Marché, Prix et Concurrence : Cours SES Première

Sciences Économiques et Sociales — Spécialité 1ère générale

1ère
Niveau
Spé SES
Matière
Micro
Domaine
Bac
Objectif

Le marché est au cœur de l’économie capitaliste : c’est le lieu (réel ou virtuel) où se rencontrent des offreurs et des demandeurs pour échanger un bien ou un service à un prix. Ce chapitre de SES Première permet de comprendre comment se forment les prix, quels facteurs font varier l’offre et la demande, et pourquoi la concurrence prend des formes très différentes selon les marchés.

1. Qu’est-ce qu’un marché ?

Marché : Mécanisme de coordination entre offreurs et demandeurs qui, en confrontant leurs décisions décentralisées, aboutit à la fixation d’un prix et à la réalisation d’échanges volontaires.

Un marché peut être physique (marché de fruits, bourse de commerce) ou immatériel (marché boursier, marché des droits à polluer). On distingue plusieurs types de marchés selon leur objet :

Type de marché Objet échangé Exemples
Marché de biens et services Produits de consommation Automobile, téléphone, restaurant
Marché du travail Force de travail (salaires) CDI, intérim, free-lance
Marché financier Titres (actions, obligations) CAC 40, NYSE, crypto-monnaies
Marché des matières premières Ressources brutes Pétrole, blé, cuivre
Marché immobilier Biens fonciers et immobiliers Appartements, terrains
📚 Auteur clé : Adam Smith (1776) est le premier à théoriser le marché comme mécanisme autorégulateur. Sa célèbre métaphore de la « main invisible » désigne la façon dont les décisions individuelles décentralisées aboutissent spontanément à un équilibre collectif sans coordination centralisée.

2. L’offre et la demande

La demande

Demande : Quantité d’un bien ou service que les acheteurs sont prêts à acquérir à un prix donné. La courbe de demande est généralement décroissante : plus le prix baisse, plus la demande augmente.

Les déterminants de la demande (facteurs qui déplacent la courbe) sont :

  • Le revenu des ménages (pouvoir d’achat)
  • Le prix des biens substituts et complémentaires
  • Les préférences et goûts des consommateurs
  • Les anticipations sur les prix futurs
  • Le nombre d’acheteurs sur le marché

L’offre

Offre : Quantité d’un bien ou service que les producteurs sont prêts à vendre à un prix donné. La courbe d’offre est généralement croissante : plus le prix augmente, plus les producteurs ont intérêt à produire davantage.

Les déterminants de l’offre sont :

  • Le coût des facteurs de production (matières premières, salaires, énergie)
  • Le niveau de la technologie disponible
  • Les réglementations (normes, taxes, subventions)
  • Le nombre de producteurs sur le marché
  • Les anticipations des entreprises sur la demande future

3. Le prix d’équilibre

Prix d’équilibre (prix de marché) : Prix auquel la quantité offerte est exactement égale à la quantité demandée. C’est le prix qui « vide » le marché : il n’y a ni surplus d’offre ni pénurie.
Demande > OffrePénurie → Le prix monte

Prix d’équilibre → Quantité offerte = Quantité demandée

Offre > DemandeSurplus → Le prix baisse

Quand une condition extérieure change (hausse des revenus, choc d’offre, nouvelle technologie), l’équilibre se déplace vers un nouveau prix et une nouvelle quantité d’équilibre. C’est le mécanisme d’ajustement par les prix.

Exemple : En 2020-2021, la demande mondiale de semi-conducteurs a fortement augmenté (télétravail, voitures électriques) alors que l’offre était contrainte. Résultat : les prix ont explosé et les délais de livraison se sont allongés — illustration parfaite d’un déséquilibre offre/demande.

4. L’élasticité prix

Élasticité-prix de la demande : Mesure la sensibilité de la demande à une variation du prix. Elle se calcule :
e = (variation % de la quantité demandée) / (variation % du prix)
Valeur de l’élasticité Interprétation Exemple
e = 0 Demande parfaitement inélastique (ne réagit pas au prix) Insuline, dialyse rénale
0 < |e| < 1 Demande peu élastique Carburant, électricité, tabac
|e| = 1 Élasticité unitaire
|e| > 1 Demande élastique (très sensible au prix) Voyages, restaurants, vêtements de mode

L’élasticité est négative pour la plupart des biens (quand le prix monte, la demande baisse). Elle est positive pour les biens de Giffen (rares) et les biens de Veblen (luxe ostentatoire : plus c’est cher, plus c’est désirable).

Élasticité croisée : Mesure l’effet du prix d’un bien sur la demande d’un autre bien.
— Positive → biens substituables (beurre/margarine : si le beurre monte, la demande de margarine augmente)
— Négative → biens complémentaires (voiture/essence : si l’essence monte, la demande de voiture baisse)

5. Les structures de marché

Tous les marchés ne fonctionnent pas de la même façon. La structure du marché dépend principalement du nombre d’offreurs et de demandeurs, et de la nature des produits échangés.

Structure Vendeurs Acheteurs Pouvoir sur le prix
Concurrence parfaite Très nombreux Très nombreux Aucun (price-taker)
Monopole Un seul Nombreux Total (price-maker)
Oligopole Quelques-uns Nombreux Fort
Monopsone Nombreux Un seul Acheteur dominant
Concurrence monopolistique Nombreux Nombreux Partiel (différenciation)

La concurrence parfaite

La concurrence parfaite est un modèle théorique défini par cinq conditions :

  • Atomicité : très grand nombre d’offreurs et de demandeurs, aucun n’ayant de pouvoir de marché
  • Homogénéité : les produits sont identiques et parfaitement substituables
  • Libre entrée et sortie : aucune barrière à l’entrée sur le marché
  • Transparence : information parfaite et gratuite pour tous les agents
  • Mobilité des facteurs : travail et capital se déplacent librement
📌 En concurrence parfaite, le prix est fixé par le marché et s’impose à chaque agent : personne ne peut l’influencer individuellement. Les entreprises sont dites « price-takers » (preneuses de prix).

Le monopole

Monopole : Structure de marché dans laquelle un seul vendeur fait face à une multitude d’acheteurs. Le monopoleur fixe librement son prix en tenant compte de la demande — il est « price-maker ». Il maximise son profit en produisant moins et à un prix plus élevé qu’en concurrence parfaite.

Les sources du monopole peuvent être :

  • Légales : brevet, droit d’auteur, licence exclusive (SNCF historiquement sur les TGV)
  • Naturelles : coûts fixes très élevés rendant une seule entreprise plus efficace (réseau électrique, eau)
  • Technologiques : avance technique insurmontable (Windows dans les années 1990)

L’oligopole

Oligopole : Marché dominé par quelques grandes entreprises qui exercent chacune une influence notable sur le prix. Les entreprises sont interdépendantes : chaque décision d’un acteur affecte les autres, ce qui génère des comportements stratégiques.

En oligopole, les entreprises peuvent :

  • Se livrer à une concurrence intense (guerre des prix)
  • Se différencier par la marque, la qualité, l’innovation
  • Chercher à coopérer tacitement pour éviter une guerre des prix (risque d’entente illégale = cartel)
⚠️ Cartel et entente : Lorsque des entreprises en oligopole s’accordent pour fixer les prix ou se partager les marchés, on parle de cartel. C’est illégal dans l’UE (art. 101 TFUE) et sanctionné par l’Autorité de la concurrence.

La concurrence monopolistique

Concurrence monopolistique : Marché avec de nombreux vendeurs, mais proposant des produits différenciés. Chaque entreprise dispose d’un mini-monopole sur sa propre marque, lui donnant un certain pouvoir de prix, tout en restant en concurrence avec ses rivaux.

Exemples : restaurants, vêtements de prêt-à-porter, smartphones, applications mobiles. La différenciation peut être réelle (qualité, fonctionnalités) ou perçue (image de marque, publicité).

6. Les limites et défaillances du marché

Le marché ne fonctionne pas toujours de façon optimale. On identifie quatre grandes défaillances de marché :

Défaillance Description Exemple
Externalités Effets externes non pris en compte par le prix de marché (positifs ou négatifs) Pollution industrielle (négative), vaccination (positive)
Biens publics Non-rivalité + non-exclusion : le marché ne les produit pas spontanément Défense nationale, phare maritime, éclairage public
Asymétries d’information Les agents n’ont pas le même niveau d’information → marché inefficace Marché de l’assurance, voitures d’occasion (lemons problem)
Pouvoir de marché Monopole ou oligopole → prix trop élevés, sous-production Big Tech, industrie pharmaceutique
📚 Auteur clé : George Akerlof (1970) a modélisé les asymétries d’information dans son article sur le « Market for Lemons » (marché des voitures d’occasion). Il montre que l’information imparfaite peut conduire à l’effondrement d’un marché — travail récompensé par le prix Nobel d’économie en 2001.

Synthèse : ce qu’il faut retenir

Notion Définition courte
Marché Lieu de rencontre entre offre et demande
Prix d’équilibre Prix qui égalise offre et demande
Élasticité-prix Sensibilité de la demande aux variations de prix
Concurrence parfaite Modèle théorique (atomicité, homogénéité, transparence…)
Monopole Un seul vendeur, price-maker
Oligopole Quelques vendeurs interdépendants
Concurrence monopolistique Nombreux vendeurs, produits différenciés
Externalité Effet non intégré dans le prix de marché

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre monopole et oligopole ?
Dans un monopole, il n’y a qu’un seul vendeur qui fixe librement son prix. Dans un oligopole, quelques grands acteurs dominent le marché et sont interdépendants : la décision de l’un affecte les autres. L’oligopole est plus fréquent dans l’économie réelle (télécoms, automobiles, grande distribution).

La concurrence parfaite existe-t-elle vraiment ?
La concurrence parfaite est un modèle théorique, pas une réalité observable telle quelle. Certains marchés s’en approchent (marchés agricoles, marchés financiers pour les actifs très liquides), mais les cinq conditions ne sont jamais toutes réunies simultanément. Son intérêt est d’être un étalon de référence pour évaluer l’efficacité des marchés réels.

Qu’est-ce qu’un bien de Veblen ?
Un bien de Veblen (du nom de l’économiste Thorstein Veblen) est un bien dont la demande augmente quand son prix monte. C’est un bien de luxe ostentatoire : son prix élevé est précisément ce qui le rend désirable, car il signale le statut social de son propriétaire. Exemples : montres de luxe, sacs Hermès, voitures de prestige.

Comment un marché peut-il « échouer » ?
On parle de défaillance de marché quand le mécanisme de prix ne conduit pas à un résultat socialement optimal. Les quatre grandes défaillances sont : les externalités (effets non pris en compte dans le prix), les biens publics (non fournis spontanément par le marché), les asymétries d’information (un agent sait plus que l’autre) et le pouvoir de marché (monopole, oligopole). Ces défaillances justifient l’intervention de l’État.

Quelle est la différence entre biens substituables et complémentaires ?
Des biens substituables peuvent se remplacer l’un l’autre dans la consommation (beurre/margarine, train/avion). Si le prix de l’un monte, la demande de l’autre augmente. Des biens complémentaires s’utilisent ensemble (voiture/carburant, imprimante/cartouches). Si le prix de l’un monte, la demande des deux diminue.

📱 Bientôt : Révisez toutes les définitions et auteurs SES en mode flashcard avec l’application cours-et-fiches !