Le Père Goriot de Balzac : Résumé & Fiche de Lecture 📚

Le Père Goriot est un roman d’Honoré de Balzac publié en 1835, intégré à la Comédie humaine dans les Scènes de la vie privée. Il raconte le destin parallèle de deux pensionnaires de la pension Vauquer, une misérable maison bourgeoise du Quartier latin à Paris : le père Goriot, vieillard ruiné qui a tout sacrifié pour ses deux filles ingrates, et Eugène de Rastignac, jeune étudiant ambitieux originaire d’Angoulême qui découvre les lois impitoyables de la société parisienne. Autour d’eux gravite Vautrin, forçat évadé au discours fascinant. Roman de l’apprentissage social, de la paternité sacrificielle et de l’argent-roi, Le Père Goriot est l’un des piliers de la Comédie humaine et l’un des plus grands romans réalistes du XIXe siècle.


📋 Sommaire


📇 1. Carte d’identité de l’œuvre

Fiche d’identité — Le Père Goriot
Auteur Honoré de Balzac (1799-1850)
Date de publication 1835 (en feuilleton dans la Revue de Paris de décembre 1834 à février 1835, puis en volume)
Genre Roman réaliste, roman d’apprentissage
Mouvement littéraire Réalisme — Balzac en est le fondateur majeur
Place dans la Comédie humaine Scènes de la vie privée — roman-carrefour où apparaissent ou sont mentionnés plus de 30 personnages récurrents de la Comédie humaine
Cadre spatio-temporel Paris, fin 1819 — début 1820 (Restauration). La pension Vauquer (Quartier latin), le faubourg Saint-Germain (aristocratie), la Chaussée d’Antin (haute bourgeoisie)
Inspiration Le roi Lear de Shakespeare (père trahi par ses filles) ; la société parisienne de la Restauration observée par Balzac
Thèmes centraux Paternité et ingratitude, ambition et arrivisme, argent et société, éducation sentimentale, Paris comme jungle sociale
Portée Roman-clé de la Comédie humaine, où Balzac met en place le système des personnages reparaissants. Rastignac et Vautrin sont devenus des archétypes de la littérature française

🏛️ 2. Contexte et biographie de Balzac

Repère Détail
Balzac en 1835 Quand Le Père Goriot paraît, Balzac a 35 ans et est déjà un romancier célèbre (La Peau de chagrin, 1831 ; Eugénie Grandet, 1833). Il travaille comme un forcené (seize heures par jour, nourri de café) et commence à concevoir le projet de la Comédie humaine : un ensemble de romans interconnectés qui peindrait toute la société française. Le Père Goriot est le roman où ce système se met en place.
La Comédie humaine La Comédie humaine est le titre général que Balzac donne à l’ensemble de son œuvre romanesque : environ 90 romans et nouvelles, plus de 2 000 personnages, organisés en « Scènes » (de la vie privée, de la vie de province, de la vie parisienne, de la vie politique, etc.). L’innovation majeure est le retour des personnages d’un roman à l’autre : Rastignac apparaît dans une vingtaine de romans, Vautrin dans plusieurs. Le Père Goriot est le carrefour de ce système.
La Restauration et la société parisienne L’action se situe en 1819-1820, sous la Restauration. La société parisienne est dominée par deux aristocraties qui se disputent le pouvoir : la noblesse du faubourg Saint-Germain (ancienne aristocratie royaliste, revenue d’émigration) et la haute bourgeoisie de la Chaussée d’Antin (enrichie par la finance et l’industrie). L’argent est le nerf de cette société : sans fortune, on n’est rien.
Balzac et l’argent Balzac est lui-même perpétuellement endetté. Il connaît intimement le pouvoir de l’argent — ses ravages, ses séductions, ses lois. Cette obsession nourrit toute la Comédie humaine. Dans Le Père Goriot, l’argent est le moteur de toutes les relations : Goriot se ruine pour ses filles, les filles reviennent quand elles ont besoin d’argent, Rastignac comprend que sans argent Paris est impénétrable.
Le roi Lear Balzac s’est explicitement inspiré du Roi Lear de Shakespeare : un père qui donne tout à ses filles et se retrouve trahi, dépouillé, abandonné. Mais là où Lear est un roi, Goriot est un vermicellier — Balzac transpose la tragédie royale dans le monde bourgeois. L’ingratitude filiale n’est plus un crime contre la majesté : c’est un produit de la société de l’argent.

📐 3. Structure du roman

Partie Titre Mouvement
1 Une pension bourgeoise Description de la pension Vauquer, présentation des personnages, premiers mystères (Goriot, Vautrin)
2 L’entrée dans le monde Rastignac découvre le grand monde parisien, la tentation de Vautrin, le secret de Goriot
3 Trompe-la-mort Arrestation de Vautrin, progression de Rastignac dans le monde, aggravation de la ruine de Goriot
4 La mort du père Agonie et mort de Goriot, abandon par ses filles, enterrement misérable, défi de Rastignac à Paris

Le roman entrelace trois intrigues qui convergent vers le dénouement : la tragédie du père Goriot (l’amour paternel trahi), l’éducation de Rastignac (l’apprentissage des lois du monde), et l’histoire de Vautrin (le tentateur, le hors-la-loi). Ces trois fils se nouent dans le microcosme de la pension Vauquer, qui fonctionne comme un laboratoire social.


📖 4. Résumé détaillé

Une pension bourgeoise

Le roman s’ouvre sur une description minutieuse de la pension Vauquer, maison bourgeoise misérable située rue Neuve-Sainte-Geneviève dans le Quartier latin. Balzac décrit la maison de la cave au grenier : la salle à manger crasseuse, l’odeur de « pension », le mobilier usé. La patronne, Mme Vauquer, veuve cupide et vulgaire, est le reflet de sa maison.

Les pensionnaires forment un échantillon de la société parisienne : Eugène de Rastignac, étudiant en droit de 21 ans, issu d’une famille noble mais désargentée d’Angoulême ; le père Goriot, vieillard mystérieux qui occupe la chambre la plus modeste après avoir eu les meilleures, et que les pensionnaires moquent cruellement ; Vautrin, homme d’une quarantaine d’années, jovial, puissant, énigmatique ; Mlle Victorine Taillefer, jeune fille déshéritée par son père ; Mme Couture, sa protectrice ; et quelques autres.

Les pensionnaires surnomment Goriot « le père Goriot » avec mépris. Ils le croient ruiné par des maîtresses. En réalité, les femmes qui lui rendent visite en secret sont ses deux filles.

L’entrée dans le monde

Rastignac, grâce à sa cousine la vicomtesse de Beauséant, est introduit dans le grand monde parisien. Il découvre le faubourg Saint-Germain : les bals, les salons, le luxe. Il découvre surtout les lois de cette société : il faut de l’argent, des protections, de l’audace — et il faut écraser les autres pour réussir.

La vicomtesse de Beauséant donne à Rastignac une leçon fondamentale : le monde est une jungle. Les femmes sont les instruments de l’ascension sociale. Plus elles sont haut placées, plus elles peuvent servir un jeune ambitieux. Elle lui désigne Anastasie de Restaud et Delphine de Nucingen — les deux filles du père Goriot, mariées l’une à un comte, l’autre à un baron banquier.

Rastignac comprend progressivement le secret de Goriot : l’ancien vermicellier (fabricant de pâtes), enrichi pendant la Révolution, a doté magnifiquement ses deux filles pour qu’elles épousent des hommes de rang. Il a tout donné — sa fortune, sa santé, sa dignité — et continue à se saigner pour satisfaire leurs demandes d’argent incessantes. Ses filles ont honte de lui et ne le reçoivent que quand elles ont besoin d’argent.

Parallèlement, Vautrin tente de séduire Rastignac par un marché cynique : il propose de faire tuer en duel le frère de Victorine Taillefer pour que celle-ci hérite d’un million de francs. Rastignac n’aurait alors qu’à épouser Victorine. En échange, Vautrin demande une commission de 200 000 francs. Pour convaincre Rastignac, Vautrin prononce un grand discours sur la société : il n’y a que deux voies — le talent (trop lent) ou la corruption (efficace). La vertu mène à la misère, le crime mène à la fortune. La société elle-même est un crime organisé.

Rastignac est tenté mais refuse — non par vertu mais par orgueil : il veut réussir par ses propres moyens. Il choisit la voie de la séduction : il courtise Delphine de Nucingen, la fille cadette de Goriot, délaissée par son mari.

Trompe-la-mort

Vautrin met son plan à exécution : un complice provoque le frère de Victorine en duel et le tue. Victorine hérite. Mais au même moment, Vautrin est trahi par Mlle Michonneau, une pensionnaire qui l’a dénoncé à la police en échange d’une prime. La police vient l’arrêter à la pension. On découvre que Vautrin est en réalité Jacques Collin, dit Trompe-la-mort, un célèbre forçat évadé du bagne. Son arrestation est spectaculaire : il révèle sa vraie nature avec une puissance qui impressionne tous les pensionnaires.

Pendant ce temps, Rastignac progresse dans le monde grâce à Delphine. Goriot, ravi que Rastignac aime sa fille, installe le jeune homme dans un appartement qu’il paie de ses dernières économies. Le vieil homme est heureux : à travers l’amour de Rastignac pour Delphine, il croit retrouver un lien avec sa fille.

Mais la situation de Goriot se dégrade. Ses deux filles reviennent le supplier pour de l’argent — Anastasie est ruinée par son amant Maxime de Trailles, Delphine par les spéculations de son mari Nucingen. Goriot n’a plus rien. Il comprend enfin que ses filles ne l’aiment que pour son argent — et cette révélation le tue.

La mort du père

Goriot s’effondre. Une attaque cérébrale le cloue au lit dans sa chambre misérable de la pension. Il délire, appelle ses filles, supplie qu’on les fasse venir. Rastignac envoie des messages aux deux sœurs — elles ne viennent pas. Anastasie est occupée par ses dettes. Delphine se prépare pour un bal.

L’agonie de Goriot est l’un des passages les plus bouleversants de la littérature française. Le vieil homme oscille entre la lucidité (il comprend que ses filles l’ont abandonné) et le délire (il les appelle, leur pardonne, les maudit puis les pardonne encore). Il meurt seul, assisté seulement par Rastignac et l’étudiant en médecine Bianchon.

L’enterrement est misérable : deux voitures vides envoyées par les filles (armoiries sans personnes), pas une larme, un service expédié. Rastignac et Bianchon sont les seuls à suivre le cercueil au Père-Lachaise. Rastignac paie l’enterrement de sa poche.

Resté seul sur les hauteurs du Père-Lachaise, Rastignac contemple Paris qui s’étend à ses pieds, entre les deux rives de la Seine — le faubourg Saint-Germain d’un côté, la Chaussée d’Antin de l’autre. Ce sont les quartiers où vivent les deux filles de Goriot, celles qui n’ont pas daigné venir enterrer leur père. Rastignac lance à Paris un défi : « À nous deux maintenant ! » Puis il va dîner chez Delphine de Nucingen. Son éducation est terminée.


👤 5. Les personnages

Personnage Rôle et signification
Le père Goriot Ancien vermicellier enrichi pendant la Révolution, il a sacrifié toute sa fortune pour le bonheur de ses filles. Son amour paternel est absolu et aveugle — il se compare lui-même à un Christ de la paternité. Mais cet amour est aussi une forme de passion dévorante, quasi morbide : Goriot aime ses filles avec une intensité qui relève de la monomanie. Il meurt abandonné par celles pour qui il a tout donné — figure du roi Lear bourgeois.
Eugène de Rastignac Étudiant en droit de 21 ans, issu de la petite noblesse d’Angoulême. Il est le personnage-regard du roman : c’est à travers ses yeux que le lecteur découvre Paris. Son parcours est un apprentissage : il arrive naïf et idéaliste, et finit cynique et déterminé. Trois éducateurs se disputent son âme : la vicomtesse de Beauséant (la voie mondaine), Vautrin (la voie criminelle), et Goriot (la leçon de la souffrance). Le « À nous deux ! » final annonce un arriviste accompli — il deviendra ministre dans la suite de la Comédie humaine.
Vautrin (Jacques Collin) Forçat évadé déguisé en pensionnaire jovial. Personnage d’une puissance fascinante, il est le tentateur de Rastignac — un Méphistophélès réaliste qui propose un pacte non avec le diable mais avec le crime. Son grand discours à Rastignac est un morceau d’anthologie : il dévoile les mécanismes cachés de la société avec une lucidité cynique dévastatrice. Vautrin est l’un des personnages les plus importants de la Comédie humaine — il reparaît dans Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes.
Delphine de Nucingen Fille cadette de Goriot, épouse du baron de Nucingen (banquier). Belle et élégante, elle souffre du mépris de l’aristocratie (qui la considère comme une parvenue) et de l’indifférence de son mari. Elle devient la maîtresse de Rastignac. Son égoïsme est moins brutal que celui de sa sœur — mais elle ne vient pas non plus à l’enterrement de son père.
Anastasie de Restaud Fille aînée de Goriot, comtesse de Restaud. Plus dure que Delphine, elle renie son père ouvertement (elle interdit sa porte à Rastignac quand elle apprend qu’il connaît Goriot). Ruinée par son amant Maxime de Trailles, elle revient supplier Goriot pour de l’argent — sans jamais lui donner d’affection en retour.
La vicomtesse de Beauséant Cousine de Rastignac, grande dame du faubourg Saint-Germain. Elle est le premier éducateur de Rastignac : elle lui enseigne les règles du monde avec une lucidité élégante et désabusée. Abandonnée par son amant, elle quitte Paris dans un dernier bal somptueux — scène qui symbolise la fin d’un monde.
Mme Vauquer Patronne de la pension, veuve bourgeoise cupide et mesquine. Balzac en fait le symbole de son lieu : « sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne ». Elle est l’incarnation de la médiocrité bourgeoise.
Bianchon Étudiant en médecine, ami fidèle de Rastignac. Il représente la vertu modeste et le travail honnête — la voie que Rastignac ne choisit pas. Il assiste Goriot dans son agonie. Personnage récurrent de la Comédie humaine, il deviendra un médecin célèbre.

🎯 6. Thèmes principaux

La paternité sacrificielle

Goriot est le Christ de la paternité — il le dit lui-même. Il a tout donné à ses filles : sa fortune, sa santé, sa dignité, et finalement sa vie. Son amour paternel est une passion au sens fort du terme (une souffrance endurée par amour). Mais Balzac ne le présente pas seulement comme une victime : cet amour est aussi une monomanie, une obsession qui a fait de Goriot l’artisan de son propre malheur. En gâtant ses filles sans limites, il les a rendues égoïstes et ingrates.

L’argent comme moteur social

L’argent est le vrai personnage principal du roman. Tous les rapports humains sont médiatisés par l’argent : Goriot n’existe pour ses filles que tant qu’il peut payer ; Rastignac ne peut entrer dans le monde sans argent ; Vautrin propose un raccourci criminel vers la fortune ; les mariages sont des transactions financières. Balzac montre une société où l’argent a remplacé les valeurs morales — même l’amour paternel est réduit à une question de rente.

L’ambition et l’apprentissage social

Le roman est un roman d’apprentissage : Rastignac apprend les lois du monde. Son éducation passe par trois leçons : la leçon mondaine de Mme de Beauséant (le monde est une jungle, les femmes sont des instruments), la leçon criminelle de Vautrin (la société est un crime organisé, autant en profiter), et la leçon morale de Goriot (la vertu et l’amour mènent à la souffrance). Le « À nous deux ! » final montre que Rastignac a retenu les deux premières leçons et oublié la troisième.

Paris comme organisme vivant

Paris est un personnage à part entière. Balzac décrit la ville comme un organisme social stratifié : le Quartier latin (la misère des étudiants et des retraités), le faubourg Saint-Germain (l’aristocratie), la Chaussée d’Antin (la finance). Passer d’un quartier à l’autre, c’est changer de monde. La topographie parisienne est une géographie sociale — et Rastignac, en la parcourant, apprend à lire la société.

L’ingratitude filiale

Le roman est un réquisitoire contre l’ingratitude. Anastasie et Delphine ont reçu tout de leur père et ne lui donnent rien en retour — pas même leur présence à son agonie. Balzac montre que cette ingratitude n’est pas un vice individuel : c’est le produit d’une société où les liens familiaux sont subordonnés aux intérêts matériels et au paraître social.

Les trois voies de la réussite

Le roman propose trois modèles d’ascension sociale : le talent et le travail (Bianchon — voie longue et modeste), la séduction et le compromis (Rastignac — voie mondaine), le crime (Vautrin — voie radicale). Vautrin démontre avec brio que les trois voies mènent au même résultat — seule la vitesse diffère. Le roman pose la question : la société laisse-t-elle une alternative au cynisme ?


✍️ 7. Style et procédés d’écriture

Procédé Description et effet
La description réaliste La description de la pension Vauquer qui ouvre le roman est un morceau d’anthologie du réalisme balzacien. Balzac décrit chaque détail (les meubles, les odeurs, la crasse) avec une précision maniaque. Ces descriptions ne sont pas décoratives : elles sont signifiantes. Le lieu exprime le personnage — la pension Vauquer est l’image de Mme Vauquer, les chambres de Goriot reflètent sa déchéance.
Le principe d’homologie Chez Balzac, le décor reflète l’âme. La pension crasseuse correspond à la médiocrité de ses habitants. Les hôtels somptueux du faubourg Saint-Germain correspondent au luxe et à la cruauté du grand monde. Ce principe d’homologie entre l’extérieur et l’intérieur est la base de la méthode réaliste balzacienne.
Le retour des personnages Le Père Goriot est le roman où Balzac met en place le système des personnages reparaissants. Des personnages apparus dans d’autres romans (Rastignac, Bianchon, Mme de Beauséant, Nucingen) se croisent ici. Ce procédé crée un effet de monde : la Comédie humaine n’est pas une série de romans isolés, mais un univers cohérent.
Le narrateur omniscient et didactique Le narrateur balzacien est omniscient : il connaît les pensées de tous les personnages, il explique les mécanismes sociaux, il interpelle le lecteur. Ce narrateur est aussi didactique : il enseigne, il commente, il tire des leçons. Balzac ne se contente pas de montrer la société — il l’explique.
Les grandes tirades Le roman contient des morceaux de bravoure rhétoriques : le discours de Vautrin à Rastignac (leçon de cynisme social), les leçons de Mme de Beauséant (le monde est une jungle), les imprécations de Goriot mourant (contre ses filles, contre la société). Ces tirades donnent au roman une dimension théâtrale et philosophique.
La métaphore militaire et naturelle Balzac compare constamment la société à un champ de bataille ou à une jungle. Paris est un « océan » de boue, la société est une « forêt » pleine de « tigres » et de « serpents ». Rastignac « monte à l’assaut » du monde. Ces métaphores militaires et naturelles font de la société un espace de lutte darwinienne avant Darwin.
Le pathétique de l’agonie La mort de Goriot occupe les dernières dizaines de pages avec une intensité pathétique croissante. Balzac décrit les symptômes médicaux (l’attaque cérébrale, le délire) avec un réalisme clinique, tout en donnant à la scène une dimension tragique : le vieillard mourant appelle des filles qui ne viendront jamais. Le contraste entre l’agonie dans la chambre misérable et le bal où danse Delphine est un procédé de montage parallèle dévastateur.

🌍 8. Portée et postérité

Le Père Goriot est le roman central de la Comédie humaine et l’un des textes fondateurs du réalisme littéraire.

Dans la Comédie humaine, le roman est un carrefour : Rastignac, Vautrin, Bianchon, Nucingen, Mme de Beauséant reparaissent dans de nombreux autres romans. Le système des personnages reparaissants, inventé ici, a influencé Zola (les Rougon-Macquart), Proust (À la recherche du temps perdu) et Faulkner (le comté de Yoknapatawpha).

En littérature, le roman a créé des archétypes durables : Rastignac est devenu le modèle de l’ambitieux qui monte à Paris (« un Rastignac » est un nom commun), Vautrin celui du tentateur lucide, Goriot celui du père sacrifié. Le « À nous deux maintenant ! » est l’une des phrases les plus célèbres de la littérature française.

En sociologie, Balzac est reconnu par Marx et Engels comme un analyste social de premier ordre. La peinture de la société de classes, du pouvoir de l’argent et des mécanismes de l’ascension sociale dans Le Père Goriot reste d’une actualité frappante.


❓ 9. Questions fréquentes (FAQ)

Quel est le résumé du Père Goriot ?

Le Père Goriot raconte le destin croisé de deux pensionnaires d’une maison bourgeoise parisienne. Le père Goriot, ancien vermicellier, s’est ruiné pour ses deux filles ingrates qui l’abandonnent à mesure qu’il n’a plus d’argent. Eugène de Rastignac, jeune étudiant ambitieux, découvre les lois de la haute société parisienne et choisit la voie de l’arrivisme. Goriot meurt seul et misérable, abandonné par ses filles. Rastignac, après l’enterrement, lance son défi à Paris : « À nous deux maintenant ! »

Qui est Vautrin dans Le Père Goriot ?

Vautrin est un pensionnaire jovial et mystérieux qui se révèle être Jacques Collin, dit Trompe-la-mort, un forçat évadé du bagne. Il tente de séduire Rastignac par un pacte cynique et prononce un discours célèbre sur la corruption de la société. Il est arrêté à la pension mais reparaît dans d’autres romans de la Comédie humaine. Vautrin est le tentateur du roman — un Méphistophélès réaliste qui dévoile les mécanismes cachés du pouvoir.

Que signifie « À nous deux maintenant » ?

Cette phrase est prononcée par Rastignac au cimetière du Père-Lachaise, après l’enterrement misérable de Goriot, en contemplant Paris à ses pieds. C’est un défi lancé à la société parisienne : Rastignac a compris les règles du jeu (l’argent, le cynisme, la séduction) et se jure de conquérir Paris. La phrase marque la fin de son innocence et le début de sa carrière d’ambitieux. Il va ensuite dîner chez Delphine de Nucingen — preuve que la leçon est déjà appliquée.

Pourquoi le père Goriot est-il comparé au roi Lear ?

Balzac s’est inspiré du Roi Lear de Shakespeare : un père qui donne tout à ses filles et se retrouve trahi et abandonné. Mais Goriot est un Lear bourgeois : là où Lear est un roi qui divise son royaume, Goriot est un vermicellier qui distribue sa fortune. La transposition de la tragédie royale dans le monde de l’argent est le geste réaliste de Balzac : dans la société moderne, la paternité est soumise aux mêmes lois que le marché.

Qu’est-ce que la Comédie humaine ?

La Comédie humaine est le titre que Balzac a donné à l’ensemble de son œuvre romanesque : environ 90 romans et nouvelles organisés en « Scènes » qui peignent toute la société française du XIXe siècle. L’innovation majeure est le retour des personnages d’un roman à l’autre (plus de 2 000 personnages au total). Le Père Goriot est le roman-carrefour de ce système, où se croisent pour la première fois des personnages issus de romans différents.

Le Père Goriot est-il un roman réaliste ?

Oui, Le Père Goriot est l’un des romans fondateurs du réalisme français. Il en présente toutes les caractéristiques : descriptions minutieuses des lieux et des milieux sociaux, analyse des mécanismes économiques et sociaux, personnages déterminés par leur environnement, et ambition de peindre la société « telle qu’elle est ». Mais le roman conserve aussi une dimension visionnaire (les personnages plus grands que nature, les métaphores puissantes) qui dépasse le strict réalisme documentaire.

Pourquoi les filles de Goriot ne viennent-elles pas à son enterrement ?

Anastasie est accaparée par ses problèmes financiers (elle est ruinée par son amant) et Delphine se prépare pour un bal. Leur absence est le point culminant de l’ingratitude filiale qui structure tout le roman. Balzac montre que cette ingratitude n’est pas seulement un défaut moral individuel : c’est le produit d’une société où les liens affectifs sont subordonnés aux intérêts matériels et au paraître. Les deux voitures vides aux armoiries, envoyées sans personne, résument tout : l’apparence sans la substance.


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