Nombres Complexes : Cours Complet

Terminale maths expertes — Forme algébrique, module, argument, exponentielle, racines et applications géométriques

13
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30+
Exemples
2026
Programme

SECTION 01

L'ensemble ℂ et le nombre i

📌 Définition

On introduit un nombre i tel que :

i² = −1

L'ensemble des nombres complexes ℂ est l'ensemble des nombres de la forme a + bi, où a et b sont des réels.

📘 Inclusion des ensembles : ℕ ⊂ ℤ ⊂ ℚ ⊂ ℝ ⊂ . Tout réel a est un complexe (avec b=0). Les complexes « contiennent » tous les réels.
⚠️ i n'est pas un réel. On ne peut pas comparer deux complexes (pas d'ordre ≤ sur ℂ). On ne dit pas « z est positif/négatif ». On peut en revanche comparer leurs modules (qui sont des réels positifs).
Puissance de i i⁰ i⁴ i⁵ i⁶ i⁷
Valeur 1 i −1 −i 1 i −1 −i
💡 Cycle de période 4 : Les puissances de i se répètent tous les 4. Pour iⁿ, calculer n mod 4 : reste 0→1, reste 1→i, reste 2→−1, reste 3→−i.

SECTION 02

Forme algébrique

📌 Définition

Tout nombre complexe z s'écrit de manière unique :

z = a + bi avec a, b ∈ ℝ

a = Re(z) est la partie réelle. b = Im(z) est la partie imaginaire.

Opération Formule
Addition (a+bi) + (c+di) = (a+c) + (b+d)i
Soustraction (a+bi) − (c+di) = (a−c) + (b−d)i
Multiplication (a+bi)(c+di) = (ac−bd) + (ad+bc)i
Division (a+bi)/(c+di) = [(a+bi)(c−di)] / (c²+d²)
📝 Exemple : multiplication

(3+2i)(1−4i) = 3(1) + 3(−4i) + 2i(1) + 2i(−4i) = 3 − 12i + 2i − 8i²

= 3 − 10i − 8(−1) = 3 − 10i + 8 = 11 − 10i.

📝 Exemple : division

(2+3i)/(1−i) = (2+3i)(1+i) / ((1−i)(1+i)) = (2+2i+3i+3i²) / (1+1)

= (2+5i−3) / 2 = (−1+5i)/2 = −1/2 + 5i/2.

✅ Pour diviser : multiplier numérateur et dénominateur par le conjugué du dénominateur. Le dénominateur devient un réel (c²+d²).

SECTION 03

Conjugué d'un nombre complexe

📌 Définition

Le conjugué de z = a + bi est :

z̄ = a − bi

On change le signe de la partie imaginaire.

Propriété Formule
Somme z + z̄ = 2a = 2 Re(z)
Différence z − z̄ = 2bi = 2i Im(z)
Produit z × z̄ = a² + b² = |z|²
Conjugué de somme conj(z₁+z₂) = z̄₁ + z̄₂
Conjugué de produit conj(z₁×z₂) = z̄₁ × z̄₂
Conjugué de quotient conj(z₁/z₂) = z̄₁ / z̄₂
Double conjugaison conj(conj(z)) = z
z est réel z = z̄ ⟺ Im(z) = 0
z est imaginaire pur z = −z̄ ⟺ Re(z) = 0
📝 Exemple

z = 3−5i → z̄ = 3+5i. z×z̄ = 9+25 = 34 = |z|².

SECTION 04

Module d'un nombre complexe

📌 Définition

Le module de z = a + bi est la distance de z à l'origine dans le plan complexe :

|z| = √(a² + b²)
Propriété Formule
Module positif |z| ≥ 0, et |z|=0 ⟺ z=0
Module du conjugué |z̄| = |z|
Module du produit |z₁ × z₂| = |z₁| × |z₂|
Module du quotient |z₁/z₂| = |z₁|/|z₂|
Module d'une puissance |zⁿ| = |z|ⁿ
Inégalité triangulaire |z₁+z₂| ≤ |z₁|+|z₂|
z × z̄ |z|² = z × z̄
📝 Exemples

|3+4i| = √(9+16) = √25 = 5.

|1−i| = √(1+1) = √2.

|(3+4i)(1−i)| = 5 × √2 = 5√2.

📘 Distance entre deux points : Si z₁ et z₂ sont les affixes de A et B : AB = |z₂ − z₁|.

SECTION 05

Plan complexe

📌 Représentation

On associe à chaque complexe z = a + bi le point M(a;b) du plan muni du repère (O;→u;→v). L'axe des abscisses est l'axe réel, l'axe des ordonnées est l'axe imaginaire.

z est l'affixe du point M. M est l'image de z.

Complexe z Point M Position
3 + 2i M(3;2) 1er quadrant
−1 + 4i M(−1;4) 2ème quadrant
5 M(5;0) Axe réel
−3i M(0;−3) Axe imaginaire
0 O(0;0) Origine
💡 Interprétation géométrique : |z| = distance OM (rayon). arg(z) = angle entre l'axe réel et OM. Le conjugué z̄ est le symétrique de z par rapport à l'axe réel.

SECTION 06

Argument d'un nombre complexe

📌 Définition

L'argument de z ≠ 0 est l'angle θ entre l'axe réel positif et le vecteur →OM, mesuré en radians. On le note arg(z), défini modulo 2π.

z = a+bi ≠ 0 : cos(θ) = a/|z|, sin(θ) = b/|z|
Propriété Formule
Argument du produit arg(z₁z₂) = arg(z₁) + arg(z₂) [2π]
Argument du quotient arg(z₁/z₂) = arg(z₁) − arg(z₂) [2π]
Argument de zⁿ arg(zⁿ) = n × arg(z) [2π]
Argument du conjugué arg(z̄) = −arg(z) [2π]
Argument de −z arg(−z) = arg(z) + π [2π]
📝 Exemples

z = 1+i : |z| = √2. cos(θ)=1/√2, sin(θ)=1/√2 → θ = π/4.

z = −√3+i : |z| = 2. cos(θ)=−√3/2, sin(θ)=1/2 → θ = 5π/6.

z = −2 : |z| = 2. θ = π.

z = 3i : |z| = 3. θ = π/2.

SECTION 07

Forme trigonométrique et exponentielle

📌 Les 3 formes d'un complexe
Forme Écriture Utilité
Algébrique z = a + bi Addition, soustraction
Trigonométrique z = r(cos θ + i sin θ) Interprétation géométrique
Exponentielle z = r e Multiplication, puissances

Avec r = |z| et θ = arg(z).

✅ Passage algébrique → exponentielle :
1. Calculer r = |z| = √(a²+b²).
2. Trouver θ tel que cos θ = a/r et sin θ = b/r.
3. Écrire z = r e.
📝 Exemple : z = 1+i

r = √2. θ = π/4. Forme exponentielle : z = √2 eiπ/4.

📝 Exemple : z = −3

r = 3. θ = π. z = 3 e.

💡 Multiplier en forme exponentielle : r₁eiθ₁ × r₂eiθ₂ = r₁r₂ ei(θ₁+θ₂). On multiplie les modules, on additionne les arguments. C'est la grande puissance de cette écriture.

SECTION 08

Formule d'Euler et de Moivre

📌 Formule d'Euler
e = cos θ + i sin θ

En particulier : e = −1 (identité d'Euler, « la plus belle formule des maths »).

📌 Formule de Moivre
(cos θ + i sin θ)ⁿ = cos(nθ) + i sin(nθ)

Autrement dit : (e)ⁿ = einθ.

Formule Expression
cos θ (e + e−iθ) / 2
sin θ (e − e−iθ) / (2i)
|e| 1 (toujours)
📝 Exemple : linéariser cos²θ avec Euler

cos²θ = ((e+e−iθ)/2)² = (e2iθ+2+e−2iθ)/4 = (2+2cos 2θ)/4 = (1+cos 2θ)/2.

On retrouve la formule de linéarisation de trigonométrie !

📝 Exemple : calculer (1+i)¹⁰

1+i = √2 eiπ/4. (1+i)¹⁰ = (√2)¹⁰ × ei×10π/4 = 2⁵ × ei×5π/2 = 32 × eiπ/2 = 32i.

(Car 5π/2 = 2π + π/2, donc ei5π/2 = eiπ/2 = i.)

SECTION 09

Équations du second degré dans ℂ

📌 Théorème

L'équation az² + bz + c = 0 (a,b,c ∈ ℝ, a≠0) a toujours des solutions dans ℂ.

Discriminant Δ = b² − 4ac.

Cas Solutions
Δ > 0 2 solutions réelles : z = (−b ± √Δ) / (2a)
Δ = 0 1 solution double réelle : z = −b / (2a)
Δ < 0 2 solutions complexes conjuguées : z = (−b ± i√|Δ|) / (2a)
📝 Exemple : z² + 2z + 5 = 0

Δ = 4 − 20 = −16 < 0. √|Δ| = 4.

z = (−2 ± 4i) / 2 = −1 + 2i et −1 − 2i.

Les solutions sont bien conjuguées.

⚠️ Quand Δ < 0 : Les solutions sont toujours conjuguées (quand a, b, c sont réels). Si z₁ est solution, z̄₁ l'est aussi. On peut factoriser : az² + bz + c = a(z−z₁)(z−z̄₁).
🎯 Théorème fondamental de l'algèbre : Tout polynôme de degré n à coefficients complexes admet exactement n racines dans ℂ (comptées avec multiplicité). C'est la raison pour laquelle ℂ est « complet » — on ne peut plus étendre.

SECTION 10

Racines n-ièmes de l'unité

📌 Définition

Les racines n-ièmes de l'unité sont les solutions de zⁿ = 1. Il y en a exactement n :

ωk = ei × 2kπ/n pour k = 0, 1, 2, …, n−1

Elles forment un polygone régulier à n côtés inscrit dans le cercle unité.

📝 Exemple : racines cubiques de 1 (z³ = 1)

ω₀ = e⁰ = 1. ω₁ = ei2π/3 = −1/2 + i√3/2. ω₂ = ei4π/3 = −1/2 − i√3/2.

Triangle équilatéral inscrit dans le cercle unité.

📝 Exemple : racines 4èmes de 1 (z⁴ = 1)

ω₀ = 1, ω₁ = i, ω₂ = −1, ω₃ = −i.

Carré inscrit dans le cercle unité.

💡 Somme des racines : ω₀ + ω₁ + … + ωn−1 = 0 (pour n ≥ 2). La somme des sommets d'un polygone régulier centré à l'origine vaut 0.
✅ Racines n-ièmes de tout complexe : Pour zⁿ = w avec w = ρ e, les n solutions sont : zk = ρ1/n ei(φ+2kπ)/n, k = 0,…,n−1.

SECTION 11

Applications géométriques

Opération sur z Transformation géométrique
z + b Translation de vecteur d'affixe b
r × z (r réel > 0) Homothétie de centre O, rapport r
e × z Rotation de centre O, angle θ
r e × z Similitude directe (rotation + homothétie)
Symétrie par rapport à l'axe réel
📝 Exemple : rotation de π/2 de A(2+i)

Rotation de centre O, angle π/2 : z' = eiπ/2 × z = i × (2+i) = 2i+i² = −1+2i.

A(2;1) → A'(−1;2). ✓ (rotation de 90° antihoraire.)

📝 Exemple : montrer que 3 points forment un triangle équilatéral

A, B, C d'affixes zA, zB, zC. Triangle ABC équilatéral ⟺

(zB−zA)/(zC−zA) = e±iπ/3 (rapport des côtés = rotation de ±60°).

🎯 Au bac : Les exercices de géométrie complexe demandent souvent de montrer qu'un quadrilatère est un carré/losange/rectangle, de calculer des images par rotation, ou de prouver un alignement.

SECTION 12

Exercices types

Type 1 — Calculs en forme algébrique

Addition, multiplication, division, mise sous forme a+bi.

🧠 Calculer (2−i)² + 3i.
(2−i)² = 4−4i+i² = 3−4i. +3i = 3−i.
Type 2 — Module et argument
🧠 Module et argument de z = −1+√3 i.
|z| = √(1+3) = 2. cos θ = −1/2, sin θ = √3/2 → θ = 2π/3. z = 2ei2π/3.
Type 3 — Équation dans ℂ
🧠 Résoudre z² − 4z + 13 = 0.
Δ = 16−52 = −36. √|Δ| = 6. z = (4±6i)/2 = 2+3i et 2−3i.
Type 4 — Puissance avec forme exponentielle
Type 5 — Application géométrique
🧠 Image de z=3+i par la rotation de centre O et d'angle π/4.
z' = eiπ/4(3+i) = (√2/2+i√2/2)(3+i) = 3√2/2+3i√2/2+i√2/2+i²√2/2 = (3√2/2−√2/2)+i(3√2/2+√2/2) = √2 + 2i√2.

SECTION 13

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un nombre complexe ?
z = a + bi avec a,b ∈ ℝ et i² = −1. a = partie réelle, b = partie imaginaire. ℂ contient ℝ.
Que vaut i² ?
i² = −1. Cycle : i⁰=1, i¹=i, i²=−1, i³=−i, i⁴=1…
Module d'un complexe ?
|z| = √(a²+b²). Distance à l'origine dans le plan complexe.
Argument ?
Angle θ entre l'axe réel et →OM, en radians modulo 2π.
Forme exponentielle ?
z = re. Euler : e = cosθ + i sinθ. Simplifie produits et puissances.
Second degré dans ℂ quand Δ < 0 ?
z = (−b ± i√|Δ|)/(2a). Deux solutions conjuguées.
Racines n-ièmes de l'unité ?
n solutions de zⁿ=1 : ωk = ei2kπ/n. Polygone régulier sur le cercle unité.
Formule d'Euler ?
e = cosθ + i sinθ. Et e = −1 (identité d'Euler).
Ça tombe au bac ?
Oui, en maths expertes. Calculs, module/argument, exponentielle, équations dans ℂ, géométrie.
À quoi ça sert ?
Physique (électricité, quantique), ingénierie (signal), informatique (3D, fractales). Simplifient rotations et oscillations.