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♠️ En bref
Le bluff est l’arme la plus iconique du poker — mais aussi la plus mal comprise. Bluffer ne signifie pas « mentir au hasard » : c’est une décision stratégique calculée, fondée sur la situation, l’adversaire, la texture du board et votre image à la table. Les meilleurs bluffeurs ne bluffent pas plus souvent que les autres — ils bluffent mieux, dans les bons spots, contre les bons adversaires. Cette fiche vous apprend à identifier ces spots.
Pré-requis : avoir lu les cotes au poker, le 3-bet et le continuation bet.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un bluff ?
- Les types de bluffs
- Les 5 conditions d’un bon bluff
- Le semi-bluff : l’arme la plus rentable
- Quand bluffer (et quand ne pas bluffer)
- Le sizing du bluff
- Le bluff à la river
- Bluffer selon l’adversaire
- L’image à la table
- Défendre contre les bluffs
- Les erreurs fréquentes
- Questions fréquentes
1. Qu’est-ce qu’un bluff ? 📖
Un bluff est une mise ou une relance faite avec une main que vous pensez plus faible que celle de votre adversaire, dans le but de le faire se coucher. Vous ne pouvez pas gagner au showdown — votre seule façon de remporter le pot est que l’adversaire abandonne.
Exemple : vous avez 7♠ 2♦ sur un board A♣ K♠ 8♦ 4♥ 3♣. Vous n’avez rien — même pas une paire. Mais vous misez 75% du pot à la river. Si l’adversaire se couche, vous gagnez le pot avec « air ». C’est un bluff pur.
Ce qu’un bluff n’est PAS :
- Pas une mise avec une main forte : miser AA au flop n’est pas un bluff, c’est un value bet
- Pas un pari au hasard : un bon bluff repose sur une analyse de la situation, pas sur l’espoir aveugle que l’adversaire fold
- Pas obligatoire : vous pouvez être un joueur gagnant en bluffant très rarement — mais jamais en bluffant tout le temps
2. Les types de bluffs 🎭
Tous les bluffs ne se valent pas. La distinction fondamentale est entre le bluff pur et le semi-bluff.
| Type | Définition | Equity si call | Risque | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| Bluff pur | Vous n’avez rien. Aucune chance de gagner au showdown. | ~0% | 🔴 Élevé | 7♠ 2♦ sur A♣ K♠ 8♦ 4♥ 3♣ |
| Semi-bluff | Vous n’avez rien encore, mais un tirage qui peut s’améliorer. | 15-45% | 🟡 Modéré | 8♥ 9♥ sur K♥ 5♥ 2♣ (flush draw) |
| Bluff d’equity | Vous misez avec une main qui a une certaine equity mais qui n’est pas la meilleure en ce moment. | 20-40% | 🟡 Modéré | 6♠ 7♠ sur 5♣ 8♦ K♠ (OESD) |
| Bluff de blocage (block bet) | Petite mise OOP pour contrôler la taille du pot et décourager un gros bet adverse. | Variable | 🟢 Faible | Miser 25% du pot avec paire moyenne pour éviter de faire face à un gros bet |
💡 Règle d’or : le semi-bluff est presque toujours préférable au bluff pur. En semi-bluff, vous gagnez de 2 façons : soit l’adversaire se couche (fold equity), soit vous touchez votre tirage (equity). Le bluff pur n’a qu’une seule façon de gagner.
3. Les 5 conditions d’un bon bluff ✅
Un bluff rentable réunit idéalement ces 5 conditions. Plus vous en cochez, plus le bluff est justifié.
Condition 1 : L’adversaire est capable de se coucher
C’est la condition la plus importante. Bluffer un joueur qui ne fold jamais (calling station) est jeter de l’argent par la fenêtre. Avant de bluffer, demandez-vous : « Est-ce que ce joueur spécifique va fold ici ? ». Si la réponse est non, ne bluffez pas — aussi tentant que ce soit.
Condition 2 : Votre histoire est crédible
Un bon bluff raconte une histoire cohérente. Votre ligne d’action (vos mises préflop, flop, turn) doit être compatible avec la main forte que vous représentez. Si vous n’avez pas relancé préflop et que vous misez gros quand un As tombe au flop, l’histoire ne colle pas — un adversaire attentif ne vous croira pas.
Exemple de bonne histoire : vous 3-bet préflop (représentant une main forte), c-bet un flop K♠ 7♦ 2♣ (vous pouvez avoir AK, KK, AA), barrel le turn 5♠ (toujours cohérent), et bluffez la river Q♥. Votre ligne est crédible à chaque étape.
Exemple de mauvaise histoire : vous limpez préflop, checkez le flop, checkez le turn, puis misez pot à la river quand un As tombe. Vous n’avez jamais montré de force — pourquoi auriez-vous soudainement un As ?
Condition 3 : Vous avez de l’equity de secours (idéalement)
Les meilleurs bluffs sont des semi-bluffs — des bluffs avec un tirage. Si le bluff échoue (l’adversaire call), vous avez encore des chances de gagner. Un flush draw donne ~35% d’equity (flop → river), un OESD ~32%, un combo draw ~50%+. C’est un filet de sécurité qui rend le bluff mathématiquement plus rentable.
Condition 4 : Le board favorise votre range
Certains boards favorisent le range du bluffeur. Si vous avez relancé préflop et que le flop tombe A♠ K♦ 3♣, votre range contient plus d’As et de Rois que celui du caller — vous avez un avantage de range. Un bluff est plus crédible quand le board vous favorise.
À l’inverse, sur un board 6♥ 7♥ 8♣, le range du caller (qui défend souvent avec des connecteurs et petites paires) est mieux connecté que le vôtre. Un bluff ici est moins crédible.
Condition 5 : Le sizing est cohérent
Votre sizing de bluff doit être identique à celui que vous utiliseriez pour value. Si vous misez habituellement 70% du pot avec vos mains fortes, bluffez à 70% aussi. Un sizing bizarre (trop petit ou trop gros par rapport à vos habitudes) est un tell que les adversaires attentifs détecteront.
4. Le semi-bluff : l’arme la plus rentable 💎
Le semi-bluff est une mise agressive avec un tirage qui peut s’améliorer. C’est le type de bluff le plus fréquent et le plus rentable au poker.
Pourquoi le semi-bluff est si puissant
Quand vous semi-bluffez, vous gagnez de 2 façons :
- L’adversaire se couche : vous remportez le pot immédiatement (fold equity)
- L’adversaire suit et vous touchez : vous complétez votre tirage et gagnez un pot plus gros (equity)
Cette double source de gains rend le semi-bluff rentable même quand la fold equity seule ne suffirait pas.
Exemple chiffré
Vous avez T♥ 9♥ sur un board K♥ 6♥ 2♣. Vous avez un flush draw (9 outs, ~35% d’equity flop → river).
Le pot est de 10€. Vous misez 7€ (70% du pot).
Si l’adversaire fold 40% du temps :
- 40% du temps : vous gagnez 10€ immédiatement → +10€
- 60% du temps : il call. Nouveau pot = 24€. Vous avez 35% de chances de toucher → 0,35 × 24€ = 8,40€. Vous avez investi 7€ → gain moyen quand il call = +1,40€
- EV du semi-bluff = 0,40 × 10 + 0,60 × 1,40 = +4,84€
Le semi-bluff est largement +EV ici, même si l’adversaire ne fold « que » 40% du temps.
Les meilleurs tirages pour semi-bluffer
| Tirage | Outs | Equity (flop → river) | Semi-bluff recommandé ? |
|---|---|---|---|
| Combo draw (flush + OESD) | ~15 | ~54% | ✅ Excellent — souvent favori même si call |
| Nut flush draw | 9 | ~35% | ✅ Très bon — equity forte + meilleure couleur possible |
| OESD | 8 | ~32% | ✅ Bon — assez d’equity pour justifier l’agression |
| Flush draw non-nuts | 9 (parfois moins) | ~35% | 🟡 Prudence — risque de compléter et perdre contre une couleur plus haute |
| Gutshot | 4 | ~17% | 🟡 Situationnel — equity trop faible seule, mais utile avec un backdoor flush |
| Backdoor draw | ~1-2 | ~4% | ❌ Seul, pas assez d’equity pour semi-bluffer |
5. Quand bluffer (et quand ne pas bluffer) ✅❌
Bluffez quand…
- L’adversaire a un range « cappé » : s’il n’a fait que suivre (jamais relancé), il n’a probablement pas une main monstre. Il est vulnérable à la pression.
- Le board change en votre faveur : un As ou un Roi tombe au turn/river — vous pouvez le représenter même si vous ne l’avez pas.
- Votre ligne est cohérente : vous avez montré de la force depuis le début (3-bet préflop, c-bet flop, barrel turn). Le bluff river est la conclusion logique.
- L’adversaire est serré ou régulier : les joueurs qui réfléchissent sont capables de folder. Les joueurs récréatifs qui veulent « voir » ne le sont pas.
- Vous avez des bloqueurs : un As en main réduit les combos d’AA, AK, AQ de l’adversaire. Il a mécaniquement moins de mains fortes.
- Le pot est contesté en heads-up : en 1v1, il n’y a qu’un joueur à convaincre de se coucher.
Ne bluffez PAS quand…
- L’adversaire est un calling station : il appelle avec n’importe quoi. Gardez vos jetons pour du value bet.
- Plusieurs joueurs sont dans le pot : plus il y a de joueurs, plus il est probable que quelqu’un ait touché. Votre bluff doit fonctionner contre TOUS.
- Votre histoire ne tient pas debout : si votre ligne d’action n’est pas crédible, un adversaire compétent vous attrapera.
- Vous êtes en tilt : le tilt pousse à bluffer par frustration, par ego, ou pour « se refaire ». C’est la pire raison de bluffer.
- Le board est très connecté et l’adversaire a montré de l’intérêt : sur 7♥ 8♥ 9♣ T♠, si l’adversaire a call 2 streets, il a probablement quelque chose de sérieux.
- Vous avez une showdown value : si votre main peut gagner au showdown (paire basse, As haut), checker est souvent mieux que bluffer. En bluffant, vous vous faites « fold l’equity » — vous transformez une main qui pouvait gagner en un bluff que vous pouvez perdre.
6. Le sizing du bluff 📏
Le sizing d’un bluff est crucial : trop petit, l’adversaire a des cotes pour call. Trop gros, vous risquez trop de jetons.
Le principe fondamental : fold equity vs risque
Le sizing de bluff est un compromis : un gros bet génère plus de fold equity mais coûte plus cher quand l’adversaire call. Un petit bet risque moins mais donne de meilleures cotes à l’adversaire.
| Sizing (% du pot) | L’adversaire doit fold X% pour que le bluff soit rentable | Usage typique |
|---|---|---|
| 25% du pot | 20% | Bluff à bas risque sur boards très secs. Peu cher si ça ne passe pas. |
| 33% du pot | 25% | C-bet bluff sur boards secs. Standard en pot 3-bet. |
| 50% du pot | 33% | Sizing intermédiaire. Bon ratio risque/reward. |
| 66% du pot | 40% | Sizing standard pour la plupart des bluffs. |
| 75% du pot | 43% | Bluff appuyé. Plus de pression sur l’adversaire. |
| 100% du pot (pot-size) | 50% | Bluff de conviction. River bluff quand vous voulez maximiser les folds. |
| Overbet (>100%) | >50% | Réservé aux spots très spécifiques. Extrêmement polarisant. |
💡 Comment lire ce tableau : si vous misez 66% du pot (ex : 20€ dans un pot de 30€), l’adversaire doit se coucher au moins 40% du temps pour que votre bluff soit rentable. Si vous estimez qu’il fold 50%, c’est un bluff +EV.
⚠️ Rappel : utilisez le même sizing en bluff et en value. Si l’adversaire peut deviner que vos gros bets sont des bluffs et vos petits bets de la value (ou vice versa), votre stratégie est transparente.
7. Le bluff à la river 🌊
Le bluff river est le plus décisif et le plus risqué. C’est la dernière street — il n’y a plus de carte à venir, pas de semi-bluff possible. C’est un bluff pur ou une value bet.
Quand le bluff river est justifié
1. La river complète un tirage évident que vous pouvez représenter
La 3ème carte d’une couleur tombe, ou une quinte se complète. Même si vous n’avez pas le tirage, vous pouvez le représenter si votre ligne est cohérente.
Exemple : vous avez J♣ T♣ sur A♥ 7♥ 2♦ 5♥. Board : 3 cœurs visibles. Vous avez c-bet flop et barrel turn. La river tombe 9♥ (4ème cœur). Vous pouvez miser gros en représentant la couleur — votre histoire est crédible même si vous n’avez pas de cœur.
2. L’adversaire a un range cappé
S’il n’a fait que suivre passivement (jamais relancé), son range exclut les mains très fortes (sets, couleurs, quintes). Il a probablement une paire ou un tirage raté. Une grosse mise river met une pression énorme sur ce type de range.
3. Vous avez des bloqueurs pertinents
Avoir un As de cœur quand 3 cœurs sont au board bloque les combos de nut flush de l’adversaire. Il a mécaniquement moins de couleurs possibles → plus susceptible de folder.
Sizing du bluff river
Le bluff river utilise généralement un sizing plus gros que les streets précédentes :
- Bluff standard : 66-80% du pot
- Bluff de conviction : 100% du pot ou overbet
- Bluff de désespoir (petit) : 33-50% — mais donne de bonnes cotes à l’adversaire, donc moins efficace
8. Bluffer selon l’adversaire 🎯
Le choix de bluffer ou non dépend autant de l’adversaire que de vos cartes.
| Type d’adversaire | Fréquence de bluff recommandée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Nit (ultra-serré) | 🟢 Élevée | Il fold tout sauf les nuts. Bluffez souvent, petits sizings suffisent. |
| TAG (serré-agressif) | 🟡 Modérée | Capable de folder mais aussi de 3-bet ou raise en bluff. Choisissez vos spots. |
| LAG (large-agressif) | 🟡 Prudence | Il peut vous re-bluffer ou call light. Réduisez les bluffs, augmentez le value bet. |
| Calling station | 🔴 Très faible | Il ne fold JAMAIS. Bluffer = donner de l’argent. Misez uniquement pour value. |
| Maniac | 🔴 Évitez | Il relance tout. Vos bluffs se retourneront contre vous. Piégez-le avec de la value. |
| Joueur en tilt | 🔴 Évitez | Un joueur en tilt call beaucoup plus large que d’habitude. Profitez-en avec vos bonnes mains. |
💡 Règle simple : bluffez les joueurs qui réfléchissent. Value betez les joueurs qui appellent.
9. L’image à la table 🪞
Votre image est la perception que les adversaires ont de votre jeu. Elle influence directement l’efficacité de vos bluffs.
Image serrée → bluffs plus efficaces
Si vous n’avez joué que des mains premium depuis une heure, les adversaires vous respectent. Quand vous misez gros, ils pensent que vous avez encore une main forte et se couchent plus facilement. Vous pouvez exploiter cette image avec des bluffs ciblés.
Image large → bluffs moins efficaces
Si vous avez été très actif (beaucoup de relances, beaucoup de c-bet), les adversaires commencent à vous « attraper ». Ils appellent plus large en pensant que vous bluffez. Dans cette situation, réduisez les bluffs et augmentez le value bet — vous serez payé plus souvent avec vos bonnes mains.
L’image après un bluff montré
Si vous montrez un bluff réussi (ou si vous êtes attrapé en train de bluffer), votre image change instantanément. Après avoir montré un bluff :
- Court terme : les adversaires vous respecteront moins → réduisez vos bluffs, augmentez la value
- Long terme : l’image s’estompe et revient à la normale
10. Défendre contre les bluffs 🛡️
Savoir repérer les bluffs adverses est aussi important que savoir bluffer.
Signaux d’un bluff probable
- La ligne ne raconte pas une histoire cohérente : l’adversaire a joué passivement puis mise gros soudainement. Le changement de tempo est suspect.
- Le sizing est inhabituel : un overbet soudain après des mises modestes peut indiquer un bluff de désespoir — ou une value bet polarisée. Observez les habitudes de l’adversaire.
- Le board complète un tirage raté : quand un tirage évident ne se complète PAS, l’adversaire avec ce tirage peut être tenté de bluffer car sa main ne vaut rien.
- L’adversaire a une fréquence de bluff élevée : en ligne, vérifiez les stats (AF, c-bet %, agression factor). En live, observez le comportement.
La Minimum Defense Frequency (MDF)
La MDF est le pourcentage minimum de votre range que vous devez défendre (call ou raise) pour empêcher l’adversaire de bluffer profitablement.
Formule : MDF = 1 – [mise / (pot + mise)]
| Sizing adverse | MDF (% à défendre) |
|---|---|
| 33% du pot | 75% |
| 50% du pot | 67% |
| 66% du pot | 60% |
| 75% du pot | 57% |
| 100% du pot | 50% |
| 150% du pot (overbet) | 40% |
Exemple : l’adversaire mise 66% du pot. Votre MDF est 60% — vous devez défendre au moins 60% de votre range pour ne pas être exploitable. Si vous foldez plus que 40%, l’adversaire peut bluffer profitablement avec n’importe quoi.
⚠️ Nuance : la MDF est un concept théorique. En pratique, ajustez en fonction de l’adversaire. Face à un nit qui ne bluff jamais, foldez bien plus que la MDF le suggère. Face à un maniac, défendez bien plus large.
11. Les erreurs fréquentes 🚫
Erreur 1 : Bluffer un calling station
C’est l’erreur la plus coûteuse. Un calling station — par définition — ne fold pas. Vous pouvez miser 10 fois, il appellera 10 fois. La seule stratégie correcte contre un calling station est le value bet pur : misez quand vous avez la meilleure main, checkez ou fold quand vous n’avez rien.
Erreur 2 : Bluffer par frustration (tilt bluff)
Après avoir perdu plusieurs pots, le réflexe est de bluffer pour « se refaire ». C’est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire. Quand vous êtes en tilt, vos bluffs sont mal calibrés (mauvais sizing, mauvais timing, mauvais adversaire). Resserrez votre jeu et attendez de revenir à la normale.
Erreur 3 : Bluffer sans plan
Chaque bluff doit avoir une raison stratégique. « Je n’ai rien, donc je bluff » n’est pas une raison. Avant de bluffer, répondez à ces questions : Contre qui je bluff ? Pourquoi va-t-il se coucher ? Quelle main je représente ? Mon histoire est-elle crédible ? Si vous ne pouvez pas répondre, ne bluffez pas.
Erreur 4 : Bluffer trop souvent en multiway
En pot à 3 joueurs ou plus, votre bluff doit fonctionner contre TOUS les adversaires. La probabilité que tout le monde fold est beaucoup plus faible. Réservez vos bluffs aux pots en heads-up.
Erreur 5 : Bluffer avec une showdown value
Avoir A♠ Q♠ sur un board K♦ 8♣ 5♥ 2♦ 7♠ — vous avez As haut. C’est « rien » en apparence, mais en réalité, As haut bat toutes les mains qui ont raté leur tirage. En bluffant (misant), vous faites coucher les mains plus faibles (qui vous auraient donné la victoire au showdown) et n’êtes appelé que par les mains plus fortes. Vous perdez des deux côtés. Checkez et montrez votre main.
Erreur 6 : Montrer ses bluffs
Montrer un bluff réussi est satisfaisant pour l’ego mais terrible pour votre winrate. Vous révélez gratuitement votre stratégie et vos tendances. Les adversaires ajusteront : ils vous appelleront plus souvent et vous respecteront moins. Ne montrez jamais vos bluffs — gardez le mystère.
Questions fréquentes ❓
Quelle est la bonne fréquence de bluff ?
En théorie (GTO), la fréquence de bluff dépend du sizing. Si vous misez 66% du pot, votre range de bet optimal est environ 60% value, 40% bluff. Plus votre sizing est gros, plus la proportion de bluffs augmente (car chaque bluff « paie » davantage quand il fonctionne). En pratique, la plupart des joueurs aux petites limites bluffent trop souvent dans les mauvais spots et pas assez dans les bons.
Dois-je bluffer plus en ligne ou en live ?
En live, les joueurs sont généralement plus « curieux » (ils appellent plus) car ils jouent moins de mains par heure et veulent de l’action. Bluffez moins souvent. En ligne, les joueurs sont plus disciplinés et fold davantage, ce qui rend les bluffs légèrement plus efficaces — mais les bons joueurs en ligne sont aussi meilleurs pour détecter les bluffs.
Le bluff fonctionne-t-il différemment en tournoi ?
Oui. En tournoi, la pression de l’ICM (Independent Chip Model) rend les joueurs plus enclins à se coucher pour protéger leur tapis et leurs gains potentiels — surtout près de la bulle (juste avant les places payées). C’est le meilleur moment pour bluffer en tournoi. À l’inverse, en phase précoce de tournoi avec des tapis profonds, la dynamique ressemble au cash game.
Comment savoir si quelqu’un bluffe en live ?
Les tells physiques existent mais sont beaucoup moins fiables que le contexte stratégique. Concentrez-vous d’abord sur la logique de l’action : est-ce que sa ligne est cohérente ? Le sizing est-il normal ? Le board favorise-t-il son range ? Ces facteurs sont bien plus fiables que de regarder si l’adversaire tremble ou évite le contact visuel.
Que faire quand je suis attrapé en bluff ?
Rien de spécial. Ne montrez pas de frustration, ne commentez pas. Passez au coup suivant. Le fait d’être « attrapé » est normal et fait partie d’un jeu équilibré. Si vos bluffs passent 100% du temps, vous ne bluffez pas assez — ou vos adversaires sont trop faibles. Être attrapé occasionnellement prouve que vous êtes actif et imprévisible.
Puis-je gagner au poker sans jamais bluffer ?
Aux micro-limites, presque oui. Contre des adversaires faibles qui ne font pas attention, un jeu purement orienté value (ABC poker) est suffisant. Mais à mesure que vous montez en limites, les adversaires s’adaptent : si vous ne bluffez jamais, ils se coucheront systématiquement face à vos mises et ne vous paieront qu’avec des mains fortes. Le bluff devient nécessaire pour rester rentable.
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