💰 L’Avare — Molière

Fiche de lecture complète — Résumé acte par acte, personnages, thèmes, citations et analyse

📇 Auteur
Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673)
📅 Première représentation
9 septembre 1668, Palais-Royal, Paris
📚 Genre
Comédie de caractère en 5 actes, en prose
🏛️ Mouvement
Classicisme (XVIIe siècle)
🎭 Registre
Comique (satire, farce, comédie de mœurs)
📍 Lieu
Paris, maison d’Harpagon
📖 Source
Aulularia (La Marmite) de Plaute + commedia dell’arte
🎬 Adaptation célèbre
Film de 1980 avec Louis de Funès
🎯 Thème principal
L’avarice, le pouvoir destructeur de l’argent
📖 Niveaux d’étude
4e, 3e, 2nde, 1re
📌 Harpagon est un bourgeois riche et veuf, obsédé par une seule chose : son argent. Il a enterré une cassette de dix mille écus d’or dans son jardin et vit dans la terreur permanente d’être volé. Son avarice empoisonne la vie de toute sa famille : il veut marier sa fille Élise à un vieillard qui la prend sans dot, et épouse lui-même Mariane, la jeune fille que son propre fils Cléante aime. À travers ce personnage devenu archétypal, Molière compose une satire féroce de l’avarice qui fait rire — mais qui montre aussi comment l’argent détruit les liens familiaux et humains.

📖 1. Résumé Acte par Acte

Acte I — L’avare et ses projets de mariage

Élise et Valère s’aiment en secret. Valère, jeune gentilhomme napolitain qui a sauvé Élise de la noyade, s’est fait engager comme intendant chez Harpagon pour rester auprès d’elle. Cléante, frère d’Élise, confie qu’il est amoureux de Mariane, une jeune fille pauvre et vertueuse. Harpagon, paranoïaque, fouille et chasse La Flèche, le valet de Cléante, qu’il soupçonne de vouloir le voler. Puis il annonce ses projets : il veut épouser Mariane lui-même, marier Élise au vieux seigneur Anselme (qui la prend « sans dot »), et donner Cléante à une veuve riche. Père et fils sont donc rivaux pour la même femme.

Acte II — Le père usurier

Cléante, désespéré, cherche à emprunter de l’argent pour aider Mariane. Il passe par un courtier, Maître Simon, et accepte des conditions d’emprunt exorbitantes. Coup de théâtre : le prêteur est Harpagon lui-même, qui pratique l’usure en secret. Père et fils se découvrent face à face — la scène est d’une violence comique intense. Harpagon reproche à son fils ses dépenses, Cléante dénonce l’avarice de son père. Ensuite, Frosine, entremetteuse, vient flatter Harpagon : Mariane acceptera de l’épouser car, étant pauvre, elle sera peu dépensière. Mais Frosine ne parvient pas à lui soutirer un sou pour ses services.

Acte III — Le dîner raté

Harpagon organise un souper pour recevoir Mariane. Il multiplie les ordres contradictoires à ses domestiques : il veut paraître généreux tout en dépensant le moins possible. Maître Jacques, à la fois cuisinier et cocher, propose un menu généreux — Harpagon s’emporte et réduit tout au minimum. Valère, pour rester dans les bonnes grâces du maître, approuve sa radinerie. Quand Mariane arrive, elle est consternée en voyant le vieillard qu’elle doit épouser. Mais elle reconnaît Cléante et les deux amoureux échangent des regards et des paroles à double sens. Moment de bravoure comique : Cléante offre à Mariane la bague de son père en feignant que c’est un cadeau d’Harpagon. Ce dernier, furieux, ne peut rien dire sans se trahir.

Acte IV — Le vol de la cassette

Cléante affronte directement Harpagon au sujet de Mariane. Maître Jacques tente une médiation comique qui ne fait qu’envenimer les choses — chacun croit que l’autre a cédé. Harpagon maudit et déshérite son fils. Cléante envoie La Flèche dérober la cassette enterrée dans le jardin. Quand Harpagon découvre le vol, il sombre dans un monologue de folie célèbre (IV, 7) : il accuse le monde entier, veut faire pendre tout Paris, et se considère lui-même comme mort puisque son argent a disparu.

Acte V — Le dénouement

Harpagon convoque un commissaire. Par vengeance, Maître Jacques accuse Valère du vol. Quiproquo magistral : sommé de s’expliquer, Valère croit qu’on lui reproche sa relation avec Élise et avoue son amour. Harpagon, qui pensait parler de sa cassette, découvre un second « vol ». Le vieil Anselme arrive et reconnaît en Valère et Mariane ses propres enfants, qu’il croyait morts dans un naufrage. Les deux couples (Cléante-Mariane et Valère-Élise) peuvent enfin s’épouser. Harpagon accepte — à condition qu’Anselme paie tout. Il retrouve sa cassette et reste seul avec elle, inchangé dans son avarice.

👥 2. Personnages

PersonnageRôleFonction
HarpagonLe père avare, bourgeois veufPersonnage éponyme. Son avarice maniaque gouverne toute l’intrigue. Il préfère son argent à ses enfants. Son nom vient du grec harpax (« rapace »).
CléanteFils d’Harpagon, amant de MarianeRival amoureux de son propre père. Prêt à tout pour épouser Mariane, y compris voler la cassette. Représente la jeunesse et l’amour contre l’avarice.
ÉliseFille d’Harpagon, amante de ValèreRefuse le mariage imposé avec Anselme. Incarne la résistance discrète à l’autorité paternelle.
ValèreGentilhomme napolitain, intendant d’HarpagonSe déguise en serviteur pour rester auprès d’Élise. Se révèle être le fils d’Anselme au dénouement.
MarianeJeune fille pauvre aimée de Cléante et d’HarpagonObjet de la rivalité père-fils. Se révèle être la fille d’Anselme. Incarne la vertu modeste.
FrosineEntremetteuseFlatte Harpagon pour obtenir de l’argent, échoue. Aide ensuite Cléante. Personnage comique de la femme d’intrigue.
La FlècheValet de CléanteFranc-parler, déteste Harpagon. C’est lui qui vole la cassette — acte décisif de l’intrigue.
Maître JacquesCuisinier et cocher d’HarpagonPersonnage comique polyvalent. Reçoit des coups de bâton. Accuse faussement Valère par vengeance.
AnselmeVieux seigneur, « deus ex machina »Devait épouser Élise. Se révèle être le père de Valère et Mariane. Son arrivée résout tous les conflits.

🎯 3. Thèmes Principaux

A. L’avarice : une monomanie destructrice

Harpagon ne vit que pour l’argent. Son avarice est une obsession maladive qui contamine tous les aspects de sa vie : il refuse de nourrir ses domestiques, habille ses enfants de manière misérable, et préfère un gendre « sans dot » à un bon parti. L’argent n’est plus un moyen — c’est une fin en soi, un objet d’amour qui remplace les relations humaines. La cassette enterrée dans le jardin est le symbole de cette possession stérile : l’argent est caché, immobile, inutile.

B. Le conflit père-fils : autorité et rivalité

Harpagon et Cléante sont rivaux pour Mariane — situation éminemment comique et dramatique. Le père, qui devrait protéger et guider son fils, devient son adversaire le plus acharné. Ce conflit est aussi un conflit de valeurs : l’amour (Cléante) contre l’argent (Harpagon), la jeunesse contre la vieillesse, la générosité contre l’avarice.

C. Le mariage forcé et la condition des femmes

Comme dans la plupart de ses comédies, Molière critique les mariages arrangés. Élise doit épouser un vieillard, Mariane un avare — dans les deux cas, le bonheur des femmes est sacrifié à l’intérêt financier du père. La pièce défend le droit à l’amour libre et à un mariage choisi.

D. L’argent corrompt les relations humaines

L’avarice d’Harpagon empoisonne tout : son fils devient son rival, ses domestiques le haïssent, sa famille complote contre lui, et même Frosine ne parvient pas à lui extorquer un sou. À la fin, quand il retrouve sa cassette, Harpagon est seul — il a choisi l’argent contre les êtres humains. L’avarice isole.

😂 4. Les Formes de Comique

TypeExemples
Comique de caractèreHarpagon paranoïaque, colérique, ridicule dans sa passion pour l’argent. Le mot « sans dot » répété obsessionnellement.
Comique de situationPère et fils découvrent qu’ils sont prêteur et emprunteur (II). Cléante offre la bague d’Harpagon à Mariane (III). Quiproquo cassette/Élise (V).
Comique de gestesHarpagon fouille La Flèche et lui demande de montrer ses « autres mains ». Maître Jacques reçoit des coups de bâton.
Comique de motsInjures fleuries d’Harpagon (« maître juré filou, vrai gibier de potence »). Saturation du lexique financier. Les « sans dot » répétés.
Comique de répétition« Sans dot ! » (I, 5) — Harpagon répète ces mots comme un refrain mécanique, coupant toute objection.

💬 5. Citations Clés

« Sans dot ! »
— Harpagon, Acte I, scène 5. La réplique la plus célèbre de la pièce. Chaque fois qu’on lui oppose un argument contre le mariage d’Élise avec Anselme, Harpagon coupe court : « Sans dot ! » L’argent est le seul critère.
« Je n’en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent ? »
— Harpagon, Acte IV, scène 7. Le monologue de la folie. Harpagon personnifie son argent et le traite comme un être cher perdu. La gradation (meurs → mort → enterré) est hyperbolique et pathétique.
« Mon cher ami, rendez-moi mon argent ou rendez-moi la vie. »
— Harpagon, Acte IV, scène 7. L’argent et la vie sont équivalents pour l’avare. Sans sa cassette, il est mort.
« Que la peste soit de l’avarice et des avaricieux ! »
— La Flèche, Acte I, scène 3. Le franc-parler du valet résume le sentiment de tous les personnages (et du public) face à Harpagon.
« Ah ! ils n’ont que ce mot à la bouche, de l’argent ! Toujours parler d’argent ! »
— Harpagon, Acte III, scène 1. Ironie involontaire magistrale : celui qui est obsédé par l’argent reproche aux autres d’en parler trop.

❓ Questions Fréquentes

De quoi parle L’Avare de Molière ?
Harpagon, un bourgeois veuf et avare, veut marier sa fille Élise à un vieux seigneur qui la prend « sans dot », et épouser lui-même Mariane, la jeune fille que son fils Cléante aime. Il a aussi enterré une cassette de dix mille écus dans son jardin et vit dans la terreur d’être volé. Grâce aux ruses des jeunes et à un coup de théâtre final (Anselme retrouve ses enfants), les amoureux finissent par s’unir tandis qu’Harpagon reste seul avec son argent.
Pourquoi « sans dot » est-il si célèbre ?
Dans l’acte I, scène 5, chaque fois que Valère avance un argument contre le mariage d’Élise avec Anselme, Harpagon l’interrompt par « Sans dot ! » — comme si le fait qu’Anselme ne demande pas de dot annulait toute objection. La répétition mécanique (5 fois) crée un effet comique irrésistible et résume toute la logique de l’avare : l’argent prime sur tout, y compris le bonheur de sa fille.
Qu’est-ce que la cassette dans L’Avare ?
La cassette est un coffret contenant dix mille écus d’or qu’Harpagon a enterré dans son jardin. Elle symbolise son avarice : l’argent est caché, improductif, thésaurisé. Quand La Flèche la vole (acte IV), Harpagon sombre dans la folie. La cassette fonctionne comme un personnage absent qui gouverne toute l’intrigue — c’est le véritable « amour » d’Harpagon.
D’où vient le nom Harpagon ?
Le nom vient du grec harpax (ἅρπαξ), qui signifie « rapace », « celui qui arrache ». En latin, harpago désigne un grappin. Molière choisit un nom qui est une injure en soi — Harpagon est réduit à son vice avant même de parler. Le nom est devenu un nom commun en français : « un harpagon » désigne un avare.
Quelle est la source de L’Avare ?
Molière s’inspire principalement de Aulularia (La Marmite) de Plaute, comédie latine du IIe siècle av. J.-C., qui met en scène un vieil avare obsédé par un trésor caché dans une marmite. Mais Molière modernise considérablement l’intrigue : il ajoute la rivalité père-fils pour Mariane, le personnage de Frosine, et la double intrigue amoureuse. Il emprunte aussi à la commedia dell’arte (farce, valets rusés, vieillard ridicule).
Comment se termine L’Avare ?
La fin est un coup de théâtre typique de Molière : le vieil Anselme reconnaît en Valère et Mariane ses enfants perdus dans un naufrage. Cléante peut épouser Mariane, Valère peut épouser Élise. Harpagon accepte les mariages — à condition qu’Anselme paie tout. Il retrouve sa cassette et reste inchangé : il finit seul avec son argent. La fin est heureuse pour tous sauf pour Harpagon, prisonnier de son vice.

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