour Marius. Gavroche se sacrifie pour la cause. Même Javert, à sa manière, se sacrifie en se jetant dans la Seine plutôt que de renoncer à ses principes. L’amour hugolien n’est pas possession — il est don de soi.
✍️ 7. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description et effet |
|---|---|
| Le mélange des registres | Hugo mêle le sublime et le grotesque, le tragique et le comique, l’intime et l’épique, le réaliste et le visionnaire. La mort de Gavroche (tragique et héroïque) côtoie les scènes bouffonnes des Thénardier. La traversée des égouts (réalisme sordide) précède la mort spirituelle de Valjean (sublimité). Ce mélange est la marque du romantisme hugolien. |
| Les digressions | Les digressions sont une caractéristique structurelle du roman : Waterloo (un livre entier), les égouts de Paris (histoire et topographie), le couvent du Petit-Picpus, l’argot, le gamin de Paris. Ces parenthèses suspendent l’intrigue pour ouvrir le roman sur l’histoire, la philosophie et la société. Elles font des Misérables un roman-monde, une encyclopédie narrative du XIXe siècle. |
| Le registre épique | Les scènes de barricades, la bataille de Waterloo, la traversée des égouts sont écrites dans un souffle épique : phrases longues et amples, accumulations, métaphores grandioses. Les personnages prennent une dimension mythique — Valjean est un Hercule, Enjolras un archange, Gavroche un David face à Goliath. |
| La voix du narrateur engagé | Hugo intervient constamment comme narrateur-commentateur. Il interpelle le lecteur, tire des leçons morales, plaide pour les opprimés. Cette voix narrative fait du roman un discours autant qu’un récit — Hugo ne se contente pas de raconter, il veut convaincre et transformer la société. |
| Le symbolisme des noms et des lieux | Les noms sont signifiants : Valjean (« voilà Jean » — l’homme universel), Fantine (du latin infans, l’enfant — elle reste une victime innocente), Cosette (petite chose), Javert (sonorité dure et tranchante). Les lieux sont symboliques : les égouts sont le ventre de Paris, la barricade est le lieu du sacrifice, le jardin de la rue Plumet est l’Éden de l’amour. |
| L’antithèse hugolienne | Figure centrale du style de Hugo, l’antithèse structure tout le roman : Valjean/Javert (miséricorde/loi), lumière/ombre, chute/rédemption, misère/grandeur, Cosette enfant esclave/Cosette femme aimée. Le monde hugolien est un monde de contrastes absolus, où le bien et le mal, le sublime et l’abject coexistent. |
| Le pathétique et l’émotion | Hugo ne craint pas l’émotion directe. Les scènes de Cosette à Montfermeil, la mort de Gavroche, l’agonie de Valjean sont écrites pour émouvoir — sans ironie, sans distance. Ce pathétique assumé est la force du roman : il crée un lien émotionnel puissant entre le lecteur et les personnages. |
🌍 8. Portée et postérité
Les Misérables est l’un des romans les plus lus et les plus adaptés au monde.
Impact social et politique — Le roman a contribué à faire évoluer le regard de la société sur la misère, la justice pénale et les droits des enfants. Hugo a milité toute sa vie contre la peine de mort et pour l’éducation universelle. Les Misérables est un acte politique autant que littéraire : il a été lu par des générations de républicains, de socialistes et de réformateurs comme un manifeste humaniste.
Adaptations — Le roman a été adapté des dizaines de fois au cinéma (de Raymond Bernard en 1934 à Tom Hooper en 2012), à la télévision, en bande dessinée et en manga. La comédie musicale de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil (créée en 1980, version anglaise en 1985) est l’une des plus jouées au monde, avec plus de 130 millions de spectateurs.
Influence littéraire — Le roman a influencé Dostoïevski (Crime et Châtiment reprend le thème de la rédemption par la souffrance), Dickens (qui partage la même sensibilité sociale), Steinbeck (Les Raisins de la colère) et la tradition du roman social mondial.
❓ 9. Questions fréquentes (FAQ)
Quel est le résumé des Misérables de Victor Hugo ?
Les Misérables raconte le destin de Jean Valjean, ancien bagnard condamné pour un vol de pain, racheté par la bonté d’un évêque. Sous une fausse identité, il sauve Cosette, la fille d’une ouvrière morte de misère, et l’élève comme sa fille. Poursuivi pendant des décennies par l’inspecteur Javert, il traverse la France du XIXe siècle — la misère, les barricades de 1832, les égouts de Paris — en faisant le bien. Il meurt en paix après avoir sacrifié son bonheur pour celui de Cosette.
Pourquoi Jean Valjean a-t-il été condamné au bagne ?
Jean Valjean a été condamné à cinq ans de bagne pour avoir volé un pain afin de nourrir les sept enfants de sa sœur. Ses tentatives d’évasion ont allongé sa peine à dix-neuf ans. Hugo utilise cette disproportion entre le délit (un pain) et la punition (19 ans de bagne) pour dénoncer l’injustice du système judiciaire, qui punit les pauvres avec une sévérité absurde.
Pourquoi Javert se suicide-t-il ?
Javert se suicide parce que son système de valeurs s’effondre. Toute sa vie repose sur la conviction qu’un criminel ne peut pas changer et que la loi est la justice. Quand Valjean lui sauve la vie sur la barricade, Javert ne peut ni l’arrêter (il lui doit la vie) ni le laisser libre (ce serait trahir la loi). Face à cette contradiction insoluble, il se jette dans la Seine. Son suicide est l’aveu que la miséricorde est plus forte que la loi.
Qui est Gavroche dans Les Misérables ?
Gavroche est un gamin des rues de Paris, fils des Thénardier (qui l’ont abandonné). Espiègle, courageux et généreux, il vit de débrouillardise dans les rues. Il participe à l’insurrection de juin 1832 et meurt en chantant sur la barricade, tué en ramassant des cartouches sous le feu ennemi. Il est devenu le symbole de l’enfance populaire parisienne et du courage face à l’injustice.
Quel est le message des Misérables ?
Le message central est que la misère est une injustice sociale, pas une fatalité individuelle. Hugo montre que la société crée les criminels en condamnant les pauvres à la faim et à l’exclusion. Il plaide pour la miséricorde contre la loi aveugle, pour l’éducation contre l’ignorance, pour la rédemption contre la condamnation perpétuelle. La préface résume cette ambition : tant que la misère existera, des livres comme celui-ci seront nécessaires.
Que représentent les chandeliers de l’évêque ?
Les chandeliers que Mgr Myriel donne à Valjean sont le symbole de la rédemption. En offrant les chandeliers au lieu d’accuser Valjean de vol, l’évêque lui offre une chance de recommencer sa vie. Les chandeliers accompagnent Valjean tout au long du roman et éclairent son visage au moment de sa mort — ils représentent la lumière de la conscience morale et la bonté qui rachète le mal.
Pourquoi Les Misérables est-il un roman romantique ?
Les Misérables est un roman romantique par son souffle épique, son mélange des registres (sublime et grotesque), ses personnages hors du commun, son engagement social, son pathétique assumé et sa foi dans le progrès de l’humanité. Mais le roman dépasse le romantisme : il emprunte au réalisme (la description de la misère), au roman-feuilleton (les rebondissements), et à l’essai philosophique (les digressions). C’est un roman total qui transcende les classifications.
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