🐉 Léviathan — Thomas Hobbes
Fiche de lecture complète — Résumé des quatre parties, l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme », le contrat social, le souverain absolu et analyse du traité fondateur de la philosophie politique moderne
1. Résumé des quatre parties
2. Les concepts clés
3. Thèmes et analyse
4. Critiques et comparaisons
5. Exercices
6. Questions fréquentes
📖 Résumé des quatre parties
📕 Partie I — De l’homme
Hobbes commence par une analyse de la nature humaine, radicalement pessimiste. L’homme est un être de désir : il cherche constamment le pouvoir, le plaisir, la sécurité. Il n’y a pas de « souverain bien » (pas de bonheur stable) — le bonheur est un mouvement perpétuel de désir en désir. Les hommes sont fondamentalement égaux en nature : même le plus faible peut tuer le plus fort (par ruse, par alliance, ou dans son sommeil). Cette égalité naturelle produit non pas la paix mais la compétition — chacun craint l’autre et cherche à le devancer.
Sans autorité commune pour les contraindre, les hommes vivent dans un état de nature qui est un état de guerre — non pas une guerre permanente de batailles, mais une « disposition connue » à la violence. La formule célèbre (empruntée à Plaute et popularisée par Hobbes) : « L’homme est un loup pour l’homme » (Homo homini lupus). Dans cet état, il n’y a ni propriété, ni justice, ni injustice — « la force et la ruse sont les deux vertus cardinales ». La vie est « solitaire, pauvre, méchante, brutale et brève » (solitary, poor, nasty, brutish, and short).
De l’état de nature découlent les lois de nature (des règles de prudence dictées par la raison) : la première est de chercher la paix (et si on ne peut pas l’obtenir, de se défendre par tous les moyens). La deuxième est d’accepter de renoncer à son droit sur toutes choses, à condition que les autres fassent de même — c’est le fondement du contrat social. La troisième est de respecter les contrats passés (pacta sunt servanda).
📕 Partie II — De l’État (le Commonwealth)
Pour sortir de l’état de nature, les hommes passent un contrat : chacun renonce à son droit naturel sur toutes choses et transfère ce droit à un souverain (un individu ou une assemblée). Ce transfert est irréversible — une fois le contrat passé, on ne peut pas reprendre sa liberté (sauf si le souverain ne protège plus la vie de ses sujets, ce qui est sa seule obligation). Le souverain n’est pas partie au contrat — il reçoit le pouvoir des sujets mais ne s’engage à rien envers eux. Son pouvoir est absolu.
Le souverain — le Léviathan — concentre tous les pouvoirs : législatif, exécutif, judiciaire, militaire et même religieux. Il n’y a pas de séparation des pouvoirs chez Hobbes (contrairement à Montesquieu, un siècle plus tard). Diviser le pouvoir, c’est l’affaiblir — et un pouvoir affaibli mène à la guerre civile. Le souverain peut être injuste (au sens moral) mais il ne peut pas être illégitime (au sens juridique) — puisque c’est lui qui définit la loi.
Hobbes distingue trois formes de souveraineté : la monarchie (un seul homme), l’aristocratie (un petit groupe) et la démocratie (une assemblée de tous). Il préfère la monarchie — elle est plus efficace (un seul décisionnaire) et moins sujette aux factions.
📕 Parties III–IV — L’État chrétien et le Royaume des ténèbres
Les deux dernières parties (souvent négligées) traitent de la religion. Hobbes subordonne l’Église à l’État : le souverain est le chef de la religion sur son territoire. Il n’y a pas de pouvoir spirituel indépendant du pouvoir temporel — le Pape n’a aucune autorité politique. Hobbes attaque violemment les prétentions du clergé catholique (le « Royaume des ténèbres ») à exercer un pouvoir supérieur au souverain civil. Pour Hobbes, la religion est une source de guerre civile quand elle échappe au contrôle de l’État.
🔑 Les concepts clés
| Concept | Définition |
|---|---|
| État de nature | Situation hypothétique sans autorité commune — « guerre de tous contre tous », la vie est « solitaire, pauvre, brutale et brève » |
| Droit naturel | Dans l’état de nature, chaque homme a le droit de faire tout ce qu’il juge nécessaire pour survivre — y compris tuer |
| Lois de nature | Règles de prudence dictées par la raison : chercher la paix, renoncer à son droit si les autres font de même, respecter les contrats |
| Contrat social | Accord par lequel les individus transfèrent leur droit naturel au souverain en échange de la sécurité |
| Souverain / Léviathan | Le détenteur du pouvoir absolu — créé par le contrat, il concentre tous les pouvoirs pour maintenir la paix |
| Pouvoir absolu | Le souverain n’est limité par aucune loi (il est au-dessus des lois) — la seule limite est la protection de la vie des sujets |
🔍 Thèmes et analyse
Le pessimisme anthropologique
Hobbes a la vision la plus sombre de la nature humaine de toute la philosophie politique. L’homme n’est pas naturellement sociable (contrairement à Aristote), ni naturellement bon (contrairement à Rousseau). Il est un être de désir et de peur — il veut le pouvoir et craint la mort. C’est la peur de la mort violente qui pousse les hommes à créer l’État. La politique n’est pas l’art du bien vivre (Aristote) — c’est l’art de ne pas mourir.
L’État comme construction artificielle
Avant Hobbes, l’autorité politique était justifiée par Dieu (droit divin des rois), par la tradition, ou par la nature (Aristote : l’homme est un « animal politique »). Hobbes est le premier à penser l’État comme une machine construite par les hommes, pour les hommes, par un acte volontaire. L’État est un automate, un « homme artificiel » — le frontispice du Léviathan montre un géant composé de centaines de petits individus. C’est l’image fondatrice de la modernité politique.
Sécurité vs liberté
Le contrat de Hobbes est un échange : la liberté naturelle (totale mais dangereuse) contre la sécurité (la paix garantie par le souverain). C’est le dilemme fondamental de la politique : combien de liberté êtes-vous prêts à sacrifier pour la sécurité ? Hobbes penche clairement du côté de la sécurité. Ses critiques (Locke, Rousseau, les libéraux) lui reprocheront de sacrifier trop de liberté — un souverain absolu peut devenir tyran, et la tyrannie est aussi dangereuse que l’anarchie.
⚖️ Critiques et comparaisons
| Penseur | Position par rapport à Hobbes |
|---|---|
| Locke (1689) | L’état de nature n’est pas une guerre — il y a des droits naturels (vie, liberté, propriété). Le souverain qui viole ces droits peut être renversé. Le pouvoir doit être limité et divisé |
| Rousseau (1762) | L’homme est naturellement bon — c’est la société qui le corrompt. L’état de nature est paisible. Le contrat social doit préserver la liberté, pas la détruire (la « volonté générale ») |
| Montesquieu (1748) | Le pouvoir absolu est dangereux — il faut la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) pour empêcher la tyrannie |
| Carl Schmitt (XXe s.) | Reprend Hobbes pour justifier l’état d’exception : en situation de crise, le souverain peut suspendre les lois. Lecture controversée (Schmitt a adhéré au nazisme) |
