Le Horla de Maupassant : Résumé & Fiche de Lecture 📚

Le Horla est une nouvelle fantastique de Guy de Maupassant publiée en 1887. Écrite sous la forme d’un journal intime, elle raconte la descente progressive dans la folie — ou la possession — d’un homme qui se croit habité par une créature invisible, le Horla. Le narrateur, bourgeois normand vivant seul au bord de la Seine, observe des phénomènes inexplicables (sa carafe d’eau se vide pendant la nuit, les pages de son livre se tournent seules), développe une angoisse croissante et finit par se convaincre qu’un être surnaturel a pris le contrôle de sa volonté. Chef-d’œuvre du fantastique, Le Horla est aussi un texte clinique sur la folie, écrit par un auteur qui sombrait lui-même dans la maladie mentale. C’est l’une des nouvelles les plus célèbres de la littérature française et un texte fondateur du fantastique moderne.


📋 Sommaire


📇 1. Carte d’identité de l’œuvre

Fiche d’identité — Le Horla
Auteur Guy de Maupassant (1850-1893)
Date de publication 1887 (version définitive). Une première version différente avait paru en 1886 sous forme de récit oral
Genre Nouvelle fantastique, récit à la première personne (journal intime)
Mouvement littéraire Naturalisme / Fantastique — Maupassant est à la croisée des deux : description réaliste d’un phénomène surnaturel (ou pathologique)
Forme Journal intime daté du 8 mai au 10 septembre — environ 40 pages
Cadre spatio-temporel Normandie (bord de Seine, près de Rouen), Paris — époque contemporaine de Maupassant (années 1880)
Thèmes centraux Folie et raison, le fantastique et l’hésitation, le double et la dépossession de soi, l’invisible, l’angoisse, la solitude
Signification du titre Le mot « Horla » est un néologisme inventé par Maupassant. Interprétations principales : « hors-là » (celui qui est dehors, l’étranger), contraction de « hors de la » (hors de la réalité), ou écho de « horreur ». Le mot crée un malaise linguistique — l’innommable a un nom qui ne ressemble à rien de connu
Les deux versions Il existe deux versions : celle de 1886 (récit oral devant un médecin aliéniste, le narrateur est interné) et celle de 1887 (journal intime, plus ambiguë, considérée comme définitive et étudiée en classe). La version de 1887 est plus efficace car elle supprime le cadre rationalisant du médecin

🏛️ 2. Contexte et biographie de Maupassant

Repère Détail
Maupassant et la folie Maupassant est atteint de la syphilis contractée vers 1877. La maladie, incurable à l’époque, provoque des troubles neurologiques progressifs : migraines, hallucinations, paranoïa. Son frère Hervé est mort fou en 1889. Maupassant lui-même tentera de se suicider en janvier 1892 et mourra interné dans la clinique du Dr Blanche en 1893. Le Horla (1887) est écrit au moment où les premiers symptômes s’aggravent — le texte est à la fois une œuvre d’art et un document clinique.
Le naturalisme et le fantastique Maupassant est disciple de Flaubert et proche de Zola — il appartient au courant naturaliste. Mais il est aussi fasciné par le fantastique (il admire Edgar Allan Poe et E.T.A. Hoffmann). Le Horla est la synthèse de ces deux influences : un récit d’une précision réaliste qui décrit un phénomène surnaturel — ou pathologique. L’ambiguïté entre les deux est le moteur du texte.
La psychiatrie au XIXe siècle Les années 1880 sont l’âge d’or de la psychiatrie française. Charcot étudie l’hystérie à la Salpêtrière, les travaux sur l’hypnose et la suggestion se multiplient. Maupassant s’y intéresse passionnément — il assiste aux leçons de Charcot. Le Horla est nourri de ces recherches : le narrateur se demande s’il est fou, hypnotisé, possédé. Le texte met en scène les limites de la raison face au mystère de l’esprit.
Le fantastique selon Maupassant Dans sa chronique « Le Fantastique » (1883), Maupassant définit le genre : le fantastique ne consiste pas à montrer des monstres visibles mais à faire naître l’inquiétude, le doute, la fissure dans le réel. Le vrai fantastique est celui où le lecteur ne sait jamais si le phénomène est réel ou hallucinatoire. Le Horla est l’application parfaite de cette théorie : jusqu’à la dernière ligne, l’hésitation demeure.

📐 3. Structure de la nouvelle

Phase Dates du journal Mouvement
1. Bien-être initial 8 mai Bonheur, description du paysage normand, passage d’un trois-mâts brésilien sur la Seine
2. Premiers troubles 12 mai — 2 juillet Fièvre, cauchemars, sensation d’une présence, la carafe d’eau qui se vide la nuit
3. Rémission apparente 2 — 10 juillet Voyage au mont Saint-Michel, discussions sur l’invisible, retour du malaise
4. Certitude croissante 12 juillet — 19 août Expériences (carafe, lait, rose cueillie), découverte du nom « Horla », voyage à Paris (hypnose), retour
5. Terreur et dénouement 19 août — 10 septembre Le Horla visible dans le miroir, incendie de la maison, échec, dernière entrée : « il va donc falloir que je me tue »

La structure est celle d’une spirale descendante : le narrateur part d’un état de bonheur et s’enfonce progressivement dans l’angoisse, la certitude d’une présence, la terreur, et enfin le désespoir. Les tentatives de fuite (le voyage au mont Saint-Michel, le séjour à Paris) ne sont que des rémissions temporaires qui rendent la rechute plus brutale. Le journal intime crée un effet de temps réel : le lecteur accompagne le narrateur jour après jour dans sa chute.


📖 4. Résumé détaillé

Le bonheur initial et les premiers troubles (8 mai — juin)

Le 8 mai, le narrateur ouvre son journal sur une note de bonheur parfait. Il vit seul dans sa maison au bord de la Seine, près de Rouen, entouré d’arbres et de fleurs. Il décrit le paysage avec ravissement. Il voit passer sur la Seine un magnifique trois-mâts brésilien — détail anodin qui prendra une signification cruciale par la suite.

Dès le 12 mai, le ton change. Le narrateur se sent fiévreux, nerveux, sans raison. Une angoisse diffuse s’installe. Il commence à mal dormir, fait des cauchemars terrifiants : il sent un être couché sur lui, qui lui presse la poitrine et lui boit la vie à la bouche. Il se réveille épuisé, comme vidé.

Puis les phénomènes étranges commencent. Chaque nuit, sa carafe d’eau se vide entièrement — mais ce n’est pas lui qui l’a bue. Il vérifie, ferme les portes, pose des pièges : le phénomène persiste. Quelque chose — ou quelqu’un — boit son eau pendant qu’il dort.

Le voyage et le retour (juillet)

Le narrateur tente de fuir. Il voyage au mont Saint-Michel, où un moine lui raconte des légendes sur les esprits invisibles qui errent dans les landes et les vents. Le narrateur est troublé : et si des êtres existaient au-delà de nos sens ? Il rentre chez lui. Le malaise revient, plus fort.

Il fait de nouvelles expériences pour prouver la présence de l’entité. Il pose sur sa table une carafe d’eau, du lait, du pain, des fraises. Au matin, le lait et l’eau sont bus — mais pas le pain ni les fraises. La chose est donc sélective : elle se nourrit de liquides. Le narrateur commence à nommer mentalement cette présence : le Horla.

Un soir, il voit les pages de son livre se tourner toutes seules, comme poussées par un souffle invisible. Il bondit vers le fauteuil : il est vide — mais il sent que quelque chose vient de s’en échapper. L’épouvante est totale.

Paris et la question de la folie (juillet-août)

Le narrateur se rend à Paris pour fuir et se distraire. Il assiste à une séance d’hypnose chez un médecin : une femme, sous hypnose, obéit à des ordres donnés à distance. Le narrateur est fasciné et terrifié : si un être humain peut être contrôlé à distance, alors le Horla pourrait être un être qui contrôle sa volonté de la même manière.

Il lit dans une revue un article sur une épidémie de folie au Brésil : dans la province de São Paulo, les habitants se croient possédés par des êtres invisibles qui boivent leur eau et leur lait. Le narrateur fait le lien avec le trois-mâts brésilien qu’il a vu passer le 8 mai : le Horla serait venu du Brésil sur ce navire.

Cette explication « rationnelle » (une créature venue du Brésil) est-elle un signe de lucidité ou de délire ? L’ambiguïté est totale.

La terreur et le dénouement (août-septembre)

De retour chez lui, le narrateur est désormais certain de la présence du Horla. Un soir, en se regardant dans la glace, il ne voit pas son reflet — une brume opaque lui masque la vue. Puis il se voit de nouveau, comme si le Horla s’était écarté du miroir. L’être invisible s’est interposé entre lui et son propre reflet — il a volé son image.

Le narrateur bascule dans une terreur absolue. Il sent que le Horla contrôle sa volonté : il ne peut plus agir librement, il est devenu l’esclave d’un être qu’il ne peut ni voir ni toucher. Il écrit : « Je suis perdu ! Quelqu’un possède mon âme et la gouverne ! »

Il conçoit un plan désespéré : enfermer le Horla dans sa maison et y mettre le feu. Il fait installer des volets de fer, barricade les issues, sort de la maison, et l’incendie. Mais ses domestiques sont restés à l’intérieur — ils meurent dans les flammes. Et aussitôt, le doute revient : le Horla est-il vraiment mort ? Un être invisible peut-il être détruit par le feu ? Le narrateur comprend que non : « Il n’est pas mort… alors… alors… il va donc falloir que je me tue, moi !… »

Le journal s’arrête sur cette phrase. On ne sait pas si le narrateur se suicide.


👤 5. Les personnages

Personnage Rôle et signification
Le narrateur Personnage unique du récit (les autres ne sont que des silhouettes). Bourgeois normand cultivé, rationnel, vivant seul au bord de la Seine. C’est un esprit lucide qui tente désespérément de comprendre ce qui lui arrive — ce qui rend sa chute d’autant plus terrifiante. Il est à la fois observateur et objet de l’observation : il s’analyse lui-même sombrer, il note les symptômes de sa propre décomposition. Le lecteur ne sait jamais s’il est un homme sain confronté au surnaturel ou un homme malade qui s’enfonce dans la folie.
Le Horla L’être invisible qui hante le narrateur. Il n’est jamais décrit directement — on ne connaît que ses effets : l’eau bue, les pages tournées, l’image absente dans le miroir, la volonté du narrateur paralysée. Le Horla peut être interprété comme un être surnaturel (une créature venue du Brésil), une figure du double (le « hors-là », l’autre en soi), ou une projection de la folie du narrateur. Cette polysémie est la force du texte.
Les personnages secondaires Ils sont à peine esquissés : le moine du mont Saint-Michel (qui évoque les esprits invisibles), le médecin de Paris (qui pratique l’hypnose), les domestiques (qui meurent dans l’incendie). Leur fonction est de fournir des indices qui alimentent les interprétations du narrateur — sans jamais trancher entre le fantastique et la folie.

🎯 6. Thèmes principaux

La folie et la raison

Le thème central est la frontière entre raison et folie. Le narrateur est un homme rationnel qui tente d’analyser méthodiquement ce qui lui arrive — mais ses raisonnements le mènent à des conclusions de plus en plus délirantes. La question n’est jamais tranchée : est-il fou (et le Horla est une hallucination) ou lucide (et le Horla existe réellement) ? Cette ambiguïté est irréductible — c’est elle qui définit le fantastique selon Todorov.

Le fantastique et l’hésitation

Le théoricien Tzvetan Todorov (Introduction à la littérature fantastique, 1970) définit le fantastique comme l’hésitation entre une explication rationnelle (la folie) et une explication surnaturelle (le Horla existe). Le Horla est l’illustration parfaite de cette définition : le texte maintient l’hésitation de bout en bout, sans jamais basculer du côté du merveilleux (le surnaturel accepté) ni de l’étrange (l’explication rationnelle confirmée).

Le double et la dépossession de soi

Le Horla est une figure du double (Doppelgänger). Son nom — « hors-là » — désigne ce qui est à la fois en dehors et à côté de soi. Le Horla vole l’eau (la substance vitale), le reflet (l’identité), la volonté (la liberté). Le narrateur est progressivement dépossédé de lui-même : il ne se reconnaît plus, ne se maîtrise plus. Le Horla peut se lire comme la part obscure du moi — l’inconscient, la folie, la mort — qui prend le dessus sur la conscience.

L’invisible et les limites de la perception

Le texte pose une question philosophique : que percevons-nous du réel ? Le narrateur note que nos sens sont limités — nous ne voyons qu’une infime partie du spectre, nous n’entendons qu’une fraction des sons. Si des êtres existaient au-delà de nos perceptions, nous ne pourrions pas les détecter. Le Horla incarne cette angoisse épistémologique : l’idée que le réel dépasse notre capacité à le connaître.

La solitude

Le narrateur vit seul. Il n’a pas de famille, pas d’ami intime, pas de confident. Le journal est son seul interlocuteur. Cette solitude est la condition de possibilité du fantastique : c’est parce qu’il est seul que personne ne peut confirmer ou infirmer ses perceptions. Le Horla est peut-être le produit de cette solitude — la solitude qui rend fou.

L’angoisse existentielle

Au-delà du fantastique, Le Horla est un texte sur l’angoisse — une peur sans objet identifiable, un malaise profond face à l’existence. Le narrateur ne sait pas de quoi il a peur — et c’est ce qui rend sa peur insupportable. Le Horla est le nom donné à l’innommable, la forme donnée à l’informe. En cela, la nouvelle anticipe les thèmes de l’existentialisme (la nausée de Sartre, l’absurde de Camus).


✍️ 7. Style et procédés d’écriture

Procédé Description et effet
Le journal intime La forme du journal daté crée un effet de réel et d’immédiateté. Le lecteur suit le narrateur au jour le jour, sans recul. Ce procédé piège le lecteur dans la subjectivité du narrateur : on ne dispose d’aucun point de vue extérieur pour vérifier ce qu’il raconte. Le journal est aussi un acte de résistance — écrire pour ne pas sombrer — et un symptôme — l’écriture compulsive du paranoïaque.
La progression dramatique Maupassant construit une montée progressive de l’angoisse. Les premiers indices sont minimes (un malaise, un mauvais sommeil), puis les phénomènes deviennent plus précis (la carafe, les pages), plus intrusifs (le miroir, la volonté contrôlée), jusqu’au paroxysme final (l’incendie, la phrase suicidaire). Cette gradation est implacable — chaque étape ferme une porte de plus.
Le narrateur non fiable Le narrateur se questionne lui-même : « Suis-je fou ? » Cette auto-interrogation permanente fait du lecteur un détective qui doit évaluer la fiabilité du témoignage. Le narrateur est-il un observateur lucide ou un esprit malade ? Le texte fournit des arguments dans les deux sens — sans jamais trancher. Ce procédé est au cœur du fantastique tel que Todorov le définit.
Le contraste réalisme / surnaturel Maupassant ancre le récit dans un cadre parfaitement réaliste : la Normandie, la Seine, le mont Saint-Michel, Paris, les noms de rues, les détails quotidiens. C’est dans ce cadre banal que surgit l’inexplicable. Le contraste entre la normalité du décor et l’étrangeté des phénomènes produit un effet de malaise plus efficace que tout décor gothique.
Les phrases exclamatives et interrogatives Le texte est ponctué de questions et d’exclamations qui traduisent l’agitation intérieure du narrateur : « D’où viennent ces influences mystérieuses ? », « Je suis perdu ! », « Non… non… sans aucun doute… il n’est pas mort… » Cette syntaxe haletante restitue le rythme de la pensée affolée et entraîne le lecteur dans le vertige.
La scène du miroir La scène où le narrateur ne se voit plus dans la glace est le climax fantastique de la nouvelle. Le miroir, traditionnellement symbole de l’identité (se voir soi-même), devient l’instrument de la dépossession : le Horla a volé le reflet, donc l’identité. Cette scène condense tout le texte en une image : la disparition du moi.
La fin ouverte Le texte se termine sur une phrase inachevée : « il va donc falloir que je me tue, moi !… » suivie de points de suspension. Le lecteur ne sait pas si le narrateur se suicide. Cette fin ouverte prolonge l’hésitation fantastique au-delà du texte : l’incertitude ne sera jamais résolue.

🌍 8. Portée et postérité

Le Horla est considéré comme l’un des plus grands textes de la littérature fantastique mondiale, aux côtés des nouvelles d’Edgar Allan Poe et d’Henry James (Le Tour d’écrou).

En théorie littéraire, la nouvelle est devenue le texte de référence pour l’étude du fantastique. Todorov, dans son Introduction à la littérature fantastique (1970), utilise Le Horla comme exemple central de l’hésitation entre explication rationnelle et surnaturelle.

En psychanalyse, le texte a été lu comme une anticipation des théories freudiennes sur l’inquiétante étrangeté (das Unheimliche, 1919) — le sentiment de malaise face à ce qui est à la fois familier et étranger. Le Horla est le « familier devenu étranger » par excellence : le moi qui ne se reconnaît plus.

En littérature, la nouvelle a influencé Lovecraft (l’horreur cosmique de l’invisible), Kafka (la métamorphose du quotidien en cauchemar), et toute la tradition du fantastique psychologique du XXe siècle. Le thème de l’être invisible qui contrôle la volonté a aussi nourri le cinéma d’horreur.


❓ 9. Questions fréquentes (FAQ)

Quel est le résumé du Horla ?

Le Horla est le journal intime d’un homme vivant seul en Normandie qui observe des phénomènes étranges : sa carafe d’eau se vide la nuit, les pages de ses livres se tournent seules, son reflet disparaît du miroir. Il se convainc qu’un être invisible, le « Horla », a pris le contrôle de sa volonté. Il tente de le détruire en incendiant sa maison, mais comprend que le Horla a peut-être survécu. Le journal s’achève sur une phrase de désespoir suggérant le suicide.

Que signifie le mot « Horla » ?

Le mot « Horla » est un néologisme inventé par Maupassant. L’interprétation la plus répandue est « hors-là » — celui qui est en dehors, l’étranger, ce qui échappe au visible et au connu. D’autres y voient un écho de « horreur » ou une contraction de « hors de la réalité ». Le mot crée un malaise linguistique : il nomme l’innommable, il donne une identité à ce qui n’en a pas.

Le narrateur du Horla est-il fou ?

C’est la grande question du texte — et Maupassant ne donne pas de réponse. Le narrateur présente des symptômes de maladie mentale (paranoïa, hallucinations, obsessions), mais les phénomènes qu’il décrit sont aussi cohérents avec l’existence d’un être surnaturel. Cette hésitation irrésolue entre l’explication rationnelle (la folie) et l’explication surnaturelle (le Horla existe) est la définition même du fantastique selon Todorov.

Pourquoi Le Horla est-il un texte fantastique ?

Le fantastique se définit par l’hésitation entre deux explications d’un phénomène étrange : une explication rationnelle (la folie du narrateur) et une explication surnaturelle (le Horla existe). Le Horla maintient cette hésitation de la première à la dernière ligne sans jamais trancher. Le texte est ancré dans un cadre réaliste (la Normandie, la vie quotidienne), ce qui rend l’irruption de l’inexplicable d’autant plus déstabilisante.

D’où vient le Horla ?

Selon l’interprétation du narrateur, le Horla serait arrivé du Brésil sur le trois-mâts qu’il a vu passer sur la Seine le 8 mai. Il fait le lien avec une épidémie de folie au Brésil où les habitants se croient possédés par des êtres invisibles. Mais cette explication est celle d’un homme potentiellement délirant — elle peut être un raisonnement lucide ou une construction paranoïaque. L’ambiguïté est maintenue.

Quelle est la scène la plus célèbre du Horla ?

La scène du miroir est le climax de la nouvelle. Le narrateur se regarde dans sa glace et ne voit plus son reflet — une brume opaque l’en empêche. Puis il se revoit, comme si le Horla s’était écarté. L’être invisible lui a volé son image, donc son identité. Cette scène condense tous les thèmes du texte : la dépossession de soi, l’invisible, la frontière entre le réel et l’hallucinatoire.

Quel lien entre Le Horla et la folie de Maupassant ?

Maupassant était atteint de syphilis, maladie qui provoque des troubles neurologiques progressifs. Il a écrit Le Horla en 1887, alors que les premiers symptômes s’aggravaient (migraines, hallucinations). Il tentera de se suicider en 1892 et mourra interné en 1893. Le texte peut se lire comme une transcription littéraire de l’expérience de la folie naissante — mais aussi comme une œuvre lucide qui utilise cette expérience comme matériau artistique.


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