Les Droits de l’Homme 🌍
EMC Collège – Des textes fondateurs aux enjeux contemporains
Les droits de l’Homme sont les droits inaliénables reconnus à tout être humain, quelle que soit sa nationalité, son origine, son sexe, sa religion ou sa condition sociale. Ils sont le fruit de siècles de luttes et de réflexions philosophiques, et sont aujourd’hui consacrés par des textes juridiques nationaux et internationaux. Comprendre ces droits, c’est comprendre le socle sur lequel repose toute société démocratique — et mesurer à quel point ils restent fragiles et menacés.
📋 Sommaire
- 📖 Qu’est-ce qu’un droit de l’Homme ?
- 📜 Les grands textes fondateurs
- 🌐 La Déclaration universelle de 1948
- 🇪🇺 La Convention européenne des droits de l’homme
- 👧 Les droits de l’enfant
- 🏛️ Institutions et ONG de protection
- ⚠️ Violations et enjeux contemporains
- ❓ Questions fréquentes
📖 Qu’est-ce qu’un Droit de l’Homme ?
| Caractéristique | Signification |
|---|---|
| Universels | Ils s’appliquent à tous les êtres humains sans exception, partout dans le monde, indépendamment de la nationalité, du sexe, de l’origine ethnique, de la religion ou de toute autre condition. Un droit de l’Homme n’a pas besoin d’être mérité — il existe par le simple fait d’être humain |
| Inaliénables | On ne peut pas les vendre, les céder ni y renoncer. Personne ne peut renoncer à sa dignité, même volontairement. Un État ne peut pas « retirer » les droits de l’Homme à ses citoyens |
| Indivisibles | Tous les droits se tiennent. On ne peut pas respecter le droit à la vie tout en supprimant la liberté d’expression. Les droits civils et politiques sont inséparables des droits économiques et sociaux |
| Imprescriptibles | Ils ne s’éteignent pas avec le temps. On ne perd pas un droit fondamental parce qu’on ne l’a pas exercé pendant longtemps |
On distingue traditionnellement trois générations de droits de l’Homme, apparues progressivement dans l’histoire :
| Génération | Type de droits | Époque | Exemples |
|---|---|---|---|
| 1re génération | Droits civils et politiques (« libertés-autonomie »). L’État doit s’abstenir d’interférer | XVIIIe siècle (Lumières, Révolutions) | Liberté d’expression, de conscience, de la presse, droit de vote, présomption d’innocence, interdiction de la torture, droit à un procès équitable |
| 2e génération | Droits économiques, sociaux et culturels (« droits-créances »). L’État doit agir pour les garantir | XIXe-XXe siècle (mouvement ouvrier, État-providence) | Droit au travail, à l’éducation, à la santé, au logement, à la sécurité sociale, droit de grève, protection de la famille |
| 3e génération | Droits collectifs et de solidarité. Nécessitent une coopération internationale | Fin du XXe siècle | Droit à un environnement sain, droit au développement, droit à la paix, droit au patrimoine commun de l’humanité |
📜 Les Grands Textes Fondateurs
| Texte | Date | Portée | Contenu essentiel |
|---|---|---|---|
| Habeas Corpus | 1679 (Angleterre) | Nationale | Interdit l’emprisonnement arbitraire. Toute personne arrêtée doit être présentée à un juge dans un délai court. Premier texte moderne protégeant la liberté individuelle contre l’État |
| Bill of Rights | 1689 (Angleterre) | Nationale | Limite les pouvoirs du roi, garantit les droits du Parlement, interdit les châtiments cruels. Modèle pour les déclarations américaine et française |
| Déclaration d’indépendance américaine | 4 juillet 1776 | Nationale (USA) | « Tous les hommes sont créés égaux » avec des droits « inaliénables » à « la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Première proclamation universelle, mais l’esclavage persiste jusqu’en 1865 |
| DDHC | 26 août 1789 | France, portée universelle | 17 articles. Art. 1 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Proclame la liberté, l’égalité, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression, la séparation des pouvoirs. Valeur constitutionnelle en France |
| Préambule de 1946 | 1946 | France | Complète la DDHC par les droits économiques et sociaux (travail, santé, éducation, grève, égalité hommes-femmes). Valeur constitutionnelle |
| DUDH | 10 déc. 1948 | Internationale (ONU) | 30 articles. Premier texte à portée universelle. Adoptée après la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Non contraignante juridiquement mais référence morale fondamentale |
| CEDH | 1950 | Régionale (46 États, Conseil de l’Europe) | Juridiquement contraignante : les citoyens peuvent saisir la Cour européenne des droits de l’homme (Strasbourg) contre leur propre État |
🌐 La Déclaration Universelle de 1948 — Articles Clés
Rédigée sous la présidence d’Eleanor Roosevelt, avec la contribution du Français René Cassin (prix Nobel de la paix 1968), la DUDH a été adoptée le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale de l’ONU à Paris. Le 10 décembre est depuis la Journée internationale des droits de l’homme.
| Article | Contenu résumé |
|---|---|
| Art. 1 | « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » |
| Art. 2 | Droits garantis sans distinction de race, couleur, sexe, langue, religion, opinion, origine, fortune, naissance |
| Art. 3 | Droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne |
| Art. 4 | Interdiction de l’esclavage et de la traite sous toutes leurs formes |
| Art. 5 | Interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants |
| Art. 13 | Liberté de circulation. Droit de quitter tout pays, y compris le sien, et d’y revenir |
| Art. 18 | Liberté de pensée, de conscience et de religion, y compris le droit de changer de religion |
| Art. 19 | Liberté d’opinion et d’expression, y compris le droit de chercher, recevoir et répandre des informations |
| Art. 23 | Droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et à un salaire juste |
| Art. 26 | Droit à l’éducation. L’enseignement élémentaire doit être gratuit et obligatoire |
🇪🇺 La Convention Européenne des Droits de l’Homme
Adoptée en 1950 dans le cadre du Conseil de l’Europe (à ne pas confondre avec l’Union européenne), la CEDH est le texte international de protection des droits de l’Homme le plus efficace au monde grâce à son mécanisme juridictionnel contraignant.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Droits protégés | Droit à la vie, interdiction de la torture, interdiction de l’esclavage, droit à la liberté et à la sûreté, droit à un procès équitable, respect de la vie privée, liberté de pensée/conscience/religion, liberté d’expression, liberté de réunion et d’association, interdiction de la discrimination |
| Cour européenne des droits de l’homme | Siège à Strasbourg. Tout citoyen d’un des 46 États membres peut saisir la Cour s’il estime que son État a violé ses droits (après avoir épuisé les recours nationaux). Les arrêts sont obligatoires |
| La France et la CEDH | La France a été condamnée de nombreuses fois : surpopulation carcérale, violences policières, durée excessive des procédures, conditions de rétention des étrangers. Ces condamnations obligent la France à améliorer ses pratiques |
| Conseil de l’Europe ≠ Union européenne | Le Conseil de l’Europe (1949, Strasbourg, 46 membres) est une organisation distincte de l’Union européenne (1957/1992, Bruxelles, 27 membres). Le Conseil de l’Europe inclut des pays non-UE (Turquie, Royaume-Uni, Norvège). La Russie en a été exclue en 2022 |
👧 Les Droits de l’Enfant
La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), adoptée par l’ONU le 20 novembre 1989, est le traité international le plus ratifié de l’histoire (196 États — seuls les États-Unis ne l’ont pas ratifié). Elle reconnaît que l’enfant (toute personne de moins de 18 ans) a des droits spécifiques liés à sa vulnérabilité et à son développement.
| Catégorie | Droits | Articles CIDE |
|---|---|---|
| Protection | Protection contre les violences, les mauvais traitements, l’exploitation (travail, exploitation sexuelle), la traite, l’enlèvement, la guerre. Interdiction de recruter des enfants-soldats de moins de 15 ans. Protection des enfants réfugiés et handicapés | Art. 19, 32, 34, 35, 38 |
| Prestation | Droit à la vie et à la survie, à la santé (accès aux soins), à l’éducation (école obligatoire et gratuite), à un niveau de vie suffisant, à une identité (nom, nationalité), à une famille | Art. 6, 7, 24, 27, 28 |
| Participation | Droit d’exprimer librement son opinion sur les questions qui le concernent (et d’être entendu), liberté de pensée, de conscience et de religion, droit aux loisirs et au jeu | Art. 12, 13, 14, 31 |
Principe cardinal : l’intérêt supérieur de l’enfant (art. 3) doit être une considération primordiale dans toutes les décisions qui concernent un enfant.
État des lieux mondial : malgré la Convention, les violations persistent massivement. 160 millions d’enfants travaillent dans le monde (OIT, 2021), dont la moitié dans des conditions dangereuses. ~250 000 enfants-soldats sont exploités (UNICEF). Des millions d’enfants n’ont pas accès à l’école, notamment les filles en Afghanistan, au Sahel et dans les zones de conflit. En France, le Défenseur des droits dispose d’un adjoint spécialement chargé de la défense des droits de l’enfant. Le 20 novembre est la Journée internationale des droits de l’enfant.
🏛️ Institutions et ONG de Protection
| Organisation | Type | Mission |
|---|---|---|
| ONU — Conseil des droits de l’homme | Institution internationale (Genève) | Examine la situation des droits de l’Homme dans tous les pays (Examen Périodique Universel). Nomme des rapporteurs spéciaux (torture, liberté d’expression, droits des femmes) |
| Cour pénale internationale (CPI) | Juridiction internationale (La Haye) | Juge les individus accusés de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crime d’agression. Créée en 2002 (Statut de Rome). 124 États membres — les USA, la Russie et la Chine n’en font pas partie |
| Cour européenne des droits de l’homme | Juridiction régionale (Strasbourg) | Applique la Convention européenne. Recours individuel. Arrêts contraignants |
| Défenseur des droits | Institution nationale (France) | Autorité indépendante saisissable gratuitement par toute personne, y compris les enfants. Lutte contre les discriminations, contrôle la déontologie des forces de sécurité |
| Amnesty International | ONG internationale (1961) | Enquête et dénonce les violations dans le monde. Pétitions, campagnes de pression. Prix Nobel de la paix 1977. ~10 millions de membres |
| Reporters sans frontières (RSF) | ONG internationale (1985, Paris) | Défend la liberté de la presse. Classement annuel de 180 pays. Soutient les journalistes emprisonnés et persécutés |
| UNICEF | Agence de l’ONU | Protège les droits des enfants : santé, éducation, protection. Intervient dans les crises humanitaires |
| Human Rights Watch (HRW) | ONG internationale (1978, New York) | Enquêtes de terrain sur les violations. Rapports utilisés comme preuves par les tribunaux internationaux. Plaidoyer auprès des gouvernements |
| Ligue des droits de l’Homme (LDH) | Association française (1898) | Fondée lors de l’affaire Dreyfus. Défend les libertés individuelles et collectives en France. Combat les discriminations, le racisme et les atteintes aux libertés |
⚠️ Violations et Enjeux Contemporains
| Enjeu | Situation |
|---|---|
| Torture | Interdite par toutes les conventions, elle reste pratiquée dans plus de 140 pays (Amnesty). Violences physiques, privation de sommeil, isolement prolongé, menaces contre la famille |
| Peine de mort | Abolie dans 112 pays. Appliquée dans ~20 (Chine, Iran, Arabie Saoudite, USA). Tendance mondiale à l’abolition. Risque irréversible d’erreur judiciaire |
| Réfugiés et migrants | 110+ millions de personnes déplacées de force (HCR, 2023 — record). Guerres, persécutions, climat. Droit d’asile (Convention de Genève 1951) souvent bafoué : refoulements, conditions indignes, murs |
| Droits des femmes | Écarts de salaire (~15 % en France, ~20 % mondial), violences conjugales (1 femme sur 3 selon l’OMS), mariages forcés, mutilations génitales, restrictions à l’éducation (Afghanistan, Iran) |
| Liberté de la presse | 500+ journalistes emprisonnés, 50+ tués en 2023 (RSF). Censure d’Internet en Chine, Russie, Iran. Concentration des médias |
| Discrimination et racisme | Discriminations persistantes à l’embauche, au logement, dans les contrôles policiers. Homophobie pénalisée dans certains pays (69 États criminalisent encore l’homosexualité) |
| Droits numériques | Surveillance de masse (reconnaissance faciale en Chine, révélations Snowden 2013). Exploitation des données personnelles. Émergence d’un « droit au numérique » et d’un « droit à l’oubli » (RGPD) |
| Esclavage moderne | ~50 millions de personnes en situation d’esclavage moderne dans le monde (OIT, 2022) : travail forcé, servitude pour dette, traite des êtres humains, mariage forcé. Toutes les régions du monde sont concernées, y compris l’Europe |
❓ Questions Fréquentes
La Déclaration universelle est-elle vraiment universelle ?
Elle se veut universelle — applicable à tous les êtres humains, partout — mais cette universalité est contestée. Certains gouvernements (Chine, Arabie Saoudite, Russie) la considèrent comme un produit de la pensée occidentale et lui opposent des valeurs « asiatiques », « islamiques » ou « traditionnelles ». Des intellectuels du Sud critiquent une déclaration rédigée en 1948 par des États coloniaux qui ne respectaient pas eux-mêmes les droits proclamés. Malgré ces critiques, la DUDH reste le texte de référence mondial : les mouvements de libération (anti-colonisation, droits civiques, printemps arabes) s’en sont toujours réclamés. L’universalité n’est pas un fait acquis — c’est un horizon vers lequel tendre.
Quelle est la différence entre la DDHC et la DUDH ?
La DDHC de 1789 est un texte français. Elle a valeur constitutionnelle en France : on peut l’invoquer devant un tribunal français, et le Conseil constitutionnel s’en sert pour censurer des lois. Elle proclame principalement des droits civils et politiques (1re génération). La DUDH de 1948 est un texte international adopté par l’ONU. Elle couvre aussi les droits économiques et sociaux (2e génération). Mais elle n’est pas juridiquement contraignante : c’est une déclaration de principes, pas un traité. Aucun tribunal ne peut directement la faire appliquer. C’est la CEDH (1950) et les Pactes internationaux de 1966 qui transforment ces principes en obligations juridiques.
La France respecte-t-elle bien les droits de l’Homme ?
La France est l’un des pays où les droits de l’Homme sont le mieux protégés au monde, grâce à un arsenal juridique solide (DDHC, Préambule de 1946, CEDH, Défenseur des droits, justice indépendante). Mais elle est loin d’être irréprochable. La France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour : la surpopulation carcérale (taux d’occupation de ~120 % en moyenne, conditions indignes), la durée excessive des procédures judiciaires, les violences policières (usage disproportionné de la force lors de manifestations), les conditions d’accueil des réfugiés, et les discriminations (contrôles au faciès, accès au logement). Défendre les droits de l’Homme, c’est aussi accepter un regard critique sur ses propres pratiques.
Pourquoi certains pays ne respectent-ils pas les droits de l’Homme ?
Plusieurs raisons se combinent. Certains régimes autoritaires voient les droits de l’Homme comme une menace pour leur pouvoir et les répriment délibérément (Chine, Corée du Nord, Russie, Érythrée). D’autres pays sont si pauvres qu’ils ne peuvent pas garantir les droits économiques et sociaux (éducation, santé) même s’ils le voulaient. Certains invoquent des traditions culturelles ou religieuses pour justifier des violations (excision, mariages forcés, peine de mort pour homosexualité). Enfin, même dans les démocraties, la peur (terrorisme, immigration, crise économique) pousse parfois à accepter des reculs des libertés au nom de la sécurité. L’histoire montre que les droits de l’Homme ne sont jamais définitivement acquis — ils doivent être défendus en permanence par les citoyens, les associations et les institutions.
Retrouvez tous nos cours d’EMC sur cours-et-fiches.com.

