Travail, Emploi et Chômage

1ère et Terminale spécialité SES — marché du travail, formes d’emploi, causes et politiques du chômage

1ère→Term
Niveau
Éco & Socio
Thème
13
Sections
2026
Programme

Travail et emploi : définitions

Définition — Travail

Le travail désigne toute activité humaine consciente et organisée visant à produire des biens ou services utiles. Il peut être marchand (rémunéré, comptabilisé dans le PIB) ou non marchand (bénévolat, travail domestique, non comptabilisé).

Définition — Emploi

L’emploi désigne une relation de travail rémunérée, formalisée par un contrat (CDI, CDD, intérim…) ou une activité indépendante. L’emploi est une forme particulière du travail : tout emploi est du travail, mais tout travail n’est pas un emploi.

TravailEmploi
RémunérationPas nécessairementOui, toujours
ExemplesBénévolat, jardinage, garde d’enfantsSalarié, indépendant, fonctionnaire
Comptabilisé dans le PIBNon (non marchand)Oui
ContratNon requisContrat ou statut
💡 Fonctions du travail au-delà du revenu : le travail remplit des fonctions sociales essentielles — il structure le temps, fournit une identité sociale, crée du lien social, donne un sentiment d’utilité. La perte d’emploi ne se résume pas à une perte de revenu : elle touche aussi l’identité et la santé mentale (Jahoda, 1982).

La population active

Définition

La population active regroupe toutes les personnes en âge de travailler (15 ans et plus) qui ont un emploi (actifs occupés) ou qui en cherchent un (chômeurs). Elle exclut les inactifs : étudiants, retraités, personnes au foyer, personnes en incapacité de travailler.

📘 Taux d’activité = (Population active / Population en âge de travailler) × 100

Taux d’emploi = (Actifs occupés / Population en âge de travailler) × 100

Taux de chômage = (Chômeurs / Population active) × 100

📝 Ordres de grandeur — France 2024

Population en âge de travailler (15-64 ans) : ≈ 42 millions.
Population active : ≈ 30 millions (taux d’activité ≈ 72 %).
Actifs occupés : ≈ 27,5 millions.
Chômeurs (BIT) : ≈ 2,3 millions (taux de chômage ≈ 7,5 %).

Évolutions longues de la population active :
— Tertiarisation (70 % des emplois dans les services)
— Féminisation (taux d’activité des femmes passé de 40 % en 1960 à 68 % aujourd’hui)
— Élévation du niveau de qualification
— Recul de l’emploi industriel (désindustrialisation)
— Développement des emplois précaires et atypiques

Les formes d’emploi

Forme d’emploiCaractéristiquesPart en France
CDI temps pleinContrat à durée indéterminée, norme de référence≈ 75 % des salariés
CDDContrat à durée déterminée, limité dans le temps≈ 8-9 %
IntérimMission temporaire via agence≈ 2-3 %
Temps partielDurée inférieure au temps plein (35h)≈ 17 % des salariés
Indépendants / TNSTravailleur non salarié, à son compte≈ 12 % des actifs
Auto-entrepreneurRégime simplifié d’indépendantForte croissance depuis 2009
Définition — Emploi atypique / précaire

L’emploi atypique désigne tout emploi qui s’écarte de la norme CDI temps plein : CDD, intérim, temps partiel subi, stages, contrats aidés. La précarité renvoie à l’instabilité et à l’incertitude sur la durée de l’emploi. Elle touche davantage les jeunes, les femmes et les peu qualifiés.

📚 Robert Castel — dans Les Métamorphoses de la question sociale (1995), analyse la montée de la « désaffiliation » : des travailleurs oscillent entre emploi précaire et chômage, sans jamais accéder à la stabilité du salariat intégré.

Le marché du travail

Définition

Le marché du travail est le lieu de rencontre entre l’offre de travail (proposée par les ménages/travailleurs) et la demande de travail (émanant des entreprises). Le prix qui en résulte est le salaire.

📘 Spécificités du marché du travail :
Le travail n’est pas une marchandise ordinaire. Plusieurs raisons font que ce marché fonctionne différemment d’un marché de biens :
— Le travailleur ne peut pas être séparé de son travail (dimension humaine)
— Les contrats sont incomplets (on ne peut pas tout prévoir)
— Le salaire n’est pas que le prix d’un service : il conditionne la vie et la dignité du travailleur
— Rôle central des institutions : SMIC, conventions collectives, droit du travail, syndicats
— Asymétrie d’information entre employeur et employé (théorie des contrats)
💡 Débat libéraux / keynésiens :
Pour les libéraux (courant néoclassique), le chômage résulte de rigidités du marché (SMIC trop élevé, coût du travail trop fort, protection de l’emploi excessive) — il faut flexibiliser.
Pour les keynésiens, le chômage est d’abord dû à une insuffisance de la demande globale — il faut soutenir l’activité économique par des politiques de relance.

Mesure du chômage

Définition BIT (Bureau International du Travail)

Est au chômage selon le BIT toute personne qui réunit simultanément trois conditions : être sans emploi (pas d’activité rémunérée, même une heure), être disponible pour travailler dans les deux semaines, et rechercher activement un emploi ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

📘 Catégories Pôle emploi (France Travail) :

CatégorieDéfinition
ASans emploi, tenu de chercher activement (correspond au chômage BIT)
BActivité réduite courte durée (≤ 78h/mois)
CActivité réduite longue durée (> 78h/mois)
DNon tenu de chercher (formation, maladie…)
EEn emploi aidé

Le taux de chômage officiel (INSEE/BIT) ne comptabilise que la catégorie A stricte. Les catégories B et C représentent environ 1,5 million de personnes supplémentaires.

Les types de chômage

TypeCauseRemède approprié
FrictionnelDélai normal entre deux emplois (recherche d’emploi)Améliorer l’information sur le marché du travail, accompagnement
StructurelInadéquation qualifications / emplois disponibles (désindustrialisation, changement technologique)Formation, reconversion professionnelle
ConjoncturelInsuffisance de la demande globale lors d’une récessionPolitiques de relance keynésiennes
TechnologiqueSubstitution capital/travail (automatisation, IA)Formation, partage du travail, nouveaux emplois
SaisonnierVariations cycliques de l’activité selon les saisonsDiversification économique
💡 En pratique, le chômage observé est toujours une combinaison de plusieurs types. Le chômage frictionnel est incompressible (plein emploi ≠ 0 % de chômage). Un taux de chômage d’équilibre de 4-5 % correspond au NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment).

Le halo du chômage

Définition

Le halo du chômage regroupe les personnes qui ne sont pas comptées comme chômeurs au sens du BIT mais qui sont en situation de sous-emploi ou de marginalisation par rapport à l’emploi : chômeurs découragés (ne recherchent plus activement), personnes disponibles mais ne cherchant pas, personnes cherchant un emploi mais pas immédiatement disponibles.

📘 Le halo en chiffres (France) :
— Taux de chômage BIT : ≈ 7,5 %
— Halo du chômage : ≈ 1,9 million de personnes supplémentaires
— Sous-emploi (temps partiel subi) : ≈ 1 million
En ajoutant halo et sous-emploi au chômage strict, la « sous-utilisation de la main-d’œuvre » concerne environ 15 % de la population active.

Les théories du chômage

Approche néoclassique

📘 Pour les néoclassiques, le marché du travail est un marché comme les autres. Le chômage est volontaire : si le salaire réel est supérieur au salaire d’équilibre (à cause du SMIC, des syndicats, de la réglementation), l’offre de travail excède la demande → chômage. La solution : flexibiliser les salaires et le marché du travail.

Approche keynésienne

📘 Pour Keynes, le chômage est involontaire et lié à l’insuffisance de la demande effective. Même si les salaires baissent, ça ne résout pas le problème (les baisses de salaires réduisent la demande, aggravant la situation — « paradoxe de l’épargne »). La solution : relance par la dépense publique.

Théorie du salaire d’efficience

📘 Les entreprises maintiennent des salaires au-dessus de l’équilibre pour motiver les salariés et réduire le turnover. Cela crée un chômage involontaire d’équilibre — les entreprises n’ont pas intérêt à baisser les salaires même en présence de chômeurs prêts à travailler moins cher.
📚 John Maynard KeynesThéorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) : démontre que le marché du travail ne s’équilibre pas spontanément au plein emploi, et que l’intervention de l’État est nécessaire pour soutenir la demande effective.

Flexibilité et marché du travail

Définition

La flexibilité du travail désigne la capacité des entreprises à adapter leur main-d’œuvre (quantité, qualification, temps de travail, coût) aux variations de l’activité économique.

Type de flexibilitéDéfinitionExemples
Externe quantitativeAjuster les effectifsEmbauches / licenciements, CDD, intérim
Interne quantitativeAjuster le temps de travailHeures supplémentaires, chômage partiel, annualisation
FonctionnellePolyvalence des salariésMobilité interne, polyvalence des postes
SalarialeAjuster les salairesVariable selon performance, intéressement
Définition — Flexisécurité

La flexisécurité (modèle danois) combine flexibilité du marché du travail (facilité d’embauche et de licenciement) ET sécurité pour les travailleurs (indemnisation chômage généreuse, formation active). L’idée : sécuriser les parcours professionnels plutôt que les emplois.

💡 Débat flexibilité / protection :
Pro-flexibilité : réduit le coût des ajustements, favorise l’embauche, diminue le chômage structurel.
Pro-protection : sécurise les travailleurs, réduit la précarité, maintient la demande de consommation, favorise l’investissement en capital humain.

Le salaire : formation et déterminants

Définition — SMIC

Le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) est le salaire horaire minimum légal en France, fixé par l’État. Il est revalorisé automatiquement selon l’inflation et peut faire l’objet de « coups de pouce » gouvernementaux. Au 1er janvier 2024 : SMIC brut ≈ 11,65 €/heure, soit ≈ 1 767 € brut/mois.

DéterminantEffet sur le salaire
Productivité du travailPlus la productivité est élevée, plus le salaire peut l’être
Niveau de qualification / diplômeCapital humain valorisé sur le marché
Négociation collective (syndicats)Conventions collectives fixent des minima par branche
Offre et demande de travailRareté d’une compétence → salaire plus élevé
SMICPlancher légal, protège les travailleurs les moins qualifiés
Genre / discriminationsÉcart salarial femmes/hommes ≈ 17 % brut en France
⚠️ Débat sur le SMIC et l’emploi :
Pour les néoclassiques, un SMIC trop élevé détruit des emplois peu qualifiés (le salaire minimum est au-dessus du salaire d’équilibre).
Pour les keynésiens et Card & Krueger (1994), les études empiriques montrent que les hausses du salaire minimum n’augmentent pas significativement le chômage, et peuvent même le réduire via l’effet demande.

Les politiques de l’emploi

📘 Politiques passives vs actives :

Politiques passivesPolitiques actives
ObjectifIndemniser le chômageRéduire le chômage, favoriser le retour à l’emploi
InstrumentsAllocations chômage (ARE), préretraitesFormation, contrats aidés, accompagnement, allègements de charges
LogiqueSécuriser les revenusAméliorer l’employabilité, fluidifier le marché
CritiqueCoût élevé, risque de désincentiver la rechercheEfficacité variable, risque d’effet d’aubaine
Principaux outils en France :
Allègements de charges Fillon : réduction des cotisations patronales sur les bas salaires pour réduire le coût du travail peu qualifié
France Travail (ex Pôle emploi) : accompagnement et placement des demandeurs d’emploi
CPF (Compte Personnel de Formation) : financement de la formation continue
Apprentissage : forte montée en puissance depuis 2018 (900 000 apprentis en 2023)
Contrats aidés (PEC) : subventions à l’embauche dans le secteur non-marchand

Exercices types bac

📝 Exercice 1 — calcul du taux de chômage

Population active : 30 millions. Actifs occupés : 27,8 millions.
Chômeurs = 30 − 27,8 = 2,2 millions.
Taux de chômage = 2,2 / 30 × 100 = 7,3 %.

📝 Exercice 2 — distinguer les types de chômage

Classer les situations suivantes :
a) Suite à la fermeture d’une usine automobile, 500 ouvriers perdent leur emploi dans une région où l’industrie dominait. → Chômage structurel (désindustrialisation, inadéquation des compétences).
b) Un ingénieur quitte son emploi pour en chercher un mieux rémunéré. → Chômage frictionnel (transition volontaire).
c) En 2020, des millions de salariés perdent leur emploi suite à la crise du Covid-19. → Chômage conjoncturel (récession due à la crise).

📝 Exercice 3 — dissertation (plan suggéré)

Sujet : « La flexibilisation du marché du travail est-elle la solution au chômage ? »

I — La flexibilité peut réduire certaines formes de chômage
— Réduit le coût des ajustements → incite à embaucher
— Flexisécurité : exemple danois, forte flexibilité + faible chômage
— Allègements de charges : réduisent le coût du travail peu qualifié

II — La flexibilité ne résout pas le chômage et crée de la précarité
— Ne traite pas le chômage conjoncturel (insuffisance de la demande)
— Ne corrige pas le chômage structurel (problème de qualification)
— Développe la précarité et l’instabilité des parcours (Castel)
— La baisse des salaires réduit la demande globale (paradoxe keynésien)

III — Des politiques complémentaires sont nécessaires
— Politiques actives de l’emploi (formation, accompagnement)
— Politiques macroéconomiques de soutien à la demande
— Protection sociale adaptée aux nouvelles formes d’emploi

Questions fréquentes

Pourquoi le taux de chômage officiel sous-estime-t-il la réalité ?
Le taux de chômage BIT ne comptabilise que les personnes sans emploi, disponibles ET en recherche active. Il exclut donc le halo du chômage (chômeurs découragés qui ont abandonné leur recherche), les personnes en sous-emploi (temps partiel subi), les personnes en formation, en contrat aidé ou en préretraite. En ajoutant toutes ces formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre, on obtient un taux de « chômage élargi » ou de « sous-emploi » nettement supérieur au taux officiel — souvent le double en France.

Quelle différence entre chômage frictionnel et chômage structurel ?
Le chômage frictionnel est temporaire et inévitable dans toute économie dynamique : il correspond au délai normal entre deux emplois lors d’une transition volontaire ou involontaire. Il ne dure généralement que quelques semaines à quelques mois. Le chômage structurel, lui, est durable et lié à des transformations profondes de l’économie : désindustrialisation, changement technologique, inadéquation entre les compétences des chômeurs et les emplois disponibles. Il ne se résorbe pas spontanément et nécessite des politiques actives de formation et de reconversion. En France, une part importante du chômage de longue durée (plus d’un an) est de nature structurelle.

Qu’est-ce que le NAIRU ?
Le NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment) est le taux de chômage d’équilibre en dessous duquel l’inflation s’emballe. Il correspond au chômage frictionnel et structurel incompressibles, indépendants de la conjoncture. En dessous du NAIRU, le marché du travail est si tendu que les salaires augmentent fortement, alimentant l’inflation. Au-dessus, il y a chômage conjoncturel réductible par des politiques de relance. On l’estime généralement entre 4 et 6 % pour les économies développées. Le débat porte sur son niveau exact, car il est inobservable directement.

Comment le SMIC affecte-t-il l’emploi selon les différentes théories ?
Pour la théorie néoclassique, un SMIC au-dessus du salaire d’équilibre créerait du chômage en rendant certains emplois peu qualifiés non rentables. Pour la théorie keynésienne, la hausse du SMIC augmente le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes (qui ont une forte propension à consommer), ce qui stimule la demande et peut créer des emplois. L’étude empirique célèbre de Card et Krueger (1994) aux États-Unis a montré qu’une hausse du salaire minimum dans le New Jersey n’avait pas réduit l’emploi dans la restauration rapide par rapport au Pennsylvania voisin. La plupart des études récentes trouvent des effets modérés voire nuls sur l’emploi pour des hausses modérées du salaire minimum.

Qu’est-ce que le « paradoxe de l’épargne » de Keynes ?
Le paradoxe de l’épargne (ou paradoxe de la frugalité) désigne le fait que ce qui est rationnel pour un individu peut être néfaste pour l’économie dans son ensemble. Si tous les ménages décident d’épargner davantage en période de crise pour se protéger, la consommation globale chute, les entreprises voient leurs débouchés se réduire, réduisent leur production et licencient — ce qui réduit les revenus et donc… la capacité d’épargner. Appliqué au marché du travail : baisser les salaires peut sembler une solution au chômage, mais si tous les employeurs baissent les salaires simultanément, la demande de consommation s’effondre, aggravant le chômage au lieu de le réduire.

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