La IIIe République (1870–1940)

Cours complet 4e · Naissance difficile · Grandes lois républicaines · Affaire Dreyfus · Loi de 1905 · Laïcité · Fiche de révision brevet DNB

4e
Niveau
1870–1940
Période
⭐⭐⭐⭐
Fréquence brevet
70 ans
La République la plus longue
📖 Qu'est-ce que la IIIe République ?
La IIIe République (1870-1940) est le régime républicain qui s'installe en France après la défaite contre la Prusse et la chute du Second Empire. C'est la plus longue République de l'histoire française. Elle consolide les valeurs républicaines — liberté de la presse, école laïque gratuite et obligatoire, séparation de l'Église et de l'État — et résiste à de multiples crises (affaire Dreyfus, Première Guerre mondiale) avant de s'effondrer en 1940 face à l'invasion nazie.
Héritage durable : la IIIe République pose les bases de la France contemporaine — laïcité, école publique, libertés fondamentales. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité », le 14 juillet comme fête nationale et La Marseillaise comme hymne sont officiellement adoptés sous la IIIe République.

1. La naissance difficile de la IIIe République (1870-1879)

La IIIe République naît dans la défaite et la guerre civile. Elle s'impose peu à peu contre des adversaires puissants : monarchistes, bonapartistes, et le traumatisme de la Commune de Paris.

Sept. 1870
Défaite de Sedan et proclamation de la République — Napoléon III est capturé par les Prussiens à Sedan. Le 4 septembre 1870, la République est proclamée à Paris. Mais la guerre contre la Prusse continue : Paris est assiégée de septembre 1870 à janvier 1871.

Jan. 1871
Armistice et élections — victoire monarchiste — La France signe l'armistice avec la Prusse (perte de l'Alsace-Lorraine, lourde indemnité de guerre). Les élections donnent une majorité monarchiste à l'Assemblée nationale. Adolphe Thiers est élu chef du pouvoir exécutif.

Mars-mai 1871
La Commune de Paris — Les Parisiens, révoltés contre l'armistice humiliant et la politique conservatrice, se soulèvent et instaurent la Commune (gouvernement révolutionnaire de Paris). Du 18 mars au 28 mai 1871 : 72 jours. La « Semaine sanglante » (21-28 mai) : l'armée de Versailles (Thiers) écrase la Commune. Bilan : 10 000 à 30 000 communards tués, 40 000 arrêtés.

1875
Les lois constitutionnelles de 1875 — Après des années d'incertitude (monarchie ou République ?), l'Assemblée adopte des lois constitutionnelles qui instaurent définitivement la République. L'amendement Wallon (républicain) est adopté à une voix de majorité : « Le président de la République est élu par… » La République est sauvée de justesse.

1879
Les républicains prennent le contrôle — Les élections donnent enfin la majorité aux républicains à la Chambre et au Sénat. Mac-Mahon (monarchiste) démissionne, remplacé par Jules Grévy (républicain). La République est désormais solidement installée. Paris redevient capitale (contre Versailles).

2. Les grandes lois républicaines (1880-1905)

Une fois au pouvoir, les républicains — Jules Ferry en tête — entreprennent de transformer profondément la société française en la fondant sur les valeurs de liberté, de laïcité et d'instruction.

📰 Liberté de la presse
Loi du 29 juillet 1881

La presse est libéralisée : on peut publier un journal sans autorisation préalable et critiquer le gouvernement. Fin de la censure. C'est le fondement de la liberté d'expression dans une démocratie. Cette loi est toujours en vigueur aujourd'hui.

🗳️ Liberté de réunion
Loi du 30 juin 1881

Les citoyens peuvent se réunir librement sans autorisation préalable de la police. Droit fondamental pour les partis politiques et les syndicats de s'organiser et de se développer.

🏫 École primaire gratuite
Loi Ferry du 16 juin 1881

L'enseignement primaire public devient gratuit. Fin du paiement des écolages qui empêchait les familles pauvres de scolariser leurs enfants. Premier pas vers la démocratisation de l'éducation.

📚 École obligatoire et laïque
Loi Ferry du 28 mars 1882

L'instruction est obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans. Les programmes sont laïcisés : suppression des crucifix et des catéchismes, remplacement des instituteurs religieux par des instituteurs laïcs. L'école publique devient le creuset de la République.

👩 Divorcel légalisé
Loi Naquet du 27 juillet 1884

Le divorce est rétabli en France (il avait été aboli en 1816). Symbole de la laïcisation de la société : le mariage n'est plus indissoluble au nom de la religion catholique. Victoire des républicains contre l'influence de l'Église.

🔵 Le 14 juillet fête nationale
Loi du 6 juillet 1880

Le 14 juillet (prise de la Bastille, 1789) devient la fête nationale française. La Marseillaise est officiellement adoptée comme hymne national. La République assume pleinement l'héritage révolutionnaire et se dote de symboles communs.

⚖️ Liberté syndicale
Loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884

Les syndicats ouvriers et patronaux sont légalisés. Les travailleurs peuvent désormais s'organiser collectivement pour défendre leurs droits. Fondement du mouvement social contemporain (la CGT est fondée en 1895).

⛪ Séparation Église-État
Loi du 9 décembre 1905

La France devient officiellement laïque. L'État ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Les biens de l'Église sont transférés à des « associations cultuelles ». Aboutissement du combat républicain pour la laïcité, accéléré par l'affaire Dreyfus.

3. L'affaire Dreyfus (1894-1906) — La crise de la République

L'affaire Dreyfus est une crise majeure qui déchire la France pendant douze ans et révèle les tensions profondes entre républicains et anti-républicains, laïques et cléricaux, dreyfusards et antidreyfusards.

🎖️ Qui est Alfred Dreyfus ? Capitaine alsacien de confession juive dans l'armée française. En 1894, il est faussement accusé d'espionnage au profit de l'Allemagne sur la base d'un document (le « bordereau ») dont il n'est pas l'auteur. Il est condamné sur un dossier fabriqué par des officiers antisémites.
Oct. 1894
Arrestation et accusation — Dreyfus est arrêté, accusé d'avoir livré des secrets militaires à l'Allemagne. Le vrai coupable est le commandant Esterhazy, mais l'armée préfère condamner Dreyfus pour ne pas admettre son erreur.

Déc. 1894
Condamnation et déportation — Dreyfus est condamné à la dégradation publique et à la déportation à vie en Guyane (île du Diable). Sa famille et quelques défenseurs contestent le verdict, mais l'affaire semble close.

Nov. 1897
Le colonel Picquart découvre la vérité — Le lieutenant-colonel Picquart, chef du contre-espionnage, découvre que le vrai auteur du bordereau est le commandant Esterhazy. Mais sa hiérarchie lui ordonne de se taire. Picquart alerte des personnalités politiques.

13 jan. 1898
« J'accuse… ! » — Émile Zola — L'écrivain Émile Zola publie dans L'Aurore une lettre ouverte au président de la République accusant nommément les généraux d'avoir fabriqué des preuves et de couvrir une erreur judiciaire. Titre devenu célèbre : « J'accuse… ! » La France se divise profondément entre dreyfusards (pour la révision) et antidreyfusards (pour maintenir la condamnation, l'honneur de l'armée et l'antisémitisme).

1899
2e procès — Dreyfus gracié mais non réhabilité — Un nouveau procès a lieu. Dreyfus est à nouveau condamné (!) mais avec « circonstances atténuantes ». Il est gracié par le président Loubet. L'injustice est flagrante mais le combat pour la réhabilitation totale continue.

Juil. 1906
Réhabilitation totale — La Cour de cassation casse définitivement toutes les condamnations. Dreyfus est réhabilité, promu au grade de commandant et fait chevalier de la Légion d'honneur. Le vrai coupable (Esterhazy) avait avoué en 1899, mais n'est jamais condamné.

💡 Les conséquences politiques majeures de l'affaire Dreyfus : elle accélère la laïcisation de la France. L'Église catholique ayant massivement soutenu les antidreyfusards, les républicains décident de couper définitivement les liens entre l'État et l'Église : c'est la loi de séparation du 9 décembre 1905. L'affaire Dreyfus est aussi à l'origine du sionisme moderne : le journaliste autrichien Theodor Herzl, choqué par l'antisémitisme français, conclut que les Juifs ont besoin d'un État propre — il fonde le mouvement sioniste en 1897.

4. La loi de séparation des Églises et de l'État (1905) — La laïcité

La loi du 9 décembre 1905 est l'aboutissement de trente ans de combat républicain pour la laïcité. Elle définit encore aujourd'hui le rapport de la France à la religion.

Avant 1905 (Concordat napoléonien)Après la loi de 1905
L'État reconnaît officiellement les cultes catholique, protestant et juifL'État ne reconnaît et ne finance aucun culte
L'État nomme et paye les évêques et les prêtresLes Églises se financent par les dons de leurs fidèles
Les prêtres ont un rôle officiel dans l'État civilL'État civil est totalement laïc (mariage, naissance, décès)
L'enseignement religieux peut avoir lieu dans les écoles publiquesLes écoles publiques sont laïques : aucun enseignement religieux
Les signes religieux sont autorisés dans les espaces publicsLes agents de l'État ne portent pas de signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions
Article 1 de la loi de 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. »
Article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
Ces deux articles définissent la laïcité française : liberté religieuse garantie + séparation stricte de l'État et des religions.

5. La IIIe République face à la Grande Guerre (1914-1918)

La Première Guerre mondiale est le plus grand défi auquel la IIIe République ait jamais fait face. Elle le surmonte au prix de sacrifices humains colossaux.

Août 1914
L'Union sacrée — Face à la déclaration de guerre de l'Allemagne, tous les partis politiques — y compris les socialistes qui s'étaient longtemps déclarés pacifistes — se rassemblent derrière le gouvernement. C'est l'« Union sacrée » : suspens des querelles politiques pour défendre la patrie.

1914-1918
La mobilisation de la nation entière — 8 millions de Français mobilisés (« poilus »). Les femmes prennent en charge l'économie de guerre (usines, agriculture, services). Les colonies fournissent des soldats (600 000 soldats africains, 600 000 indochinois…). La République organise la guerre totale.

Nov. 1917
Clemenceau au pouvoir — le Tigre — Georges Clemenceau (« le Tigre ») devient président du Conseil. Il resserre l'Union sacrée, réprime les défaitistes, et galvanise le moral des troupes et du pays. Sa détermination est décisive dans la victoire finale.

11 nov. 1918
L'Armistice — la victoire à un prix terrible — L'Allemagne signe l'armistice à 11h le 11 novembre 1918. La France a gagné, récupère l'Alsace-Lorraine. Mais le prix est colossal : 1,4 million de soldats français morts, 4 millions de blessés, des régions du Nord et de l'Est dévastées.

6. La fin de la IIIe République (1940)

La IIIe République, fragilisée par les années 1930 (crise économique, instabilité gouvernementale, montée des fascismes en Europe), s'effondre en juin 1940 face à l'invasion allemande.

Le 10 juillet 1940 — La mort de la IIIe République : après la débâcle militaire de mai-juin 1940 et la signature de l'armistice avec l'Allemagne, l'Assemblée nationale réunie à Vichy vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain par 569 voix contre 80. C'est la fin de la IIIe République et le début du régime de Vichy (État français, 1940-1944). Seulement 80 parlementaires refusent d'abdiquer la République — ils sont parfois appelés les « 80 héros ».

7. Vocabulaire essentiel

Laïcité
Principe selon lequel l'État est neutre face aux religions — il ne favorise ni ne combat aucun culte, garantit la liberté de conscience et tient les religions à l'écart de la sphère publique (école, administration)
Séparation Église-État
Principe instauré par la loi du 9 décembre 1905 : l'État ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Les religions sont des affaires privées. Fondement de la laïcité française
Affaire Dreyfus
Crise politico-judiciaire (1894-1906) : le capitaine Dreyfus, juif, est faussement condamné pour espionnage. Elle divise la France et accélère la séparation Église-État. Dreyfus est réhabilité en 1906
Dreyfusards / Antidreyfusards
Deux camps de l'affaire Dreyfus. Les dreyfusards (Zola, Clemenceau, Jaurès) défendent l'innocence de Dreyfus et les droits de l'individu. Les antidreyfusards (armée, Église, nationalistes) maintiennent la condamnation au nom de l'honneur de l'armée
Lois Ferry
Lois scolaires de Jules Ferry (1881-1882) rendant l'école primaire publique gratuite, laïque et obligatoire (6-13 ans). Fondement de l'école républicaine française. Toujours en vigueur (avec modifications)
Union sacrée
Rassemblement de tous les partis politiques français derrière le gouvernement au début de la Première Guerre mondiale (août 1914). Suspension des querelles politiques pour défendre la patrie envahie
La Commune de Paris
Gouvernement révolutionnaire insurrectionnel qui contrôle Paris du 18 mars au 28 mai 1871. Écrasée dans le sang par le gouvernement de Thiers (« Semaine sanglante »). 10 000 à 30 000 communards tués
Instituteur / Hussard noir
L'instituteur laïc de la IIIe République est surnommé « hussard noir de la République » (Péguy) : il est chargé de former des citoyens républicains, alphabétisés et attachés aux valeurs de la République dans tout le territoire français

8. Fiche de révision brevet — L'essentiel à retenir

📅 Dates clés incontournables
4 sept. 1870Proclamation de la IIIe République après la défaite de Sedan
Mars-mai 1871La Commune de Paris — 72 jours, Semaine sanglante
1875Lois constitutionnelles — la République est définitivement établie
1880-1882Lois Ferry — école gratuite (1881), laïque et obligatoire (1882)
1884Loi Waldeck-Rousseau — légalisation des syndicats · Loi Naquet — divorce
1894-1906Affaire Dreyfus — fausse accusation, « J'accuse » (Zola, 1898), réhabilitation (1906)
9 déc. 1905Loi de séparation des Églises et de l'État — laïcité
1914-1918Première Guerre mondiale — Union sacrée — 1,4 million de morts
10 juil. 1940Vote des pleins pouvoirs à Pétain (569 pour, 80 contre) — fin de la IIIe République
Personnages clés : Jules Ferry (lois scolaires, colonisation) · Émile Zola (« J'accuse », affaire Dreyfus) · Alfred Dreyfus (capitaine innocenté en 1906) · Georges Clemenceau (« le Tigre », 1917-1920) · Jean Jaurès (socialiste dreyfusard, assassiné le 31 juillet 1914) · Aristide Briand (loi de 1905)

9. Exercices corrigés — Type brevet

Exercice 1 — Questions sur document (type brevet)
Extrait de « J'accuse… ! » — lettre ouverte d'Émile Zola au président de la République, L'Aurore, 13 janvier 1898 :
« J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire […] J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle. J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées […] J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit en condamnant un accusé sur une pièce tenue secrète. »

1. Qui est l'auteur de ce texte et quelle est sa nature ? (2 pts)
2. Quelles accusations Zola porte-t-il contre l'armée ? (3 pts)
3. En quoi ce texte illustre-t-il les valeurs défendues par les républicains lors de l'affaire Dreyfus ? (3 pts)

1. L'auteur est Émile Zola (1840-1902), célèbre écrivain naturaliste français (auteur de Germinal, La Bête humaine…). Ce texte est une lettre ouverte adressée au président de la République Félix Faure, publiée en une du journal L'Aurore le 13 janvier 1898. Son titre « J'accuse… ! » est resté dans l'histoire. Zola, qui prend publiquement parti pour l'innocence de Dreyfus, risque des poursuites judiciaires — ce qui effectivement se produit (il sera condamné et devra s'exiler en Angleterre).

2. Zola accuse plusieurs officiers supérieurs et instances militaires. Il accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir fabriqué l'erreur judiciaire. Il accuse le général Mercier (ministre de la Guerre) de complicité par faiblesse. Il accuse le général Billot d'avoir découvert des preuves de l'innocence de Dreyfus et de les avoir dissimulées. Il accuse enfin le conseil de guerre d'avoir condamné Dreyfus sur la base d'un document secret non communiqué à la défense — violation flagrante des droits de la défense et du droit à un procès équitable.

3. Ce texte illustre plusieurs valeurs républicaines fondamentales. D'abord, la liberté d'expression : Zola use de sa notoriété pour dénoncer publiquement une injustice d'État, au risque de sa liberté (il sera effectivement condamné). Ensuite, la primauté des droits individuels : les républicains dreyfusards défendent que l'innocence d'un individu prime sur l'honneur collectif d'une institution (l'armée). Enfin, l'égalité devant la loi et la justice : Dreyfus, juif, a été condamné sur un dossier fabriqué, notamment parce qu'il était juif — les dreyfusards refusent que l'appartenance religieuse ou ethnique influe sur la justice.

Exercice 2 — Développement construit (type brevet)
Sujet : Montrez que la IIIe République construit et consolide les valeurs républicaines en France entre 1880 et 1905. (10 pts)
Introduction : Instaurée en 1870 dans des conditions difficiles (défaite contre la Prusse, Commune de Paris), la IIIe République met une décennie à s'imposer face aux monarchistes. Une fois stabilisée, elle entreprend à partir de 1880 une œuvre législative considérable pour ancrer les valeurs républicaines dans la société française. Cette œuvre concerne principalement la liberté, l'école et la laïcité.

1. La consolidation des libertés fondamentales : Les républicains autour de Jules Ferry adoptent une série de lois garantissant les libertés civiles. La loi du 29 juillet 1881 instaure la liberté de la presse : on peut désormais publier et critiquer le gouvernement sans autorisation préalable. La loi du 30 juin 1881 garantit la liberté de réunion. La loi Waldeck-Rousseau (21 mars 1884) légalise les syndicats, permettant aux travailleurs de s'organiser. La loi Naquet (1884) rétablit le divorce — symbole de la laïcisation de la vie civile. Ces lois font de la France l'une des démocraties libérales les plus avancées d'Europe.

2. L'école républicaine — le creuset de la Nation : Jules Ferry fait de l'école le pilier de la République. Les lois de 1881-1882 rendent l'enseignement primaire public gratuit, laïque et obligatoire pour tous les enfants de 6 à 13 ans. Les crucifix disparaissent des salles de classe, le catéchisme est remplacé par l'instruction morale et civique, les instituteurs religieux cèdent la place aux « hussards noirs de la République ». L'objectif est double : alphabétiser tous les Français (en 1880, 20% ne savent pas lire) et former des citoyens républicains attachés aux valeurs de la patrie.

3. La laïcité comme aboutissement — la loi de 1905 : L'affaire Dreyfus (1894-1906) révèle l'engagement de l'Église catholique aux côtés des antidreyfusards et des milieux nationalistes. Elle précipite la rupture définitive entre l'État républicain et l'Église. La loi du 9 décembre 1905 sépare officiellement les Églises et l'État : la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne plus aucun culte. La laïcité devient un principe fondateur de la République française, encore inscrit dans la Constitution de 1958 (« La France est une République indivisible, laïque… »).

Conclusion : Entre 1880 et 1905, la IIIe République construit les piliers de la France républicaine contemporaine : libertés fondamentales, école publique laïque, séparation Église-État. Ces acquis traversent les Républiques suivantes et définissent encore aujourd'hui l'identité politique française.

Questions fréquentes

Pourquoi la IIIe République est-elle née dans la difficulté ?
Défaite de Sedan (1870), Commune de Paris (1871), majorité monarchiste à l'Assemblée. La République est adoptée à une voix de majorité en 1875. Les républicains ne contrôlent réellement l'exécutif qu'à partir de 1879.
Qu'est-ce que les lois Ferry ?
Lois de 1881-1882 : école primaire publique gratuite (1881), laïque et obligatoire de 6 à 13 ans (1882). Objectif : alphabétiser tous les Français et former des citoyens républicains en soustrayant l'éducation à l'Église.
Qu'est-ce que l'affaire Dreyfus ?
Capitaine juif faussement condamné pour espionnage (1894), réhabilité en 1906. Zola publie « J'accuse » (1898). La France se divise. Conséquence directe : la loi de séparation Église-État de 1905.
Que dit la loi de séparation de 1905 ?
Art. 1 : liberté de conscience garantie. Art. 2 : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Fin du Concordat napoléonien. L'État est neutre face aux religions.
Comment la IIIe République se termine-t-elle ?
Défaite militaire face à l'Allemagne (mai-juin 1940), armistice, puis le 10 juillet 1940 : l'Assemblée vote les pleins pouvoirs à Pétain (569 pour, 80 contre). Fin de la République, début du régime de Vichy.