Le Bourgeois gentilhomme — Molière

Résumé acte par acte, analyse des personnages et du comique — Fiche de lecture

Auteur
Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622–1673)
Date de création
14 octobre 1670, au château de Chambord, devant Louis XIV
Genre
Comédie-ballet en cinq actes, en prose
Musique
Jean-Baptiste Lully
Mouvement
Classicisme
Nombre d’actes
5 actes + intermèdes musicaux et dansés
Thème principal
La vanité sociale — un bourgeois qui veut devenir noble
Lecture scolaire
Programme de 5ème / 4ème (le théâtre comique, la satire sociale)
L’essentiel en 30 secondes : Monsieur Jourdain est un riche bourgeois parisien obsédé par une seule idée : devenir un gentilhomme, c’est-à-dire passer pour un noble. Il engage des maîtres de musique, de danse, d’armes et de philosophie, s’habille de manière ridicule, courtise une marquise et refuse de marier sa fille à un roturier. Tout le monde l’exploite ou se moque de lui — ses maîtres, le comte Dorante, la marquise Dorimène. Seule sa femme, Mme Jourdain, garde les pieds sur terre. La pièce culmine avec la « cérémonie turque », une mascarade burlesque où l’on fait croire à Jourdain qu’il est anobli par le Grand Turc. C’est la plus célèbre satire de l’ascension sociale dans le théâtre français.

Résumé acte par acte

Acte I — Les maîtres de musique et de danse

La pièce s’ouvre chez Monsieur Jourdain, un riche bourgeois d’une cinquantaine d’années. Sa maison est envahie de maîtres qu’il a engagés pour devenir un « homme de qualité ». Le maître de musique et le maître à danser préparent un divertissement pour lui. En coulisses, ils se moquent de leur élève — mais le payent grassement, et c’est tout ce qui compte.

Jourdain arrive, vêtu d’une robe de chambre bariolée par-dessus laquelle il porte un habit neuf, à l’imitation de ce qu’il croit être le style de la noblesse. Il veut tout apprendre : la musique pour donner des sérénades, la danse pour paraître dans les bals. Il n’a aucun talent pour l’un ni pour l’autre, mais son enthousiasme est total et son aveuglement parfait.

Les deux maîtres flattent Jourdain pour garder leur emploi tout en se disputant entre eux sur la supériorité de leurs arts respectifs. Un maître d’armes arrive et affirme que l’escrime est le plus noble des arts. Les trois maîtres finissent par se battre entre eux — sous les yeux médusés de Jourdain, qui ne comprend rien à la querelle.

Acte II — La leçon de philosophie et l’habit neuf

Un maître de philosophie est introduit. Jourdain attend de lui qu’il lui enseigne « tout ». Le philosophe, hautain, prétend être au-dessus des querelles des autres maîtres — mais il finit par se battre avec eux aussi, la vanité des intellectuels n’étant pas moindre que celle des artistes.

La scène la plus célèbre de la pièce se déroule ensuite. Le maître de philosophie donne à Jourdain une leçon de prononciation des voyelles (A, E, I, O, U), avec des contorsions de bouche que Jourdain imite avec un sérieux absolu. Puis Jourdain lui demande d’écrire un billet galant pour une marquise. Il veut y mettre : « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. » Le philosophe lui propose différentes tournures (en inversant les mots), et Jourdain s’émerveille de chacune — avant de conclure que sa version initiale était la meilleure.

C’est alors que survient l’échange le plus célèbre de la pièce. Jourdain apprend qu’il existe deux manières de s’exprimer : la prose et les vers. Le philosophe lui explique que tout ce qui n’est pas vers est prose, et tout ce qui n’est pas prose est vers. Jourdain, stupéfait, découvre qu’il fait de la prose depuis plus de quarante ans sans le savoir. Sa joie est immense — il est convaincu d’avoir fait une découverte prodigieuse.

Un maître tailleur arrive avec l’habit neuf de Jourdain. L’habit est ridicule — les fleurs sont à l’envers —, mais les garçons tailleurs, à force de flatteries (« mon gentilhomme », « monseigneur », « Votre Grandeur »), soutirent à Jourdain des pourboires de plus en plus gros. Chaque titre de noblesse fictif coûte une pièce d’or à Jourdain, qui paie avec ravissement.

Acte III — Mme Jourdain, Nicole, et l’intrigue amoureuse

L’acte III introduit les personnages du camp de la raison. Mme Jourdain, l’épouse, est une femme de bon sens, lucide et exaspérée par les folies de son mari. La servante Nicole éclate de rire en voyant l’accoutrement de Jourdain — un rire irrépressible qui est une des grandes scènes comiques de la pièce. Jourdain la menace, mais Nicole ne peut pas s’arrêter.

L’intrigue amoureuse se noue. Jourdain courtise la marquise Dorimène, une vraie noble. Pour l’impressionner, il organise un dîner somptueux. Mais il est manipulé par le comte Dorante, un gentilhomme ruiné et endetté qui prétend servir d’intermédiaire auprès de Dorimène — alors qu’en réalité, il courtise la marquise pour lui-même et utilise l’argent de Jourdain pour financer ses propres cadeaux. Dorante se fait rembourser des sommes considérables par Jourdain, sous prétexte de frais de cour, tout en offrant les cadeaux à Dorimène en son propre nom.

Parallèlement, la fille de Jourdain, Lucile, est amoureuse de Cléonte, un jeune homme honnête mais roturier. Cléonte demande la main de Lucile à Jourdain, qui refuse catégoriquement : sa fille n’épousera qu’un gentilhomme. Mme Jourdain, furieuse, soutient Cléonte et s’oppose à son mari. Le conflit est posé : l’ambition sociale absurde de Jourdain empêche le bonheur de sa fille.

Acte IV — Le dîner galant et la cérémonie turque

Le dîner pour Dorimène a lieu. Jourdain multiplie les maladresses : il fait des compliments ridicules, mélange les codes, et son ignorance des manières nobles éclate à chaque réplique. Dorante, en habile parasite, gère la situation et présente les cadeaux de Jourdain comme les siens. Dorimène est charmée par Dorante, pas par Jourdain.

Mme Jourdain fait irruption au milieu du dîner et provoque un esclandre. Elle accuse son mari de dilapider leur fortune pour séduire une aristocrate. La soirée est ruinée. Dorante emmène Dorimène chez lui pour « sauver » la situation — et achever sa propre conquête.

Arrive alors le coup de génie de Covielle, le valet de Cléonte. Puisque Jourdain veut un gendre noble, Covielle va lui en fabriquer un. Il déguise Cléonte en « fils du Grand Turc » et organise une fausse ambassade ottomane. Covielle lui-même se déguise en interprète. La cérémonie turque, le morceau de bravoure de la pièce, commence : Jourdain est intronisé « Mamamouchi » (un titre inventé, mélange de turc et de charabia) dans une cérémonie burlesque avec des costumes orientaux, des chants en faux turc, des révérences exagérées et des coups de bâton rituels. Jourdain, ébloui, croit devenir un dignitaire ottoman.

Acte V — Le dénouement

Jourdain, devenu « Mamamouchi », est méconnaissable. Mme Jourdain est horrifiée. Nicole est morte de rire. Mais le stratagème fonctionne : Jourdain accepte de donner sa fille en mariage au « fils du Grand Turc » — qui n’est autre que Cléonte déguisé.

Dorante, qui est dans la confidence, en profite pour demander à Mme Jourdain la permission d’épouser Dorimène, assurant ainsi sa propre intrigue amoureuse. Mme Jourdain, ravie de se débarrasser de cette rivale supposée, accepte.

Un notaire est convoqué. Deux contrats de mariage sont préparés : Lucile et « le fils du Grand Turc » (Cléonte), et Dorante et Dorimène. Jourdain signe le contrat de sa fille avec enthousiasme. Quand Mme Jourdain tente de lui ouvrir les yeux, Lucile elle-même, qui a d’abord résisté au mariage avec un Turc inconnu, reconnaît Cléonte et accepte avec joie.

La pièce se termine par un grand ballet final, le « Ballet des Nations », où des Espagnols, des Italiens et des Français chantent et dansent. Jourdain n’a rien compris — il est toujours convaincu d’être un Mamamouchi turc. Mais tout le monde est marié, et la comédie se clôt dans la musique et la danse.

Personnages

PersonnageRôleCaractéristiques
Monsieur JourdainRiche bourgeois, ~50 ansVaniteux, naïf, obsédé par la noblesse. Ridicule mais attachant — il ne fait de mal à personne, il rêve simplement d’être ce qu’il n’est pas.
Mme JourdainSon épouseFemme de bon sens, terre à terre, lucide. Elle voit clair dans les manipulations de Dorante et refuse de jouer le jeu des apparences.
LucileFille de JourdainJeune, amoureuse de Cléonte. Elle refuse d’abord le « fils du Grand Turc » avant de reconnaître son amoureux.
CléonteAmoureux de Lucile, roturier honnêteCourageux et droit. Il refuse de mentir sur ses origines — c’est Covielle qui ment à sa place.
CovielleValet de CléonteLe vrai meneur de jeu. C’est lui qui invente le stratagème du Grand Turc. Héritier de Scapin.
NicoleServante de JourdainRieuse, franche, insolente. Son rire incontrôlable face à l’habit de Jourdain est une scène culte.
Comte DoranteGentilhomme ruiné, parasiteÉlégant, manipulateur, endetté. Il exploite la vanité de Jourdain pour financer sa cour auprès de Dorimène.
Marquise DorimèneVraie noble, veuveCharmante, un peu naïve — elle ne sait pas que les cadeaux viennent de Jourdain, pas de Dorante.
Les maîtresMusique, danse, armes, philosophieQuatre flatteurs qui exploitent la vanité de Jourdain. Chacun prétend que son art est le plus noble.
Le maître tailleurTailleur de JourdainFournit un habit ridicule et soutire des pourboires par des titres de noblesse inventés.
💡 Deux camps, deux visions : la pièce oppose clairement un camp de la folie (Jourdain, les maîtres, Dorante — qui alimentent l’illusion) et un camp du bon sens (Mme Jourdain, Nicole, Cléonte — qui voient la réalité). Covielle fait le pont entre les deux : il utilise la folie de Jourdain (le stratagème turc) pour servir la cause du bon sens (le mariage de Cléonte et Lucile).

Thèmes et analyse

La vanité sociale — le ridicule de l’imitation

Le thème central de la pièce est la vanité d’un homme qui veut être ce qu’il n’est pas. Jourdain ne veut pas simplement vivre bien — il veut être noble. Il ne se contente pas d’être riche (il l’est) : il veut le prestige, les manières, le titre. Mais tout ce qu’il fait pour y parvenir le rend plus ridicule : son habit est à l’envers, sa galanterie est maladroite, ses leçons ne lui apprennent rien. Molière montre que l’imitation du supérieur produit toujours du ridicule quand elle n’est pas soutenue par l’éducation et la culture réelles.

L’exploitation des naïfs

Jourdain est entouré de parasites. Les maîtres le flattent pour garder leur emploi. Le tailleur le flatte pour vendre plus cher. Dorante le flatte pour lui soutirer de l’argent. Chacun a compris que la vanité de Jourdain est une mine d’or : il suffit de l’appeler « monseigneur » ou « homme de qualité » pour qu’il ouvre sa bourse. Molière dresse un portrait impitoyable de la flatterie comme mécanisme d’exploitation — ce qui résonne bien au-delà du XVIIe siècle.

Le bon sens contre les apparences

Mme Jourdain et Nicole incarnent le bon sens populaire face à la folie des apparences. Mme Jourdain ne rêve pas de noblesse — elle veut un gendre honnête, un ménage stable, et que son mari arrête de dilapider leur fortune. Sa lucidité est la force morale de la pièce. Elle dit à Jourdain ce que personne d’autre n’ose lui dire : qu’il est ridicule, que Dorante l’exploite, et que sa fille mérite d’épouser un homme qui l’aime, pas un titre.

Le mariage — amour contre intérêt

Comme dans beaucoup de comédies de Molière, l’intrigue repose sur un père qui bloque le mariage de sa fille pour des raisons absurdes. Jourdain veut un gendre noble — pas parce que sa fille serait plus heureuse, mais parce que cela le rapprocherait lui-même de la noblesse. Le mariage devient un instrument de sa propre vanité. La ruse de Covielle résout le problème en retournant cette vanité contre elle-même : Jourdain accepte un roturier déguisé en prince turc, parce que le déguisement satisfait son fantasme.

L’éducation et la culture

Les leçons de Jourdain sont une satire de l’éducation réduite au vernis superficiel. Jourdain n’apprend rien de substantiel : il apprend à prononcer des voyelles, à tenir une épée, à faire des révérences. Il ne cherche pas le savoir pour lui-même — il cherche les signes extérieurs de la culture. La scène de la prose est emblématique : Jourdain est émerveillé de découvrir qu’il parle en prose, mais cette « découverte » ne lui apporte aucune compétence réelle. L’éducation sans curiosité authentique ne produit que du ridicule.

Les procédés comiques

Type de comiqueExemple dans la pièce
Comique de caractèreToute la pièce repose sur le défaut central de Jourdain : sa vanité. Chaque scène exploite ce trait de caractère dans une situation nouvelle.
Comique de situationLe dîner galant interrompu par Mme Jourdain — la collision entre le monde de l’illusion (Jourdain en galant) et la réalité (sa femme furieuse).
Comique de gestesLa leçon d’escrime où Jourdain mime les mouvements avec une maladresse totale. La cérémonie turque avec ses révérences et ses coups de bâton.
Comique de motsLa découverte de la prose. Les inversions de la phrase « Belle marquise ». Le charabia turc de la cérémonie.
Comique de répétitionLe rire de Nicole, impossible à arrêter. Les titres de noblesse croissants du tailleur (« mon gentilhomme », « monseigneur », « Votre Grandeur »), chacun plus cher que le précédent.
Comique de satireLa querelle des maîtres — chacun prétend que son art est supérieur — caricature la vanité des intellectuels et des artistes.
⚠️ Jourdain est ridicule, pas méchant : c’est une distinction fondamentale. Molière ne fait pas de Jourdain un personnage odieux (comme Harpagon dans L’Avare ou Tartuffe). Jourdain est naïf, vaniteux, absurde — mais il est aussi généreux, enthousiaste et touchant dans sa sincérité. Le public rit de lui, mais sans cruauté. C’est ce qui fait la nuance de la pièce : la satire est douce, pas féroce.

La comédie-ballet : un spectacle total

Le Bourgeois gentilhomme n’est pas une simple comédie : c’est une comédie-ballet, un genre inventé par Molière et le compositeur Jean-Baptiste Lully. La pièce alterne des scènes parlées (la comédie) et des intermèdes musicaux et dansés (le ballet). Les deux dimensions ne sont pas séparées — la musique et la danse sont intégrées à l’action.

Par exemple, la leçon de musique de l’acte I est suivie d’un concert « en situation » ; la leçon de danse se termine par un menuet maladroit de Jourdain ; la cérémonie turque est un grand numéro musical et chorégraphique ; le dénouement est un ballet complet (le « Ballet des Nations »).

Ce format répondait à une commande de Louis XIV, qui adorait la danse et le spectacle. La pièce a été créée au château de Chambord, devant le roi, le 14 octobre 1670. Le roi a d’abord réagi froidement, ce qui a inquiété Molière — mais lors de la deuxième représentation, Louis XIV a exprimé son enthousiasme, et la pièce est devenue un triomphe.

💡 Pourquoi une « turquerie » ? En 1669, un ambassadeur ottoman, Soliman Aga, avait visité la cour de Louis XIV. La rencontre s’était mal passée — l’ambassadeur n’avait pas été suffisamment impressionné par le faste français, ce qui avait vexé le roi. Louis XIV a alors demandé à Molière d’écrire une pièce se moquant des Turcs. La cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme est la réponse à cette commande royale. Le charabia « turc » de la scène est en réalité un mélange d’arabe, de turc et d’italien approximatifs, conçu pour faire rire.

« La belle marquise » et la prose

Deux scènes de l’acte II sont devenues des références culturelles françaises universelles.

La leçon de prose

Le maître de philosophie explique à Jourdain que tout ce qu’on dit est soit en vers, soit en prose. Jourdain demande confirmation que ce qu’il dit quotidiennement — « Nicole, apportez-moi mes pantoufles » — est bien de la prose. Le philosophe confirme. Jourdain est transporté de joie : il fait de la prose depuis quarante ans sans le savoir. Cette scène est devenue une expression proverbiale en français. Dire de quelqu’un qu’il « fait de la prose sans le savoir » signifie qu’il fait quelque chose de banal en croyant faire quelque chose d’extraordinaire.

Les inversions de « Belle marquise »

Jourdain veut écrire un billet galant à Dorimène. Sa phrase de départ est simple : « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. » Le philosophe lui propose des permutations : « D’amour mourir me font, belle marquise, vos beaux yeux » ou « Vos beaux yeux d’amour me font, belle marquise, mourir ». Jourdain essaie chaque version, s’émerveille, et conclut que la première — la sienne — est la meilleure. La scène est drôle parce qu’elle montre à la fois l’absurdité de l’exercice rhétorique et le bon sens involontaire de Jourdain : sa version initiale est effectivement la plus claire.

Contexte historique

La pièce se déroule dans le Paris de Louis XIV, à une époque où la frontière entre bourgeoisie et noblesse est un enjeu social majeur. La noblesse est un statut héréditaire, juridiquement distinct : les nobles ne paient pas les mêmes impôts, portent l’épée, et ont accès à la cour. Mais la bourgeoisie s’enrichit — les marchands, les financiers, les manufacturiers possèdent parfois plus d’argent que les nobles. Cette richesse sans titre crée une frustration que Jourdain incarne de manière caricaturale.

Louis XIV lui-même avait une politique ambiguë envers la bourgeoisie : il l’utilisait dans l’administration (Colbert était fils de marchand) mais maintenait fermement la supériorité symbolique de la noblesse. La pièce plaît au roi parce qu’elle conforte l’ordre social : elle montre qu’un bourgeois qui veut devenir noble est ridicule — ce qui signifie implicitement que chacun doit rester à sa place.

Pourtant, la lecture peut être plus subversive. Ce ne sont pas les bourgeois qui sont les plus ridicules dans la pièce — ce sont les nobles. Dorante est un escroc qui vit aux crochets de Jourdain. Les maîtres (représentants de la culture aristocratique) sont vaniteux et incompétents. Seuls les bourgeois « assumés » (Mme Jourdain, Cléonte) ont de vraies qualités morales. Molière, lui-même fils de tapissier du roi, savait de quoi il parlait.

Exercices

Exercice 1 — Comique de caractère

Le comique du Bourgeois gentilhomme repose principalement sur le caractère de Monsieur Jourdain. Montrez, à partir de trois scènes différentes, que la vanité de Jourdain est à la fois la source du rire et le moteur de l’intrigue.
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Scène 1 — Les leçons (actes I-II) : la vanité de Jourdain le pousse à engager quatre maîtres. Sa naïveté devant la leçon de prose et la leçon de voyelles est comique parce qu’il prend pour des découvertes extraordinaires des choses parfaitement banales. Le rire vient du décalage entre l’enthousiasme du personnage et la trivialité de ce qu’il apprend.
Scène 2 — Le refus de Cléonte (acte III) : la vanité de Jourdain est aussi le moteur de l’intrigue. En refusant un gendre roturier, il bloque le mariage de sa fille et provoque la ruse de Covielle. Sans cette vanité, il n’y aurait pas de conflit dramatique.
Scène 3 — La cérémonie turque (acte IV) : la vanité de Jourdain est exploitée par Covielle pour le tromper. Jourdain croit devenir « Mamamouchi » parce que son désir de noblesse est si puissant qu’il accepte n’importe quel titre, même absurde. Le comique est à son sommet : la vanité aveugle le personnage au point qu’il ne voit pas la mascarade évidente.

Exercice 2 — Mme Jourdain, porte-parole du bon sens

En quoi le personnage de Mme Jourdain représente-t-il la voix de la raison dans la pièce ? Montrez qu’elle s’oppose à la fois aux illusions de son mari et aux manipulations de Dorante.
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Mme Jourdain voit clair là où son mari est aveugle. Face à Jourdain, elle dénonce l’absurdité de ses dépenses, de ses leçons, de ses ambitions nobiliaires. Elle rappelle avec fierté ses origines bourgeoises et refuse de les renier. Face à Dorante, elle perçoit immédiatement l’arnaque : elle comprend que le comte utilise son mari comme portefeuille. Lors du dîner (acte IV), c’est elle qui fait irruption et met fin à la mascarade. Molière donne raison à Mme Jourdain — elle est le personnage le plus lucide de la pièce. Cependant, elle ne peut pas vaincre seule la folie de son mari : il faut la ruse de Covielle pour la résoudre. Le bon sens seul ne suffit pas — il faut aussi l’intelligence pratique.

Exercice 3 — Écriture créative

Imaginez une scène comique où un personnage contemporain veut à tout prix paraître ce qu’il n’est pas (par exemple : un adolescent qui prétend être influenceur, un employé qui se fait passer pour un directeur). Rédigez un dialogue théâtral de 15-20 répliques en utilisant au moins deux types de comique.
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Transposez le schéma de Molière : un personnage vaniteux + un flatteur qui l’exploite + un témoin lucide qui voit la supercherie. Par exemple, un adolescent qui achète des faux abonnés pour paraître populaire, encouragé par un « coach réseaux sociaux » qui lui vend des formations inutiles, observé par un ami qui se moque gentiment. Utilisez le comique de caractère (la vanité du personnage) et le comique de mots (le jargon spécialisé que le personnage emploie sans le comprendre, comme Jourdain avec la prose). Soignez les didascalies pour le jeu physique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un « Mamamouchi » ?
C’est un titre complètement inventé par Molière. Le mot « Mamamouchi » n’existe dans aucune langue — c’est un charabia comique, vaguement inspiré de sonorités turques et arabes, conçu pour paraître exotique et impressionnant. Dans la pièce, on fait croire à Jourdain que c’est un titre de noblesse turc extrêmement prestigieux. L’absurdité du mot est volontaire : elle montre que Jourdain est prêt à croire n’importe quoi pourvu que cela satisfasse son rêve de grandeur. Le mot est passé dans la langue française pour désigner un titre pompeux et ridicule.
La scène de la prose est-elle vraiment comique ?
Oui, et à plusieurs niveaux. Au premier degré, c’est drôle parce que Jourdain s’émerveille d’une banalité (tout le monde parle en prose). Au second degré, Molière se moque du maître de philosophie, qui enseigne une évidence avec la pompe d’une grande révélation — caricature du pédantisme intellectuel. Au troisième degré, la scène pose une vraie question : qu’est-ce que la culture ? Est-ce savoir des choses (la distinction prose/vers) ou les comprendre profondément ? Jourdain sait désormais ce qu’est la prose, mais cette connaissance ne lui sert strictement à rien. Molière critique l’éducation superficielle qui accumule les faits sans produire de pensée.
Molière se moque-t-il des bourgeois ou des nobles ?
Des deux, mais de manière différente. Jourdain est moqué pour sa vanité et sa naïveté — il veut être ce qu’il n’est pas. Mais les nobles (Dorante) et les représentants de la culture aristocratique (les maîtres) sont moqués pour leur malhonnêteté et leur parasitisme — ils exploitent la vanité de Jourdain sans vergogne. Le personnage le plus positif de la pièce est Cléonte, un bourgeois assumé qui refuse de mentir sur ses origines. Le message de Molière est peut-être celui-ci : le problème n’est pas d’être bourgeois, c’est de vouloir ne pas l’être.
Pourquoi cette pièce est-elle souvent étudiée au collège ?
Pour plusieurs raisons pédagogiques convergentes. La pièce est accessible (prose, pas de vers, comique physique et verbal facile à saisir). Elle permet d’étudier tous les types de comique en un seul texte. Le thème de la vanité sociale est universel et transposable au monde contemporain (réseaux sociaux, marques de luxe, paraître). Enfin, elle ouvre à l’étude du théâtre classique (structure en actes, personnages-types, dénouement) et à la réflexion sur les classes sociales. Les scènes de la prose et de la cérémonie turque sont souvent jouées en classe, ce qui rend le texte vivant.
Quel lien avec L’Avare et les autres comédies de Molière ?
Le Bourgeois gentilhomme appartient à la famille des « comédies de caractère » de Molière, où un défaut central structure toute la pièce : la vanité pour Jourdain, l’avarice pour Harpagon (L’Avare), l’hypocrisie religieuse pour Tartuffe, la misanthropie pour Alceste (Le Misanthrope). Dans tous les cas, le défaut du personnage principal est à la fois la source du comique et le moteur de l’intrigue. Mais Le Bourgeois gentilhomme est la plus « spectaculaire » de ces comédies grâce à la dimension musicale et chorégraphique — c’est un spectacle total, pas seulement une pièce de théâtre.