Le Temps : Cours Complet
Philosophie Terminale — Augustin, Bergson, Heidegger, Kant, durée, mémoire, existence et mort
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💬 Citations par notion
8. Heidegger : l'être-pour-la-mort
2. Le temps physique : Aristote et Newton
9. Nietzsche : l'éternel retour
3. Augustin : le temps est dans l'âme
10. Mémoire et oubli
4. Kant : le temps est une forme a priori
11. Vivre le temps : carpe diem et sagesse
5. Bergson : la durée
12. Tableau récapitulatif des thèses
6. Temps cyclique et temps linéaire
13. Exercices types bac
7. Temps et existence
14. Questions fréquentes
Introduction : qu'est-ce que le temps ?
Le temps est l'une des réalités les plus familières et les plus mystérieuses. Saint Augustin résume le paradoxe : « Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l'expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus. »
Le temps nous enveloppe, nous traverse, nous emporte — et pourtant il semble insaisissable : le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore, le présent ne cesse de passer. Le temps est-il une réalité objective ou une construction de l'esprit ?
• Le temps existe-t-il indépendamment de la conscience ou n'est-il qu'une expérience subjective ?
• Le temps est-il continu (durée) ou découpé en instants (mesure) ?
• Peut-on échapper au temps (éternité) ou faut-il apprendre à l'habiter ?
• Le temps est-il destructeur (il emporte tout) ou créateur (il fait mûrir) ?
• Quel rapport entre le temps, la mort et le sens de l'existence ?
Le temps physique : Aristote et Newton
Pour Aristote (Physique), le temps est « le nombre du mouvement selon l'avant et l'après ». Le temps n'existe pas sans mouvement : s'il ne se passait rien, il n'y aurait pas de temps. Mais le temps n'est pas le mouvement lui-même : c'est la mesure du mouvement. Le temps exige aussi une âme qui le mesure : sans conscience pour compter, y a-t-il du temps ?
Newton (Principia, 1687) pose le temps absolu : le temps s'écoule uniformément, de manière identique pour tous, indépendamment de tout événement. C'est un contenant vide dans lequel les choses se déroulent. Même si l'univers était vide, le temps continuerait de s'écouler.
La relativité restreinte (1905) renverse Newton : le temps n'est pas absolu. Il varie selon la vitesse de l'observateur et l'intensité du champ gravitationnel. Deux horloges en mouvement l'une par rapport à l'autre ne battent pas au même rythme. Le temps est relatif à un référentiel. Le temps physique moderne est indissociable de l'espace (l'espace-temps).
Augustin : le temps est dans l'âme
Saint Augustin (Confessions, livre XI) pose la question la plus célèbre sur le temps. Le passé n'est plus, l'avenir n'est pas encore, le présent ne cesse de passer. Où est le temps ? Comment mesurer ce qui n'existe pas ?
La solution d'Augustin : le temps n'existe pas dans les choses mais dans l'âme qui se distend (distentio animi) en trois présents :
Le présent du passé : la mémoire (le passé est présent comme souvenir).
Le présent du présent : l'attention (l'instant vécu).
Le présent du futur : l'attente (le futur est présent comme anticipation).
Il n'y a que du présent — mais un présent qui se dilate pour embrasser passé et futur. Le temps est une expérience de la conscience, pas une réalité extérieure.
Kant : le temps est une forme a priori
Kant (Critique de la raison pure) propose une solution intermédiaire entre le temps objectif (Newton) et le temps purement subjectif (Augustin). Le temps est une forme a priori de la sensibilité : il n'est pas une propriété des choses en soi mais la condition sous laquelle nous percevons les phénomènes.
Le temps n'est pas « dans les choses » (ce n'est pas une propriété du monde) mais il n'est pas non plus une pure illusion (il structure nécessairement toute expérience). Nous ne pouvons rien percevoir sans le situer dans le temps. Le temps est la condition universelle de toute expérience — c'est pour cela qu'il semble si évident et si impossible à définir.
Bergson : la durée
Bergson opère une distinction capitale entre le temps spatialisé (celui de la science, des horloges, de la mesure) et la durée (durée réelle), le temps tel que la conscience le vit.
| Temps spatialisé (science) | Durée (conscience) |
|---|---|
| Divisible en instants identiques | Continue et indivisible |
| Homogène (chaque seconde est identique) | Hétérogène (chaque moment est unique) |
| Mesurable, quantitatif | Qualitative (une heure d'ennui ≠ une heure de joie) |
| Extérieur, objectif | Intérieur, vécu |
| Spatial (une ligne, des points) | Mélodique (chaque note colore les suivantes) |
Bergson compare la durée à une mélodie : chaque note pénètre la suivante, le passé se prolonge dans le présent, le tout est indivisible. Si on découpe une mélodie en notes isolées, on perd la mélodie. De même, si on découpe la durée en instants, on perd le temps vécu. La conscience est mémoire : elle conserve le passé dans le présent, elle est un « boule de neige qui grossit en roulant ».
La science spatialise le temps : elle le représente comme une ligne composée de points (les instants), tous identiques. Mais ce temps-là n'est pas le temps réel : c'est une abstraction mathématique. Le temps vécu est qualitatif, irréversible, créateur. Le réduire à une mesure quantitative, c'est le manquer.
Temps cyclique et temps linéaire
| Temps cyclique | Temps linéaire |
|---|---|
| Le temps revient : saisons, cycles cosmiques, éternel retour | Le temps avance : irréversible, dirigé vers une fin |
| Grèce antique, civilisations orientales, stoïciens | Judaïsme, christianisme, philosophie du progrès |
| Pas de nouveauté absolue : tout se répète | L'histoire a un sens (direction et signification) |
| Héraclite, Nietzsche (éternel retour) | Augustin, Hegel, Marx, Condorcet |
« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » : tout est en perpétuel devenir. Rien ne reste identique, tout change. Le temps est flux, mouvement, transformation incessante. L'être n'est pas fixe : il est devenir.
À l'inverse d'Héraclite, Parménide affirme que l'être véritable est immobile, immuable, éternel. Le changement est une illusion des sens. La vérité rationnelle dit : l'être est, le non-être n'est pas. Le temps, comme mouvement et changement, relève de l'apparence. La réalité profonde est hors du temps.
Temps et existence
L'existence humaine est fondamentalement temporelle : nous naissons, grandissons, vieillissons, mourons. Le temps n'est pas un cadre extérieur : il constitue notre être même. Nous sommes du temps.
Pour Sartre, la conscience est toujours en avant d'elle-même : elle se projette vers l'avenir, elle est un projet. L'homme n'est pas une chose figée dans le présent : il est ce qu'il se fait, ce qu'il projette de devenir. Le temps est la structure même de la liberté : je suis libre parce que mon avenir n'est pas déterminé.
Marcel Proust, dans À la recherche du temps perdu, montre que la mémoire involontaire (la madeleine) ressuscite le passé dans sa plénitude sensible. Le temps « perdu » n'est pas définitivement perdu : l'art et la mémoire peuvent le « retrouver ». La littérature est une victoire sur le temps destructeur.
Heidegger : l'être-pour-la-mort
Heidegger (Être et Temps, 1927) fait de la temporalité la structure fondamentale de l'existence humaine (Dasein). L'homme n'est pas dans le temps comme un objet dans un contenant : il est temps.
La mort est la possibilité la plus propre du Dasein : celle qu'il ne peut ni éviter, ni déléguer, ni prévoir. Face à la mort, l'homme est renvoyé à lui-même. La plupart des gens fuient cette angoisse dans le divertissement et la banalité quotidienne (le « on » : on travaille, on se distrait, on oublie). L'existence authentique consiste à assumer sa finitude : c'est parce que je vais mourir que chaque instant compte et que mon existence est mienne.
Heidegger décrit le temps comme trois extases (sortie hors de soi) :
L'avenir : le Dasein se projette vers ses possibilités (projet).
Le passé (avoir-été) : le Dasein assume ce qu'il a été (facticité).
Le présent : le Dasein est ouvert à la situation (être-auprès).
Le temps authentique est unifié : le Dasein revient vers son passé pour se projeter vers l'avenir dans un présent engagé.
Nietzsche : l'éternel retour
Nietzsche propose la pensée de l'éternel retour du même comme test suprême de l'affirmation de la vie. Imagine qu'un démon te dise : « Cette vie, telle que tu la vis, tu devras la revivre un nombre infini de fois, exactement identique. » Réagis-tu avec désespoir ou avec joie ?
L'éternel retour n'est pas d'abord une thèse cosmologique (le temps se répète) mais un critère éthique : vis-tu ta vie de telle manière que tu voudrais la revivre éternellement ? Si oui, tu as atteint l'amor fati (l'amour du destin) : l'affirmation inconditionnelle de la vie avec toutes ses souffrances. Le surhomme est celui qui peut dire oui à l'éternel retour.
Mémoire et oubli
Bergson distingue la mémoire-habitude (le corps a appris : conduire, nager) et la mémoire-souvenir (le souvenir pur d'un événement passé). Le passé n'est jamais détruit : il se conserve intégralement dans l'inconscient. Le cerveau ne stocke pas les souvenirs : il les filtre. La mémoire est l'essence même de la conscience : « conscience signifie d'abord mémoire. »
Nietzsche (Considérations inactuelles) affirme que l'oubli est aussi vital que la mémoire. Un homme qui ne pourrait rien oublier serait paralysé, écrasé par le poids du passé. L'animal vit dans un présent permanent — il est heureux parce qu'il oublie. L'homme, lui, est prisonnier de sa mémoire. La sagesse est un équilibre entre mémoire et oubli : se souvenir assez pour tirer des leçons, oublier assez pour agir et créer.
Vivre le temps : carpe diem et sagesse
| Sagesse | Principe | Philosophe |
|---|---|---|
| Carpe diem | Saisis le jour présent ; ne remets pas à demain | Épicure, Horace |
| Acceptation stoïcienne | Accepte ce qui ne dépend pas de toi (le passage du temps, la mort) | Épictète, Marc Aurèle, Sénèque |
| Vie authentique | Assume ta finitude ; chaque instant est irremplaçable | Heidegger |
| Éternel retour | Vis de telle manière que tu voudrais revivre ta vie à l'identique | Nietzsche |
| Mémoire créatrice | L'art et la mémoire retrouvent le temps perdu | Proust, Bergson |
Dans De la brièveté de la vie, Sénèque affirme que la vie n'est pas courte : c'est nous qui la gaspillons. Nous perdons notre temps en distractions, en préoccupations futiles, en remises à plus tard. Celui qui vit pleinement le présent, orienté vers la sagesse, ne manque jamais de temps. « Ce n'est pas que nous disposions de peu de temps, c'est que nous en perdons beaucoup. »
Tableau récapitulatif des thèses
| Philosophe | Thèse sur le temps | Concepts clés |
|---|---|---|
| Aristote | Le temps est le nombre du mouvement | Mouvement, mesure, avant/après |
| Augustin | Le temps est une distension de l'âme (triple présent) | Distentio animi, mémoire/attention/attente |
| Newton | Le temps est absolu, uniforme, indépendant des choses | Temps absolu, contenant vide |
| Kant | Le temps est une forme a priori de la sensibilité | A priori, phénomène, condition |
| Bergson | Le temps vécu (durée) ≠ le temps mesuré (spatialisé) | Durée, mélodie, mémoire, qualité |
| Heidegger | L'homme est temps ; l'être-pour-la-mort donne sens à l'existence | Dasein, être-pour-la-mort, extases, authenticité |
| Nietzsche | L'éternel retour comme test d'affirmation de la vie | Éternel retour, amor fati, surhomme |
| Héraclite | Tout s'écoule ; l'être est devenir | Flux, devenir, fleuve |
| Parménide | L'être véritable est éternel et immobile | Être, permanence, illusion du changement |
| Sénèque | La vie n'est pas courte, c'est nous qui la gaspillons | Brièveté, sagesse, présent |
Exercices types bac
II. Le temps est aussi créateur — Le temps fait mûrir : expérience, sagesse, création artistique. Bergson : la durée est créatrice, elle produit du nouveau. Proust : la mémoire retrouve le temps perdu. Le temps permet l'apprentissage, la transformation, le projet.
III. L'ennemi n'est pas le temps mais notre rapport au temps — Sénèque : ce n'est pas le temps qui est court, c'est nous qui le gaspillons. Heidegger : l'existence authentique assume la finitude. Nietzsche : l'amor fati transforme le temps en allié. Le temps n'est ennemi que de celui qui le fuit ou le gaspille ; il est ami de celui qui l'habite pleinement.
Questions fréquentes
🏠 Hub Philo Terminale
🎨 L'Art
😊 Le Bonheur
🧠 La Conscience
📜 Le Devoir
⚖️ La Justice
🏛️ L'État
🧩 L'Inconscient
💬 Le Langage
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