🦊 Biographie de Jean de La Fontaine

Le maître des Fables — L’homme qui a fait parler les animaux pour mieux peindre les hommes

📇 Nom complet
Jean de La Fontaine
📅 Naissance
8 juillet 1621, Château-Thierry (Champagne)
⚰️ Mort
13 avril 1695, Paris (à 73 ans)
✍️ Métier
Poète, fabuliste, conteur
🏛️ Mouvement
Classicisme
📖 Œuvre majeure
Fables (243 fables en 12 livres, 1668–1694)
🏆 Académie française
Élu en 1684
👥 Cercle
Molière, Racine, Boileau (les « quatre amis »)
📌 L’essentiel : Jean de La Fontaine est le plus grand fabuliste de l’histoire de la littérature. Ses 243 fables, publiées entre 1668 et 1694, sont apprises par cœur par chaque écolier français depuis plus de trois siècles. « Le Corbeau et le Renard », « La Cigale et la Fourmi », « Le Lièvre et la Tortue » — ces récits brefs, apparemment simples, mettant en scène des animaux qui parlent, sont en réalité des chefs-d’œuvre de poésie, de morale et de satire sociale. Derrière la fable pour enfants se cache une radiographie impitoyable de la nature humaine : la vanité, la ruse, la tyrannie, la lâcheté, la cupidité. La Fontaine fait parler les bêtes pour mieux peindre les hommes — et trois siècles plus tard, le portrait est toujours ressemblant.

🏡 1. Enfance champenoise et vocation tardive (1621–1658)

Un provincial rêveur

Jean de La Fontaine naît le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, en Champagne, dans une famille de la bourgeoisie locale. Son père, Charles de La Fontaine, est maître des Eaux et Forêts — un poste qui gère les rivières, les bois et la chasse. Le jeune Jean grandit au contact de la nature : les forêts de Champagne, les animaux, les paysans, les saisons. Ce monde rural nourrit directement les Fables — La Fontaine est le seul grand auteur classique qui connaît vraiment la campagne.

Ses études sont décousues : un passage au séminaire (il envisage brièvement la prêtrise), des études de droit à Paris, un retour à Château-Thierry. En 1647, il se marie — un mariage arrangé avec Marie Héricart, qu’il négligera toute sa vie. Il hérite de la charge de maître des Eaux et Forêts de son père, qu’il exerce sans enthousiasme. La Fontaine est un rêveur, un distrait, un flâneur — la légende (peut-être exagérée) le décrit oubliant ses rendez-vous, se perdant dans les bois en lisant un livre, incapable de gérer ses propres finances.

La découverte de la vocation

La Fontaine n’écrit presque rien avant trente-cinq ans. C’est un vocationnel tardif — contrairement à Hugo ou Rimbaud, qui sont des prodiges précoces. Il lit beaucoup (Horace, Virgile, Boccace, Rabelais, Marot), compose quelques vers de circonstance, et se cherche. Ce n’est qu’à Paris, au contact des cercles littéraires, que sa vocation se précise. Son premier texte publié, une adaptation d’une comédie de Térence (L’Eunuque, 1654), passe inaperçu.

🏰 2. Fouquet, la disgrâce et la survie (1658–1668)

Le protégé de Fouquet

En 1658, La Fontaine entre au service de Nicolas Fouquet, le surintendant des finances de Louis XIV — l’homme le plus riche et le plus puissant de France après le roi. Fouquet est un mécène éblouissant qui protège les artistes. La Fontaine lui dédie des poèmes et jouit de sa générosité.

En 1661, Louis XIV fait arrêter Fouquet — accusé de détournement de fonds, jalousé pour le faste de son château de Vaux-le-Vicomte. Fouquet est condamné à la prison à vie. La plupart de ses protégés l’abandonnent. La Fontaine, lui, reste fidèle — il écrit l’Élégie aux nymphes de Vaux et l’Ode au roi pour demander la clémence. Ce courage lui vaut le respect de l’opinion mais la méfiance durable de Louis XIV, qui ne lui pardonnera jamais cette fidélité à un rival déchu.

Les protectrices

Sans Fouquet, La Fontaine se retrouve sans revenus. Il survit grâce à une succession de protectrices aristocratiques : la duchesse d’Orléans (qui l’héberge au palais du Luxembourg), la duchesse de Bouillon, et surtout Mme de La Sablière, une femme savante et généreuse, qui le loge pendant vingt ans (1672–1693) dans son hôtel parisien. La Fontaine vit chez elle comme un « pensionnaire » perpétuel — nourri, logé, libre d’écrire. À la mort de Mme de La Sablière, il est recueilli par le banquier d’Hervart, qui l’héberge jusqu’à sa mort.

Cette dépendance envers les protecteurs est le lot commun des écrivains du XVIIe siècle — il n’y a pas de droits d’auteur, pas de marché du livre au sens moderne. Mais elle explique aussi pourquoi les Fables sont remplies de critiques indirectes du pouvoir : La Fontaine ne peut pas attaquer le roi en face — il le fait à travers le Lion, le Loup, le Renard.

📖 3. Les Fables : trois recueils (1668–1694)

Premier recueil (1668) — Livres I à VI

En 1668, La Fontaine publie les six premiers livres des Fables, dédiés au Dauphin (le fils de Louis XIV, qui a sept ans). Ces 124 fables, inspirées d’Ésope (fabuliste grec du VIe siècle av. J.-C.) et de Phèdre (fabuliste latin), contiennent les textes les plus célèbres : « Le Corbeau et le Renard », « La Cigale et la Fourmi », « Le Loup et l’Agneau », « Le Chêne et le Roseau », « Le Lièvre et la Tortue ». Le succès est immense et immédiat.

Deuxième recueil (1678–1679) — Livres VII à XI

Dix ans plus tard, La Fontaine publie cinq nouveaux livres, dédiés à Mme de Montespan (la favorite du roi). Ces fables sont plus longues, plus complexes, plus philosophiques. La Fontaine s’affranchit d’Ésope : il puise dans les sources orientales (le fabuliste indien Pilpay), invente ses propres histoires, et donne aux fables une profondeur morale et politique nouvelle. « Les Animaux malades de la peste », « Le Coche et la Mouche », « La Laitière et le Pot au lait » sont parmi les plus grands textes de la littérature française.

Troisième recueil (1694) — Livre XII

Le douzième et dernier livre, publié un an avant la mort de La Fontaine, est le plus méditatif. Les fables y sont plus longues, plus graves, plus personnelles. La Fontaine, vieillissant, réfléchit sur le temps, la mort, la sagesse. « Le Vieux Chat et la Jeune Souris » et « Le Juge arbitre, l’Hospitalier, et le Solitaire » sont des textes testamentaires.

💡 243 fables, 26 ans : les Fables ne sont pas un recueil unique mais un chantier de toute une vie. Entre le premier livre (1668) et le dernier (1694), vingt-six ans se sont écoulés. L’art de La Fontaine évolue considérablement : les premières fables sont brèves, moralisantes, proches d’Ésope ; les dernières sont de véritables petits poèmes philosophiques, subtils et ambigus. Lire les Fables dans l’ordre, c’est voir un artiste grandir sous nos yeux.

🕊️ 4. Les dernières années (1684–1695)

En 1684, La Fontaine est élu à l’Académie française — mais Louis XIV retarde son approbation pendant plusieurs mois, signe de sa rancune tenace (la fidélité à Fouquet, les Contes jugés licencieux). Dans ses dernières années, La Fontaine se rapproche de la religion, renie publiquement ses Contes (ses nouvelles érotiques), et mène une vie retirée.

Il meurt le 13 avril 1695, à soixante-treize ans. Selon la légende, on trouve sous ses vêtements un cilice (un instrument de pénitence) — le fabuliste libertin serait mort en pénitent. Il est enterré au cimetière des Saints-Innocents, à Paris. Ses restes sont transférés au cimetière du Père-Lachaise en 1817.

📚 5. Les grandes œuvres

ŒuvreDateGenreContenu
Fables1668–1694Fable en vers243 fables en 12 livres — le chef-d’œuvre absolu
Contes et nouvelles en vers1665–1685Conte érotiqueRécits licencieux inspirés de Boccace et l’Arioste
Le Songe de Vaux1671PoésieHommage au château de Fouquet — mêle prose et vers

🎨 6. L’art de la fable

La fable n’est pas un genre mineur

La Fontaine a transformé un genre considéré comme scolaire et mineur (la fable morale pour enfants) en un art poétique majeur. Avant lui, la fable est une anecdote plate suivie d’une morale explicite. Avec lui, elle devient un petit théâtre en vers : des personnages vivants, des dialogues, des descriptions, une mise en scène — et une morale qui n’est jamais aussi simple qu’elle en a l’air.

Les vers libres

L’innovation formelle de La Fontaine est le vers libre classique (à ne pas confondre avec le vers libre moderne). Il mélange des vers de longueurs différentes — alexandrins, octosyllabes, hexasyllabes — dans un même poème, selon les besoins du récit. Un vers court accélère l’action ; un vers long la ralentit. Les enjambements, les rejets, les coupes irrégulières créent un rythme narratif d’une souplesse unique dans la poésie classique. Chaque fable a sa propre musique.

La satire masquée

Sous Louis XIV, la satire directe est dangereuse. La Fontaine utilise le masque animal pour dire ce qu’un pamphlet ne pourrait pas dire. Le Lion est le roi — tyrannique, capricieux, injuste. Le Renard est le courtisan — rusé, flatteur, menteur. Le Loup est le puissant — brutal et sans pitié. L’Agneau est le peuple — innocent et sacrifié. « La raison du plus fort est toujours la meilleure » : cette morale du « Loup et l’Agneau » est une critique du pouvoir absolu, exprimée avec une clarté que même un enfant comprend — et que le roi ne peut pas sanctionner, parce que ce n’est « qu’une fable ».

❓ 7. Questions fréquentes

Combien de fables La Fontaine a-t-il écrites ?
243 fables, réparties en 12 livres, publiées en trois recueils entre 1668 et 1694. Les livres I à VI (1668) sont les plus connus et les plus étudiés à l’école primaire. Les livres VII à XI (1678–1679) sont considérés par les spécialistes comme les plus aboutis littérairement. Le livre XII (1694) est le plus philosophique. Consultez notre résumé détaillé des Fables.
La Fontaine a-t-il inventé ses fables ?
Non — et il ne s’en est jamais caché. La plupart de ses fables sont des adaptations de sources anciennes : Ésope (fabuliste grec, VIe siècle av. J.-C.), Phèdre (fabuliste latin, Ier siècle), Pilpay (fabuliste indien). Mais l’originalité de La Fontaine ne réside pas dans l’invention des histoires — elle est dans la forme : la versification, les dialogues, la mise en scène, la profondeur psychologique des personnages, l’ambiguïté des morales. La Fontaine prend des canevas simples et en fait des chefs-d’œuvre poétiques.
Pourquoi La Fontaine était-il en disgrâce auprès de Louis XIV ?
Deux raisons. D’abord, La Fontaine est resté fidèle à Fouquet après sa chute en 1661 — il a même écrit des textes pour demander sa grâce, ce que Louis XIV a considéré comme un affront personnel. Ensuite, les Contes et nouvelles en vers de La Fontaine (des récits érotiques) ont choqué le roi, de plus en plus dévot sous l’influence de Mme de Maintenon. Louis XIV a retardé l’approbation de son élection à l’Académie française et ne l’a jamais admis dans le cercle des auteurs favorisés par la cour.
Les Fables sont-elles vraiment pour les enfants ?
Oui et non. Les fables les plus simples (Le Corbeau et le Renard, La Cigale et la Fourmi) sont apprises dès le primaire et fonctionnent comme des récits moraux pour enfants. Mais les fables les plus complexes (Les Animaux malades de la peste, Le Paysan du Danube) sont des textes de satire politique et de philosophie morale qui s’adressent aux adultes. La Fontaine lui-même a dédié le premier recueil au Dauphin (un enfant de sept ans), mais le deuxième recueil est dédié à Mme de Montespan — ce qui montre que le public visé est aussi (et surtout) la cour.