Les Trois Mousquetaires — Alexandre Dumas

Résumé complet, personnages, thèmes et analyse — Fiche de lecture

Auteur
Alexandre Dumas (1802–1870)
Date de publication
1844 (feuilleton dans Le Siècle)
Genre
Roman de cape et d’épée / Roman historique
Mouvement
Romantisme
Époque de l’action
1625–1628 (règne de Louis XIII, ministère de Richelieu)
Nombre de chapitres
67 chapitres
Suite
Vingt Ans après (1845) et Le Vicomte de Bragelonne (1847–1850)
Devise
« Un pour tous, tous pour un »
L’essentiel en 30 secondes : Le jeune d’Artagnan, un Gascon impétueux de 18 ans, monte à Paris pour devenir mousquetaire du roi. Il se lie d’amitié avec trois mousquetaires — Athos, Porthos et Aramis — et se retrouve plongé dans les intrigues politiques qui opposent le roi Louis XIII au cardinal de Richelieu. Amour, duels, complots, espionnage, trahisons : le roman est une machine à aventures construite autour de l’affaire des ferrets de la reine et de la lutte contre la diabolique Milady de Winter. C’est le roman d’aventures français par excellence, celui qui a inventé le héros populaire moderne.

Résumé détaillé

Chapitres 1 à 10 — L’arrivée à Paris et les trois duels

En avril 1625, le jeune d’Artagnan, fils d’un gentilhomme gascon ruiné, quitte Tarbes pour monter à Paris avec un vieux cheval jaune, une lettre de recommandation de son père pour M. de Tréville (capitaine des mousquetaires du roi) et une épée. En chemin, à Meung-sur-Loire, il est humilié par un gentilhomme inconnu qui se moque de son cheval. D’Artagnan tente de le provoquer en duel mais se fait assommer. On lui vole sa lettre de recommandation. Ce gentilhomme mystérieux, qu’il apercevra plusieurs fois au cours du roman, est en réalité le comte de Rochefort, un agent du cardinal de Richelieu.

À Paris, d’Artagnan est reçu par M. de Tréville mais ne peut être enrôlé immédiatement comme mousquetaire — il doit d’abord servir dans un régiment inférieur et faire ses preuves. En sortant du cabinet de Tréville, un enchaînement de maladresses le conduit à provoquer en duel, coup sur coup, trois mousquetaires : Athos (il lui a heurté l’épaule blessée), Porthos (il a marché sur son baudrier) et Aramis (il a ramassé un mouchoir compromettant).

Les trois duels sont fixés le même jour, à des heures successives. Quand d’Artagnan se présente face à Athos pour le premier duel, Porthos et Aramis sont là en tant que seconds. Mais avant que le combat ne commence, des gardes du cardinal surgissent pour arrêter les mousquetaires (les duels sont interdits par Richelieu). D’Artagnan se range immédiatement aux côtés des trois mousquetaires, et tous les quatre mettent en déroute les gardes du cardinal. Cette bataille scelle leur amitié. D’Artagnan est présenté au roi Louis XIII, qui le félicite. La devise naît : « Un pour tous, tous pour un ».

Chapitres 11 à 25 — L’affaire des ferrets de la reine

D’Artagnan s’installe dans un modeste logement parisien. Son propriétaire, Bonacieux, est un bourgeois timoré dont la jeune femme, Constance Bonacieux, est lingère et dame de confiance de la reine Anne d’Autriche. D’Artagnan tombe amoureux de Constance — premier grand amour du roman.

L’intrigue politique se noue : la reine Anne d’Autriche entretient une correspondance secrète (et probablement amoureuse) avec le duc de Buckingham, premier ministre d’Angleterre, ennemi de la France. Lors d’un rendez-vous clandestin, la reine a offert à Buckingham douze ferrets de diamants (une parure de bijoux) que le roi lui avait donnés. Le cardinal de Richelieu, informé par ses espions, manipule le roi pour qu’il organise un bal et demande à la reine de porter ses ferrets. Si la reine ne peut les présenter, sa liaison avec Buckingham sera exposée — un scandale politique et un moyen pour Richelieu d’affaiblir la reine.

Constance Bonacieux supplie d’Artagnan de l’aider. Le jeune homme accepte de se rendre à Londres pour récupérer les ferrets auprès de Buckingham avant le bal. C’est une course contre la montre, car Richelieu a dépêché ses agents pour empêcher tout messager d’atteindre l’Angleterre. D’Artagnan part accompagné de ses trois amis. Chacun d’eux tombe dans un guet-apens en chemin : Porthos est retenu par un duel truqué, Aramis est blessé, Athos est arrêté sur un faux motif. Seul d’Artagnan parvient à Calais, traverse la Manche, et arrive à Londres.

Buckingham découvre que deux des douze ferrets ont été volés — par Milady de Winter, l’espionne la plus redoutable du cardinal, qui a séduit un valet du duc pour les dérober. Buckingham fait immédiatement fabriquer deux répliques identiques par son joaillier (en interdisant à tout navire de quitter l’Angleterre pour que personne ne puisse prévenir Richelieu). D’Artagnan repart avec les douze ferrets complets.

Le soir du bal, la reine porte les ferrets. Le cardinal montre au roi les deux ferrets volés par Milady, pensant confondre la reine — mais elle en porte bien douze. Richelieu est humilié. La reine est sauvée. D’Artagnan est récompensé par un anneau de diamants et un baiser de Constance.

Chapitres 26 à 48 — Milady de Winter

L’intrigue se resserre autour de Milady de Winter, le personnage le plus fascinant du roman. Belle, intelligente, impitoyable, elle est l’agent secret du cardinal. D’Artagnan la croise et est subjugué par sa beauté. Il tente de la séduire en se faisant passer pour le comte de Wardes, un gentilhomme qu’elle aime. L’imposture réussit — mais quand Milady découvre la tromperie, elle jure de se venger.

Lors d’une lutte avec Milady, d’Artagnan découvre qu’elle porte une fleur de lys marquée au fer rouge sur l’épaule — la marque des criminels condamnés par la justice. Ce secret terrible révèle que Milady a un passé criminel. D’Artagnan partage cette découverte avec Athos, qui blêmit : Milady est en réalité son ancienne femme. Des années plus tôt, Athos (de son vrai nom le comte de La Fère) avait épousé une belle jeune femme qu’il croyait noble. En découvrant la fleur de lys sur son épaule lors d’une chasse, il l’avait pendue à un arbre — mais elle avait survécu. Milady est cette femme, revenue d’entre les morts, et animée par une soif de vengeance qui englobe désormais d’Artagnan et les quatre mousquetaires.

L’action historique reprend : la France est en guerre contre l’Angleterre. Le siège de La Rochelle commence (1627–1628). Les mousquetaires sont envoyés au front. C’est pendant ce siège que se déroule la célèbre scène du bastion Saint-Gervais : pour pouvoir discuter en secret de leurs plans contre Milady, les quatre amis font le pari d’aller déjeuner dans un bastion avancé, en territoire ennemi. Ils y restent une heure, repoussent plusieurs attaques, et reviennent victorieux — le tout en ayant tranquillement discuté de leur stratégie. La scène est à la fois héroïque et comique, emblématique du ton du roman.

Chapitres 49 à 67 — L’emprisonnement de Milady et le dénouement

Richelieu confie à Milady une mission : se rendre en Angleterre et assassiner Buckingham, qui prépare une expédition militaire pour secourir La Rochelle. En échange, le cardinal lui donne un sauf-conduit qui l’absout de tout crime commis au service de l’État.

D’Artagnan, prévenu par Athos, fait capturer Milady et la fait enfermer dans un château en Angleterre par Lord de Winter, le beau-frère de Milady (dont elle a assassiné le frère pour hériter de son titre). Milady est prisonnière — mais pas vaincue. Elle séduit son geôlier, un jeune officier puritain nommé Felton, en jouant la victime persécutée pour sa foi. En quelques jours, elle le retourne complètement : Felton l’aide à s’évader et, endoctriné par elle, se rend à Portsmouth où il assassine Buckingham d’un coup de couteau.

De retour en France, Milady se venge de d’Artagnan en frappant ce qu’il a de plus cher : elle fait empoisonner Constance Bonacieux, qui meurt dans les bras de d’Artagnan au couvent où elle était cachée. D’Artagnan est anéanti.

Les quatre mousquetaires, rejoints par Lord de Winter et le bourreau de Lille (dont Milady a autrefois séduit et fait exécuter le frère), traquent Milady et la rattrapent au bord de la Lys. Un tribunal improvisé se tient dans la nuit. Chacun énumère les crimes de Milady : l’empoisonnement de Constance, l’assassinat de Buckingham (par Felton interposé), le meurtre du frère de Lord de Winter, la corruption de Felton, les crimes passés qui lui ont valu la fleur de lys. Milady tente de se défendre, invoque son sauf-conduit du cardinal. Athos le déchire. Le bourreau de Lille l’exécute en la décapitant au bord de la rivière.

Richelieu, informé de tout, convoque d’Artagnan. Le jeune homme s’attend à être arrêté. Mais le cardinal, impressionné par son courage et son habileté, lui offre un brevet de lieutenant dans les mousquetaires — le laissant libre d’y inscrire le nom qu’il veut. D’Artagnan propose le brevet à Athos, puis à Porthos, puis à Aramis — chacun refuse pour des raisons personnelles. D’Artagnan accepte finalement la promotion. Il est devenu mousquetaire.

Personnages

PersonnageIdentitéCaractéristiques
D’ArtagnanJeune Gascon de 18 ans, futur mousquetaireCourageux, impulsif, rusé, loyal, séducteur. Le héros en formation — il grandit tout au long du roman.
AthosComte de La Fère, mousquetaireNoble, mélancolique, hanté par son passé avec Milady. Le plus aristocratique et le plus tragique des trois. Boit pour oublier.
PorthosMousquetaire, colosse vaniteuxÉnorme, fanfaron, gourmand, naïf. Force physique prodigieuse. Entretenu par une procureuse (Mme Coquenard) qu’il n’aime pas.
AramisMousquetaire, aspirant ecclésiastiqueÉlégant, discret, cultivé, toujours entre l’épée et le bréviaire. Entretient une liaison secrète avec une grande dame (Mme de Chevreuse).
Milady de WinterEspionne du cardinal, ex-femme d’AthosBelle, intelligente, impitoyable, manipulatrice. Le plus grand personnage féminin de Dumas — et le plus dangereux.
Cardinal de RichelieuPremier ministre de Louis XIIIPuissant, machiavélique, mais pas caricaturalement méchant. Il sert l’État avec des méthodes discutables.
Constance BonacieuxLingère de la reine, amoureuse de d’ArtagnanJeune, jolie, courageuse. Sa mort est le moment le plus tragique du roman.
BuckinghamDuc, premier ministre d’AngleterreAmoureux de la reine Anne. Puissant et romanesque. Assassiné par Felton.
Louis XIIIRoi de FranceFaible, jaloux, manipulé par Richelieu. Personnage comique par moments.
Anne d’AutricheReine de France, épouse de Louis XIIIMalheureuse en ménage, amoureuse de Buckingham. L’affaire des ferrets la met en danger.
PlanchetValet de d’ArtagnanFidèle, courageux malgré sa peur. Accompagne d’Artagnan dans ses missions les plus dangereuses.
RochefortAgent du cardinalL’homme de Meung, ennemi récurrent de d’Artagnan. Ils se battent trois fois et finissent par devenir amis.

Les trois mousquetaires — trois tempéraments

💡 Le trio complémentaire : Athos, Porthos et Aramis ne sont pas interchangeables — ils incarnent trois facettes de la noblesse française. Athos est l’honneur et la mélancolie (le noble déchu, rongé par un secret tragique). Porthos est la force et la vanité (le géant bon vivant qui rêve de richesse et de titres). Aramis est l’intelligence et l’ambiguïté (l’homme partagé entre la guerre et l’Église, le monde et la foi). D’Artagnan, en se liant à eux, absorbe un peu de chacun : le sens de l’honneur d’Athos, l’énergie de Porthos, la finesse d’Aramis.

Thèmes et analyse

L’amitié virile — le cœur du roman

Les Trois Mousquetaires est avant tout un roman de l’amitié. La devise « Un pour tous, tous pour un » n’est pas une formule creuse : les quatre amis risquent réellement leur vie les uns pour les autres à plusieurs reprises. D’Artagnan se bat contre les gardes du cardinal pour défendre Athos qu’il vient de provoquer en duel. Athos reste prisonnier pour permettre à d’Artagnan de passer. Porthos et Aramis se sacrifient en chemin vers l’Angleterre. L’amitié chez Dumas est un pacte absolu, supérieur à l’amour (d’Artagnan perd Constance mais garde ses amis), à la politique et même à la morale.

L’honneur et le code aristocratique

Le monde des mousquetaires est régi par un code non écrit : on ne refuse jamais un duel, on ne trahit jamais un ami, on ne ment jamais sur parole donnée, on meurt plutôt que de se déshonorer. Ce code est incarné par Athos, le plus rigoureux des quatre. Quand il découvre la fleur de lys sur l’épaule de sa femme, il la pend sans procès — non par cruauté, mais parce que son code d’honneur le lui commande. Ce code est à la fois admirable (il produit des héros) et terrifiant (il produit des exécutions sommaires).

Le pouvoir et l’intrigue politique

Le roman se déroule dans un contexte politique réel : la rivalité entre le roi Louis XIII et le cardinal de Richelieu, la guerre entre la France et l’Angleterre, le siège de La Rochelle. Dumas simplifie la réalité historique mais en conserve la mécanique : le pouvoir est un jeu de manipulation où chacun utilise des agents, des espions, des intermédiaires. Richelieu manipule le roi, Milady manipule Felton, la reine manipule Constance. Seuls les mousquetaires agissent à visage découvert — c’est ce qui fait leur grandeur et leur danger.

Milady — la femme fatale

Milady de Winter est l’un des plus grands personnages féminins de la littérature française. Elle est belle, intelligente, cultivée, polyglotte, capable de séduire n’importe qui (un comte, un geôlier, un puritain, un cardinal) et de tuer sans remords. Mais elle est aussi un produit de la violence masculine : marquée au fer rouge, pendue par son propre mari, enfermée par Lord de Winter. Sa monstruosité est en partie une réponse à la brutalité du monde qui l’a façonnée. Dumas ne la réduit jamais à une caricature — il la montre redoutable, parfois pitoyable, et toujours fascinante.

L’aventure et le mouvement

Le roman est une mécanique du mouvement permanent. Les personnages ne tiennent pas en place : ils galopent de Paris à Londres, de Londres à La Rochelle, de La Rochelle à Béthune. Chaque chapitre se termine sur un rebondissement qui lance le chapitre suivant. Cette dynamique n’est pas un hasard — c’est la technique du roman-feuilleton, publié par épisodes dans un journal : chaque chapitre doit donner envie de lire le suivant. Dumas est un maître absolu de cette mécanique narrative.

Contexte historique réel

Dumas s’appuie sur des événements et des personnages réels, qu’il transforme librement pour les besoins du roman :

Élément du romanRéalité historique
D’ArtagnanInspiré de Charles de Batz de Castelmore, un vrai Gascon devenu mousquetaire puis capitaine-lieutenant des mousquetaires de Louis XIV (pas Louis XIII). Ses mémoires apocryphes, rédigées par Gatien de Courtilz de Sandras en 1700, sont la source principale de Dumas.
Athos, Porthos, AramisTrois vrais mousquetaires : Armand de Sillègue d’Athos d’Autevielle, Isaac de Portau, et Henri d’Aramitz. Ils étaient contemporains du vrai d’Artagnan, mais Dumas a entièrement inventé leurs personnalités.
RichelieuLe cardinal de Richelieu (1585–1642) était effectivement le premier ministre tout-puissant de Louis XIII. Sa rivalité avec la reine Anne d’Autriche est attestée historiquement.
L’affaire des ferretsCet épisode est largement inventé par Dumas, inspiré de rumeurs sur les relations entre Anne d’Autriche et Buckingham.
Le siège de La RochelleÉvénement réel (1627–1628). La France assiège la ville protestante de La Rochelle, que l’Angleterre tente de secourir. Le siège se termine par la capitulation de la ville.
L’assassinat de BuckinghamLe duc de Buckingham a réellement été assassiné en 1628 par John Felton, un officier mécontent. Dumas transforme Felton en instrument de Milady.
⚠️ Roman historique ≠ cours d’histoire : Dumas modifie la chronologie, invente des épisodes, et donne à des personnages secondaires de l’histoire un rôle central. Le roman n’est pas une source fiable pour un devoir d’histoire — mais il donne une vision vivante et captivante du XVIIe siècle français. Dumas disait lui-même qu’il « violait l’histoire, mais lui faisait de beaux enfants ».

Structure et art du feuilleton

Les Trois Mousquetaires a été publié en feuilleton dans le journal Le Siècle, du 14 mars au 14 juillet 1844. Chaque jour, les lecteurs découvraient un ou deux chapitres, avec un suspense final (le cliffhanger) qui les poussait à acheter le journal du lendemain.

Cette contrainte éditoriale a façonné la structure du roman : les 67 chapitres sont courts, rythmés, avec des fins de chapitre toujours tendues. Dumas maîtrise l’art de couper au moment exact où le lecteur est accroché. Cette technique a fait de lui l’un des auteurs les plus populaires de son époque — et elle préfigure les séries télévisées modernes.

Le roman alterne entre trois types de chapitres : les chapitres d’action (duels, poursuites, batailles), les chapitres d’intrigue (complots, manipulations, espionnage) et les chapitres comiques (les querelles entre valets, les aventures galantes de Porthos, les fanfaronnades de d’Artagnan). Cette variété de tons est une autre force du feuilleton : il faut surprendre le lecteur à chaque épisode.

La collaboration avec Auguste Maquet, son assistant littéraire, est un sujet débattu. Maquet fournissait des plans détaillés et des brouillons que Dumas réécrivait entièrement. Le style, le rythme, les dialogues et le souffle sont indiscutablement ceux de Dumas. Mais la structure narrative doit beaucoup à Maquet, que Dumas n’a jamais pleinement crédité.

Répliques et scènes célèbres

« Un pour tous, tous pour un » : la devise des mousquetaires, prononcée après la bataille contre les gardes du cardinal (chapitre 9). Elle résume toute la philosophie du roman : la solidarité absolue entre amis, qui prime sur la hiérarchie, la politique et l’intérêt personnel. C’est devenue l’une des devises les plus citées au monde.
Le bastion Saint-Gervais : pour discuter en secret, les quatre amis parient qu’ils iront déjeuner dans un bastion avancé, sous le feu de l’ennemi. Ils y tiennent une heure, repoussent trois attaques, et reviennent en héros — le tout en ayant planifié tranquillement la chute de Milady. La scène mêle héroïsme et humour dans un équilibre parfaitement dumasien.
Le jugement de Milady : au bord de la rivière, dans la nuit, les mousquetaires organisent un procès solennel. Chacun prononce un chef d’accusation. Athos déchire le sauf-conduit du cardinal. Le bourreau exécute la sentence. La scène est théâtrale, sombre, quasi biblique — les héros deviennent des justiciers, à la limite de la loi. C’est le moment le plus moralement ambigu du roman.
La mort de Constance : d’Artagnan arrive au couvent de Béthune pour sauver Constance, mais Milady l’a déjà empoisonnée. Constance meurt dans ses bras en murmurant le nom de son amant. C’est le seul moment où d’Artagnan pleure. Le lecteur comprend que l’aventure a un prix — et que ce prix est terrible.

Exercices

Exercice 1 — Le héros de roman d’aventures

En quoi d’Artagnan correspond-il au modèle du héros de roman d’aventures ? Identifiez au moins quatre caractéristiques du héros d’aventures que d’Artagnan possède, en vous appuyant sur des épisodes précis du roman.
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Le courage physique : d’Artagnan se bat en duel dès son premier jour à Paris, affronte les gardes du cardinal à quatre contre dix, et traverse seul l’Angleterre malgré les guet-apens.
La ruse : il se fait passer pour le comte de Wardes auprès de Milady, invente des stratagèmes pour obtenir des informations, et déjoue les plans du cardinal.
L’ascension sociale : il arrive à Paris sur un vieux cheval jaune et finit le roman comme lieutenant des mousquetaires — le parcours classique du héros qui part de rien.
L’épreuve sentimentale : il perd Constance, la femme qu’il aime — le héros d’aventures doit payer un prix personnel pour sa quête.

Exercice 2 — Milady : victime ou bourreau ?

Le personnage de Milady est-il un simple personnage de « méchante », ou Dumas en fait-il un personnage plus complexe ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur au moins deux scènes du roman.
Voir des pistes de réponse
Milady n’est pas un personnage unidimensionnel. Elle est bourreau : elle empoisonne Constance, manipule Felton pour assassiner Buckingham, ment, trahit et tue sans remords. Mais elle est aussi victime d’un monde masculin violent : marquée au fer rouge dans sa jeunesse pour un crime mal défini, pendue par son propre mari Athos sans procès, enfermée par Lord de Winter. Sa monstruosité peut être lue comme une réponse à la violence qu’elle a subie. La scène de la séduction de Felton montre sa virtuosité psychologique — elle est plus intelligente que tous les hommes autour d’elle. Dumas la rend fascinante précisément parce qu’elle refuse d’être une victime passive : elle retourne la violence qu’on lui a infligée contre le monde entier.

Exercice 3 — Le feuilleton et le suspense

Les Trois Mousquetaires a été publié en feuilleton dans un journal. Comment cette contrainte de publication influence-t-elle la structure du roman ? Donnez deux exemples de « fins de chapitre » conçues pour donner envie au lecteur de lire la suite.
Voir des pistes de réponse
La publication en feuilleton impose des chapitres courts et un suspense permanent. Chaque chapitre se termine sur une question irrésolue ou un rebondissement qui « accroche » le lecteur. Par exemple : le chapitre où d’Artagnan découvre la fleur de lys de Milady se termine sur son effroi — le lecteur veut savoir ce que signifie cette marque. Le chapitre où Constance est emmenée par les hommes du cardinal se termine sur son cri — le lecteur veut savoir où elle est emprisonnée. Cette technique est l’ancêtre direct du cliffhanger des séries télévisées modernes. Dumas en est l’un des inventeurs les plus efficaces.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on « les trois mousquetaires » alors qu’ils sont quatre ?
Le titre désigne les trois mousquetaires déjà en poste quand l’histoire commence : Athos, Porthos et Aramis. D’Artagnan, lui, n’est pas encore mousquetaire au début du roman — il le devient seulement à la toute fin, en recevant son brevet de Richelieu. Le titre marque donc le point de départ : trois mousquetaires accueillent un quatrième, et ce quatrième devient le héros du groupe. C’est aussi un effet de style : « les quatre mousquetaires » sonnerait moins bien.
D’Artagnan a-t-il réellement existé ?
Oui, en partie. Le vrai d’Artagnan s’appelait Charles de Batz de Castelmore, comte d’Artagnan. C’était un Gascon qui a servi comme mousquetaire puis capitaine-lieutenant des mousquetaires sous Louis XIV (pas Louis XIII). Il est mort au siège de Maastricht en 1673. Dumas s’est inspiré de mémoires apocryphes publiés en 1700 par Gatien de Courtilz de Sandras. Le personnage du roman est très largement fictif — le vrai d’Artagnan n’a connu ni Athos, ni Porthos, ni Aramis (du moins pas les versions de Dumas), et l’affaire des ferrets est inventée.
Qui est Auguste Maquet ?
Auguste Maquet (1813–1888) était un professeur d’histoire devenu collaborateur littéraire de Dumas. Il fournissait des plans, des recherches historiques et des brouillons que Dumas réécrivait intégralement. Leur collaboration a produit Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo et de nombreux autres romans. Maquet a fini par réclamer en justice une reconnaissance de coauteur, qu’il n’a obtenue que partiellement. Le débat sur la « vraie » paternité de ces romans reste ouvert, mais le consensus est que Dumas apportait le génie narratif, le style et le souffle, tandis que Maquet apportait la structure et la documentation.
Y a-t-il une suite aux Trois Mousquetaires ?
Oui, deux suites. Vingt Ans après (1845) retrouve les quatre amis en 1648, pendant la Fronde, vingt ans plus vieux et séparés par la politique. Le Vicomte de Bragelonne (1847–1850), beaucoup plus long, couvre les premières années du règne de Louis XIV et contient le célèbre épisode de l’Homme au masque de fer. La trilogie forme un cycle complet, du début de la carrière de d’Artagnan à sa mort au siège de Maastricht.
Peut-on lire Les Trois Mousquetaires au collège ?
Absolument. Le roman est souvent proposé en lecture cursive en 5ème ou 4ème, dans le cadre de l’étude du récit d’aventures ou du roman historique. Sa longueur (environ 700 pages) peut impressionner, mais le style de Dumas est extrêmement fluide, les chapitres sont courts, et le rythme ne faiblit jamais. Des éditions abrégées existent pour les plus jeunes lecteurs. C’est un excellent premier contact avec la littérature classique française — beaucoup de lecteurs adultes passionnés de littérature racontent que Les Trois Mousquetaires a été leur premier « vrai » roman.