Fluctuations Économiques et Politiques Conjoncturelles : Cours SES Terminale

Sciences Économiques et Sociales — Spécialité Terminale générale

Term
Niveau
Spé SES
Matière
Macro
Domaine
Bac
Objectif

L’activité économique n’évolue pas de façon linéaire : elle connaît des phases d’expansion et de ralentissement qui se répètent dans le temps. Ces fluctuations économiques posent un défi majeur aux gouvernements et aux banques centrales, qui cherchent à les atténuer via des politiques conjoncturelles. Ce chapitre est central au bac SES : il mobilise les grands débats entre keynésiens et libéraux sur le rôle de l’État dans l’économie.

1. Les fluctuations économiques et les cycles

Fluctuations économiques : Variations de l’activité économique autour d’une tendance de long terme (trend). On distingue les mouvements de court terme (conjoncture) des évolutions structurelles de long terme.

Les phases du cycle économique

Expansion → production, emploi et revenus augmentent

Point haut (pic) → l’économie tourne à plein régime

Récession → ralentissement de la croissance (recul du PIB pendant ≥ 2 trimestres)

Dépression / creux → niveau d’activité au plus bas

Reprise → retour à la croissance

Récession : Recul du PIB réel pendant au moins deux trimestres consécutifs. Elle s’accompagne généralement d’une hausse du chômage, d’une baisse des investissements et d’une contraction du crédit.
Dépression : Récession prolongée et sévère avec effondrement durable de l’activité, du crédit et de l’emploi. Exemple historique : Grande Dépression des années 1930 (−30 % du PIB américain).

Les différents types de cycles

Cycle Durée Mécanisme principal
Kitchin 3-5 ans Variations des stocks des entreprises
Juglar 7-11 ans Cycles d’investissement en capital fixe
Kuznets 15-25 ans Cycles de construction immobilière
Kondratiev 40-60 ans Grandes vagues d’innovation technologique (révolutions industrielles)
📚 Auteur clé : Joseph Schumpeter (1939) a théorisé les cycles longs de Kondratiev en les reliant aux grappes d’innovations : une innovation majeure (machine à vapeur, électricité, informatique) génère une phase d’expansion, puis la diffusion ralentit et la croissance s’essouffle jusqu’à la prochaine vague d’innovation.

2. Le chômage

Chômeur (définition BIT) : Personne sans emploi, disponible pour travailler dans les deux semaines, et ayant effectué une démarche active de recherche d’emploi au cours des quatre semaines précédentes.
Taux de chômage = (Nombre de chômeurs / Population active) × 100

La population active regroupe les actifs occupés (en emploi) et les chômeurs. Elle exclut les inactifs (étudiants, retraités, personnes au foyer ne cherchant pas d’emploi).

Les différentes formes de chômage

Type Cause Remède approprié
Chômage conjoncturel (keynésien) Insuffisance de la demande globale en période de récession Politique de relance (budgétaire ou monétaire)
Chômage structurel Inadéquation entre profils des chômeurs et emplois disponibles (qualification, secteur, géographie) Formation, flexibilisation du marché du travail
Chômage frictionnel Délai de transition entre deux emplois (recherche normale) Améliorer l’appariement (information, mobilité)
Chômage technologique Substitution du capital au travail via l’automatisation Formation, reconversion, partage des gains
📌 Taux de chômage naturel (NAIRU) : Taux de chômage incompressible en dehors des récessions, correspondant au chômage frictionnel et structurel. Selon les économistes libéraux (Friedman, Phelps), toute tentative de faire descendre le chômage en dessous de ce niveau via la relance ne produit qu’une accélération de l’inflation.

3. L’inflation

Inflation : Hausse générale et durable du niveau des prix, mesurée par l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) calculé par l’INSEE. Elle érode le pouvoir d’achat des ménages et la valeur réelle des créances.
Taux d’inflation = [(IPC année N − IPC année N-1) / IPC année N-1] × 100

Les causes de l’inflation

🔼 Inflation par la demande

Quand la demande globale dépasse les capacités de production : les entreprises augmentent leurs prix plutôt que leur production. Typique des phases de surchauffe économique.

📦 Inflation par les coûts

Hausse des coûts de production répercutée sur les prix de vente : choc pétrolier (1973, 1979), hausse des salaires, ruptures d’approvisionnement.

💶 Inflation monétaire

Selon les monétaristes : une croissance de la masse monétaire trop rapide par rapport à la production génère de l’inflation (« trop d’argent court après trop peu de biens »).

📈 Inflation importée

Hausse des prix des biens importés (énergie, matières premières) qui se diffuse dans l’ensemble de l’économie.

Les effets de l’inflation

Effet Sur qui ? Sens
Érosion du pouvoir d’achat Ménages à revenus fixes, épargnants Négatif
Allégement des dettes Emprunteurs (ménages endettés, État) Positif
Perte de compétitivité Exportateurs Négatif
Incertitude sur les prix relatifs Entreprises, investisseurs Négatif
Recettes fiscales en hausse État (via la « taxe inflationniste ») Ambigu
Déflation : Baisse généralisée et durable des prix. Paradoxalement, elle est souvent plus dangereuse que l’inflation : les ménages reportent leurs achats (anticipant de nouvelles baisses), ce qui déprime la demande, réduit les profits, accroît le chômage — c’est la spirale déflationniste. Exemple : Japon des années 1990-2000 (« décennie perdue »).
📚 Auteur clé : Milton Friedman (1968) — « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire. » Il défend la règle d’une croissance monétaire stable et prévisible (règle du k%), s’opposant aux politiques discrétionnaires de relance keynésienne.

4. La politique budgétaire

Politique budgétaire : Utilisation des dépenses publiques et/ou de la fiscalité par le gouvernement pour influencer le niveau de l’activité économique et de l’emploi. Elle relève de la politique économique des États.

Les deux grandes orientations

🚀 Politique de relance (expansionniste)

Augmenter les dépenses publiques ou baisser les impôts pour stimuler la demande globale. Recommandée en période de récession par les keynésiens.

Risques : creusement du déficit, effet d’éviction, inflation

✂️ Politique d’austérité (restrictive)

Réduire les dépenses publiques ou augmenter les impôts pour assainir les finances publiques. Recommandée pour lutter contre l’inflation ou réduire la dette.

Risques : récession, hausse du chômage, effets récessifs du multiplicateur négatif

Le multiplicateur keynésien

Multiplicateur keynésien : Mécanisme par lequel une dépense publique initiale génère une augmentation plus que proportionnelle du revenu national. Si l’État dépense 1 milliard €, le revenu total augmente de 1/(1-c) milliards, où c est la propension marginale à consommer.
Multiplicateur = 1 / (1 − propension marginale à consommer)

Exemple : si les ménages consomment 80 % de chaque revenu supplémentaire (c = 0,8), le multiplicateur vaut 1/(1-0,8) = 5. Une dépense publique de 1 Md€ génère 5 Md€ de PIB supplémentaire.

📚 Auteur clé : John Maynard Keynes (1936)« Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie ». Keynes rompt avec la pensée classique en affirmant que l’économie peut rester bloquée dans un équilibre de sous-emploi, et que seule l’intervention de l’État (via la demande effective) peut en sortir. Sa pensée domine la politique économique des Trente Glorieuses (1945-1975).

Les limites de la politique budgétaire

Limite Mécanisme
Effet d’éviction La dette publique fait monter les taux d’intérêt, ce qui réduit l’investissement privé
Équivalence ricardienne Les ménages anticipent que la dette d’aujourd’hui sera financée par des impôts futurs → ils épargnent au lieu de consommer
Contrainte européenne Le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) limite les déficits à 3 % du PIB et la dette à 60 %
Délais Les délais de décision et de mise en œuvre réduisent l’efficacité conjoncturelle
Ouverture économique Une partie de la relance « fuit » vers les importations (d’autant plus si l’économie est ouverte)

5. La politique monétaire

Politique monétaire : Ensemble des décisions prises par la banque centrale pour réguler la masse monétaire et les taux d’intérêt, afin d’assurer la stabilité des prix et de soutenir l’activité économique.

En zone euro, c’est la Banque Centrale Européenne (BCE) qui conduit la politique monétaire. Son objectif principal est la stabilité des prix (inflation proche de 2 %).

Les instruments de la politique monétaire

Instrument Mécanisme Effet
Taux directeur Taux auquel la BCE prête aux banques commerciales Baisse → crédit moins cher → relance / Hausse → crédit plus cher → freinage
Opérations d’open market Achat/vente de titres sur les marchés financiers Achat → injection de liquidités / Vente → retrait
Réserves obligatoires Taux de réserves que les banques doivent détenir à la BCE Hausse → moins de crédit possible
QE (Quantitative Easing) Achats massifs d’actifs par la banque centrale Injection de liquidités quand les taux sont déjà à zéro

📉 Politique monétaire accommodante (expansionniste)

Baisse des taux directeurs, QE. Stimule le crédit, l’investissement et la consommation. Risque : inflation, bulles d’actifs.

📈 Politique monétaire restrictive

Hausse des taux directeurs. Renchérit le crédit, freine la consommation et l’investissement. Objectif : lutter contre l’inflation.

Exemple concret : Face à l’inflation de 2022-2023 (poussée au-dessus de 10 % en zone euro après la guerre en Ukraine), la BCE a relevé ses taux directeurs de 0 % à 4 % en moins d’un an — la plus rapide remontée de taux de son histoire — pour casser la spirale inflationniste.

6. Le grand débat : keynésiens vs libéraux

Keynésiens Libéraux (monétaristes, néoclassiques)
Analyse du chômage Insuffisance de la demande → chômage involontaire Rigidités du marché du travail → chômage volontaire ou structurel
Rôle de l’État L’État doit intervenir pour stabiliser la conjoncture L’État doit s’abstenir : ses interventions perturbent les marchés
Politique budgétaire Efficace via le multiplicateur, surtout en récession Inefficace ou contreproductive (éviction, ricardienne)
Politique monétaire Outil conjoncturel complémentaire Seul outil légitime ; doit suivre une règle fixe (Friedman)
Auteurs clés Keynes, Hicks, Samuelson, Stiglitz Friedman, Lucas, Hayek, Barro
💡 La courbe de Phillips : Phillips (1958) observe une relation inverse entre taux de chômage et taux d’inflation : moins de chômage s’accompagne de plus d’inflation. Les keynésiens en déduisent qu’on peut « acheter » du chômage en tolérant un peu d’inflation. Friedman et Phelps (1968) réfutent cette relation à long terme : la courbe de Phillips est verticale au taux naturel de chômage.

Synthèse : ce qu’il faut retenir

Notion Définition courte
Récession Recul du PIB pendant ≥ 2 trimestres consécutifs
Chômage conjoncturel Chômage lié à l’insuffisance de la demande globale
Inflation Hausse générale et durable des prix (mesurée par l’IPC)
Déflation Baisse durable des prix → spirale récessive
Politique budgétaire de relance Hausse des dépenses publiques / baisse des impôts
Multiplicateur keynésien 1 € dépensé par l’État génère plus de 1 € de revenu national
Taux directeur Taux de la BCE qui conditionne le coût du crédit
QE (Quantitative Easing) Achats massifs d’actifs par la banque centrale
Courbe de Phillips Relation inverse inflation/chômage (court terme)

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre politique budgétaire et politique monétaire ?
La politique budgétaire est décidée par le gouvernement : elle agit sur les dépenses publiques et les impôts. La politique monétaire est conduite par la banque centrale (la BCE en zone euro) : elle agit sur les taux d’intérêt et la masse monétaire. En zone euro, les deux politiques sont dissociées : les États contrôlent leur budget, mais ont cédé leur politique monétaire à la BCE indépendante.

Pourquoi l’inflation est-elle fixée à 2 % par la BCE ?
Un objectif de 2 % d’inflation constitue un compromis : suffisamment bas pour protéger le pouvoir d’achat et éviter les distorsions économiques, mais suffisamment positif pour éloigner le risque de déflation et laisser une marge de manœuvre à la politique monétaire (si les taux sont à 0 % et que l’économie entre en récession, une légère inflation permet de pratiquer des taux réels négatifs pour stimuler l’économie).

Qu’est-ce que l’effet d’éviction ?
L’effet d’éviction désigne le mécanisme par lequel le financement des dépenses publiques par emprunt fait monter les taux d’intérêt sur les marchés financiers, ce qui renchérit le crédit pour les entreprises privées et réduit leurs investissements. L’investissement public « évince » ainsi l’investissement privé, réduisant l’efficacité nette de la relance budgétaire — argument central des économistes libéraux contre le keynésianisme.

La courbe de Phillips est-elle encore valide aujourd’hui ?
La relation de Phillips s’est affaiblie depuis les années 1980. Dans les années 2010, de nombreux pays ont connu un faible chômage sans inflation significative, ce qui semblait invalider la courbe. L’épisode inflationniste de 2022-2023 (causé par des chocs d’offre et la politique monétaire accommodante post-Covid) a relancé le débat. La plupart des économistes s’accordent aujourd’hui à dire que la courbe de Phillips existe mais qu’elle est aplatie et dépend fortement des anticipations d’inflation.

Qu’est-ce que le Quantitative Easing (QE) ?
Le Quantitative Easing (assouplissement quantitatif) est une politique monétaire non conventionnelle utilisée quand les taux directeurs sont déjà à zéro (ou négatifs). La banque centrale achète massivement des actifs financiers (obligations d’État, titres privés) sur les marchés pour injecter des liquidités, faire baisser les taux longs et encourager le crédit. La BCE a eu recours au QE à grande échelle après 2015 et surtout lors de la crise Covid (2020-2022).

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