💰 L’Avare — Molière
Fiche de lecture complète — Résumé acte par acte, personnages, thèmes, citations et analyse
📖 1. Résumé Acte par Acte
Acte I — L’avare et ses projets de mariage
Élise et Valère s’aiment en secret. Valère, jeune gentilhomme napolitain qui a sauvé Élise de la noyade, s’est fait engager comme intendant chez Harpagon pour rester auprès d’elle. Cléante, frère d’Élise, confie qu’il est amoureux de Mariane, une jeune fille pauvre et vertueuse. Harpagon, paranoïaque, fouille et chasse La Flèche, le valet de Cléante, qu’il soupçonne de vouloir le voler. Puis il annonce ses projets : il veut épouser Mariane lui-même, marier Élise au vieux seigneur Anselme (qui la prend « sans dot »), et donner Cléante à une veuve riche. Père et fils sont donc rivaux pour la même femme.
Acte II — Le père usurier
Cléante, désespéré, cherche à emprunter de l’argent pour aider Mariane. Il passe par un courtier, Maître Simon, et accepte des conditions d’emprunt exorbitantes. Coup de théâtre : le prêteur est Harpagon lui-même, qui pratique l’usure en secret. Père et fils se découvrent face à face — la scène est d’une violence comique intense. Harpagon reproche à son fils ses dépenses, Cléante dénonce l’avarice de son père. Ensuite, Frosine, entremetteuse, vient flatter Harpagon : Mariane acceptera de l’épouser car, étant pauvre, elle sera peu dépensière. Mais Frosine ne parvient pas à lui soutirer un sou pour ses services.
Acte III — Le dîner raté
Harpagon organise un souper pour recevoir Mariane. Il multiplie les ordres contradictoires à ses domestiques : il veut paraître généreux tout en dépensant le moins possible. Maître Jacques, à la fois cuisinier et cocher, propose un menu généreux — Harpagon s’emporte et réduit tout au minimum. Valère, pour rester dans les bonnes grâces du maître, approuve sa radinerie. Quand Mariane arrive, elle est consternée en voyant le vieillard qu’elle doit épouser. Mais elle reconnaît Cléante et les deux amoureux échangent des regards et des paroles à double sens. Moment de bravoure comique : Cléante offre à Mariane la bague de son père en feignant que c’est un cadeau d’Harpagon. Ce dernier, furieux, ne peut rien dire sans se trahir.
Acte IV — Le vol de la cassette
Cléante affronte directement Harpagon au sujet de Mariane. Maître Jacques tente une médiation comique qui ne fait qu’envenimer les choses — chacun croit que l’autre a cédé. Harpagon maudit et déshérite son fils. Cléante envoie La Flèche dérober la cassette enterrée dans le jardin. Quand Harpagon découvre le vol, il sombre dans un monologue de folie célèbre (IV, 7) : il accuse le monde entier, veut faire pendre tout Paris, et se considère lui-même comme mort puisque son argent a disparu.
Acte V — Le dénouement
Harpagon convoque un commissaire. Par vengeance, Maître Jacques accuse Valère du vol. Quiproquo magistral : sommé de s’expliquer, Valère croit qu’on lui reproche sa relation avec Élise et avoue son amour. Harpagon, qui pensait parler de sa cassette, découvre un second « vol ». Le vieil Anselme arrive et reconnaît en Valère et Mariane ses propres enfants, qu’il croyait morts dans un naufrage. Les deux couples (Cléante-Mariane et Valère-Élise) peuvent enfin s’épouser. Harpagon accepte — à condition qu’Anselme paie tout. Il retrouve sa cassette et reste seul avec elle, inchangé dans son avarice.
👥 2. Personnages
| Personnage | Rôle | Fonction |
|---|---|---|
| Harpagon | Le père avare, bourgeois veuf | Personnage éponyme. Son avarice maniaque gouverne toute l’intrigue. Il préfère son argent à ses enfants. Son nom vient du grec harpax (« rapace »). |
| Cléante | Fils d’Harpagon, amant de Mariane | Rival amoureux de son propre père. Prêt à tout pour épouser Mariane, y compris voler la cassette. Représente la jeunesse et l’amour contre l’avarice. |
| Élise | Fille d’Harpagon, amante de Valère | Refuse le mariage imposé avec Anselme. Incarne la résistance discrète à l’autorité paternelle. |
| Valère | Gentilhomme napolitain, intendant d’Harpagon | Se déguise en serviteur pour rester auprès d’Élise. Se révèle être le fils d’Anselme au dénouement. |
| Mariane | Jeune fille pauvre aimée de Cléante et d’Harpagon | Objet de la rivalité père-fils. Se révèle être la fille d’Anselme. Incarne la vertu modeste. |
| Frosine | Entremetteuse | Flatte Harpagon pour obtenir de l’argent, échoue. Aide ensuite Cléante. Personnage comique de la femme d’intrigue. |
| La Flèche | Valet de Cléante | Franc-parler, déteste Harpagon. C’est lui qui vole la cassette — acte décisif de l’intrigue. |
| Maître Jacques | Cuisinier et cocher d’Harpagon | Personnage comique polyvalent. Reçoit des coups de bâton. Accuse faussement Valère par vengeance. |
| Anselme | Vieux seigneur, « deus ex machina » | Devait épouser Élise. Se révèle être le père de Valère et Mariane. Son arrivée résout tous les conflits. |
🎯 3. Thèmes Principaux
A. L’avarice : une monomanie destructrice
Harpagon ne vit que pour l’argent. Son avarice est une obsession maladive qui contamine tous les aspects de sa vie : il refuse de nourrir ses domestiques, habille ses enfants de manière misérable, et préfère un gendre « sans dot » à un bon parti. L’argent n’est plus un moyen — c’est une fin en soi, un objet d’amour qui remplace les relations humaines. La cassette enterrée dans le jardin est le symbole de cette possession stérile : l’argent est caché, immobile, inutile.
B. Le conflit père-fils : autorité et rivalité
Harpagon et Cléante sont rivaux pour Mariane — situation éminemment comique et dramatique. Le père, qui devrait protéger et guider son fils, devient son adversaire le plus acharné. Ce conflit est aussi un conflit de valeurs : l’amour (Cléante) contre l’argent (Harpagon), la jeunesse contre la vieillesse, la générosité contre l’avarice.
C. Le mariage forcé et la condition des femmes
Comme dans la plupart de ses comédies, Molière critique les mariages arrangés. Élise doit épouser un vieillard, Mariane un avare — dans les deux cas, le bonheur des femmes est sacrifié à l’intérêt financier du père. La pièce défend le droit à l’amour libre et à un mariage choisi.
D. L’argent corrompt les relations humaines
L’avarice d’Harpagon empoisonne tout : son fils devient son rival, ses domestiques le haïssent, sa famille complote contre lui, et même Frosine ne parvient pas à lui extorquer un sou. À la fin, quand il retrouve sa cassette, Harpagon est seul — il a choisi l’argent contre les êtres humains. L’avarice isole.
😂 4. Les Formes de Comique
| Type | Exemples |
|---|---|
| Comique de caractère | Harpagon paranoïaque, colérique, ridicule dans sa passion pour l’argent. Le mot « sans dot » répété obsessionnellement. |
| Comique de situation | Père et fils découvrent qu’ils sont prêteur et emprunteur (II). Cléante offre la bague d’Harpagon à Mariane (III). Quiproquo cassette/Élise (V). |
| Comique de gestes | Harpagon fouille La Flèche et lui demande de montrer ses « autres mains ». Maître Jacques reçoit des coups de bâton. |
| Comique de mots | Injures fleuries d’Harpagon (« maître juré filou, vrai gibier de potence »). Saturation du lexique financier. Les « sans dot » répétés. |
| Comique de répétition | « Sans dot ! » (I, 5) — Harpagon répète ces mots comme un refrain mécanique, coupant toute objection. |
💬 5. Citations Clés
— Harpagon, Acte I, scène 5. La réplique la plus célèbre de la pièce. Chaque fois qu’on lui oppose un argument contre le mariage d’Élise avec Anselme, Harpagon coupe court : « Sans dot ! » L’argent est le seul critère.
— Harpagon, Acte IV, scène 7. Le monologue de la folie. Harpagon personnifie son argent et le traite comme un être cher perdu. La gradation (meurs → mort → enterré) est hyperbolique et pathétique.
— Harpagon, Acte IV, scène 7. L’argent et la vie sont équivalents pour l’avare. Sans sa cassette, il est mort.
— La Flèche, Acte I, scène 3. Le franc-parler du valet résume le sentiment de tous les personnages (et du public) face à Harpagon.
— Harpagon, Acte III, scène 1. Ironie involontaire magistrale : celui qui est obsédé par l’argent reproche aux autres d’en parler trop.
