La Vérité en Philosophie 🔍
Cours complet — Terminale générale (Bac 2026)
La vérité est la question fondamentale de la philosophie depuis ses origines. Qu’est-ce que le vrai ? Comment le distinguer du faux ? Peut-on accéder à une vérité absolue ou sommes-nous condamnés au relatif ? Ce cours couvre les définitions, théories, critiques et auteurs clés. La vérité croise la raison, la science, le langage et la religion.
Définitions et distinctions fondamentales
| Concept | Définition philosophique |
|---|---|
| Vérité | Accord de la pensée (ou du discours) avec la réalité. La vérité ne concerne pas les choses mais les jugements : une table n’est ni vraie ni fausse, mais « cette table est en bois » est vrai ou faux. |
| Réalité | Ce qui existe indépendamment de notre pensée. La réalité est un fait ; la vérité est un rapport entre un jugement et un fait. |
| Opinion (doxa) | Croyance non fondée en raison. Peut être vraie par hasard mais n’est pas justifiée. Bachelard : « L’opinion pense mal ; elle ne pense pas. » |
| Certitude | État subjectif de conviction. On peut être certain à tort (illusion) ou dans le vrai sans certitude. Descartes cherche une certitude indubitable. |
| Évidence | Ce qui s’impose à l’esprit avec clarté et distinction. Critère cartésien de vérité. Problème : ce qui est « évident » pour l’un ne l’est pas pour l’autre. |
| Erreur / Illusion | Erreur = se tromper involontairement (corrigible). Illusion = croyance persistante malgré la connaissance de sa fausseté (Freud). L’illusion résiste à la réfutation. |
| Vérité formelle / matérielle | Formelle = cohérence logique interne. Matérielle = adéquation avec les faits. Un syllogisme peut être formellement valide et matériellement faux. |
Les grandes théories de la vérité
| Théorie | Définition | Philosophes |
|---|---|---|
| Correspondance | La vérité = adéquation de la pensée et de la chose (adaequatio rei et intellectus). Conception la plus intuitive. | Aristote, Thomas d’Aquin, Russell |
| Cohérence | Un jugement est vrai s’il est cohérent avec l’ensemble des autres jugements acceptés. Pas de contradiction interne. | Leibniz, Hegel, Bradley |
| Pragmatique | Est vrai ce qui fonctionne dans la pratique. La vérité se mesure à ses conséquences. | James, Dewey, Peirce |
| Consensus | La vérité = ce sur quoi les individus s’accordent dans une discussion rationnelle libre. | Habermas, Apel |
| Aléthéia (dévoilement) | Sens grec originel : la vérité est un événement par lequel l’être se manifeste, pas un rapport logique. | Heidegger |
Vérité et opinion
Platon oppose radicalement vérité et opinion dans l’allégorie de la caverne (République, VII). Les prisonniers ne voient que des ombres projetées et les prennent pour la réalité. Le philosophe se libère, sort de la caverne et contemple le soleil (le Bien, source de vérité). L’opinion est le stade des ombres ; la vérité exige un arrachement douloureux.
« La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. » La vérité scientifique se construit contre le sens commun, contre les « obstacles épistémologiques ». Le premier acte scientifique est de détruire l’opinion.
Aristote reconnaît une valeur aux opinions communes (endoxa) : elles sont le point de départ de la réflexion. En politique, l’opinion éclairée est le meilleur guide — c’est la base de la rhétorique et de la démocratie.
Le doute comme chemin vers la vérité
Descartes (Méditations métaphysiques) met en œuvre un doute radical pour parvenir à une certitude absolue. Il doute des sens (ils trompent), du monde extérieur (peut-être un rêve), des mathématiques (un « malin génie » pourrait tromper). Tout s’effondre — sauf : « Je pense, donc je suis » (cogito ergo sum). Même si je doute de tout, je ne peux douter que je doute.
Critère de vérité : l’évidence — « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle. »
Les sceptiques (Pyrrhon, Sextus Empiricus) doutent sans chercher de vérité fondamentale. Le doute est une fin : suspendre son jugement (épochè) mène à la tranquillité (ataraxie). Descartes utilise le doute comme un moyen provisoire.
Vérité et science
Descartes, Spinoza, Leibniz considèrent que la raison seule peut atteindre des vérités certaines. Les mathématiques : vérités nécessaires, universelles, démontrées par la seule raison.
Locke, Hume : toute connaissance vient de l’expérience sensible. L’esprit est une « table rase ». Hume : même la causalité n’est qu’une habitude psychologique.
L’expérience fournit la matière ; l’esprit impose des formes a priori (espace, temps, causalité). On ne connaît pas les choses « en soi » (noumènes) mais seulement les phénomènes. La vérité est limitée au champ de l’expérience possible.
Une théorie est scientifique si elle est réfutable. La science n’établit pas de vérité définitive — elle élimine ce qui est faux. La vérité scientifique est toujours provisoire.
La vérité est-elle accessible ? Critiques et limites
« Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont » (Vérité et mensonge au sens extra-moral). Ce que nous appelons « vrai » est utile à la conservation, rassurant, habituel. La « volonté de vérité » est une volonté de puissance déguisée.
Nietzsche aboutit au perspectivisme : pas de vérité en soi, seulement des perspectives. Chaque individu, époque, culture voit le monde depuis son point de vue. Multiplier les perspectives enrichit la connaissance — mais aucune n’est « la » vérité.
Protagoras : « L’homme est la mesure de toutes choses. » Problème : le relativisme est autoréfutant. Si tout est relatif, la proposition « tout est relatif » est-elle elle-même relative ? Si oui, elle peut être fausse. Platon réfute déjà Protagoras : si chacun a raison, celui qui dit que Protagoras a tort a aussi raison — contradiction.
Vérité et langage
La vérité s’exprime dans le langage. Mais le langage est-il obstacle ou véhicule ?
Wittgenstein : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde. » Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. Heidegger : le langage est la « demeure de l’être » — la vérité se dévoile dans le langage poétique. Austin : le langage ne se réduit pas au vrai/faux — les performatifs (« je promets ») ne sont ni vrais ni faux mais réussis ou échoués.
Tableau des philosophes clés
| Philosophe | Thèse sur la vérité | Œuvre clé |
|---|---|---|
| Platon | La vérité est dans le monde des Idées. Allégorie de la caverne. | République, Théétète |
| Aristote | Vérité = correspondance : « Dire de ce qui est qu’il est, c’est le vrai. » | Métaphysique |
| Descartes | Doute méthodique → Cogito. Critère : clarté et distinction (évidence). | Méditations métaphysiques |
| Kant | La vérité est limitée aux phénomènes. On ne connaît pas la chose en soi. | Critique de la raison pure |
| Hegel | La vérité est le tout. Processus dialectique. « Le vrai est le devenir de soi-même. » | Phénoménologie de l’Esprit |
| Nietzsche | Les vérités sont des illusions oubliées. Perspectivisme. | Par-delà bien et mal |
| Bachelard | La vérité se construit contre l’opinion et les obstacles épistémologiques. | La Formation de l’esprit scientifique |
| Popper | La vérité scientifique est conjecturale. Critère de falsifiabilité. | La Logique de la découverte scientifique |
| Heidegger | Vérité = aléthéia (dévoilement). Événement de l’être, pas propriété logique. | Être et Temps |
Sujets de dissertation
| Sujet | Plan possible |
|---|---|
| La vérité est-elle toujours bonne à dire ? | I. Oui, devoir moral (Kant). II. Non, la vérité peut blesser (secret médical, cruauté). III. La question est comment et à qui (prudence vs transparence). |
| Peut-on douter de tout ? | I. Oui, le doute méthodique (Descartes). II. Non, le Cogito est indubitable. III. Le doute est un moyen, pas une fin : le scepticisme absolu est impraticable. |
| Toute vérité est-elle scientifique ? | I. Oui, la science = modèle de vérité objective (Bachelard, Popper). II. Non, vérités morales, existentielles, artistiques (Kierkegaard). III. Pluralité des modes de vérité. |
| La vérité est-elle relative ? | I. Arguments relativistes (Nietzsche, Protagoras). II. Autoréfutation du relativisme. Vérités universelles (logique, maths). III. Pluralisme ≠ relativisme. |

