Candide de Voltaire : Résumé & Fiche de Lecture 📚
Candide ou l’Optimisme est un conte philosophique de Voltaire, publié en 1759. C’est l’une des œuvres les plus lues et les plus étudiées de la littérature française. Le récit suit les aventures de Candide, un jeune homme naïf élevé dans le château du baron de Thunder-ten-tronckh, où le philosophe Pangloss lui enseigne que « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Chassé du château, Candide traverse l’Europe, l’Amérique du Sud et le monde ottoman, confronté à une succession de catastrophes — guerres, tremblements de terre, esclavage, autodafés — qui mettent à l’épreuve cet optimisme béat. Le conte est une satire féroce de l’optimisme leibnizien, une dénonciation de l’intolérance religieuse, de la guerre et de l’injustice, et une réflexion sur le bonheur qui aboutit à la célèbre conclusion : « Il faut cultiver notre jardin. »
📋 Sommaire
- 1. Carte d’identité de l’œuvre
- 2. Contexte historique et biographie de Voltaire
- 3. Structure du conte
- 4. Résumé détaillé chapitre par chapitre
- 5. Les personnages
- 6. Thèmes principaux
- 7. Style et procédés d’écriture
- 8. Citations clés
- 9. Portée et postérité
- 10. Questions fréquentes (FAQ)
📇 1. Carte d’identité de l’œuvre
| Fiche d’identité — Candide ou l’Optimisme | |
|---|---|
| Auteur | Voltaire (François-Marie Arouet, 1694-1778) |
| Date de publication | Janvier 1759 (publié anonymement à Genève) |
| Genre | Conte philosophique, satire |
| Mouvement littéraire | Les Lumières (XVIIIe siècle) |
| Nombre de chapitres | 30 chapitres |
| Registres | Satirique, ironique, comique, pathétique |
| Thèmes centraux | Optimisme vs mal, guerre, intolérance religieuse, esclavage, bonheur, travail |
| Cible philosophique | L’optimisme leibnizien (Gottfried Wilhelm Leibniz, Théodicée, 1710) : l’idée que Dieu a créé « le meilleur des mondes possibles » |
🏛️ 2. Contexte historique et biographie de Voltaire
Voltaire rédige Candide à un moment charnière de sa vie et du siècle. Plusieurs événements nourrissent directement le conte.
| Repère | Détail |
|---|---|
| Le tremblement de terre de Lisbonne (1755) | Le 1er novembre 1755, un séisme dévastateur détruit Lisbonne, faisant entre 30 000 et 60 000 morts. Ce désastre ébranle la foi en la Providence et en l’optimisme philosophique. Voltaire écrit d’abord un Poème sur le désastre de Lisbonne (1756) avant d’en faire un épisode central de Candide (chapitres 5-6). |
| La guerre de Sept Ans (1756-1763) | Conflit majeur opposant la France, l’Autriche et la Russie à la Prusse et l’Angleterre. Des centaines de milliers de morts. Voltaire en fait la « boucherie héroïque » des armées abares et bulgares dans le conte. |
| Voltaire et Leibniz | Leibniz (1646-1716) soutient dans sa Théodicée que Dieu, étant parfait, a nécessairement créé le meilleur des mondes possibles, et que le mal apparent a une justification dans l’ordre global. Voltaire, d’abord séduit par cet optimisme, le rejette radicalement après Lisbonne. |
| Voltaire en 1759 | Voltaire a 64 ans, il vit aux Délices puis à Ferney (près de Genève). Il est le philosophe le plus célèbre d’Europe, engagé dans de multiples combats : contre l’Inquisition, l’intolérance religieuse, la torture judiciaire. Il publie Candide anonymement, mais personne n’est dupe. |
| L’Inquisition et les autodafés | L’Inquisition est encore active au Portugal et en Espagne au XVIIIe siècle. Après le séisme de Lisbonne, les autorités religieuses organisent réellement des autodafés pour « prévenir » de nouveaux tremblements de terre — absurdité que Voltaire reprend au chapitre 6. |
| L’esclavage colonial | Le commerce triangulaire est à son apogée. L’épisode du nègre de Surinam (chapitre 19) est l’un des textes les plus puissants contre l’esclavage au XVIIIe siècle, souvent étudié comme texte argumentatif au bac. |
📐 3. Structure du conte
Candide est composé de 30 chapitres courts, organisés comme un roman d’apprentissage inversé : le héros ne gagne pas en sagesse par l’expérience positive, mais par la confrontation répétée avec le mal. La structure suit le schéma classique du voyage initiatique.
| Phase | Chapitres | Contenu |
|---|---|---|
| Le paradis perdu | Ch. 1-2 | Château de Thunder-ten-tronckh, expulsion, enrôlement forcé |
| L’Europe en guerre | Ch. 3-10 | Guerre, Hollande, Lisbonne (séisme, autodafé), retrouvailles avec Cunégonde |
| L’Amérique du Sud | Ch. 11-19 | Buenos Aires, jésuites du Paraguay, Eldorado, nègre de Surinam |
| Le retour par l’Europe | Ch. 20-26 | Traversée avec Martin, Paris, Venise, les six rois déchus |
| Constantinople et le jardin | Ch. 27-30 | Retrouvailles finales, métairie, « il faut cultiver notre jardin » |
La structure est aussi celle d’une démonstration par l’absurde : chaque chapitre apporte un nouveau malheur qui contredit la thèse de Pangloss, jusqu’à ce que Candide renonce à l’optimisme systématique pour adopter une sagesse pratique.
📖 4. Résumé détaillé chapitre par chapitre
Chapitres 1-2 — Le paradis perdu
Candide vit dans le château du baron de Thunder-ten-tronckh, en Westphalie. Le précepteur Pangloss enseigne la « métaphysico-théologo-cosmolonigologie » : tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. Candide est amoureux de Cunégonde, la fille du baron. Surpris en train de l’embrasser, il est chassé du château à coups de pied. Errant dans la neige, il est enrôlé de force dans l’armée bulgare, où il subit l’entraînement militaire et tente de déserter — on lui propose le choix entre trente-six passages par les baguettes ou douze balles de plomb dans la cervelle.
Chapitres 3-6 — La guerre, Lisbonne, l’Inquisition
Candide assiste à la bataille entre Abares et Bulgares — une « boucherie héroïque » décrite avec une ironie glaçante. Il fuit en Hollande, où il retrouve Pangloss, défiguré par la vérole, qui lui apprend que le château a été détruit et Cunégonde violée puis éventrée (elle a cependant survécu). Ils embarquent pour Lisbonne. En arrivant, ils subissent le tremblement de terre (chapitre 5). Pour prévenir un nouveau séisme, l’Inquisition organise un autodafé : Pangloss est pendu, Candide fouetté (chapitre 6). Candide est sauvé par une vieille femme qui le conduit à Cunégonde.
Chapitres 7-10 — Cunégonde retrouvée
Cunégonde a survécu : elle est devenue la maîtresse partagée d’un juif (don Issachar) et du grand inquisiteur. Candide tue les deux hommes pour sauver Cunégonde. Accompagnés de la vieille, ils fuient vers Cadix. La vieille raconte sa propre histoire (chapitres 11-12) : fille d’un pape, elle a connu l’esclavage, le viol, la peste, la mutilation — un condensé de tous les malheurs du monde qui relativise l’optimisme encore davantage.
Chapitres 11-16 — L’Amérique du Sud
À Buenos Aires, le gouverneur s’empare de Cunégonde. Candide fuit avec son valet Cacambo chez les jésuites du Paraguay, où il retrouve le fils du baron (frère de Cunégonde), devenu jésuite. Celui-ci refuse que Candide épouse sa sœur (question de noblesse). Candide le blesse et s’enfuit. Chez les Oreillons (peuple anthropophage), Candide et Cacambo échappent de justesse à être mangés.
Chapitres 17-18 — L’Eldorado
Candide et Cacambo découvrent l’Eldorado, pays utopique où l’or et les pierres précieuses jonchent le sol, où il n’y a ni prêtres, ni prisons, ni tribunaux. Les habitants vivent dans la paix, la tolérance et l’abondance. Mais Candide choisit de quitter l’Eldorado pour retrouver Cunégonde — emportant d’immenses richesses. Ce choix est essentiel : le bonheur passif ne suffit pas à Candide, qui reste prisonnier de son désir.
Chapitre 19 — Le nègre de Surinam
Épisode central et texte phare de la dénonciation de l’esclavage. Candide rencontre un esclave noir mutilé : il lui manque une main (broyée par le moulin) et une jambe (coupée pour tentative de fuite). L’esclave prononce la phrase : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » Candide pleure et admet pour la première fois que l’optimisme est « la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal ». Il rencontre Martin, un philosophe pessimiste (manichéen), qui deviendra son compagnon de voyage.
Chapitres 20-26 — Le retour par l’Europe
Candide et Martin traversent l’Atlantique. À Paris, Candide est escroqué par des faux amis, trompé par une fausse Cunégonde. À Venise, il rencontre Paquette (une ancienne servante du château, devenue prostituée) et le moine frère Giroflée, tous deux malheureux. Il visite le sénateur Pococurante, un riche vénitien blasé qui possède tout mais ne jouit de rien — preuve que la richesse ne fait pas le bonheur. Lors d’un souper, Candide rencontre six rois déchus (tous historiques), illustrant la vanité du pouvoir.
Chapitres 27-30 — Constantinople et la métairie
Candide retrouve Pangloss (qui a survécu à la pendaison) et le fils du baron aux galères. Cacambo a racheté Cunégonde — mais elle est devenue laide et acariâtre. Candide l’épouse tout de même, par fidélité. Toute la troupe s’installe dans une petite métairie en Turquie. Pangloss continue à philosopher sur le meilleur des mondes ; Martin constate que l’homme est fait pour vivre « dans les convulsions de l’inquiétude ou dans la léthargie de l’ennui ». Un vieillard turc leur montre l’exemple : il cultive son jardin avec ses enfants, ce qui « éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Candide conclut : « Il faut cultiver notre jardin. »
👤 5. Les personnages
| Personnage | Rôle et signification |
|---|---|
| Candide | Héros éponyme. Son nom indique sa nature : candide, naïf, crédule. Il est le regard innocent à travers lequel le lecteur découvre l’horreur du monde. Son évolution constitue l’enjeu du conte : de la soumission à Pangloss, il passe à un jugement autonome. Il incarne l’élève des Lumières qui apprend à penser par lui-même. |
| Pangloss | Précepteur, caricature de Leibniz. Son nom signifie « toute-langue » (grec) : il parle de tout sans rien comprendre. Malgré la vérole, la pendaison, les galères, il répète que « tout est au mieux ». Il incarne le dogmatisme aveugle, le raisonnement déconnecté du réel. Il ne change jamais — contrairement à Candide. |
| Martin | Philosophe manichéen et pessimiste, opposé symétrique de Pangloss. Il considère que le mal domine le monde. Plus lucide que Pangloss, il est cependant aussi dogmatique dans son pessimisme. La sagesse finale de Candide se situe entre ces deux extrêmes. |
| Cunégonde | Fille du baron, objet du désir de Candide. Elle subit viol, esclavage, prostitution — personnage-victime qui incarne les malheurs infligés aux femmes. Elle finit laide et acariâtre : Voltaire détruit l’idéal romanesque. Candide l’épouse malgré tout — le devoir remplace la passion. |
| La vieille | Fille d’un pape et d’une princesse, elle a tout perdu. Son récit (chapitres 11-12) est un catalogue encyclopédique du malheur. Elle représente la résilience : malgré tout, elle veut vivre. Sa phrase clé : « Je voulus cent fois me tuer, mais j’aimais encore la vie. » |
| Cacambo | Valet métis de Candide, fidèle, débrouillard, polyglotte. Il représente le bon sens populaire, l’intelligence pratique opposée aux spéculations des philosophes. C’est lui qui sauve Candide à plusieurs reprises. |
| Le fils du baron | Frère de Cunégonde, jésuite au Paraguay. Il refuse que Candide épouse sa sœur par orgueil nobiliaire. Voltaire dénonce à travers lui la vanité des préjugés de naissance. |
| Pococurante | Sénateur vénitien richissime et blasé. Son nom signifie « qui se soucie de peu ». Il possède tout (tableaux, livres, musique) mais n’apprécie rien. Contre-modèle : la richesse et la culture ne garantissent pas le bonheur. |
| Le vieillard turc (le derviche) | Figure finale de la sagesse. Il cultive son jardin avec ses enfants et refuse de se mêler des affaires du monde. Il inspire directement la conclusion de Candide. Voltaire oppose cette sagesse pratique aux vaines spéculations métaphysiques. |
🎯 6. Thèmes principaux
L’optimisme et le problème du mal
C’est le thème central. Voltaire attaque la philosophie de Leibniz, selon laquelle le mal est nécessaire dans le plan divin et que notre monde est « le meilleur des mondes possibles ». Chaque chapitre apporte un démenti factuel : guerre, séisme, esclavage, maladie, injustice. La progression du conte montre que l’optimisme systématique est une forme d’aveuglement qui empêche d’agir contre le mal. Pangloss incarne ce déni : il continue à justifier les catastrophes même quand il en est victime. La conclusion du conte ne propose ni optimisme ni pessimisme, mais une sagesse de l’action concrète.
La guerre
Voltaire dénonce la guerre avec une ironie féroce. La bataille du chapitre 3 est décrite comme un spectacle esthétique (« les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer ») avant de révéler l’horreur des corps mutilés. La guerre est présentée comme absurde — les soldats ne savent même pas pourquoi ils se battent — et comme le fruit de l’ambition des puissants.
L’intolérance religieuse
L’Inquisition, les autodafés, le fanatisme des jésuites, l’hypocrisie des religieux (le moine Giroflée, les prélats qui entretiennent des maîtresses) sont autant de cibles. Voltaire oppose à cette intolérance la tolérance naturelle de l’Eldorado, où chacun prie Dieu à sa manière sans clergé ni dogme. Ce thème s’inscrit dans le combat central des Lumières.
L’esclavage et la colonisation
L’épisode du nègre de Surinam (chapitre 19) est un moment de rupture. L’esclave explique froidement les règles : « Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe. » Le décalage entre le ton neutre du récit et l’horreur des faits produit un effet saisissant. C’est aussi le moment où Candide remet en cause l’optimisme de Pangloss.
Le bonheur et « il faut cultiver notre jardin »
Tout le conte est une quête du bonheur. Les fausses réponses sont éliminées une à une : la philosophie abstraite (Pangloss), le pessimisme systématique (Martin), la richesse (Pococurante), le pouvoir (les six rois), l’amour idéalisé (Cunégonde devenue laide). La réponse finale est le travail concret, la métairie. « Cultiver son jardin » signifie : renoncer aux grands systèmes métaphysiques, se concentrer sur ce qu’on peut améliorer, trouver le sens dans l’action utile. C’est une éthique pragmatique, profondément moderne.
La condition féminine
Cunégonde, la vieille, Paquette — toutes les femmes du conte subissent viol, esclavage, prostitution, exploitation. Voltaire montre sans détour que les femmes sont les premières victimes de la violence du monde. La vieille, par son récit, donne voix à cette souffrance systémique.
✍️ 7. Style et procédés d’écriture
| Procédé | Description et effet |
|---|---|
| L’ironie voltairienne | Arme principale du conte. Voltaire dit le contraire de ce qu’il pense pour forcer le lecteur à réfléchir. Exemple : la guerre décrite comme « harmonie » et « boucherie héroïque ». L’adjectif laudatif accolé à l’horreur crée un décalage qui révèle l’absurdité. L’ironie est omniprésente, du titre (« l’Optimisme ») aux noms des personnages. |
| Le rythme narratif et l’accumulation | Les catastrophes s’enchaînent à un rythme effréné : guerre, naufrage, séisme, autodafé, meurtres, vols — le tout en quelques pages. Cette accumulation vertigineuse a un double effet : comique (par l’excès) et argumentatif (le nombre de malheurs rend l’optimisme indéfendable). |
| L’euphémisme et la litote | Les horreurs sont décrites avec une froideur clinique ou des termes atténués. Le viol est une « galanterie », le massacre est un « exercice ». Ce procédé amplifie l’indignation du lecteur en soulignant l’indifférence du monde face à la souffrance. |
| L’antiphrase | Voltaire emploie des termes positifs pour désigner des réalités négatives. « Boucherie héroïque » (oxymore), le château « le plus beau des châteaux » (alors qu’il est médiocre), Pangloss « le plus grand philosophe » (alors qu’il est absurde). Ce procédé est au cœur de la démystification voltairienne. |
| Le conte merveilleux détourné | Voltaire utilise les codes du conte (héros chassé du paradis, quête de la princesse, voyage initiatique, fin heureuse) mais les retourne : le château est médiocre, la princesse devient laide, le trésor ne rend pas heureux, la fin est désenchantée. Le conte sert de véhicule à la critique philosophique. |
| Les noms parlants | Chaque nom porte un sens. Candide = naïf. Pangloss = « toute-langue » (bavard, théoricien creux). Thunder-ten-tronckh = nom germanique grotesque. Pococurante = « qui se soucie de peu ». Cacambo = sonorité exotique et populaire. Ces noms signalent d’emblée la dimension satirique. |
| Le récit enchâssé | Plusieurs personnages racontent leur propre histoire (la vieille, Cunégonde, Paquette). Ces récits secondaires multiplient les points de vue sur le malheur et élargissent la portée universelle de la démonstration : ce n’est pas un individu qui souffre, c’est l’humanité entière. |
💬 8. Citations clés
| Citation | Contexte et analyse |
|---|---|
| « Tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. » | Leitmotiv de Pangloss, repris et déformé tout au long du conte. C’est la thèse que le conte tout entier vise à détruire. À chaque répétition, le décalage avec la réalité s’accentue, rendant la formule de plus en plus dérisoire. |
| « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » | Parole du nègre de Surinam (chapitre 19). Phrase d’une efficacité rhétorique redoutable : elle lie directement le confort européen à la souffrance de l’esclave. Le « vous » interpelle le lecteur. C’est l’un des textes les plus cités de la littérature française sur l’esclavage. |
| « Il faut cultiver notre jardin. » | Dernière phrase du conte, prononcée par Candide. C’est la morale du récit. Le jardin représente le travail concret, l’action à échelle humaine, le refus des spéculations métaphysiques. Le « notre » est inclusif : c’est un projet collectif. Cette phrase est devenue l’un des adages les plus célèbres de la philosophie des Lumières. |
| « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. » | Parole du vieillard turc (chapitre 30). Elle prépare directement la conclusion de Candide. Le bonheur n’est pas dans la théorie, la richesse ou le pouvoir, mais dans l’occupation utile. Formule tripartite claire et mémorable. |
| « Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. » | Réponse de Candide à une ultime démonstration de Pangloss. Le « cela est bien dit » est une concession polie qui masque un rejet total. Candide ne réfute plus Pangloss par des arguments — il l’ignore. C’est le signe de son émancipation intellectuelle complète. |
| « L’optimisme est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » | Réflexion de Candide après la rencontre avec le nègre de Surinam (chapitre 19). C’est le tournant philosophique du conte : Candide formule pour la première fois une pensée autonome, contre Pangloss. Le mot « rage » souligne le caractère irrationnel et violent de l’optimisme aveugle. |
🌍 9. Portée et postérité
Candide est l’un des textes les plus traduits et les plus lus au monde. Sa portée dépasse largement le contexte du XVIIIe siècle.
Sur le plan philosophique, le conte a contribué à discréditer durablement l’optimisme métaphysique. La formule « le meilleur des mondes possibles » est devenue synonyme de naïveté ou de déni. Inversement, « il faut cultiver notre jardin » est devenu une maxime de sagesse pratique, reprise dans les débats contemporains sur le bonheur, l’engagement politique et le sens de la vie.
Sur le plan littéraire, Candide a établi le conte philosophique comme un genre à part entière — un récit de fiction dont la structure narrative sert une démonstration intellectuelle. L’ironie voltairienne est devenue un modèle stylistique. Le rythme narratif effréné, l’humour noir, le mélange de légèreté et de gravité influencent la littérature satirique jusqu’à nos jours.
Sur le plan politique, le conte reste d’actualité partout où l’on constate un décalage entre un discours officiel optimiste et la réalité des souffrances : guerres présentées comme nécessaires, exploitation économique justifiée par le « progrès », intolérance religieuse au nom de la vérité. L’épisode du nègre de Surinam est l’un des textes fondateurs de la réflexion sur l’esclavage et la colonisation.
❓ 10. Questions fréquentes (FAQ)
Quel est le résumé de Candide de Voltaire ?
Candide raconte l’histoire d’un jeune homme naïf, élevé dans l’idée que « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Chassé de son château, il traverse le monde (Europe, Amérique du Sud, Empire ottoman) et affronte guerres, séismes, esclavage, Inquisition et trahisons. Il retrouve ses compagnons, dont Cunégonde devenue laide, et conclut qu’il faut renoncer aux théories abstraites pour « cultiver son jardin » — c’est-à-dire agir concrètement.
Quelle est la morale de Candide ?
La morale de Candide est résumée par la phrase finale : « Il faut cultiver notre jardin. » Voltaire rejette à la fois l’optimisme aveugle (tout va bien) et le pessimisme absolu (tout va mal) au profit d’une sagesse pratique : le bonheur se trouve dans le travail utile, l’action concrète à échelle humaine, et le refus des grands systèmes métaphysiques déconnectés de la réalité.
Qui est Pangloss dans Candide ?
Pangloss est le précepteur de Candide, caricature du philosophe Leibniz. Son nom signifie « toute-langue » en grec. Il enseigne que tout est au mieux et refuse de remettre en question cette thèse malgré la vérole, la pendaison et les galères. Il incarne le dogmatisme philosophique que Voltaire dénonce : un système de pensée déconnecté du réel, qui justifie le mal au lieu de le combattre.
Qu’est-ce que l’Eldorado dans Candide ?
L’Eldorado (chapitres 17-18) est un pays utopique que Candide découvre en Amérique du Sud. L’or y est sans valeur, il n’y a ni prêtres ni prisons, les habitants vivent dans la paix et la tolérance. C’est le seul lieu du conte où l’optimisme serait justifié — mais Candide choisit de le quitter pour retrouver Cunégonde. L’Eldorado montre qu’un monde meilleur est concevable mais que les hommes, prisonniers de leurs passions, ne parviennent pas à y rester.
Pourquoi Candide est-il un conte philosophique ?
Candide est un conte philosophique parce qu’il utilise la fiction narrative (personnages, aventures, rebondissements) comme véhicule d’une réflexion philosophique. La structure du conte (voyage, épreuves, fin) sert de démonstration contre l’optimisme de Leibniz. Les personnages sont des types allégoriques plutôt que des individus réalistes. Le mélange de divertissement et d’instruction est caractéristique du genre, très pratiqué par les philosophes des Lumières (Voltaire, Diderot, Montesquieu).
Que signifie « il faut cultiver notre jardin » ?
Cette célèbre formule a plusieurs niveaux de sens. Au sens littéral, il s’agit de travailler la terre — le vieillard turc montre que le travail agricole apporte paix et subsistance. Au sens philosophique, le jardin représente le domaine d’action à échelle humaine : plutôt que de chercher à résoudre le problème du mal dans l’univers, il faut améliorer ce qui est à notre portée. Au sens politique, certains y voient un appel au retrait de la vie publique, d’autres un encouragement à construire patiemment une société meilleure, pas à pas.
Quel est le message de Voltaire sur l’esclavage dans Candide ?
L’épisode du nègre de Surinam (chapitre 19) est une dénonciation directe de l’esclavage. Voltaire fait parler l’esclave lui-même, qui décrit les mutilations subies avec un calme terrible. La phrase « c’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe » établit un lien de cause à effet entre le confort des Européens et la souffrance des esclaves. C’est l’un des passages les plus étudiés au bac de français comme exemple d’argumentation indirecte contre l’esclavage.
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