Démocratie et Citoyenneté : Cours SES Terminale

Sciences Économiques et Sociales — Science politique — Terminale générale

Term
Niveau
Spé SES
Matière
Sc. politique
Domaine
Bac
Objectif

La démocratie est aujourd’hui le régime politique dominant dans les pays développés, mais elle fait l’objet de tensions croissantes : montée de l’abstention, crise de la représentation, populismes, désinformation. Ce chapitre analyse les fondements de la démocratie, ses différentes formes, les mécanismes de la participation politique et les défis contemporains que doit relever l’idéal démocratique.

1. Les régimes politiques

Régime politique : Ensemble des institutions, des règles et des pratiques qui organisent l’exercice du pouvoir politique dans une société. Il détermine qui gouverne, comment et avec quelles limites.
Régime Caractéristiques Exemples
Démocratie Souveraineté populaire, pluralisme, État de droit, protection des droits fondamentaux France, Allemagne, Suède, Canada
Autoritarisme Concentration du pouvoir, pluralisme limité, mais sans idéologie totale ni mobilisation permanente Nombreux régimes militaires (XXe s.)
Totalitarisme Contrôle total de la société par l’État, idéologie unique, parti unique, terreur Nazisme, stalinisme, Corée du Nord
Théocratie Pouvoir exercé au nom d’une autorité divine ou religieuse Iran (République islamique), Vatican
📚 Hannah Arendt (1951)« Les Origines du totalitarisme ». Arendt analyse le totalitarisme comme un phénomène radicalement nouveau : au-delà de la simple dictature, il vise à transformer la nature humaine elle-même, à travers la terreur, la propagande et la destruction de l’espace privé. Elle distingue rigoureusement totalitarisme, tyrannie et autoritarisme.

2. Les fondements et principes de la démocratie

Démocratie : Du grec dêmos (peuple) et kratos (pouvoir). Régime politique fondé sur la souveraineté du peuple, l’égalité des citoyens en droits, le pluralisme politique et la protection des libertés fondamentales. La définition minimale de Schumpeter (1942) : compétition électorale libre entre élites pour obtenir le soutien populaire.

Les principes fondamentaux

📜 État de droit

Les gouvernants eux-mêmes sont soumis à la loi. Nul n’est au-dessus des règles constitutionnelles. Garantie par l’indépendance de la justice et le contrôle de constitutionnalité.

⚖️ Séparation des pouvoirs

Les pouvoirs législatif (parlement), exécutif (gouvernement) et judiciaire sont distincts et se contrôlent mutuellement (checks and balances). Théorisé par Montesquieu.

🗳️ Suffrage universel

Tous les citoyens adultes ont le droit de vote, quel que soit leur origine, leur sexe, leur fortune. En France : hommes en 1848, femmes en 1944.

📚 Alexis de Tocqueville (1835)« De la démocratie en Amérique ». Tocqueville analyse la démocratie américaine avec lucidité. Il voit dans l’égalité des conditions la tendance irrésistible des sociétés modernes, mais redoute le « despotisme doux » : une forme de tyrannie douce exercée non par un tyran mais par la majorité elle-même, étouffant les libertés individuelles sous la pression conformiste de l’opinion publique.

Démocratie représentative vs démocratie directe

🏛️ Démocratie représentative

Les citoyens délèguent le pouvoir à des représentants élus qui gouvernent en leur nom. C’est le modèle dominant dans les démocraties modernes.

Avantages : efficacité, expertise, gouvernement à grande échelle.
Limites : distance entre élus et électeurs, confiscation de la démocratie par les élites.

🗣️ Démocratie directe

Les citoyens prennent eux-mêmes les décisions sans intermédiaire (référendum, initiative populaire, assemblée de citoyens).

Avantages : participation directe, légitimité renforcée.
Limites : difficile à grande échelle, risque de tyrannie de la majorité.

Démocratie délibérative : Conception selon laquelle les décisions politiques legítimes doivent résulter d’un processus de délibération publique rationnelle, où les arguments sont soumis à la discussion contradictoire. Elle complète la démocratie électorale par l’exigence de justification publique des décisions. Jürgen Habermas est le principal théoricien de cette approche.

3. La citoyenneté

Citoyenneté : Appartenance à une communauté politique qui confère des droits (civils, politiques, sociaux) et impose des devoirs (respect des lois, participation civique, contribution fiscale). Elle définit le statut de citoyen et le lien à la communauté nationale.

L’évolution historique des droits civiques

📚 Thomas Marshall (1950) distingue trois générations de droits liés à la citoyenneté :
Droits civils (XVIIIe s.) : libertés individuelles, liberté d’expression, propriété, accès à la justice
Droits politiques (XIXe–XXe s.) : droit de vote, droit de se présenter aux élections, liberté de s’associer
Droits sociaux (XXe s.) : droit à l’éducation, à la santé, à la protection sociale
Ces générations correspondent à une extension progressive de la citoyenneté dans les démocraties libérales.

Citoyenneté nationale et citoyenneté européenne

La construction européenne a introduit une citoyenneté de l’UE : tout ressortissant d’un État membre est aussi citoyen européen. Il dispose du droit de vote aux élections européennes et municipales dans son pays de résidence, du droit à la protection consulaire, et du droit de pétition au Parlement européen. Cette citoyenneté supranationale soulève des débats sur la démocratisation de l’UE (le « déficit démocratique » européen).

4. La participation politique

Participation politique : Ensemble des activités par lesquelles les citoyens influencent les décisions politiques ou tentent de le faire. Elle va bien au-delà du seul vote.
Forme de participation Exemples Tendance
Vote Élections présidentielles, législatives, européennes, locales, référendums Abstention croissante dans de nombreuses démocraties
Militantisme partisan Adhésion à un parti, campagne électorale, distribution de tracts Déclin des adhésions aux grands partis de masse
Action collective Syndicats, associations, mouvements sociaux, grèves, manifestations Maintien mais transformation des formes
Participation non-conventionnelle Pétitions, boycotts, désobéissance civile, hacktivisme Forte croissance, notamment chez les jeunes
Participation délibérative Conventions citoyennes, jurys citoyens, budgets participatifs Montée en puissance (Convention Citoyenne pour le Climat, 2019)

L’abstention électorale

Abstention : Non-participation au vote lors d’une élection. Elle peut être apathique (désintérêt, sentiment d’incompétence) ou protestataire (rejet délibéré du système politique ou des candidats proposés).

Les facteurs sociaux de l’abstention :

Facteur Effet
Âge Les jeunes (18-25 ans) et les très âgés votent moins que les 40-60 ans
Diplôme et revenus Les moins diplômés et les plus pauvres s’abstiennent davantage
Intégration sociale Isolement social, instabilité résidentielle corrèlent avec l’abstention
Sentiment d’efficacité politique Croire que son vote « ne change rien » favorise l’abstention
Type d’élection Abstention plus forte aux européennes et municipales qu’à la présidentielle
📚 Pierre Bourdieu a analysé la compétence politique comme inégalement distribuée : les individus des milieux populaires se sentent moins « autorisés » à avoir des opinions politiques et à les exprimer, ce qui contribue à leur retrait de la participation électorale. L’abstention n’est donc pas seulement un choix individuel mais le reflet d’inégalités sociales.

5. Les acteurs de la vie politique

Les partis politiques

Parti politique : Organisation structurée dont l’objectif est de conquérir et d’exercer le pouvoir politique. Il recrute des membres, élabore un programme, sélectionne des candidats aux élections et organise la participation politique de masse.

La sociologie des partis politiques distingue plusieurs modèles :

Type de parti Caractéristiques Époque / Exemple
Parti de cadres Petit nombre de notables, financement privé, peu d’adhérents XIXe siècle, partis libéraux et conservateurs
Parti de masse Masse d’adhérents cotisants, encadrement idéologique fort, organisation bureaucratique XXe siècle, partis socialistes et communistes
Parti catch-all Vise tous les électorats, atténue les clivages idéologiques, priorité à la victoire électorale Depuis les années 1960 (Kirchheimer)
Parti-cartel Dépend du financement public, s’autonomise des militants, devient une composante de l’État Depuis les années 1990 (Katz & Mair)

Les médias et l’opinion publique

Opinion publique : Ensemble des attitudes et opinions partagées par une collectivité sur des questions politiques et sociales. Elle est mesurée par les sondages, mais sa formation est complexe et dépend des médias, des partis, des réseaux sociaux et de l’expérience personnelle.

Les médias jouent un rôle central dans la démocratie :

✅ Fonctions démocratiques des médias

Information des citoyens, contrôle des pouvoirs (4e pouvoir), espace de débat public, mise à l’agenda des problèmes sociaux, révélation des scandales (Watergate, affaire Cahuzac…)

⚠️ Risques pour la démocratie

Concentration des médias (oligopoles), instrumentalisation politique, infotainment (spectacularisation), désinformation et « fake news », bulles de filtre algorithmiques sur les réseaux sociaux.

6. Les défis contemporains de la démocratie

La crise de la représentation

De nombreuses démocraties connaissent une crise de confiance envers les institutions représentatives : défiance envers les partis, les élus et les médias, montée de l’abstention, fragmentation du paysage politique. Cette crise s’explique par plusieurs facteurs :

  • Le fossé croissant entre les positions des élites politiques et les préoccupations des classes populaires
  • La mondialisation qui réduit la marge de manœuvre des États nationaux → sentiment d’impuissance des gouvernements élus
  • La personnalisation du politique au détriment des partis et des programmes
  • L’individualisation des comportements politiques (volatilité électorale, déclin du militantisme partisan)

La montée des populismes

Populisme : Discours politique opposant un « peuple pur » à des « élites corrompues » et revendiquant l’expression directe de la volonté populaire contre les intermédiaires institutionnels. Il peut être de droite (nativiste, nationaliste) ou de gauche (anti-oligarchique). Le populisme n’est pas un régime mais une logique discursive qui peut déstabiliser les démocraties libérales.
📚 Chantal Mouffe (2018) distingue le populisme de gauche (mobilisation du peuple contre les oligarchies économiques) du populisme de droite (fermeture identitaire et xénophobe). Pour elle, le populisme de gauche peut être une réponse légitime à la crise de représentation, à condition de rester dans le cadre démocratique.

Démocratie et numérique

Internet et les réseaux sociaux transforment profondément l’espace politique :

Opportunités Risques
Accès élargi à l’information politique Désinformation, « fake news », complotisme
Nouvelles formes de mobilisation (pétitions, hashtag activism) Bulles de filtre et polarisation
Participation directe (e-démocratie, budgets participatifs en ligne) Surveillance numérique, manipulation algorithmique
Transparence et contrôle des élus (open data) Concentration du pouvoir informationnel (GAFAM)

Synthèse : ce qu’il faut retenir

Notion Définition courte
Démocratie représentative Délégation du pouvoir à des représentants élus
Démocratie directe Exercice direct du pouvoir par les citoyens (référendum)
Démocratie délibérative Légitimité fondée sur la délibération publique rationnelle (Habermas)
Séparation des pouvoirs Distinction législatif / exécutif / judiciaire (Montesquieu)
Citoyenneté Statut donnant droits et devoirs au sein d’une communauté politique
Générations de droits (Marshall) Civils (XVIIIe) → politiques (XIXe) → sociaux (XXe)
Abstention protestataire Non-vote comme rejet délibéré du système politique
Parti catch-all Parti visant tous les électorats, priorité électorale sur l’idéologie
Opinion publique Attitudes collectives sur les questions politiques, influencées par les médias
Populisme Discours opposant « le peuple pur » aux « élites corrompues »
Crise de représentation Défiance croissante envers les institutions démocratiques

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre démocratie représentative et démocratie directe ?
Dans la démocratie représentative, les citoyens élisent des représentants (parlementaires, président) qui prennent les décisions en leur nom pendant un mandat. C’est le modèle dominant dans les démocraties modernes, nécessaire à grande échelle. Dans la démocratie directe, les citoyens votent eux-mêmes sur les lois et les décisions (référendum, initiative populaire). Elle est difficile à mettre en œuvre au niveau national mais existe dans certains cantons suisses ou à l’échelle locale. Les démocraties contemporaines combinent généralement les deux formes.
L’abstention est-elle un problème pour la démocratie ?
L’abstention soulève plusieurs problèmes démocratiques. D’abord, elle fragilise la légitimité des élus : un président élu avec 25 % des inscrits représente-t-il vraiment « le peuple » ? Ensuite, elle est socialement inégale : les abstentionnistes appartiennent davantage aux catégories populaires, aux jeunes et aux moins diplômés — leurs intérêts sont donc sous-représentés dans le jeu politique. Enfin, une abstention forte peut profiter aux candidats dont les électeurs sont plus mobilisés (électorats captifs). Certains sociologues nuancent cependant : l’abstention protestataire peut être une forme d’expression politique à part entière.
Qu’est-ce que le « déficit démocratique » européen ?
Le déficit démocratique désigne le sentiment que les institutions européennes manquent de légitimité démocratique. Plusieurs éléments l’alimentent : le Parlement européen (seule institution élue directement) dispose de moins de pouvoirs que la Commission ; les citoyens connaissent mal les institutions européennes ; les taux d’abstention aux élections européennes sont structurellement plus élevés qu’aux élections nationales ; les décisions importantes (traités, politique de la zone euro) semblent échapper au contrôle démocratique direct. Des réformes ont été menées pour renforcer le rôle du Parlement, mais le débat reste vif.
Le populisme est-il nécessairement anti-démocratique ?
La réponse dépend de la définition retenue et de l’orientation du populisme. En tant que logique discursive (Mouffe, Laclau), le populisme n’est pas intrinsèquement anti-démocratique : revendiquer que le peuple reprenne le contrôle contre des élites corrompues peut être une réponse légitime à des inégalités réelles. Cependant, certaines formes de populisme — notamment de droite — tendent à menacer les droits des minorités (tyrannie de la majorité), à fragiliser les contre-pouvoirs (justice indépendante, presse libre) et à délégitimer les procédures démocratiques au profit d’un leader « tribun du peuple ».
Comment les réseaux sociaux transforment-ils la participation politique ?
Les réseaux sociaux ont à la fois élargi et transformé la participation politique. Ils permettent une mobilisation rapide à faible coût (Printemps arabe, #MeToo, Gilets jaunes), donnent accès à l’information politique à des publics qui ne lisaient pas la presse, et offrent des espaces d’expression directe. Mais ils favorisent aussi la polarisation (les algorithmes renforcent les opinions déjà détenues), la propagation de la désinformation et la concentration de l’attention sur des polémiques superficielles (buzz) au détriment du débat de fond. La question de la régulation des plateformes (DSA européen) est devenue centrale pour la santé des démocraties.

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